humani nil a me alienum puto

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lundi 20 juin 2016

pas transfiguré

Une à deux fois par an, il y a forcément un conflit d’agenda. Il y avait donc Yuja Wang à la Philhar, avec une place à 10€. Et une Verklärte Nacht (empruntée à Schoenberg, version NY Philharmonic/Boulez) au théâtre de la ville, mais pour plus de 20€. Longtemps, l’hésitation a été de mise, et finalement, j’ai commis un crime de lèse-Yuja. Le karma n’a pas été bon : impossible de revendre cette place (il paraît que c’était très vide !). Et je n’ai pas vu que le programme du TdV se limitait à 40 minutes sans décor et trois danseurs (je n’ai d’ailleurs pas capté le moment où les deux danseurs masculins se sont échangés, mais il me semble bien que mon manque de concentration peut s’excuser par le fait qu’ils n’étaient jamais que deux simultanément sur scène).

Bref, avec un coût d’opportunité de 31€, ça faisait franchement cher, d’autant que l’original, créé il y a 20 ans avec des décors et plus de monde, était donné à Garnier en début de saison avec d’autres pièces, et que j’aurais pu y aller pour moins cher. Sapristi, je paie assez cher le fait d’être sous l’eau depuis presqu’un an…

C’était bien, hein, mais j’ai été plus que frustré. Même pas compris que c’était la fin définitive après cette pièce… Donc déçu.

lundi 6 juin 2016

retour du kavalier

Une rediffusion du superbissime Rosenkavalier de Herbert Wernicke !

L’un des meilleurs moments d’opéra. Au début, j’ai cru que c’était une autre production qui était donnée. Ensuite, j’ai confondu cette mise en scène avec une autre (je visionne bien des miroirs et une salle/scène de bal — pour les miroir, j’étais bon, mais avec quoi confonds-je ?…). Mais dix ans plus tard, j’avais toujours dans l’oeil la rose d’argent, les costumes blancs, l’escalier qui s’avance, le lit au milieu… Quel bonheur. Avec ses tarifs absolument ahurissants, Bastille a réussi le tour de force d’avoir une salle franchement vide — apparemment 15 à 20%, mais surtout sur les places les plus chères ! En dernière minute, l’accueil était exécrable et les tarifs incroyables (35€ pour les jeunes, 50 pour les vieux !). L’opéra a tenté de réagir en inondant d’offres promotionnelles (que je ne pense pas avoir reçu), ce qui a eu comme effet positif notable de me faire revoir B#4 (ah !…). Mais cette fois, j’étais surtout accompagné de la souris : profitant de la revente d’un ninja, replacement au premier balcon, parfait pour lire tout le texte de Hugo von Hofmannsthal de ce Chevalier à la rose sans se casser le cou et tout en profitant de Philippe Jordan dans la fosse — comme il y a dix ans !

Je n’aurais de cesse de dire à quel point j’adore Richard Strauss à l’opéra. Il reste mon compositeur préféré. Avec une bonne équipe, l’alchimie emmène vers des sommets. C’était clairement le cas pour cette dernière — malheureusement, mon emploi du temps était totalement incompatible avec toutes les autres représentations. Michaela Kaune pour Die Feldmarschallin, Peter Rose en Baron Ochs et surtout, pour incarner Octavian, Stéphanie Houtzeel qui remplaçait Daniela Sindram pour cette seule date, superbe — dans tous les sens du terme, de la Deutsche Qualität made in USA!

Très belle soirée d’opéra, que je retrouvais pourtant sans plaisir (les salles parisiennes rivalisent vraiment pour dégouter les spectateurs de venir, c’est incroyable).

Toulouse fantastique

Retour du Capitole de Toulouse avec son Tugan Sokhiev, qu’il ne va heureusement plus quitter alors qu’il jongle déjà avec Moscou. C’est dire s’il ne se quittent plus ces deux-là ! Le concert était vraiment peu cher mais il n’était pas trop compliqué de se replacer pour l’apprécier encore plus (du fond de parterre, cependant). D’abord, pour un Concerto pour violoncelle et orchestre d’Antonín Dvorák avec Gautier Capuçon au violoncelle. Magnifique. Il me semble qu’il y eut un bis, mais lequel ?…

Après l’entracte, Hector Berlioz, Symphonie fantastique, récurrente mais cela faisait un bout de temps. Parfaitement exécuté. Toujours une valeur sûre. Tout comme les bis finaux — dont il serait agréable de retrouver les références quelque part, car ma mémoire flanche…

essence du classique

De retour de Hanoi, quoi de mieux qu’un petit concert jetlagué ? Heureusement, c’était tout doux comme du petit lait, mais pas ennuyeux du tout pour ne pas s’endormir : l’Academy of saint Martin in the Fields a fait ce qu’elle sait faire de mieux. Et à la faveur de tarifs prohibitifs, une rangée entière en front de parterre de la Philharmonie était libre. Après une Symphonie n° 13 en do min MWV 14 de Felix Mendelssohn, toute courte et revigorante, en auto-pilote (suivant le premier violon Tomo Keller, à l’ancienne), c’est Murray Perahia, complice de toujours, qui est venu prêter main forte dans un gant de velours pour le Concerto pour piano n° 9 K 271, "Jeune homme" de Mozart. Sublime. Et ne nous gratifiant point d’un bis, c’était pour mieux revenir comme chef d’orchestre : Symphonie n° 2 de Robert Schumann.

Et tout simplement, navigant en pleine musique “purement” classique, ça a été un très joli moment du début à la fin. Comme quoi, calculer mon retour en avion n’avait pas été vain.

lundi 23 mai 2016

valsons

L’Orchestre National d'Île-de-France donnait mardi dernier un sympathique concert avec le jeune Ainars Rubikis à la direction, intitulé “Vertiges”, condensé de valses dans leurs tous leurs états. On commence logiquement par une “Invitation à la valse” (Hector Berlioz / Carl Maria von Weber), de ces pièces que tout le monde connaît sans pouvoir y mettre un nom dessus, ce qui était un peu le fil rouge de la soirée.

Jusqu’à l’entracte, est venue en renfort celle qui a aussi justifié de prendre ce billet à la Philharmonie, j’ai nommé la chtite Alexandra Soumm au violon, sur des talons de 12 et une robe d’idole dorée. Héroïne trop peu régulière de ce blog — et commentatrice occasionnelle —, on sait combien je l’apprécie énormément. Un vrai talent de chez nous, et une sympathie communicatrice : cette fille est autant un bonheur à voir qu’à entendre (et comme pour une fois elle est jolie sans être mon type, on ne pourra pas me taxer de drague sous-jacente usuelle, ou autre biais cognitif phallique).

Elle a donc joué pour un extrait du deuxième mouvement du concerto pour violon de Tchaïkovski, puis la “Méditation” du même. Entrecoupant d’un très joli Liebsleid de Fritz Kreisler (encore une pièce typique du je-connais-mais-comment-ça-s’appelle-déjà — ah bon ?? Et puis oubli total jusqu’à la prochaine), elle reprit avec l’orchestre pour un deuxième solo du Lac des cygnes et une Valse sentimentale (oh oui, sentimentale !) de toujours Tchaïkovski. Il y eut un bis (mais, heu… Je ne sais plus), et puis un happy birthday pour notre héroïne, ce qui a fini de remplir son capital sympathie au plus haut.

Après la pause, la très belle Valse triste de Jean Sibelius que l’on n’entend jamais assez — agressée cependant pas plusieurs nez siffleurs terroristes… Puis du Frédéric Chopin sur orchestration d’Igor Stravinski, de la Nocturne op. 32 n°2 (pas mal, mais ne fait pas oublier la version piano) puis la Grande Valse brillante op.18 (alors là, exit le piano, ça fait palot à côté).

Et puis pour continuer dans le sublime et rare, la Valse extraite de Mascarade d’Aram Khatchatourian. Je ne sais jamais pourquoi il y si peu de Khatchatourian dans nos contrées (mais ça explique peut-être la présence de l’ami russe). Pour finir, cependant, Maurice Ravel, La Valse, dont on sait l’amertume tragique qui l’habite au sortir de la première guerre mondiale. Un vertige.

mardi 17 mai 2016

Goerne au ralenti

Mais que nous a donc fait Eschenbach pour son retour à la baguette devant notre bienaimé Orchestre de Paris, devant notre bienaimée Lola, et en compagnie de son ami-partenaire l’immeeeeeense Matthias Goerne qui pouvait donner dans le Wagner ?

Dès les premières notes du Prélude de Tristan et Isolde, on comprend qu’on va être sous Prozac. C’est parfois un parti-pris des chefs, qui vous font tout l’opéra en version 6h30. Heureusement, il n’y avait après que le Monologue du Roi Marke (aka Matthias) de l’acte II, et comme il fallait se caler sur le chanteur, ça allait un peu mieux. Sans être hyper excitant, alors que Matthias est toujours aussi bon. “Le vaisseau Fantôme” : Acte I, Scène 2, Monologue du Hollandais (”Die frist ist um, und abermals verstrichen sind sieben Jahr”), puis la Walkyrie (Acte III, Scène 3, Les Adieux de Wotan – « Leb Wohl ») ne nous aurons pas beaucoup plus passionné alors que Loooooge, quoi (qui était d’ailleurs assez court, on peut mieux faire !!). Déception.

Deuxième partie, deuxième de Brahms (Wagner-Brahms, toujours pas compris d’où sortait l’idée de ce programme…), classique, du connu, sans partition, du Brahms ni plus ni moins, fait le job. La soirée la plus dispensable de la saison, sans doute. Dommage.

mardi 26 avril 2016

héros gurré

Enfin une oeuvre qui justifie la Philharmonie ! L’orchestre de l’opéra de Paris, mené par Philippe Jordan, doit être pléthorique pour assurer les Gurre-Lieder : onze contrebasses, trois harpes, deux contrebassons, des violons par bottes de douzaines, etc. Eh bien ça rentre, plutôt à l’aise (disons qu’habituellement c’est encore plus serré), dans la salle de la Philhar. Replacé en fond de parterre (assez peu de places libres, étant donné que tout l’arrière-scène est réservé pour un choeur qui n’en occupe pas un tiers), le son n’est ni trop fort (saturation habituelle des oreilles) ni trop faible, juste ce qu’il faut. Et de face, on entend tout avec grande précision (sauf parfois le ténor Andreas Schager — pas de bol, c’est le héros, il paraît que Schönberg l’a voulu ainsi pour le pauvre Waldemar, ce qui se comprend). La voix de Iréne Theorin (Tove) est par exemple particulièrement bien mise en valeur. Complètent la distribution Sarah Connolly (Waldtaube), Jochen Schmeckenbecher (Bauer), Andreas Conrad (Klaus-Narr) et enfin pour les dernières strophes le vieux récitant Franz Mazura. À croire que tout le monde s’était déplacé, sur la scène et dans la salle, pour vivre cet extrêmement beau moment de musique.

mardi 19 avril 2016

Suzuki magnifique

Comme il est dit que Dieu doit tout à Bach, peut-on dire que Bach doit tout à Masaaki Suzuki ? Le TCE était plein pour accueillir son Bach Collegium Japan qui s’est rendu célèbre par ses enregistrements de référence. C’est que le Japon n’est que fort bien placé pour apprécier Bach — et l’utilisation en fond sonore de première importance dans les films et mangas appuie mes dires. Il y a du contemplatif vigoureux, de la complexe simplicité, de l’émotion raffinée, tout ce qu’aime le Nippon civilisé.

Évidemment, trouver du chanteur japonais est mission impossible. Nous avions donc : Hana Blažiková (soprano), Joanne Lunn (soprano), Robin Blaze (contre-ténor), Zachary Wilder (ténor) et enfin Dominik Wörner (baryton-basse), outre le choeur. La BWV 243 est plus connue sous le nom de Magnificat. De quoi finir de remplir totalement la salle — impossible de bouger ne serait-ce que d’un siège, avec Hinata.

En complément de programme, après les 35 premières minutes et un entracte, deux cantates “Ich hatte viel Bekümmernis” (BWV 21) et “Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust” (BWV 170), pour de nouveau environ 50 minutes de bonheur céleste — surtout au rang Z du second balcon…

Paris messiaenique

Seconde Turangalîlâ de l’année, pour ne point me déplaire, cette fois-ci par l’orchestre de Paris et Paavo Järvi — de quoi justifier un dimanche après-midi à la Philharmonie. Elle est d’abord précédée d’un Charles Ives, The Unanswered Question, qui est proprement magnifique. Un souffle intrigant de cordes monotones aphones continues sur laquelle prend parfois le pas une trompette lasse, et quelques soubresauts de vents dissonants. À posséder dans sa discothèque, six formidables minutes.

Pour la Turangalîlâ-symphonie, avec l’habituel Roger Muraro au piano et l’inhabituelle Cynthia Millar aux fameuses ondes Martenot, la perfection aurait été atteinte si seulement Lola avait été présente pour finir de nous élever vers les étoiles. C’était très bien, donc, mais a souffert de l’étouffement du son dans la salle, qui décidément fait moins vibrer que toute autre. On aura pu profiter cependant de l’effet de dissociation des instruments qui permet de mieux analyser l’oeuvre. On ne peut pas tout avoir, et puis ça complète bien la séance précédente au TCE.

Londres messiaenique (et brucknerien)

De manière amusante, sur le calendrier, la Philharmonie m’a fait profiter d’une seconde symphonie n°8 de Bruckner après celle du TCE (qui n’était point originelle programmée dans ma liste de concert — et cette fois, Laurent était bien présent). Pour un LSO dirigé par Sir Simon Rattle, il y avait bon nombre de trous qui ont permis de se replacer aisément au parterre. C’était peut-être le contre-effet Messiaen, pour mon plus grand plaisir : Couleurs de la cité céleste, avec ses cuivres, ses percussions, son Pierre-Laurent Aimard au piano. Pas le plus accessible, j’en conviens.

Et puis donc, huitième bis. La salle se prête moins à en mettre plein les oreilles, mais pour une fois, c’était moins gênant — peut-être que la position bien en face au parterre a compensé. Le frissonomètre a bougé à la fin, comme contractuellement prévu. Surtout, étant moins envahi par les sons puissants, on peut mieux analyser l’affaire. La faiblesse de la rediffusion de Messiaen du TCE vers la Philhar a cette fois plutôt été une force. Comme quoi… (Décidément j’aime vraiment énormément Bruckner…)

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