humani nil a me alienum puto

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mercredi 17 juillet 2019

parabeatle

J’enchaîne les biopic musicaux au ciné. Voici, dans « Yesterday », le tour de Jack Malik (interprété par Himesh Patel). Mais oui, LE Jack, celui qui est devenu extrêmement célèbre du jour au lendemain, alors qu’il crapahutait en faisant des reprises à la guitare. Et puis là, en chantant la même chose, tout à coup, il devient star interplanétaire avec ses tubes intemporels — même si on se demande bien à quoi il fait référence…

Il faut dire, nous apprend Danny Boyle, que la chance de Jack a tenu au miracle. Après un évènement surnaturel — qui lui a valu quelques fractures —, un groupe obscur (les « Beatles ») aurait soudainement disparu de l’histoire et des mémoires, à l’exception de la sienne (fort approximative), laissant le champ libre pour sortir des tubes en série.

Et puis il rencontre encore par hasard Ed Sheeran (Ed Sheeran) — alors lui, il existe dans toutes les réalités alternatives et c’est un vrai, mais c’est là que je découvre que je suis un vieux con, parce que j’ai pas capté qui c’était… (Donc c’est lui qui a fait « Shape of you », et c’est une vraie star interplanétaire — oups). Après avoir assuré une première partie, la carrière de Jack est prise en charge par le manager d’Ed, une blonde aux dents qui rayent le parquet et à la franche répartie étonnante, dirons-nous.

En revanche, est-ce que l’ancienne manager amatrice de Jack, friendzonée à l’insu de son plein gré par celui-ci, et jouée par l’adorable Lily James, ne serait pas disponible dans notre réalité avec Beatles ? « Yesterday » reprend beaucoup le pitch de « Jean-Philippe ». Mais si, souvenez-vous, le film où Luchini, fan absolu de Johnny, se réveille dans un monde parallèle où son idole a disparu ! Mais dans une veine assumée de feel-good movie, Danny Boyle donne dans la satyre du monde musical et le second degré pour désamorcer l’acidité d’un biopic virtuel sans drogue, ni alcool, et avec une seule femme — enfin bon, si leur introversion non palliée arrive un jour à être dépassée… Et tisse une jolie histoire sur l’art et la création artistique.

Évidemment, tout cela est très moral, et l’authenticité recherchée par Jack, mise à mal par son plagiat de réalité alternative, devra trouver une solution — autant que sa vie amoureuse. Ça ne révolutionnera pas le cinéma malgré quelques originalités, mais ça fait très bien ce pour quoi c’est fait.

code of McGregor

Il y avait un Wayne McGregor à l’opéra Bastille, un dernier spectacle dansant dont les vidéos étaient alléchantes : Tree of Codes. Pas énormément de possibilités sur l’agenda : ça laissait samedi, avant le feu d’artifice, puisque 1h15 en commençant à 19h30, ça libère aisément le reste de la soirée. 19h30 ? 19h37 ! Les jeunes ouvreurs ont été briefés : on laisse entrer les retardataires et les entreprises de ninjaïsation sont repoussées jusqu’à l’absurde, à savoir laisser sciemment des places vides dans le public. Résultat, avec la souris, on doit grimper en 2ndes loges alors que le spectacle commence, pour s’apercevoir que depuis les places vendues sans aucune notification sur le billet, on ne voit strictement rien. Service public. Après avoir mis au point un stratagème diabolique, sur le chemin, on trouve finalement deux places de premier rang en galerie ; ça coupe une partie du fond de la scène, mais c’est déjà ça ; heureusement, beaucoup de choses se passent devant, mais il y a aussi quelques séquences très en arrière, qui à mon avis n’étaient pas non plus accessibles aux places de face trop éloignées.

McGregor nous met en fond musical du Jamie xx, c’est techno et très bien, mais c’est plaqué à 90% du temps, analyse la souris qui — c’est son superpouvoir — explique fort bien l’absence de sentiment d’implication. On voit des choses, c’est bien, même très bien, mais ça ne marche pas ; sauf à quelques moments, où l’on se rappelle à quel point ça peut être génial (et inversement, à quel point ça aurait pu l’être). Quand la scénographie souvent superbe d’Olafur Eliasson se synchronise, on atteint la perfection, mais c’est toujours de courte durée.

Six danseurs (trois hommes, trois femmes) de l’opéra de Paris, punis de Singapour et de Mats Ek (qui tourne à Garnier), ont été fusionnés avec six danseurs de la Wayne McGregor Company, de telle sorte qu’on a un peu plus de couleurs — une cheveux-roses et un black ! Pour l’opéra : Valentine Colasante (caution étoile), Lucie Fenwick, Nine Seropian (enchanté, on ne se connaît pas ?) et François Alu (ah c’était lui !), Julien Meyzindi (dont c’était la dernière ! D’où les cotillons ?), Sébastien Bertaud. Pour les invités : Catarina Carvalho, Eileih Muir, Daniela Neugebauer, et Dane Hurst, Luke Ahmet, Travis Clausen-Knight, Louis McMiller, James Pett.

En bref : ça aurait pu être un chef d’oeuvre, ce sera une banque d’extraits et une source de regrets.

samedi 13 juillet 2019

the doors to perception

Hasard du calendrier, « The doors » ressort au cinéma. Le film d’Oliver Stone met-il la patate au musicobiopic sur Elton John ? Évidemment, mon alerte binôme rockeuse avait déjà la réponse. Il y a presque 10 ans (!!), j’étais allé voir le documentaire « When you’re strange » avec Léa, un autre rockeuse propre sur soi — à croire que Jim Morrison incarne la décadence externalisée, le poète maudit compatible bobo.

Val Kilmer ne joue pas à fond la carte de la ressemblance physique (accusé notamment par mon experte d’avoir un trop gros nez, ce qui me semble caractéristique de gronasophobie, et ma génétique italienne s’en prévaudrait donc victime — sans que cela soit bien tiré au clair cependant). Il est complété par l’adorable Meg Ryan en petite amie moult fois trompée (mais rabibochée finalement pendant une bonne fellation — « ciment du couple », nous disait Elle — pendant un enregistrement d’album) ; elle bénéficie manifestement d’un traitement hagiographique, d’ailleurs on ne dira pas, juste avant le générique, comment elle est morte en 1974 (évidemment en 1991 Jim était encore mort semi-naturellement dans sa baignoire et pas encore d’overdose dans les chiottes de la boîte de nuit d’à côté). Si le traitement général semble juste (Elton de la veille était très très sobre, en comparaison…), on remarque que l’enterrement en mode lose totale (à l’arrache, aucun membre du groupe présent) est escamoté en faveur d’une captation du Père Lachaise au milieu des grands noms de l’Art, même si sa tombe est devenue une poubelle (pour information : à droite à mi-hauteur en entrant par le côté Nord pas loin de la station de métro éponyme, suivre les graffitis).

Alors il y a la booze, le cul (plein de cul ; et des problèmes d’érection, quand même, à force de diluer les globules rouges), mais surtout, la dimension spirituelle. Et ça, quand tu traites de Freddy ou de Elton, tu peux pas l’avoir, donc tu peux pas traiter le sujet — bref, tu ne peux faire que de l’entertainment. Mais quand tu as Jim qui est grosso modo Bukowski en plus perché avec une guitare, un clavier (de génie) et une batterie derrière, ça passe mieux. Personne ne comprend toujours trop ce qu’il raconte, mais ça passe rudement mieux qu’à froid, en mode poème brut sur papier ou enregistré par lui-même. Chamanisme des burning men dans le désert, ride the snake au LSD, vis ta vie sous acide, pour une personne hyper intelligente et sensible, dans le bain de l’époque (tous à poil !), ça donne des vibes d’enfer. The doors c’est un très bon moyen d’atteindre la transe même sans substance chimique (ou naturelle, ce qui est pire).

Il aurait été d’ailleurs intéressant de plus se pencher sur la réaction sociale avec la police qui encadre les concerts et les procès : la transe est l’impensé total, le tabou suprême, en occident. La danse a été cantonnée sur une scène, seul lieu autorisé de la déraison — nous dit Pierre Legendre. The Doors décloisonne et ne s’interdit rien (à l’époque où le rap est encore dans 30 ans, on ne tue pas son père ni nique sa mère — notons que Wikipedia nous dit que cette partie de The End avait été improvisée sous exta et que le bar avait immédiatement coupé, donc contrairement au film, la chanson n’avait pas atteint son paroxysme étatique final, avec le scandale et l’expulsion ensuite). On voit Jim manipuler le public, mais à peine. On comprend que sur scène ce n’était pas toujours ça, mais surtout via le compte-rendu d’un journaliste. L’épisode de l’avion est fort résumé — on pourrait se demander pourquoi il est si en retard, alors qu’en réalité, après en avoir loupé un, il est tellement déjà murgé qu’il en rate un second…

On a quand même un traitement de la perte de repères, et de l’entourage impuissant ou perdu devant la fuite en avant — on frise Trainspotting avant l’heure. La différence avec Freddy ou Elton, c’est que Jim n’a même pas le temps de se rendre compte qu’il est millionnaire. Il est totalement perché et n’en a vraiment rien rien à fiche, il reste fidèle à ses idéaux — est-il mort trop tôt pour se corrompre ? Même pas sûr. En revanche, le groupe est clairement plus pragmatique, et on y voit l’épisode ou Jim apprend que les droits de Light my fire ont été vendus pour une pub — sacrilège capitaliste. On se demande si le groupe aurait pu tenir dans tous les cas…

Mais encore une fois, là où le film donne une épaisseur qui lui permet de ne pas se contenter d’entertainment, c’est cette quête spirituelle permanente. Il n’est pas improbable que cela ait inspiré un Kurt Cobain et un Gus Van Sant. Après quelques millions de quelques albums vendus, on peut aussi se demander si finalement c’est un groupe aussi populaire que Queen par exemple. C’est plutôt un marché de niche, un truc unique qui a inspiré mais qui reste particulièrement unique. À partir de là, la cible du film n’est pas non plus la même. On peut probablement se permettre d’être moins explicite, et de traiter différemment les origines par exemple (qui restent encore en mode : papa-maman ne m’aimaient pas beaucoup et je serai probablement incapable d’aimer les petits Jimmy que j’ai planté un peu partout — là aussi, ça ressemble à… Johnny Halliday !). Surtout que le public actuel, en environnement pessimiste dans un monde jamais aussi riche et sûr, réclame du propre (souvenons-nous que la mort évacuée, on n’a jamais aussi peu baisé de l’histoire de l’humanité). Pourrait-on alors tourner The Doors, même avec Oliver Stone, 17 ans plus tard ? Tout autant qu’on voit mal qui serait le The Doors actuellement (malgré mon amour pour The Brian Jonestown Massacre et son Anton qui peut entrer en compétition au niveau de « rockeur-chanteur perché saoul-drogué en permanence qui insulte parfois le public et s’autodétruit — avec moins d’effets, merci les progrès de la médecine).

Bref, on vote pour les Doors.

still standing

Le biomusicopic depuis quelques semaines est celui sur Elton John. « Rocketman », c’est lui. Il grandit dans la banlieue de Londres, c’est un petit génie de la musique délaissé par ses parents et totalement privé d’affection paternelle, qui après une formation classique va crapahuter dans un petit groupe et faire des bars, avant de faire LA rencontre — son parolier Bernie —, et connaître le succès alors qu’on ne misait pas trop de clous sur lui ; découverte de l’homosexualité (que tout le monde savait sauf lui), accélération de vie, fortune, trop vite, alcool, drogue and pop’n’roll, vie fantasque sur scène et sur sexe, il déraille, évite de peu les murs, et même avec son nouveau manager(-amant), ça part en live ; remplir les salles le coeur vide et vendre 4 à 5% de l’ensemble des disques dans le monde. Heureusement, tout cela finira bien, et Reggie aka Elton continue depuis dans la sobriété comme family man, avec l’homme de sa vie.

Évidemment que cela rappelle Fredy Mercury/Queen (« Bohemian Rhapsody »), surtout avec la proximité des deux films — que ce soit une coïncidence ou une vieille habitude hollywoodienne. Mais cela pourrait aussi être David Bowie (« vais-je être aussi bon sans alcool et drogue », se demande Elton, alors que David se posait exactement la même question une dizaine d’années avant, et de découvrir que oui !), ou même… Johnny Halliday (qui réussit à avoir un père encore pire, dans le genre, et qui après une vie très tumultueuse, a fini papa-poule). Les génies introvertis concomitants, est-ce bien surprenant ? Il y a les rock stars qui mourraient jeunes ; et même si l’on faisait des biographies de rappeurs des années 1990, on aurait les mêmes (et il y a ceux qui se sont fait flinguer d’un côté, et ce qui sont milliardaires de l’autre). Bref, quand une star de la pop des années 1970-1980 survit, manifestement, elle connaît épiphanie et rédemption. Et biopic, parce que oui, le cinéma américain, c’est moral et ça remplit les salles d’optimisme — ce qui implique de passer par l’enfer plein de paillettes.

Il reste donc à se différencier sur le traitement. Le réalisateur-nègre (puisque Elton John lui-même a piloté sa bio) Dexter Fletcher, qui avait déjà bossé à la prod et comme monteur sur Bohemian Rhapsody, montre ici plus d’originalité fantasque : on fait l’anamnèse à partir d’une réunion AA, et on tisse de la figure de style : quand le public décolle, il décolle vraiment. Mais surtout, c’est une semi-comédie musicale où les chansons sont remises en perspectives dans la vie de l’artiste, quitte à ce que ce soit chanté par Reginald Dwight gamin. Taron Egerton (que je n’avais clairement pas reconnu sorti de son Kingsman, mais le pire reste encore Bryce Dallas Howard en brune que je n’arrivais pas à remettre — sa mère !) s’en donne à coeur joie, et même les critiques les plus boudeuses, qui regrette toutes l’aspect convenu (comme mon accompagnatrice), ont relevé la qualité de son jeu.

Il y a ceux qui vont passer un beau moment, et ceux qui réclament mieux. Je prends le parti de ne jamais bouder mon plaisir, même cousu de fil blanc. Mais tout en reconnaissant les limites de l’exercice, je serais quand même curieux de voir ce que les boudeurs ont à nous proposer en échange…

dimanche 7 juillet 2019

viva v.e.r.d.i.

Quel est donc cet acronyme sorti dans la mise en scène de Jean-Claude Auvray ? Peu importe, pour une fois (mais j’ai l’impression que ça devient plus récurrent), à Bastille, la mise en scène devient plus potable, mais bénéficie essentiellement de ce qu’elle manque : de bidets, de nazis, de gens nus, etc. Sinon, aucune inventivité outre mesure pour cette force du destin de Verdi, vendredi soir, avant-dernière représentation, au public très disparate malgré une promo à -50% sur les quatre premières catégories à tarif indécent — ce qui assure donc une belle soirée pour 5€, à condition de glander une heure trente le matin devant la billetterie.

Très beau casting à mélomane (aucune star) pour cette Forza dirigée par Nicola Luisotti, avec dans les trois rôles principaux Carlo Cigni (Calatrava), Elena Stikhina en Leonora (prenant le relai d’Anja Harteros, qui avait le rôle jusqu’à la mi-juin) et Željko Lučić (Vargas). Des chanteurs impressionnants complétés par d’excellents seconds couteaux. Cet opéra a deux particularités : beaucoup de relais de personnages qui ne trustent donc pas la scène, et une histoire qui s’étend sur huit ans et demi, de telle sorte que la chanteuse principale très sollicitée dans la première partie (1h20) disparait ensuite totalement lors de la seconde (60 minutes), qui marque en revanche le retour de son amant lors de la deuxième partie, et ne revient qu’à la fin de la troisième et dernière partie (40 minutes), histoire de se faire rapidement zigouiller parce que c’est la maledizionne.

Chez Verdi, il nous faut : des amants maudits ; un drame familial où ça s’occit pour un oui ou pour un non ; donc beaucoup d’honneur et de sang ; des processus classiques amitié express => trahison => trucidons-nous gaiment les uns les autres ; et une bohémienne. N’oublions quand même le vrai drame de l’affaire, qui est régulièrement rappelé : l’héroïne amourachée et déchirée par le destin est restée vierge tout le long. Moche.

Mon binôme a fait remarqué que deux siècles après le baroque, en restant sur les mêmes thèmes, c’est quand même pas le même traitement. Aspect technicolor. Opéra sépia ? C’est souvent drôle par le ridicule des situations exagérées. Il y a un moment où la coïncidence tue le drame. Il n’en reste pas moins une fort bonne soirée à pas cher, avec un excellent placement, avec peu de voisins tout autour (ce qui reste encore trop — les vieux sont une plaie).

vendredi 5 juillet 2019

petit Sellars rusé

Retour à la Philharmonie. Ça n’était plus arrivé depuis le 17 mai et le multi-récital de Philip Glass, qui s’était ponctué par la perte d’un humérus. Depuis, j’ai raté un Rake’s Progress par Barbara Hannighan, une messe en si, deux orchestre de Paris (dont un qui était la dernière de Harding), et au milieu de tout ça, un Lassus mis en scène par Peter Sellars — le tout étant formidable, magnifique, etc. Eh bien il y avait du Peter Sellars de rattrapage avec ce dernier concert de la saison, avec « La petite renarde rusée » de Janacek.

London Symphony Orchestra, London Symphony Chorus (placé en hauteur pour la 2e moitié) et Maîtrise de Radio France (dont une très mignonne fille chétive à tresse qui brûlait la scène !). Et Sir Simon Rattle à la direction. Si on ajoute Lucy Crowe en renarde et Gerald Finley pour le forestier, il ne fallait vraiment pas rater cette séance. un t-shirt par dessus un Dujarrier en lambeaux, et c’est parti pour le plus grand voyage depuis plus de six semaines…

La scène a été repoussée pour pouvoir placer un écran de vidéoprojection. De fait, avant même de pouvoir prendre un pot avec les Amis de la Philhar (2e activité dont je bénéficie depuis mars…), il a fallu échanger nos places — avec mon binôme Hinata-chan en pleine période excitante d’ouverture, tandis que la souris ne veut pas spoiler son souvenir de Bastille. On se retrouve ainsi en « EE », rang qui n’existe pas, et donc ça termine en JJ — côté couloir avec le bras gauche sans voisinage, par chance ! Rangs de chaises ajoutés, donc, tout devant la scène.

Et tout devant les hauts parleurs aussi. On ne pouvait pas rater leur petit bruit strident. Et puis lorsque ça chantait, on entendait trop bien (d’autant que ça chantait dans un peu toute les positions) ; gamines comprises. Ça fait penser à l’opéra d’Astana qui a coûté une fortune mais qui a une acoustique tellement naze qu’on est obligé de sonoriser l’orchestre… Voilà qui est bien dommage. Mais c’était plutôt bien fait, par exemple lorsque ça chantait depuis le parterre, on sentait bien que ça venait de derrière. Peter Sellars a parié sur une mise en espace, sans costume, augmenté de vidéos. C’est illustratif lorsqu’il s’agit de comprendre que tel chanteur est tel animal, mais franchement, on s’y perd un peu, d’autant que les chanteurs cumulent. Le point paroxysmique est lorsqu’on voit Lucy Crowe sur grand écran dévorer assez salement… des brochettes de poulet ! (Évidemment au moment de l’opéra où la petite renarde décime le poulailler qui ne la suit pas dans son communisme anti-patriarcal, car la petite renarde est une SJW).

Bon, clairement, on n’a pas la magie de Bastille. Ça fait toujours plaisir à entendre, mais la mise en scène/espace a plutôt tendance à distraire qu’à souligner ou accompagner. On a quand même bien applaudit. Peter Sellars portait sa plus belle houppette sur crâne semi-dégarni.

mardi 28 mai 2019

piano de verre

Une intégrale des études pour piano de Philip Glass à la Philharmonie, encore plus quand le maestro lui-même est présent, ça attire du monde ! Même la souris, ce qui n’est pas peu dire. On trouve quand même à se replacer au fond du parterre.

Philip Glass a peut-être 82 ans, il joue encore régulièrement du piano. Et c’est en toute logique que ce petit grand monsieur est venu ouvrir le bal, et est resté pour les saluts presque trois heures plus tard. Il y a 20 études, numérotées de 1 à 20, divisées en deux parts égales autour de l’entracte, réparties par paires successives à différents pianistes, quelques uns s’aidant de partitions, disposant chacun d’un tabouret pré-réglé. Lesdits tabourets ayant été positionnés tout autour de la scène, la succession des pianistes a été entrecoupée d’un machiniste venu faire les interversions de siège ; mépris pour un interprète, la running joke de la soirée a été de l’ovationner comme tel.

Avec deux études chacun, la liste de pianistes est la suivante : Aaron Diehl, Timo Andres, Célimène Daudet, Thomas Enhco, piano ; Maki Namekawa (en kimono !), Nicolas Horvath, Anton Batagov, Marielle Labèque, Katia Labèque (vendues par paire aussi).

Et c’était fort bon, parce que les thèmes répétitifs minimalistes enivrants de Glass sont ainsi qu’on peut difficilement y résister (et mal l’interpréter ?). Il y a quelque chose d’universel, de fascinant, de l’ordre de la transe. On pourrait taxer cela de facilité, et pourtant, c’est probablement ce qu’il y a de plus compliqué à faire, la facilité. Il faut savoir gouter son plaisir et les joies simples dans le laisser-aller ou le laisser-voguer.

war rest in peace bis

Bis ! Jamais un sans deux. Changement d’accompagnatrice : souris mercredi, Hinata jeudi. Sauf que… arrivé à la bourre (saleté de ligne 4 !), ouvreuse stressée (elle a réussi à interdire une demi-rangée en plein centre du parterre qui est restée vide toute la soirée !), SMS obscur de la miss (pas très douées pour les indications fiables et efficaces, les filles, en général…), je me rends compte assez tard de son positionnement près d’une caméra, mais la place voisine est interdite (la sienne aussi, probablement) : voilà comment la guerre déchire. Je me retrouve donc au dernier rang, pas bien calme non plus, avec comme voisin un ami-mélomane qui respire bien plus fort que prévu. Décidément, c’est difficile de réunir toutes les conditions idéales d’écoute, à la Philharmonie… Un voisin âgé plus au centre de la rangée décide même de quitter sa place, au beau milieu de l’oeuvre, pour rejoindre les places des retardataires juste derrière, où l’on peut déployer ses jambes. Et cette fois un sonotone part en sifflement bien fort pendant plusieurs secondes, à tel point que les ouvreurs sont partis en chasse…

Pour la deuxième session de War Requiem de Britten par l’orchestre de Paris et son choeur, je trouve enfin la réponse au mystère du mini-orchestre côté cour : ils ne jouent uniquement lorsque les deux hommes solistes chantent (en anglais). On y trouve, conformément à la configuration voulue par le compositeur pacifique, un Anglais, le ténor Andrew Staples, et un Allemand, le baryton Christian Gerhaher. Excusez du peu. La divine voix d’Emma Bell assure le rôle de soprano au milieu du choeur et arrive à s’en distinguer clairement. On regrette seulement, comme toujours, que la salle de la philharmonie si précise dans le son ne vibre que très peu malgré l’énormité des moyens déployés.

Daniel Harding réussit encore à maintenir un silence d’une trentaine de secondes à la fin du chef d’oeuvre. Formidable.

war rest in peace

Le War requiem de Britten est l’une des plus belles oeuvres qui soit. À la fois puissante et toute en finesse, mettant en branle un énorme orchestre (orchestre de Paris survitaminé, dirigé par Harding), figurant même un orgue, on remarque que les solistes sont rassemblés en groupe tout devant côté cour, sans qu’on sache trop pourquoi — j’ai pu trouver le lendemain en observant mieux. La salle de la philharmonie était très pleine le mercredi, et cela reste tout de même surprenant, même si en réalité il s’agit probablement les familles des choristes, fort nombreux, et notamment du choeur d’enfants qui chantait manifestement depuis le couloir côté jardin…

L’oeuvre commence dans le silence et en retard (vers 20h40), d’un seul bloc jusque vers 22h15. Elle réserve d’incroyables moments, avec un texte très fort sur la guerre, l’horreur, la réconciliation. On termine avec trente bonnes secondes de silence — mais le public  était dans l’ensemble plutôt dissipé (notamment un énorme éternuement et un léger sifflement bien pénible).

dimanche 26 mai 2019

NDT sans NDT

Retour à Garnier : ça faisait longtemps ! C’est que le triple bill León & Lightfoot /​ van Manen avait l’air de bien mériter un dimanche aprem en fond de loge. C’est du NDT, mais avec le ballet de l’opéra à la place. Généralement ça présage une meilleure technicité mais un rendu trop propre et moins émouvant. La comparaison avec le vrai NDT la semaine suivante à Chaillot aurait pu confirmer cela, si quelqu’accident n’avait forcé une revente de la place…

Ça commence par « Sleight of Hand », où le couple León-Lightfoot fait tout — sauf danser, et la musique est laissée à Philip Glass (Symphonie n° 2, 2e mouvement, sur-utilisée dans les ballets). Entrée au répertoire. Esprit Pink Floyd « the division bell » : 2 grandes ombres sur échasses, dénudés, avec de grandes capes ; tout en noir & blanc ; et en contrebas sur scène, des danseurs plus nerveux. Fort esthétique ! Et un premier entracte : c’est fort lucratif cette affaire…

« Trois Gnossiennes » de van Manen, sur la musique éponyme de Satie, est un grand pas de 2 (avec Léonore Baulac), avec de beaux portés en gainage. Très beau aussi, avec le piano sur la scène. Encore un entracte, la souris négocie que la voisine arrête de nous illuminer avec son téléphone ; maladie très répandue dans la salle (qui semble être très remplie de touristes). Il ne reste plus que le voisin de devant qui se lève sans trop considérer ce qui se passe derrière lui à gérer.

« Speak for Yourself » est similaire à la première pièce : mêmes chorégraphes, aussi une entrée au répertoire. Cette fois de L’Art de la fugue (contrapunctus n° 1, 19) mais quand même aussi un enregistrement de Steve Reich (Come out). Il y a un danseur fumeux qui me provoque un fort sentiment de déjà vu. Une pluie de brumisateurs ; des glissades en chausson ; décidément tout cela est fort beau et bon !

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