humani nil a me alienum puto

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vendredi 12 septembre 2014

dans les limbs

Le premier spectacle de la saison aura été du total pied levé : je n'avais pas du tout vu ce "Limb's Theorem" au théâtre du Châtelet. Vendredi soir, c'était annoncé complet. Soit. Retour samedi après-midi, pour la seconde représentation : on nous propose un reste de places paumées et plutôt chères. On passe. On part déjeuner. On revient : peuple monstre dans la file des derniers-minutards. Ciel ! La souris occupe le devant du théâtre à la recherche d'une revente ; je me mets en file. Après déduction, je devine qu'il y a de la place libre. Et combien ! Tout le monde est servi, et plutôt fort bien. À notre tour : à droite, au guichet, la femme qui nous avait renseignée engueule une jeune touriste parce qu'elle a demandé si elle pouvait payer par CB (réponse : oui). À gauche, une jeune femme qui a l'air beaucoup plus sympathique. Croisement de doigts : bingo. Places au fond de corbeille, de 3/4. Et puis "ah non, attendez". Suspense. Places 5 et 7, plein centre, premier rang, corbeille. Places de ministres. 15€ l'unité. Cherchez pas.

Trois pièces, 2h15 avec entractes. Du pur Forstyhe comme on aime. Fluide, techno, rapide, construit, parallèle, obscur et clair, interagissant avec des formes et panneaux (je présume que la moitié de la salle côté jardin a raté pas mal de la troisième pièce...), fourmillant d'idée, avec sa grammaire propre. On a eu envie de crier notre amour à William. Assis place 3, avec son bob sur la tête. What?? Is it Bill?! Finalement, la seule interaction, outre de parler de la musique un peu forte de Thom Willems avec la souris (il était encore plus au point niveau bouchage d'oreilles), aura été d'échanger nos places pour lui permettre de mieux s'échapper avec son acolyte (Michael Simon, scénographe ?) pour les saluts — provoquant quelques déplacements qui ont perturbé puis amusé JF Zygel et son ami (j'ai donc, au final, pris la place de William Forsythe et pris comme quasi-voisin JF Zygel...).

Il paraît que Forsythe, après s'être égaré dans le nawak, revient à ses vieilles amours. Pour le festival d'automne, on avait un peu peur. Mais avec Limb's I et Limb's III, entrecoupés de Ennemy in the Figure, trois pièces de 1990, on ne pouvait pas se tromper. Le ballet de l'opéra de Lyon est toujours aussi brillant dans ce répertoire. On retrouvera tout le monde au théâtre de la ville, en face, avec très grand plaisir !

dimanche 10 août 2014

chansons à pomme

En allant voir "New York Melody", on ne s'attendait pas à grand chose. Si j'avais percuté sur le fait que John Carvey avait déjà écrit-réalisé "Once", dans la même veine, j'aurais été moins surpris de trouver ce film franchement fort bon : une ville, des âmes musicales en peine, des chansons folk-pop interprétées par les acteurs. Keira Knightley qui chante, c'est fort bien ! (Pour Adam Levine, son ex, c'est moins compliqué : issu des Maroon 5, c'est en revanche la première fois qu'il jouait) Mark Ruffalo (Dan) est un producteur au bout du rouleau qui donne beaucoup sur la bibine. Les hasards font heureusement bien des choses, et avec des visions et des talents, tout peut arriver à New York. Le bon sentiment n'y est pas niais : il est complexe. La comédie romantico-musicale doit se frayer un chemin à l'envers des conventions. Apporter du neuf quand tout le monde a tout fait est à la fois le sujet de film et le film lui-même. C'est par ma foi bien mené, et si les films-à-chansons font parfois un peu peur a priori (raté Jersey Boys, dont les échos sont plus que mitigés), celui-ci vaut clairement le visionnage. Pas que pour Keira.

Un très bon moment.

dimanche 3 août 2014

SF Paris finale

Le finale du San Francisco ballet à Paris était samedi dernier. Que d'émotions ! Place de dernière minute, et un miracle : pas de tête gênante devant moi (on ne pouvait pas en dire autant de ma voisine de devant, qui était derrière deux très grand gays...). Dans la salle, toujours à peu près les mêmes personnes : il n'est pas certain que sur les deux semaines de représentations, le nombre de visiteurs uniques ait été si élevé que cela. On s'amuse à comparer le nombre de représentations vues (les journalistes invités ont évidemment le record — en plus de pouvoir assister aux sauteries d'avant et d'après, salopiauds ! Heureusement que Bella Figural écrit divinement bien), et le nombre de pièces auxquelles on a assisté. Ou plutôt l'inverse : combien en manque-t-il ?

Je devais justement voir un Ratmasky (Symphonie n°9), ce qui avait fait fuir la souris, et finalement, au dernier moment, le programme fut modifié (le programme papier a donc été amendé un peu à l'arrache), pour nous permettre d'avoir ENCORE PLUS DE MATHILDE. C'est gentil. Ce fut donc Allegro vivace, la fameuse pièce créée le mardi précédent, où je n'étais point, et donc Mathiiiiilde nous avait confié la veille qu'à un moment pas si loin du début, elle s'y perdait un peu beaucoup, que bon, il faudrait retravailler ça avant la première (son gain de sérénité est devenu époustouflant : ce qu'on doit appeler la confiance en soi, je présume). Il valait effectivement mieux bien comprendre le rôle : Mathilde est en quasi-solo pendant ce Balanchine (1958, feat. le 1er mouvement du concerto n°3 du Tchaikovsky) de 18 minutes, quoique parfois rejoint par Joseph Walsh, avec quatre couples de danseurs pour faire de la déco. Parmi eux, la mignonne grassouillette qui m'enchante à chaque fois que je la vois : ma première hypothèse était foireuse, c'est soit Isabella DeVivo, Jilian Harvey, Koto Ishihara (non...) ou Julia Rowe (par élimination, ce serait elle, mais franchement, la photo n'est pas ressemblante...). En tout cas, elle était plutôt côté jardin, toute aide bienvenue.

À propos de Solo, c'était donc la seconde pièce complémentaire de la première partie, pour sept minutes, après un petit précipité (qui a manifestement été perçu comme un simple pause par un spectateur, qui d'un "chut !" a fait régner la terreur silencieuse dans la salle...). Une chorégraphie de Hans Van Manen, sur les rythmes endiablés de la Courante et Double de la suite n°1 pour violon de Bach (BWV 1002, 1720), qui a fait figurer trois superbe danseurs de la compagnie, Hansuke Yamamoto, James Sofranko et Gennadi Nedvigin, pour une chorégraphie nerveuse, athlétique, fluide, à couper le souffle de bonheur. L'une de ces très grandes découvertes (européennes, encore !) dont on a le secret le SF ballet, qui nous régale régulièrement de ses trouvailles.

La seconde partie n'a pas démérité non plus, avec un retour de "Within the golden hour" de Christopher Wheeldon, beaucoup plus apprécié avec une belle visibilité sur la scène, dont l'aspect végétal m'a totalement conquis, entre ses jeux circulaires de groupe (bras ronds du début, ronde complexe, bras en duos), ses effets de lumière (notamment des ombres chinoises), et son usage prononcé de beaucoup de Mathiiiiiiilde. Très très beau, 35 minutes de bonheur, une énième rediffusion sera souhaitée.

Et pour terminer le passage de notre désormais compagnie préférée, la pièce qui enchante à coup sûr le public, du jeune Liam Scarlett, que j'ai vu s'asseoir en retard quatre ou cinq rangées devant moi au parterre pour assister à son œuvre, "Hummingbird" : personnellement, c'était donc mon 5ème visionnage. Quand on aime... Remplaçant le Ratmansky comme finale, nous avions donc de nouveau Frances Chung (avant ses vacances au Pays Basque avec Mathilde — lucky girl) et Gennadi Nedvigin, Yuan Yuan Tan (qui a eu droit à un cadeau de sa grande amie, mon amie japonaise, mais pas en main propre car la sortie des artistes était désespérément vide — idem, je n'ai pu voir Mathilde, quel malheur !) et Luke Ingham, Maria Kochetkova et Jaime Garcia Castilla, et puis quelques autres danseurs avec surtout Sasha De Sola (qui n'est pas principal, mais c'est tout pareil), Simone Messmer, James Sofranko et Hansuke Yamamoto.

L'apogée reste et demeure le duo central, Yuan Yuan Tan/Luke Ingham pour cette distribution. C'est plus que magnifique. Mais on finit en faisant des petits pas sur place, comme le triptyque de Keith Haring a-t-on pu lire, dont je peux préciser qu'une version est certes à Paris, à Saint-Eustache, mais l'autre est... à San Francisco. Joie !

Le public était fort applaudissant, mais avec le discours clôture de Marina de Brantes, remerciant tout le monde et notamment le très bon orchestre Prométhée (des p'tits jeunes du conservatoire, si j'ai bien compris !), et qui nous donné rendez-vous au SF ballet dans 10 ans (et me semble-t-il quand ils le veulent avant), une standing ovation a acclamé cette troupe, au grand complet sur scène (Mathilde très en jaune, sa garde-robe me fascine totalement, j'espère un jour en faire le tour), certainement pour lui signifier ceci : comme vous avez une saison qui débute seulement en septembre pour s'achever en mai, ça ne vous dirait pas de passer le reste de l'année chez nous ? Il y a déjà trois français dans la troupe, on vous refile un théâtre (d'ailleurs c'est amusant, Mathilde étant en congé sans solde, normalement elle ne pourrait point danser autre part qu'à Garnier et Bastille, le contrat n'étant plus suspendu : heureusement, on s'en fout ! :)  ), et hop, on vous adopte au moins la moitié de l'année (on vous préparera des cadeaux pour vous attendre l'autre moitié). Le San Francisco-Paris ballet, en somme. Ça ne vous dirait pas, hein ?

samedi 26 juillet 2014

SF Paris 5ème

Séance du lundi 21 juillet : il est temps de retrouver Mathiiiiilde, et à haute dose s'il vous plaît. Le SF ballet fait souvent tourner les mêmes artistes durant la même soirée. Sans abuser non plus (il n'y a ainsi jamais de blessés, même si certains finissent par accuser l'usure, mais là encore bien moins que de par nos contrées parisiennes), il faut bien avouer que danseur, danseuses, on vous exploite. Mathilde Froustey était donc ainsi prévue pour The fith season (Heigi Tomasson, 2006; sur la très belle musique de Karl Jenkins — quatuor à cordes n°2, qui y fait pour beaucoup), dans la valse, le tango et le finale, tandis qu'on la retrouvait tout ensuite pour In the night, consacrant aux yeux du monde parisien ébahi son indéniable statut d'étoile.

Reprenons : The fifth season possède un lyrisme qui place, dans les chorégraphies divertissantes de Tomasson, la pièce au dessus du lot, et c'est d'ailleurs une photo du largo (avant-dernier mouvement) avec précisément Yuan Yuan Tan et Damian Smith qui figure sur la photographie du festival placardée partout en ville. Après le toujours solide duo Frances Chung/Davit Karapetyan, l'idée de faire figurer Mathilde-nationale avec Yuan Yuan Tan, en double pas de deux (Valse) avec Daniel Deivison-Oliveira et Damian Smith, était des plus intelligentes : elles ont toutes les deux une finesse et une élégance en longueur qui matchent tout à fait. Cela donne de très belles lignes. Après la Romance qui rappelle le premier couple, Mathilde, dans le Tango, récupère les trois danseurs précédents, parce qu'il lui faut au moins trois hommes, qu'elle sait parfaitement maîtriser (ce passage est certainement mon favori, allez savoir...).

(Note : il me semble qu'il y a eu un changement de dernière minute, au niveau des hommes, mais je ne me souviens plus lequel...)

"In the night" de Robbins (1970), sur un assemblage de nocturnes de Chopin, jouit d'une très grande réputation. En 24 minutes, les trois pas de deux, qui chacun à leur tour sont une proposition différente de couple avant de s'assembler tous ensemble, font figure d'un sommet du romantisme dansé, en grandes robes et costumes élégants. Mathilde Froustey était accompagnée de Rubén Martin Cintas, Sofiane Sylve de tiit Helimets et Lorena Feijoo de Damian Smith. Mathilde était superbe, et c'était fort émouvant de la voir là-dedans. Sofiane Sylve a consolidé son fan club qui commençait jusqu'alors à se former : il a triplé son nombre d'adhérents. Lorena Feijoo est une danseuse admirable, elle dégage une espèce de sensation de femme mûre et de girl next door en même temps (j'ai l'impression de voir une Muriel Zusperreguy de chez nous, en fait), elle ne fait clairement pas son âge sur scène. Damian Smith non plus, qui si j'ai bien compris dansait là pour la dernière fois, et était fort déçu d'avoir raté son porté final (qui aurait dû être plus haut) : même les experts d'In the night ne s'en sont pas aperçus, car au-delà de la technique, l'ouragan sentimental était à un niveau qui a emballé tout le monde.

Lorsque nous avions reçu nos places au rang S, nous étions tous déçus, avec la souris (d'autant qu'une sublimissime jeune fille derrière nous avait eu droit à un 2e rang de corbeille — ce qui corroborait l'hypothèse amorale que nous aurions dû nous séparer). Finalement, c'est la meilleure place que nous ayons eu de toutes les fois : la salle est fichue de telle sorte que ce sont les derniers rangs qui jouissent d'un dégradé supérieur, ce qui évite de se payer une tête devant soi tout le long. Il n'y a pas que les guichetières qui soient aléatoires... Cependant, cela rapproche aussi du fond où se situe le box-à-éclopés, et une dame tétraplégiques a soudain eu des difficultés bruyantes de déglutition à la fin de la prestation de Mathilde, et le long de celle de Sofiane Sylve. Dur. Heureusement, elle était à peu près remise pour la dernière pièce post-entracte, The Four Temperaments (Les quatre tempéraments), œuvre mytique de George Balanchine en 1948. C'est l'un des moins pires. On retient le Sanguin de Frances Chung et Joseph Walsh, et le Colérique de Sofiane Sylve, qui a achevé de pâmoison le parterre balletomane conquis.

SF Paris 4ème

Pour la séquence du vendredi 18, nous avions : "Classical Symphony" de Yuri Possokhov (2010, 21 minutes) puis "Chaconne pour piano et deux danseurs" d'Heigi Tomasson (1999, 10 minutes) ; "Ghosts" de Christopher Wheeldon (2010, 30 minutes) ; "Piano Concerto #1" d'Alexei Ratmansky (2013, 28 minutes). Ce programme était composé de deux redif divertissantes du gala (avec les mêmes danseurs : Maria Kochetkova/Hanske Yamamoto, Sasha De Sola/Carlos Quenedit, Dores André/Jaime Garcia Castilla ; Frances Chung/Davit Karapetyan pour la Chaconne), et d'un Ratmansky : l'affaire était très risquée... Mais pour convaincre une souris de venir, il suffit d'un fantôme, ou plutôt de plusieurs : Ghosts de Christopher Wheeldon était fort attendu de la balletomanie parisienne. Avec Sofiane Sylve, Tiit Helimets, Shane Wuerthner, Sarah Van Patten et Luke Ingham en fantômes principaux, et douze autres pour compléter la team poltergheist, le casting était idéal pour hanter le public, sur une composition de C.F. Kip Winger ("Ghosts", 2009).

Mais étrangement, j'ai encore préféré la dernière pièce, oui oui, le Ratmansky, qui a exploité avec malice le concerto n°1 pour piano, trompette et cordes de Chostakovitch, avec Yuan Yuan Tan/Damian Smith et Maria Kochetkova/Vitor Luiz — ainsi que le corps de ballet (encore 12 danseurs) — qui nous montrant des aptitudes exceptionnelles en rouge brique et bleu gris (biface pour le corps, monocouleur pour les solistes), m'ont passablement captivé durant près d'une demi-heure. Je ne m'y attendais pas du tout ! Une découverte comme j'aime en faire, pour une compagnie qui sait jongler avec ce genre d'œuvres.

Une soirée sans Mathiiiiilde ajoutée, mais tout de même fort bonne au final !

SF Paris 3ème

Le San Francisco Ballet semble avoir un répertoire finalement assez homogène, qu'il sait exploiter non sans brio : beaucoup d'œuvres intéressantes sur le moment, qui ont du mal à marquer, dont on se souvient difficilement des détails, mais dont on a gardé une agréable sensation à la sortie. Ainsi de Maelstrom de Mark Morris, 1994, sur le trio pour piano, violon et violoncelle n°5 de Beethov, je ne me souviens de plus grand chose, si ce n'est d'effets de groupes, où figuraient Frances Chung, Sasha De Sola ou encore Sarah Van Patten, au milieu d'autres danseurs du corps de ballet...

Nous attendions avec impatience Within the golden hour de Christopher Weeldon, 2008, avec trois couples : Mathilde Froustey/Rubén Martin Cintas, Sarah Van Patten/Luke Ingham, Maria Kochetkova/Vitor Luiz (plus huit autres danseurs). La veille, Mathiiiiiilde nous avait confié qu'elle avaient encore beaucoup de mal avec la fin — du type "je ne la connais pas du tout...". Replacés plus centralement devant au parterre, mais derrière une grosse tête (le théâtre du Châtelet est une vraie malédiction... Ce couple n'était pourtant pas grand, mais ils étaient courts en jambes), non loin de Laura & Laura, B#5 embusquée pour les photos, nous avons pu apprécier les talents d'apprentissage rapide et de "french cuisine" de notre héroïne. Nos attentes de lyrisme contemporain furent bien remplies. Mathilde et Masha sur la même scène font toujours des étincelles, là où Sarah Van Patten agirait plus comme agent stabilisateur. Ce ballet est un peu comme une équipe de football, tellement les personnalités sont différentes et spécifiques. Les superpouvoirs de gambettes de Mathilde nous enchantent toujours...

À titre personnel, j'avoue que j'attendais surtout la dernière œuvre, "Class pieces" de Robbins (sur les pièces de Glass : Rubric et Façades de Glassworks, 1982 ; Funeral de l'opéra Akhnaten, 1983). 30 minutes de bonheur intense, comme à SF. Dans Rubric, la ville défile, se retourne, stoppe, se croise, c'est beau. Dans Façade, les petites fourmis du fond mettent en valeur le duo de Sylviane Sylve et Luke Ingham : il est amusant de voir le monde balletomane découvrir que la doyenne frenchie du groupe est tout simplement ahurissante d'esthétisme et de présence, et se constituer au fil des représentations un solide fan club. C'était malheureusement la dernière fois que l'on verra les costumes pastel avant un bon bout de temps...

dimanche 20 juillet 2014

gala san franciscain d'été

San Francisco à Paris ! Pourquoi prendre l'avion quand on peut nous apporter les petites ballerines de Californie ? Le SF ballet avait ouvert la première édition des étés de la danse, celle dont me parle souvent la souris car elle fut fort déçue de s'être pointée pour rien un jour où il faisait froid. Depuis, ils ont rallié l'intérieur du théâtre du Châtelet, ce qui permet de fêter tranquillement les 10 ans du festival alors qu'il fait mauvais dehors. La présidente Marina de Brantes reste toujours assez discrète, habituellement, mais pour l'occasion, elle a pris le micro pour un discours à son image, sympathique et fantasque, auquel le directeur Valéry Colin n'a trop su quoi ajouter. Que le show commence !

Jeudi 10 juillet était donc la soirée de gala, et pour la peine Helgi Tomasson nous a concocté un panaché de ce que la troupe sait faire. On aurait dit un repas chinois : plein de petits plats sur une table tournante. Souvent, ça s'expédie en moins de 10 minutes, pour un pas de deux. Et justement, les extraits de "Alles Walzer" (Renato Zanella, 1997, sur du Johann Strauss), avec Taras Domitro et Pascal Molat (le Français de la troupe), "No other" (Val Caniparolli, 200, sur du Richard Rodgers), avec Lorena Feijoo et Victor Luiz, le Pas de deux de Concerto (Kenneth MacMillan, 1966, sur le concerto pour piano et orchestre n°2 de Chostakovitch), avec Sarah Van Patten et Tiit Helimets (ainsi que trois autres couples), la Chaconne pour piano et deux danseurs (Tomasson, 1999, sur la Chaconne pour clavier en sol majeur de Haendel), avec Frances Chung et Davit Karapetyan sont autant de courtes pièces à deux, dont il est difficile de se souvenir avec précision. C'est l'apéritif qui décontracte, où l'on découvre par échantillons, des chorégraphes et des ambiances que l'on ne voit jamais sous nos longitudes. Ce n'est pas le summum de l'excitation, c'est de la mise en bouche après tout, mais ça met à l'aise et dans de bonnes dispositions. Et puis on commence à visiter la troupe — et pour moi à la retrouver, car après les avoir seulement vu quatre fois, je sais déjà bien les repérer, surtout les filles.

Il faut dire qu'ils ne sont que 75 dans cette troupe, contre 200 à l'ONP, et qu'ils ont des physiques différents, des attitudes différentes, des personnalités marquées et des spécialités aussi. Dans "Classical Symphonie" de Yuri Possokhov (2010), sur la symphonie n°1 de Prokofiev, on peut ainsi comparer Maria Kochetkova/Hansuke Yamamoto, Sasha De Sola/Carlos Quenedit et Dores André/Jaime Garcia Castilla (huit autres danseurs du corps pour étoffer et faire groupe). Sasha De Sola est toujours celle qui a une sorte d'aisance fluide et mesurée qui touche malgré sa blondeur. Dores André est élégante. Masha s'amuse à mouliner et à se déhancher encore plus — elle n'a pas trop le choix, parce qu'en fait elle est très, très petite... Cette Classical Symphony, c'est juste du fun, de l'entertainment : mouvement de bassin et de poitrine en avant, sauts synchronisés avec l'orchestre, ça ne nous fera certainement pas pleurer, mais ça nous divertira certainement. Ça résume l'état d'esprit de la compagnie : pas de prise de tête, du show, du feu d'artifice technique sans trop en faire non plus.

En même temps, il faut à un moment garder un peu de sérieux et avoir un tampon classique. Aux États-Unis, ça signifie un renfort balanchinien. Pour la 2e partie, donc, il y avait du Balanchine. D'abord à petite dose : sept minutes de Pas de deux de Agon (1957, musique d'Igor Stravinsky), avec Sofiane Sylve (la française expat') et Luke Ingham. Heureusement que Sofiane Sylve a fait le NY city ballet et qu'elle est toute en longueur gracieuse, pour donner de l'intérêt à toute cette froideur sur fond bleu... Tomasson alterne avec du comique, "les lutins" de Johan Kobborg (2009), où deux danseurs entrent en concurrence de virtuosité (Esteban Hernandez et Gennadi Nedvigin), sur un duo endiablé piano/violon de trilles intensives (du Bazzini et du Wieniawski), sur la scène, avant d'être rejoints par un troisième larron, qui s'avère être une larronne (Dores André), attisant alors la convoitise des deux hommes ; mais la belle ne s'en laisse pas compter, et faisant monter les enchères techniques, finit par porter son intérêt sur... le violoniste bedonnant. C'est léger et intelligent, le public est régalé !

Et puis encore Balanchine... Pas de deux du 2e mouvement de Brahms-Schoenberg Quartet (1966, le quatuor pour piano et corde n°1 de Brahms, orchestré par Schoenberg). Pour compenser, on a droit à un binôme spécial : Carlos Quenedit et... Mathilde Froustey ! Pardon : Mathiiiiiiiiiilde !!!! Ah que Mathilde est belle ! Même quand on l'embête avec du Balanchine. Un petit mot sur Mathilde, peut-être, parce qu'encore une fois, une de mes prophéties s'est réalisée (un jour on me fera un procès en béatification). Depuis qu'elle a quitté Paris pour un autre pays où prophétiser, elle était regrettée par les balletomanes, mais n'a pas plus influencé la vie de la compagnie de l'ONP plus que ça (si ce n'est l'épisode croustillant de l'invitation au Japon). Et puis, pour son retour, alors qu'il y a deux autres Français dans la compagnie, la voilà dans le magazine du Monde, dans Paris Match (j'avais participé au shooting en face du Golden Gate bridge ! :)  ), dans quelques autres canards encore, et même à Télématin (qui rappelons-le est l'une des émissions télé les plus regardées de France). Elle est partout. Il faudrait faire une comparaison avec la couverture médiatique de l'étoilisation récente d'Amandine Albisson... Et le plus drôle est que cela n'aurait certainement pas marché si elle était retournée à l'ONP cette année : elle a gagné l'aura de la petite Frenchy qui a traversé l'Atlantique pour vivre son rêve américain (et puis, contrairement à Guillem, elle n'était pas au firmament en France : du coup, ça permet de faire soit de l'élitisme à la française — sujet ici, c'est principal là-bas, mais ne le disons pas trop fort, les pauvres —, soit de l'anti-élitisme à la néo-française — ici tu pourris avec un management débile à base de concours, là-bas on te reconnais tes qualités intrinsèques et on révèle tes capacités au top niveau). À tous les coups on gagne : c'est beau. Et comme Mathilde est intrinsèquement une balletomane passionnée qui n'a pas sa langue dans sa poche mais a appris la diplomatie (et l'humilité malgré le narcissisme) à force de tôles (on a un profil similaire...), ça donne un côté frais et équilibré à l'opération. Carton plein.

Bon, en attendant, on l'avait sur du Balanchine... Alors que Masha avait droit juste ensuite à une vieillerie kitsch de Frederick Ashton, Voices of Spring (1977), qui sur une musique de Johann Strauss a pu faire montre de son goût naturel pour le troisième degré. Se servant de Davit Karapetyan comme support de fortune, elle a distribué des fleurs sur scène pendant cinq minutes. Il faut bien reconnaître à Maria Kochetkova un génie de la communication absolument inégalé — alors même que sa danse manque assez cruellement d'expressivité (peut-être parce qu'elle est petite, ou qu'elle bouge trop brusquement). Outre sa présence accrue sur les réseaux sociaux, elle est elle-même une affiche vivante, avec des tenues complètement extravagantes (et des chaussures de messieurs, j'adore). Totalement fantasque, c'est l'élément idéal pour transformer une pièce gnangnan en OVNI fun emportant l'adhésion du public. C'est là l'une des facettes du SF ballet : savoir mettre à profit les talents individuels pour augmenter les effets de chaque pièce. Chaque danseur est toujours à sa place dans chaque œuvre programmée : le casting est maîtrisé.

Ainsi de ce pas de deux de After the Rain de Christopher Wheeldon (2005), sur du Arvo Pärt (Spiegel im Spiegel) : il aura fallu attendre longtemps avant que le joker Yuan Yuan Tan, qui tient l'affiche partout en ville, soit sorti pour ces dix minutes en compagnie de Damian Smith. Seule apparition de la soirée, mais laquelle ! Une botte secrète, en somme. La pièce est magnifique, et il faut à la fois un grand sens artistique et une technique sans faille. La longueur de Yuan Yuan Tan est parfaitement mise à profit. Danseurs formidables en perfect match. Séquence émotion. Soufflé coupé.

Et encore du Balanchine. Il faut bien finir par quelque chose, alors pourquoi pas le quatrième mouvement et finale de Symphony in C (1948), qui est théoriquement, sur la symphonie n°1 de Bizet, à peu près la même chorégraphie que ce que l'on a récemment pu voir à Bastille. en théorie, parce qu'en pratique, comme on s'en doutait un peu, il n'y a pas que les costumes qui y font : il y aussi le fait de comprendre ou pas ce que l'on danse. Et pourtant, au SF ballet, on est majoritairement européen (une véritable auberge espagnole, apparemment on a parfois du mal à s'y comprendre quand les différentes nationalités commencent à se parler entre elles dans leurs langues respectives). Mais on est sur place, à domicile, comme le directeur de la maison qui y réside depuis trente ans. Alors on a ça qui rentre, on le voit déjà avec Mathilde en à peine un an. Tout le corps de ballet et quatre couples : Sasha De Sola (ah !!)/Jaime Garcia Castilla, Simone Messmer/Vitor Luiz, Sofiane Sylve/Tiit Helimets, Frances Chung/Joseph Walsh. Alors on pourra dire que "c'est pas techniquement parfait", etc., mais on s'en fiche, parce que dans l'ensemble, avec ce vieux machin, on arrive à en faire quelque chose. Et peut-être même qu'il y aurait quelque chose (c'est dire). Alors on regrettera surtout de finir sur l'habituelle caution académique américaine.

Pour la deuxième soirée d'affilée, j'ai raté la troisième mi-temps de petits fours. Il y avait Bernadette, qui après avoir squatté le mari de Brantes, a été prise en photo avec Mathilde. Il y avait une énorme pièce montée aussi. Pour une bonne mise en bouche des deux semaines de danse à venir, avec une combinaison de programmes complexe dont le gala a offert un aperçu, avec un certain nombre de pièces données pour cette seule occasion. Début de gourmandises dansées.

jeudi 17 juillet 2014

riche soirée

J'avais décidé de rester stoïque. La soirée Nicolas Le Riche du 9 juillet était dans tout agenda balletomane qui se respecte. Mais la course à la place ridicule et abrutissante, digne des heures les plus sombres du management commercial à la française, m'avait assez soigné. J'avais donc pris la position de rater la soirée, par défaut, sauf si une occasion se présentait. Deux jours avant, un miracle, le dernier rang de l'amphithéâtre ayant été mis à la vente une semaine auparavant (je ne le savais même pas... Tout comme les possibilité de réservations par l'AROP, à l'arrache aussi comme il se doit), un flot de places s'est retrouvé sur le marché, et Strapontine fut ma bienfaitrice d'un soir. Dernier rang, plein centre, préparez vos kinés.

Cette soirée exceptionnelle me semble être assez unique en son genre — même Manuel Legris n'y a pas eu droit, mais peut-être que Noureev si, pas très clair. Nicolas Le Riche jouit d'une ora exceptionnelle, c'est certain. De huit à quarante-deux ans dans la même maison, plus de vingt ans étoile, danseur admirable sur tous les plans. La foule était au rendez-vous, Arte a sorti sa présentatrice blonde de cérémonie, au balcon, tandis que les voitures ministérielles bloquaient une partie de la place de l'Opéra Garnier — force tortues ninjas assurant la sécurité, avec ses effets secondaires comme le filtrage par un seul portail, alors que la météo était peu clémente et le public assez peu disposé à être une nouvelle fois humiliée par des pratiques dégradantes d'accueil. La compensation pour les malheureux perdants de l'aventure, mise en place encore une fois à la va-vite (du moins annoncé comme tel) par l'opéra, fut une retransmission dans des salles de cinéma et en streaming sur Arte. Pour une fois, une bonne idée, même si beaucoup ne furent pas au courant, ou se virent refuser une place pour motifs fallacieux (ainsi de la Pythie qui a pris un abonnement Champ libre pour mettre un peu de diversité — de l'opéra ! — dans son adhésion de fait plus onéreuse, plutôt que de prendre l'habituel et seul éligible abonnement danse... La France dans toute son absurdité).

Mais ne boudons pas trop notre plaisir, une fois à l'intérieur avec la balletomanie. L'introduction est mystérieuse : Matthieu Chédid nous demande avec sa guitare ce qu'il va devenir, pendant que notre héros descend du fond de la scène esquissant quelques pas que les experts ont déchiffré comme des références à quelques unes de ses oeuvres fétiches. Et puis on enchaine sur une première partie un peu étrange, un pot-pourri un peu nostalgique et bizarrement ficelé, d'une consistance assez molle malgré ses bons moments. "Les forains" de Roland Petit, mettent à profit les pioupious de l'école de danse depuis 1990, et l'enchainement avec "le bal des cadets" de David Lichine (1940, au répertoire depuis 1979) s'est fait tout naturellement — il n'est pas sûr qu'on retienne quoi que ce soit de ces deux pièces théâtrales, si ce n'est la prestation du solo du petit tambour (dont le nom reste mystérieux, non crédité), annoncé par Nicolas Le Riche lui-même, après avoir fait de la figuration.

De Raymonda, interprétée par Dorothée Gilbert accompagnée de Stéphane Bullion (en plus de Sae Eun Park ou Pierre Arthur Raveau), il a été choisir des extraits de l'acte II avec beaucoup de scènes de groupe et aucune variation, ce qui a fait l'effet d'une tapisserie, distrayante mais peu ravissante. C'étaient là les alibis classiques pour une soirée dont la consistance était bien plus contemporaine. "L'après midi d'un faune", que Nicolas Le Riche a porté à un niveau digne de Nijinsky en 1912, a été pour sa part juste ensuite malmené par Jérémie Bélingard, qui nous a fait une sorte de promenade de ouech, draguant la nymphette bonnasse Eve Grinsztajn, qui pour sa part était magnifique. On sait ainsi ce que l'on perd... Vingt minutes d'entracte pour s'en remettre.

Une petite demi-heure de première partie, et seulement dix-sept minutes de Jeune homme et la mort avant l'entracte suivante. Mais quelle interprétation ! L'effet du départ en retraite ? Magnifique Eleonora Abbagnato, une nouvelle fois en brune, pour LE Roland Petit du répertoire, depuis 1990, lors de sa rencontre avec Nicolas Le Riche (ou plutôt l'inverse, cela a mainte fois été relaté). Encore vingt minutes pour s'en remettre, mais d'émotions cette fois.

La troisième partie était tout aussi longue que la première, un peu moins d'une demi-heure. Le pas de deux de la porte, extrait d'Appartement de Mats Ek, a marqué le court retour de Sylvie Guillem à l'opéra Garnier, qu'elle a quitté avec pertes et fracas en 1989. Autant dire que l'évènement est historique (d'autant que le ballet a été créé par l'opéra de Paris en 2000 : était-ce donc une première ?). Pour raisons mystérieuses et hypothétiques ("Mademoiselle Non", pas à son meilleur avantage, pas d'images non-contrôlées sur Internet, etc.), cette partie n'a point été diffusée en streaming, faisant même croire aux spectateurs qu'elle avait été déprogrammée (d'autres se demandant pourquoi une rousse apparaissait aux saluts finaux). Vraiment dommage. Et assez contreproductif étant donné les potentielles vidéos pirates qui ne manqueront pas de circuler... Cinq petites minutes, mais magiques.

Probablement pour accueillir de nouveau les spectateurs en vidéo, pendant que l'appartement est déménagé, Guillaume Gallienne a lu un poème que l'on a pu voir qualifié d'excellent comme de pompeux (je penche plutôt pour cette deuxième opinion, quoiqu'il y avait de bons moments ironiques pour initiés). Le petit rat s'est tapée une retranscription. Et puis un petit morceau de Caligula (Mathieu Ganio), quand il fait tourner son cheval Incitatus (Audric Bézard, la souris a henni, quelque part dans les loges). Le Riche chorégraphe a fait figurer un homme pour l'animal, et abolissant la barrière symbolique, a soulevé la folie (je ne sais cependant pas si cela était volontaire et réfléchi en ce sens). Les quatre saisons ont commencé à montrer de sérieux signes de fatigue de l'orchestre, mais c'est pour la dernière pièce, sur le Boléro de Ravel, que les musiciens de l'opéra ont totalement explosé, rappelant les pires heures du Colonne (et même au-delà, c'est dire). Mais que diable nous ont fait la clarinette (qui s'est trompée de clé ?) et le cor ? Un trou d'air ? Massacre total. La honte, ça craint...

Nicolas Le Riche aurait explicitement choisi de montrer la mise en place de l'espace scénique pour souligner le rôle primordial des accessoiristes, et ainsi saluer leur travail. La calibration de la lumière centrale, avec un technicien à la place du rôle principal, a déclenché quelques applaudissements et rires qui ont diversement été interprétés. Sur ce chef d'oeuvre de Béjart en crescendo, il faut aussi saluer la participation des étoiles Josua Hoffalt et Karl Paquette, qui participant au milieu des danseurs entourant le héros dans son dernier rôle scénique sur la scène de l'opéra de Paris (et quel rôle ! Son meilleur !), lui ont rendu un hommage émouvant, continué lors des saluts.

Vingt-cinq minutes d'applaudissements, avec les danseurs de la dernière pièce, puis tous les danseurs de la soirée encore en costume (forte accointance avec Sylvie Guillem, de sept ans son ainée, tout de même), puis ses deux petites filles (Clairemarie Osta, qui les a accompagnée, restant de côté avant de disparaitre en coulisse, avec les autres danseurs du ballet et Bribri), et Claude Bessy, puis lui tout seul sous les confettis collants, et encore tout le monde. Avec tout cela, on a poussé la sortie vers les 22h30 (les 21h30 prévus étant plus que théorique : les cocktails d'entracte pour les aropeux ont fait glisser l'agenda, comme à l'accoutumée).

Une soirée qui a laissé un sentiment étrange, comme ce cocktail privé où il fallait ruser pour avoir un carton ou s'incruster, et où Nicolas Le Riche a prononcé un discours, après une remise de chevalerie d'arts et des lettres, à la fois prometteur et semble-t-il un peu amer (à l'image des interviews qu'il a donné de ci de là). De toute façon, ce n'est qu'un au revoir : délié de son exclusivité intra-muros avec l'ONP, manifestement déçu de n'avoir eu le poste de directeur, celui qui est peu sorti de l'opéra a déjà prévu une tournée, à la fois comme danseur et producteur, et est déjà programmé au TCE en avril 2015...

vendredi 11 juillet 2014

le dernier Barenboim de Pleyel

Le jeudi suivant, rebelotte pour Staatskapelle Berlin/Daniel Barenboim. Radu Lupu, qui la veille était dans le public, était à présent sur son éternelle chaise banalisée, devant son piano, pour le Concerto pour piano n° 4 de Ludwig van Beethoven — une valeur sûre. Radu Lupu, c'est l'anti-effet de manche : le piano simple, les doigts agiles qui se baladent efficacement sans chichi. C'est net. Il est tellement discret (quels rappels nous a-t-il fait, déjà ? Le deuxième était clairement poussé par Barenboim, qui s'était caché dans l'orchestre lors du premier) qu'après l'entracte, pour la Symphonie n° 2 Op.63 d'Edward Elgar, il est subtilement sorti de la porte des coulisses menant à l'arrière-scène, et j'ai vu un ouvreur négocier avec un spectateur s'il pouvait se décaler pour laisser la légende s'asseoir à côté de lui (tu m'étonnes ! Le gars avait l'air un peu halluciné).

Barenboim est capable de diriger la seconde symphonie d'Elgar de tête. Pourtant, elle est déjà bien moins connu que la première, ce n'est pas un répertoire habituel ! La salle était cette fois beaucoup plus pleine (et remplie en retard, pénible...), de telle sorte que je n'ai pu de nouveau agréablement squatter un troisième rang vide de second balcon. J'ai dû subir un voisin nasalement gênant durant la partie pianistique (qui a déguerpi avant les rappels). Pour la seconde partie, il y avait pas mal de places vides en revanche. Tout cela est vraiment étrange...

Heureusement, de la très belle musique ! Et un aveu de Daniel Barenboim, lors d'un discours impromptu : il n'y aura pas de bis, parce qu'il ne peut rien y avoir après cela ; et il nous fit part de son émotion pour la dernière fois qu'il joue, avec cet orchestre, salle Pleyel, avant le déménagement à la Philharmonie. C'était bien beau !

une vie de Barenboim

Lorsque la Staatskapelle Berlin se déplace avec avec à sa tête Daniel Barenboim, on peut être à peut près sûr qu'il n'y aura pas une place disponible. Et ça a donc été la galère pour en racheter une à 10€. Pour s'apercevoir, mercredi dernier, que la moitié du parterre était occupée par la société générale et une foultitude d'invités. Pis encore, une fois à l'intérieur : les tarifs stratosphériques (130€ la 1ère catégorie) ont découragé bien du monde, et seule une moitié de salle Pleyel était remplie. Une vraie réussite commerciale. C'est vrai, quoi, pour de la culture subventionnée, on peut accentuer l'entre-soi en doublant le prix des places pour deux fois moins de monde !...

Heureusement, on sait qu'on va avoir de la très bonne musique. Mais ce premier volet à base de Richard Strauss a tout simplement moins séduit que celui du lendemain (au même tarif délirant). Et malgré cela, pas de rappel non plus (malgré deux solistes aussi, Claudius Popp au violoncelle et Felix Schwartz à l'alto).

Don Quichotte op. 35, et après l'entracte, Ein Heldenleben (Une vie de héros), poème symphonique Op.40. Barenboim sait faire de la grande musique. Pas forcément poignante, noterons-nous, un peu trop parfaite peut-être ? Extrêmement propre. Mais pas bouleversant (en même temps, ce n'est pas forcément le cas de ces deux Strauss-là).

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