humani nil a me alienum puto

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mardi 6 décembre 2016

finalement Pletnev

Je pensais que c’était un habituel concert du Russian National Orchestra que dirigerait Mikhaïl Pletnev. C’était écrit sur le billet. Mais que nenni, Guennadi Rozhdestvensky devait diriger ! 85 ans au compteur et quelques annulations ces temps-ci. Alors même si j’étais arrivé en courant à la Philharmonie, à 20h40, replacé en fond de parterre, toujours rien. Et à 20h45, une annonce, enfin : le chef ne se sent pas d’attaque. Appris « il y a 10 minutes ». C’était un pari sur l’avenir… Dommage, avec les horaires de Pleyel, ce serait passé, je crois.

Heureusement, il y avait un chef de réserve. Pletnev à la rescousse ! Car s’il était sur le ticket, c’était pour jouer au piano, cette fois, sur la deuxième pièce. Donc, on fait appel à l’assistant chef en renfort pour le Concerto piano de Scriabine, avec Pletnev au piano comme prévu. OK, tout est bon, à 20h50, enfin, Pletnev mode Droopy de toujours débarque pour diriger la 1ère symphonie de Prokofiev, mode Haydn un peu boosté. Il s’en tire très bien — remplaçant peut-être, mais enfin, il connaît son travail tout de même, et à mon avis ils devaient tous se douter que ça pouvait arriver. Puis le Scriabine (encore du temps perdu pour amener le piano, en baissant les estrades des pupitres — l’ascenseur de Pleyel me manque aussi). Le chef assistant est en réalité assez âgé ! On peut même faire un court bis, pour lequel le site web et le compte Twitter de la Philharmonie sont restés étrangement muets (comme les chaises musicales de ce concert, toujours mal crédité…).

Et pour terminer, après l’entracte, une 9e symphonie de Chostakovitch, somme toute assez courte — trois fois une demi-heure, c’était un concert calibré pour ne pas être trop fatigant, spécial troisième âge russe mythique. Pour finir, un chouette bis avec la suite n. 5 du Ballet de Chostakovitch (merci le CM Twitter, pour la peine). Soirée sauvée jusqu’au bout.

messes désharmonisées

C’était probablement la place la plus chère de la saison à la Philharmonie. Je ne sais plus pourquoi j’avais dû prendre à 30€ deux places de côté, mais toujours est-il que dans cette salle diabolique, ce n’était pas forcément la meilleure idée qui soit. Car si Hinata-chan n’y semblait pas initialement sensible, le son était clairement en sourdine, et c’était vraiment évident pour les timbales encore plus que pour le choeur. Alors cette belle Harmoniemesse de Joseph Haydn, avec notre René Jacobs préféré, dirigeant le Freiburger Barockorchester accompagné du RIAS Kammerchor, clairement, aurait pu être meilleure. Et je passe sur la voisine de gauche, toute proche dans le tournant de l’arrière-scène côté jardin, qui rajoutait cet instrument de musique chez les femmes bourgeoises pénibles qui hantent les salles de concert : la quincaillerie au poignet.

Après l’entracte, le parterre étant toujours aussi plein (et la ninjaïtude de mon binôme toujours aussi limitée), un simple déplacement de quatre mètres vers le centre a totalement changé la perception acoustique du requiem de Mozart (version achevée par Franz Xaver Süßmayr et complétée par Pierre-Henri Dutron). Sophie Karthäuser (soprano), Marie-Claude Chappuis (alto), Maximilian Schmitt (ténor) et Johannes Weisser (basse) pour une belle fin de soirée. Mais cette salle, bordel…

mardi 29 novembre 2016

Gergiev Proko 2

Je ne sais pas si une partie du public de la veille ne s’en était toujours pas remise, ou si c’était simplement la crise et le choix à faire entre les deux soirées, mas toujours est-il que la seconde soirée Gergiev-Mariinsky-Prokofiev à la Philharmonie était beaucoup moins remplie, avec de larges tranches de sièges vides. Certes le programme était moins hype, moins sexy. Le 4ème concerto a été écrit pour main gauche — pour les mêmes raisons et le même pianiste que la fameuse oeuvre de Ravel —, et le 5ème n’a ni les envolés ni les thèmes entêtants des précédents opus. Le premier pianiste, Sergei Redkin, a donc dû mimer l’estropié, mais depuis mon rang pair (avec le ninja voisin de la veille et l’ami berlinois) je n’en ai rien vu. En bis, les « Visions fugitives », aussi de Prokofiev (merci le compte Twitter de la Philharmonie ! — Qui d’ailleurs a un CM qui connaît son job, ça fait plaisir !)

Pour le concerto n°5, dernier de la série, nous avons eu un pianiste revenu de loin (histoire rocambolesque de meurtre de sa femme et incarcération avant blanchiment, m’a-t-on dit !), et il était effectivement, comme annoncé, très très bien : Vadym Kholodenko. En bis, Tableau 1 & 2 en ut mineur de Rachmaninov.

Et comme la veille, oeuvre bonus de clôture : Cendrillon. Ça vaut peut-être pas Roméo et Juliette, mais ça n’en reste pas très beau, surtout avec une telle orchestration. Le tic toc, tic toc nous a fait retenir notre souffle… Et quels cuivres ! Extraordinaire. Encore une fois, la Philharmonie a été pleinement exploité — et de fait, en contraste, nous rappelle cruellement que les concerts ordinaires ont encore du potentiel à exploiter et de la marge à combler…

Et les cuivres, on en remet : encore une fois, il n’y a que Gergiev pour faire un bis pareil, un Oiseau de feu complet. Je te pose un Stravinski complet comme ça, là. On s’était dit que la veille devait être deux fois le concert du jour — sur le papier. Bein ça a quand même tiré jusqu’après 23h00… (Et donc j’ai dû retourner avec le même RER de minuit, comme la veille — tic, toc, tic, toc).

Valery Gergiev, c’est notre oiseau de feu….

Gergiev Proko

De temps en temps, Gergiev revient avec le Mariinsky sur Paris, comme un ouragan qui passait sur nous. Cette fois, il a eu cette idée de venir avec des lauréats concours Tchaïkovski, au piano, pour nous faire une intégrale (dans l’ordre) des concerto de Prokofiev — avec un peu de bonus tout aussi de Proko. Et c’est ainsi qu’on a découvert (après un retard habituel d’une bonne dizaine de minutes) le tout petit George Li. Petit mais virevoltant jeune pianiste ! Dans la 1ère de Prokofiev, il navigue aisément, les pieds touchant à peine les pédales. Il nous fait ensuite, de la même eau, Widmung de Schumann retranscript par Listz (merci les ninjas voisins de replacement sur la demi-rangée libre en bas de parterre, plein centre).

Deuxième pianiste, Matsuev, pour un deuxième concerto de Prokofiev pour piano qui tabasse. Matsuev tabasse. Le piano est tabassé. C’est le massage thaï du piano : on ne sait plus trop si ça fait mal ou si ça fait du bien. Beaucoup des deux, peut-être. Comparé au concert du vendredi précédent où l’on n’entendait pas grand chose, la Philharmonie fait faire le grand écart. Et puis en bis, tant qu’à faire, le finale de la 7ème sonate de Prokofiev : mon malicieux voisin, qui joue en même temps sur ses genoux, trolle un « on pourrait montrer à Khatia qu’on peut jouer aussi vite MAIS plus clair ». Et en second bis, pour être plus léger, un morceau bien ironique, blim blim, « humoresque » de Rodion Chédrine (thx ninja Etienne). Vers la fin du morceau, une sonnerie de portable se fait entendre dans la salle, et le pianiste arrive à en impro à introduire une sonnerie emblématique dans la partition en réponse. Public conquis.

Bizarrement, après ça, il faut réaccorder le piano, et ça prend tout l’entracte ! L’orchestre se fait attendre : 22h07, toujours rien, et la salle applaudit pour vérifier le principe de causalité. Échec. 22h09, enfin. Gergiev revient avec son cure dent de direction et un freluquet blondinet qui paraît-il a 15 ans, mais qui n’a clairement pas commencé sa puberté. On se demande ce qu’il va se passer — mais on se rappelle que conformément à l’idée de ce cycle, il a finit dans les trois premiers au concours. Il y a de ces moments où l’on sait qu’on vient d’assister à un truc qu’on pourra raconter dans 40 ans, quand on sera un vieux ninja, aux petits jeunes qui viennent assister au récital d’un futur grand. Alexander Malofeev, c’était juste wow. Pour une 3e de Proko, en plus ! Pas rien. Et en rappel, Ondine (Gaspard de la nuit) de Ravel. On prend des photos : ça servira pour l’Histoire.

Le temps de bouger le piano et le tabouret de Gergiev, qui traînait jusqu’alors la patte (et puis tout à coup plus rien, sautillant comme un cabris), il est déjà 22h53 : il reste un Roméo et Juliette. Qu’à cela ne tienne, 20 minutes top chrono. Cuivre décoiffants au 6ème rang de parterre. Et puis à un moment, on croit voir un fast-forward — c’est presque comique, on se demande si ça ne va pas fumer dans l’orchestre, comme dans les cartoons. Pourtant l’orchestre tire toujours des têtes de Russes de prison. Imperturbables et speedés. Incroyable.

On peine à reprendre notre souffle. Il est 23h15 : fin du concert ? Que nenni, sans partition, un dernier rappel pour la route ! (Même pas trop la peine d’insister, y’a plus le temps) L’après-midi d’un faune (prélude) de Debussy… au ralenti ! Tout en nuance. Quinze minutes de bonus, pour faire trois heures de concert. Il n’y a que Gergiev pour nous faire ça. Son fabuleux.

C’est la première justification, depuis sont ouverture, des 480 millions € de Philharmonie : il fallait Gergiev pour ça !

mardi 22 novembre 2016

enlèvement du récitant

Au TCE, dimanche soir, il y a eu un enlèvement au Sérail de conoisseurs — ie salle à moitié vide. Ça ressemble à l’équipe des remplaçants, mais c’est plutôt l’équipe-des-chanteurs-qui-vaudront-très-très-chers-bientôt — alors autant en profiter tant qu’ils sont jeunes et abordables.

Olga Peretyatko - Constance
Pavol Breslik - Belmonte
Claire de Sévigné - Blonde
Michael Laurenz - Pedrillo
Nahuel di Pierro - Osmin

Le chef Maxim Emelyanychev avec l’orchestre réputé Orchestra La Scintilla Zurich (secondé du Chœur supplémentaire de l’Opéra de Zurich, qui n’a pas beaucoup à chanter) a probablement eu l’idée étrange d’ajouter à la mise en espace un récitant dans le rôle du Pacha Selim — Sam Louwyck. D’autant plus bizarre que le texte semblait très ad hoc (un peu d’humour, pourquoi pas…), mais pas forcément bien prononcé. Bizarre, bizarre. Hinata s’est difficilement retenue de descendre le chasser de la scène.

Mais au final, c’était très bien !

Gardiner romantico-vintage

Depuis le début de la saison à la Philharmonie, j’ai toujours trouvé à me replacer. C’est bien la première fois que la salle était tellement blindé qu’il a bien fallu me résoudre à remonter. Il y a avait quelques places libres, mais c’était compliqué, et loin d’Hinata-chan, qui en toute rigueur avait décidé d’écouter l’Ordre et la Loi. C’était donc une première, depuis bien longtemps, au second balcon de côté. Au début, je pensais que cette soirée Gardiner, avec son traditionnel Orchestre Révolutionnaire et Romantique, serait du baroque (indice Hinata), mais que nenni, du Brahms ! Sérénade n° 2. Joli mais un poil inutilement compliqué, Hinata le déclara « à la limite de l’inaudible » pour elle — qui s’essaie hors de son répertoire, cette année. Charmant et oubliable, comme du Brahms.

Suivait un Beethoven très vintage, concerto pour piano n° 4, avec un piano-réplique d'après un piano de Conrad Graf, c. 1824 (à simple échappement ?), réalisée par Rodney Regier (collection Edwin Beunk), et joué par Kristian Bezuidenhout. Si le son est devenu moins pire qu’avant, quoique étouffé, le piano du passé (futur du passé, certes), était là bien écrasé par l’orchestre, surtout qu’ouvert côté parterre. Un pianoforte faiblard, le comble. L’impression aussi d’avoir déjà entendu cette 4e pour la sixième fois cette année, mais cette fois-ci en tendant l’oreille, avec un goût un peu fermenté pas désagréable.

Et enfin une 5ème de Schubert. Je n’imaginais pas Hinata apprécier cela (je me rappelle que la 8ème avait eu du mal à passer), mais oui. Comme quoi.

Lola à Venise

Pas de Lola pour cette session de l’Orchestre de Paris à la Philharmonie ! Mais un Joshua Bell pour le concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op.77 de Brahms, avec apparemment une cadence maison, mais rien n’en était plus dit dans le programme me semble-t-il. Il y avait aussi très peu de ninjas dans la salle, certainement déçus de l’absence de Lola, ou fuyant Brahms, ou parce que Jean-Yves Thibaudet était simultanément au TCE (pourtant la veille, mercredi, tout le monde semblait être de Contes d’Hoffmann, mais peut-être pas les ninjas ?). Après un bis Bach-syndical-Gavotte-en-Rondeau, il y avait l’entracte et la magnifique 5e symphonie de Mahler, qui expliquait que la salle soit bien, bien pleine. Mais sans Lola. Morte à Venise ?

dimanche 13 novembre 2016

quelle erreur, quelle folie de ne point venir

L’horaire de cet Armide de Lully à la Philharmonie était étrange : 19h00. Il arrive parfois d’avancer une longue représentation d’une heure, mais de plus que cela, c’est extrêmement rare (un Crépuscule ou un Saint-François, à la rigueur). Et donc, c’était bien 19h30. Merci pour l’information. Les spectateurs (heureusement minoritaires) non au courant errent dans les grands halls étroits sans sièges. Quelle horreur.

Il y avait pourtant un beau divan confortable en cuir, mais il était sur la scène, ustensile de la mise en espace. Comme Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre avec le Choeur de l'Opéra de Bordeaux. Alors que les ninjas, eux, formaient une belle grappe au dernier rang du parterre. Il est vrai que l’acoustique y est particulièrement agréable, grâce au mur réflecteur de derrière, et à la profondeur faible du balcon au dessus. J’aurais dû être accompagné, mais l’horaire encore a empêché cela — et le nombre de places libres dans la salle a confirmé les difficulté de revente de la place en extra. Pour compenser l’absence préjudiciable de jolies jambes, l’Univers a prévu cependant celles, sur scène, d’une jolie blonde venue du choeur et opportunément cinquième soliste non créditée et non fleurie (quoique présente aux saluts avec les autres artistes).

La distribution était particulièrement excellente. J’oublie sans cesse cet opéra, où la sorcière orientale Armide (Gaëlle Arquez, très convaincante en meuf invivable) ne sait pas trop où elle a mal face au croisé Renaud (Stanislas De Barbeyrac, envouté). Il y a pourtant des moments extraordinaire, comme ce

« Ah ! Quelle erreur, quelle folie
De ne pas jouir de la vie !
C'est aux Jeux, c'est aux Amours,
Qu'il faut donner ses beaux jours ! ».

Mais j’en retiens toujours un assez bon sentiment pour reprendre une place d’une fois à l’autre. Cette soirée le méritait : très grosse ovation finale pour tous les artistes.

trois fois Balanchine

Le triple-bill Balanchine de Garnier, en hommage à Violette Verdy (l’occasion fait le larron), c’est comme @odette9 qui m’avait pris la place avec elle (mais pas dans la même loge : regroupement familial post-entracte). C’est certes très joli, parfois ennuyeux (on s’en tiendra à « parfois ») et on aimerait bien rentrer dedans, mais décidément, ça veut pas. Ça n’empêche pas de remettre le couvert pour tenter d’avoir de bons souvenirs, un jour — c’est pas mauvais non plus, alors ça justifie de s’acharner un peu.

Mozartiana, qui entrait au répertoire, c’est mignon tout plein, comme une oeuvre de jeunesse qui est pourtant la toute dernière chorégraphie de Balanchine, deux ans avant sa mort : il paraît que la vie est cyclique, quand on est vieux c’est comme lorsqu’on est bébé. Ça se regarde bien, mais en faisant autre chose. Dorothée Gilbert, Josua Hoffalt et Arthus Raveau (Arthus, pas Arthur, mais c’est le même, en différent).

Venait ensuite une rediffusion de Brahms-Schönberg Quartet, au cas où on l’aurait raté il y a 4 mois (l’ironie veut aussi que j’avais acheté une place essentiellement motivée par @odette9, et qu’on était aussi séparé mais proches… Relation asymptotique). C’est toujours pareil, mais les costumes de Lagerfeld, notamment le rose-moche, choquent moins : la plus petite et pompeuse salle de Garnier aurait-elle un effet bénéfique ? Les danseurs s’accordent qu’il est plus facile d’y danser cela. Nous avions au 1er mouvement : Dorothée Gilbert, Ida Viikinkoski, Mathieu Ganio. Au 2ème mouvement : Hannah O'Neill (miam), Florian Magnenet. Au 3ème mouvement : Sae Eun Park (toute promue, joie intérieure intériorisée), Fabien Revillion. Et pour le 4ème mouvement : Valentine Colasante et Alexandre Gasse.

Pour finir, le meilleur de la soirée, Violin Concerto (celui de Stravinsky). Avec Alice Renavand — évidemment, sinon ce ne serait pas le meilleur. 1er pas de deux avec Amandine Albisson et Stéphane Bullion, 2ème pas de deux avec Alice Renavand et Karl Paquette, et une myriade de danseurs tout autour, pour une demi-heure de tableaux. J’ai essentiellement retenu que c’était le meilleur, et que ça méritait d’être revu un jour. Voilà. Et pas de Sonatine (donc trois fois Balanchine, pas quatre), parce que c’était pas le bon jour ou qu’on n’a pas été gentils (quel bordel, cet opéra…).

Pretty of Lammermoor

Il fallait aller voir cette Lucia di Lammermoor de Donizetti. Ou plutôt, aller l’entendre. Et plus précisément encore, Pretty Yende. Tout le monde était unanime, c’est un phénomène. Qu’en dire de plus ? Elle est formidable, fantastique, extraordinaire, sublime.

Après une attente pour les places de dernières minutes, sans soucis mais non-immédiate pour cause d’horaire exceptionnel à 20h, et après s’être installé au 11ème rang un peu de côté du parterre, le levé de rideau m’avait malheureusement déçu : encore la mise en scène d’Andrei Serban. C’est d’autant plus osé, pour du réchauffé (57ème représentation !!), que les tarifs ont doublé. Incroyable. Et voilà comment on se retrouve avec des places vacantes au parterre. L’opéra Bastille a un peu amélioré le confort des spectateurs, en échange, avec un surtitrage de côté (enfin !), sauf que c’est écrit dans une police minuscule, en deux langues (français et anglais. Ils auraient dû tenter de rajouter la VO italienne, tant qu’à y être). Idem pour le surtitrage en hauteur, qui certes m’a l’air plus large qu’avant, évitant l’écrasement des polices, mais franchement difficile à lire malgré l’usage de deux couleurs. Il faut dire qu’à présent, comme seuls les touristes et le 16ème arrondissement, minoritaire, peut se payer des places à l’opéra, il faut traduire en néo-lingua franca.

En même temps aussi, ce n’est pas comme si ce qu’il y avait à voir sur scène méritait une énorme concentration. Que c’est bruyant, en plus ! Une orgie paysanne dans le foin après l’entracte, une construction de château de charbon pendant la scène de la folie, mon voisin n’en pouvait plus. Heureusement, la distribution était brillante (Piero Pretti pour Edgardo, lui aussi en alternance, Enrico de Artur Ruciński, Arturo par Oleksiy Palchykov et Rafal Siwek en Raimondo), sous la baguette de Riccardo Frizza, mais surtout, Pretty Yende : le choc. Elle n’a pas forcément la tête de l’emploi (pas vraiment frêle… Et puis a-t-elle le même père que son frère, il y a un petit problème de couleurs), mais quelle voix, et puis un très beau jeu aussi (avec la mise en scène acrobatique d’un Serban déchaîné, quelle horreur absurde — mais on voit tellement de choses atroces qu’en comparaison, on est presqu’heureux). Pretty Yende, à un moment, j’ai hésité à la demandé en mariage — mais ça n’a pas l’air d’avoir trop réussi à sa Lucia. En tout cas, où elle ira j’irai !

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