humani nil a me alienum puto

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mercredi 23 avril 2014

Pâques protestante

Passion selon saint Matthieu, par l'Amsterdam Baroque Orchestra and Choir (avec le Jeune Choeur de Dordogne) dirigé par Ton Koopman. Comme solistes :

Hana Blažíková : soprano
Maarten Engeltjes : alto
Tilman Lichdi : L'Evangéliste
Jörg Dürmüller : ténor
Klaus Mertens : basse
Falko Hönisch : le Christ

Certes une passion de seconde main. De toute façon, après l'épisode berlinois, que rien ne pouvait surpasser, on pouvait s'y attendre — mais je n'avais point prévu ce second concert lorsque j'avais réservé ma place à Pleyel. Ce n'était pas mauvais, mais quelque peu rigide, manquant de relief. Mais ça reste du Bach, et lequel ! Serendipity a reproché à l'évangéliste de faire du zèle : probablement formé sur God TV, il ne faut point oublier que Bach était protestant, comme l'a rappelé avec malice l'ami berlinois, faisant remarquer le monde catholique toujours présent pour ses œuvres.

Chantilly russe

Le Russian National Orchestra et Mikhail Pletnev ne s’attirent manifestement pas les mêmes foudres que Gergiev par les bien-pensants. Ce n’est pas sans faire sourire lorsque l’on sait ce que ce Droopy à la baguette molle (heu, flegmatique) mais efficace fabrique en dehors des salles de spectacle. Ce concert était d’ailleurs un vrai plaisir à la Disney. Pour commencer, de formidables extraits de Roméo et Juliette de Prokofiev, dont on sait que le chef peut réarranger la sauce qui lui convient.

Et puis l’incroyable Nikolaï Lugansky au piano, pour ne non moins incroyable Concerto pour piano n° 3 du même Sergueï Prokofiev. Avec en bis un Rachmaninov semble-t-il (lequel ?). Technique ninja de démultiplication des doigts. Beaucoup n’ont cependant pas survécu à l’entracte, qui poussait effectivement le concert de Pleyel à des horaires assez indécents. Pourtant, cet arrangement maison de Pletnev de la Suite de La Belle au bois dormant de l’autre compatriote Piotr Ilitch Tchaïkovski méritait ! Certes moins punchy par essence, c’était relevé comme on ne peut l’entendre au ballet. Et en bonus, plaisir ultime de balletomane, un adage à la rose qui nous a fait redécouvrir la partition.

Superbe soirée !

quatre et un font quintette

Au début je me suis franchement demandé pourquoi diable j'avais encore pris une place un dimanche après-midi. Cet horaire est assez insupportable, et qui plus est, j’avais énormément de boulot à abattre. Et puis j’ai vu ce qui était au programme de ce Quatuor Artemis, dont il ne reste plus qu’un seul membre fondateur (Eckart Runge, violoncelle), les autres (Gregor Sigl, violon ; Friedemann Weigle, alto ; Vineta Sareika, violon) ayant hérité et perpétué la marque jouissant d’une grande réputation.

D'abord le quatuor à cordes n° 14 "La Jeune Fille et la Mort" de Schubert, magnifique. Puis l'intrigant Officium breve In memoriam Andreae Szervánszky op.28, de György Kurtág. Je souhaitais vraiment découvrir cette œuvre, qui a des sonorités au goût métallique, frissonnant. Après l’entracte, Elisabeth Leonskaja vient en renfort au piano, et le quatuor se fait quintette ! Très beau Brahms, qui mérite décidément bien plus pour sa musique de chambre… Quintette pour piano et cordes op. 34, suivi d'un bis (l'un des mouvements, de mémoire : écrire les billets 10 jours après le spectacle, c'est pas terrible).

ballet calcéophile

Ça le goût de Mats Ek ou d’artistes encore plus contemporain que l’on souhaiterais oublier, avec des idées étranges et peu esthétiques comme les béquilles de la belle mère ou les demi-soeurs travesties chauves, mais ce n’est pas si moche, et c’est même amusant. Il y a une sorte d’esprit frais et décontractée dans cette version de "Cendrillon" par Malandain, avec du saugrenu qui peut sortir à tout moment, telle cette boîte à chaussure en forme… de stiletto. Les talons haut sont d’ailleurs accrochés tout autour de la scène. Deux noms à retenir plus particulièrement : celui de la danseuse en titre, adorable japonaise à croquer, Miyuki Kanei, et la longue blonde féérique, Claire Lonchampt, fascinante (pas dans le moule musclé de la compagnie, entée en 2011, 10 ans après sa sortie de l'ONP : un abandon de destin de 36ème cygne salvateur !). Et puis il y a ces moments magiques, sur la musique (enregistrée et réduite) de Prokofiev, comme cette arrivée dans un cerceau lumineux.

Le ballet de Biarritz, ça envoie du bois !

dimanche 20 avril 2014

orchestre de Paris et triolisme

Triolisme, orchestre de Paris ? Lola ? Non, malheureusement... Mozart. Un petit truc écrit pour une comtesse mignonnette et ses deux gamines, dont une de sept ans : fallait pas que ce soit trop compliqué. Réduction à deux pianos, remix avec orchestre, et finalement voilà que c'est devenu le Concerto n°7 pour trois pianos. Mais avant cela, quitte à faire dans l'inconnu, du Heinrich Marschner, l'ouverture (comme le veut la tradition) de Hans Heiling. Totalement inconnu au bataillon. Le chaînon manquant entre Weber et Wagner (d'ailleurs ça ressemble à du Wagner primitif, de ceux rarement donnés, sauf pour raison historique parce que c'est Wagner — pourtant les Fées ou Rienzi). Bref, c'était fort bon !

Et donc, ensuite, aux pianos (piani ?), David Bismuth, Adam Laloum, Emmanuel Christien. Plus le chef Cornelius Meister à la baguette (je ne me souviens plus s'il en avait une, c'est pour le freudisme). Les jeunes filles (et quelques jeunes hommes) étaient en émoi. Musicalement, c'est autre chose. C'est plus un cabinet de curiosité. L'ami berlinois était juste déconfit par le niveau global : ce n'était pas le but... Bref, sympa. Oublié une semaine plus tard. En bis, une retranscription pour six mains (pas pu vérifier si les six étaient bien sur le clavier simultanément) de ce qui devait être du Schubert (de mémoire très approximative, du connu en tout cas, et d'habitude deux mains suffisent, mais il n'y a pas la basse et l'échos).

Après l'entracte, une belle symphonie n° 3 "Ecossaise" de Felix Mendelssohn et puis s'en vont.

lundi 14 avril 2014

Yuja Kavakos

Yuja Wang, elles pourrait jouer n'importe quoi que je viendrais. Récemment (dans le futur ce billet, mais qu'importe), un ninja proposait au rachat un billet pour le récital à venir de la merveilleuse chinoise à un autre, et ce dernier de mettre sous condition de consulter le programme : quelle idée ! Même si elle jouait frère Jacques je viendrais ! Même si elle jouait du Brahms je viendrais ! Oh, wait !...

La présence du violoniste Leonidas Kavakos a déclenché quelques cas de conscience chez quelques demoiselles (dont au premier chef, Klari, fan de celui-ci, détestant celle-la) ; heureusement, Jonas Kaufman pouvait donner un alibi le même soir au TCE. Mais JoPrincesse choisit Pleyel ; tout comme Hugo ou Andante con anima, sans fleurs encore cette fois-ci (je remarque qu'il ne chronique cependant plus que les jolies pianistes, Khatia pour la dernière).

Johannes Brahms, sonates pour violon et piano n°1, en sol majeur, op. 78, n°2 op. 100, n° 3, en ré mineur, op. 108. On n'en retiendra que la n°3. Même s'il est toujours agréable de s'endormir avec Yuja — mais avec Leonidas au milieu, c'est moins confortable. Très belle et courte robe, comme il se doit (bustier, pas de dos nu cette fois). Chaussures inadaptées : Yuja a beau essayer de se grandir (physiquement), elle n'en reste pas moins haute comme trois pommes. Elle reste grande dans nos cœurs !

comme un ouragan

Le concert des nations, avec l’irremplaçable Jordi Savall, était de retour à Pleyel pour un concert orageux : un siècle de "Tempêtes, orages et fêtes marines (1674-1764)". Ambiance mouillée, le soir même où j'ai cru à une explosion de petites chaussettes à Montparnasse, alors que tonnait en réalité l'orage (sec...). Au fond du premier balcon, près d'un couple de vieux pénibles cherchant le programme sur leurs smartphones, et d'Hinata-chan pour commenter la météo, on vit arriver ce bon vieux Pablo et sa pilosité extraordinaire. Mais ce n'est pas lui qui fit du vent, à la machine à vent comme au soufflet ad-hoc (une éolienne ?).

Matthew Locke, "Music for the Tempest" : brise légère. Antonio Vivaldi, Concerto "La Tempesta di mare" : se couvrir, quelques averses. Jean-Féry Rebel, "Les Elémens" : il n'y a pas que l'orthographe qui ait été contemporaine, le début est carrément dans l'atonalité !

Entracte, on se sèche. Marin Marais, "Airs pour les Matelots et les Tritons" (extraits d'Alcione) : vent force 2. Antonio Vivaldi, Concerto pour violon en fa mineur "L'Inverno" RV 297 (bref, un quart des quatre saisons, avec Manfredo Kraemer au violon), frisquet & frissonnant. Pour finir, Jean-Philippe Rameau, "Orage, Tonnerre et Tremblement de terre" (extraits des Boréades), enfin quelque perturbation atmosphérique qui mériterait d'être nommé d'un nom féminin (j'ai quelques propositions à émettre).

Tout concert des nations doit se terminer en claquant des mains : clap, clap, clap-clap-clap... Rappel habituel pour habitués.

dimanche 13 avril 2014

L’ascension du LSO

J’avais décalé mon horloge biologique d’une heure. Je fuis à présent les concert de l’après-midi, qui cassent le rythme de la journée. Exception faite pour les concerts exceptionnels : c’était le cas du concert de la semaine précédente, à 17h. Je n’étais point revenu, dans mon esprit, à l’horaire normal de 16h : je suis donc parti de chez moi quand le concert commençait. Me rendant compte de mon erreur, j’ai seulement raté la première heure. L’ascension, de Messiaen. Un an que j’attendais de la réentendre au concert. Cruelle déception…

Je suis donc arrivé au pas de course dans la salle, au parterre (assez peu rempli), en même temps que le pianiste Denis Matsuev arrivait sur la scène avec Valery Gergiev. Cric crac. Alors que je reprenais mon souffle, ceux-ci tentèrent de me le couper avec un concerto pour piano n° 2 de Franz Liszt. Ne me demandez pas le bis, je n’avais plus toute ma tête.

À l’entracte, j’ai appris ce que j’avais raté : une manifestation bobo face à la salle Pleyel anti-Gergiev/Matsuev, par rapport à leur position en faveur de l’annexion de la Crimée. On pouvait y lire « une baguette n’est pas une épée ! ». Mais voyons, Gergiev dirige au cure-dent ! Je corrige donc : « un cure-dent n’est pas une épée ! ». Quitte à être absurde, soyons-le jusqu’au bout. L’ambassadrice russe à l’Unesco, rang E, n’a cependant pas abandonné sa place (qu’elle n’avait probablement pas payé, ceci étant dit).

Alexandre Scriabine, Symphonie n° 2 : peut-être plus épaisse, j’y préfère les leitmotivs de la 3e. Fort belle interprétation, ceci étant dit.

LSO oublié

Le LSO et Gergiev étaient de retour, salle Pleyel : le week-end dernier, tout recommença samedi soir, pour deux concerts selon le même schéma : un Messiaen, un bidule au piano, une symphonie de Scriabine. Quelle bonne idée !

Olivier Messiaen, Les Offrandes oubliées. Oublié, oui, Messiaen, qui a après avoir été énormément programmé pour un anniversaire, il y a quelques années (centenaire de sa naissance ? Je ne sais plus), a quasiment totalement disparu. Assez incroyable, ces vagues sur un fond de commerce qui reste toujours identique d’une année sur l’autre, d’une salle à l’autre — notons que l’an prochain, il y aura pas mal de Messiaen au TCE ! Bon sans que c’est beau.

Et puis un p’tit Chopin, le Concerto pour piano n° 2, par Daniil Trifonov. Je ne sais plus ce qu’il joua en bis (n’était-ce pas lui qui enchaîna deux Debussy ?). Après l’entracte, la belle, la grande symphonie n°3, "Le Divin Poème" d’Alexandre Scriabine. Une œuvre formidable, avec un Leitmotiv beaucoup plus connu que son compositeur.

promenons-nous dans les bois

« Into the woods » a ravi les amateurs éclairés de comédie musicale, au Châtelet <http://blog.parisbroadway.com/2014/04/into-the-woods.html>. Il faut dire que l’œuvre de Sondheim baigne dans une ambiance jubilatoire de réinterprétation de contes de fées : Cendrillon (Kimy McLaren), le petit chaperon rouge (Francesca Jackson), Jack et le Haricot magique (Pascal Charbonneau — sa mère : Rebecca de Pont Davies) et Raiponce (Louise Alder) se croisent grâce à un nouveau méta-conte, le boulanger (Nicholas Garrett) et sa femme (Christine Buffle). Le but du boulanger : renverser la malédiction d’infertilité qu’a jeté la sorcière (Beverley Klein, mère adoptive de Raiponce) en lui fournissant des objets typiques des autres personnages, le tout se baladant dans les bois.

Le chassé-croisé invraisemblable est narré par un vieux conteur (Leslie Clack) sur le côté de la scène. Première partie : après quelques accès de morales douteuses, les différents contes se terminent comme ils devaient se terminer, la boulangère pourra se reproduire et la sorcière a retrouvé sa jeunesse. On aurait pu le deviner : c’est pour la musique et les décors, plus que le scénario global, qu’on se régale, même si l’ensemble est relevé de petites pépites. Les duos de princes (Damian Thantrey — aussi loup — et David Curry), l’un tombé amoureux (et poursuivant dans les bois) d’une petite souillonne lors du dernier bal, l’autre coursant une blonde à long cheveux des bois, sont vraiment croquignolesques. D’ailleurs, on leur a appris à être charmant, pas sincères, alors qu’ils se mettent à courir la Belle au bois dormant et Blanche Neige : la deuxième partie renverse tout.

Tout construire, et puis tout casser. « Into the woods » se divise bien en deux parties tout aussi longues (1h15 environ). On a droit à une géante en furie (Fanny Ardant, really ? Hors scène, bizarre), homicidaire, une belle métalepse, et alors tout est permis. Trop de tout. Dès qu’on quitte les chemins balisés des bois, on s’égare quelque peu, et ça devient longuet…

Il y a beaucoup de choses dans cette comédie musciale de Sondheim : du brillant comme du décevant. Il y a des décors et une mise en scène (Lee Blakeley) assez génialement trouvée et exécutée. Des morceaux musicaux absolument craquants (direction David Charles Abell). Dans l’ensemble, c’est très bon, mais une version plus courte aurait l’avantage de rassembler une action qui s’égare régulièrement, au milieu des bois…

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