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dimanche 19 avril 2015

Brahms viennois, seconde

Le même Wiener Philharmoniker, le lendemain : c’était imprévu, mais Laurent tenait à faire profiter de places qui lui retiraient quelqu’occasion de se reposer (oui, quand même, parfois, ça lui arrive…). La souris fut hésitante : Brahms ? Mais on nous a appris à ne pas gâcher : un rang A (le second, car il y a un AA en formation d’orchestre, lorsque la fosse est recouverte), ça ne se refuse point. Toujours Eschenbach à la tête de la formation, mais surtout Leonidas Kavakos au violon, pour le concerto qui va bien (et les deux bis au Bach). Chez les riches, on a de l’espace et on n’est pas embêté par les voisins. Mais on entend la forte respiration contrôlée de Kavakos : c’est un peu comme voir les coulisses, intrigant mais gênant.

Et puis la symphonie n° 1, que je dois probablement régulièrement oublier — parce qu’elle n’a pas les airs lancinants et marketing des fausses jumelles n°2 et 4 ? — et qui pourtant ne manque pas de mérite, avec des notamment des morceaux de bravoure aux trombones. Une belle redécouverte !

Mais malgré la belle (autre) danse hongroise de rappel, comme le veut la loi, la souris ne fut pas plus séduite que ça par l’affaire… N’aimez-vous pas Brahms ?

Brahms viennois, première

L’Orchestre Philharmonique de Vienne est toujours une sorte d’évènement, où il faut prendre les places presque deux ans en avance sur un pré-abonnement spécifique du TCE. Mais peut-être que ça va changer : les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Première catégorie à 165€, puis 110€, puis 75… Avec une place à 10€, j’ai fait comme tout le monde, puisque les ordres étaient même donnés : replacement facile sur une place qui en valait probablement dix fois plus, toujours au premier balcon, mais de face. Une bulle explose, et pourtant, cet orchestre est toujours aussi excellent qu’avant.

On a retrouvé Christoph Eschenbach, dont on connaît fort bien la direction sans fioriture et parfois un peu sèche, ce qui finalement compense la chantilly un peu forte de Brahms (et les Viennois, en chantilly, ils s'y connaissent !). Symphonies n° 2 et 4 (avec entracte et changement de voisin de droite — personne à gauche : plus propre sur lui, il n’en avait pas moins un nez diabolique siffleur...).

Et en bis : une danse hongroise bien sûr !

Piaupiau

La soprano Sandrine Piau est toujours gage de succès, mais il est vrai que le programme annonçait plus d’intermèdes par le Kammerorchester Basel, qui sinon l’accompagnait fort bien, avec Julia Schröder à la fois à la direction et au violon, que de pur chant.

Sarro  « Per abattere il mio core » (Partenope)
Albinoni « Dopo i nembi e le procelle » (Eraclea)
Haendel « Ah, mio cor, schernito sei » (Alcina), « Ah ! Ruggiero crudel... Ombre pallide » (Rinaldo)
Porpora « Mentre rendo a te la vita » (Angelica)
Haendel « Son qual stanco pellegrino » (Arianna in Creta),
« Furie terribili » (Rinaldo)
Pièces orchestrales de Torelli, Zavateri et Laurenti

Ces exercices musicaux permettent un best of et d’interpréter n’importe quel rôle, y compris au sein du même opéra. On regrette que lorsqu’elle était Alcina, la soprano n’ait pas utilisé ses super-pouvoirs pour transformer nos voisins de derrière en pierre. Il y avait pourtant pas mal de places libres au TCE, on pourrait imposer des distances de sécurité entre voisins (même si c’était nous les replacés : mais on ne commente pas pendant la musique, ni ne nous excitons sur des activités bruyantes…).

En rappel, sous les forts applaudissements, trois pièces, dont le « Lascia » qui manquait à l’appel — pour les deux autres, les sites web des salles parisiennes font de nouveau la grève des bis... Un peu comme toujours : le genre de soirée attendue, qui fait se sentir comme à la maison, et efface les turpitudes de la journée.

poème de Lola et Boris

Orchestre de Paris, Alexander Vedernikov à la baguette, programme russe — c’est une tradition. Et une grande course-poursuite pour arriver à l’heure, au bout d’une heure trente de transports parisiens : heureusement qu’il n’y a eu aucun retard et que les correspondances n’étaient pas mauvaises, la Philharmonie est une malédiction. Même à 20h30, combien étions-nous à taper un sprint depuis la ligne 5, tellement bondée qu’elle en devenait invivable ? Combien d’autres sont arrivés en retard et ont été placés en plein durant le concert ? Une vraie catastrophe pour les habitués. Heureusement aussi, ma place était tout au fond, immédiatement accessible. En sueur, donc, un Thaïkovski inconnu : l’ouverture-fantaisie, op. 67, de Hamlet. Ça méritait d’être entendu ! Très belle partition.

Arrive Boris Berezovsky au piano, pour le Concerto pour piano n° 1 en ré bémol majeur, op.10 de Prokofiev. Un entracte. Et le Concerto pour piano n° 2 en sol mineur, op.16, du même (à la place du n°4, remplacé « pour raisons personnelles » — mystère). C’est le concerto yujesque, celui qui part dans tous les sens. En bis, je ne sais plus. Mais c’était très bien.

La souris s’était replacée de face, parce que même de côté avec une place de deuxième catégorie, on entend très mal. Elle était donc sur un siège à quelques mètres à ma droite, et en y regardant, je vis Lola accourir depuis le 1er balcon pour rejoindre l’orchestre. C’était beau — elle n’avait joué que dans le Tchaïkovski, j’étais très frustré. Après cet instant rare et précieux, un Scriabine, le traditionnel Poème de l'Extase, op.54 : idéal pour tester les capacités phoniques de la salle, qui tout à coup paraît trop petite pour en supporter tant. Moi, j’adore, ça décrasse ; les filles n’ont pas beaucoup supporté.

mardi 14 avril 2015

lac des cygneaux

« Mais tu es bien au courant que c’est O’Neill ce soir ? » Bein ouais pardi ! Hannah O'Neill, plus mignonne qu’elle, c’est difficile : croisement improbable entre le Japon et l’Australie, la génétique parle pour elle ; et elle a un prénom juif, Don de Dieu God's given gift to the world. Je n’étais point présent à son auréolation aropienne — en fait j’ai un peu oublié de renouveler mon adhésion AROP, parce que le ticket d’entrée est devenu vraiment trop élevé pour soutenir un opéra qui a décidé de miser sur les touristes contre les habitués lyricomanes, avec de l’argent public. Et d’ailleurs, j’ai un peu fui l’opéra : si la veille j’étais à Bastille aussi pour Rusalka, c’était coïncidence. Un opéra et deux ballets, voilà à quoi se résume la saison jusqu’à présent. J’ai raté Héloïse Bourdon qui a, de l’avis unanime (très rare chez les balletomanes !), enfin éclos comme on l’espérais. J’ai raté Laura Hecquet qui est une belle danseuse mais qui ne me parle pas beaucoup (tant mieux pour elle pour être devenu étoile, mais la manière la dessert un peu à l’insu de son plein gré — trop procrastiné).

Alors la petite Hannah, dont tout le monde parle, que j’ai rapidement vu sans jamais la noter sur mon blog, elle ne me promettait pas forcément une grande soirée — ça sent même le bizutage ou le saut à l’élastique sans élastique, d’envoyer un débutant sans filet en plein Lac —, mais au moins du sang neuf et la possibilité de dire dans quelques années lorsqu’elle sera étoile : j’y étais !

Hannah O'Neill : Odette et Odile. Odette : oui mais, fuit-elle comme elle le devrait ? Elle est jeune, cette Odette… Odile : le noir lui va bien, mais son âme ne saurait l’être — Hannah est tout le temps heureuse, on dirait Mathilde (-jeune ?), il y a une fonction physique qui l’empêche de ne pas sourire de bonheur, sur scène. Et pourtant, Hannah est un cygne : il n’y a qu’à regarder ses bras. C’est peut-être tendre, mais c’est beau, c’est émouvant, ça flotte, c’est russe on dit certaines qui pourtant ne sont pas facilement émues (pour ne pas dire psychorigide). Hannah, c’est un joli cygneau à adopter.

Elle a pour Prince Siegfried, un Yannick Bittencourt lui aussi remplaçant prémédité, toujours jeune malgré l’âge qui avance, un de ces partenaires-princes-porte-ballerine de qualité, qui sait assurer le show. Mais il est vrai que lorsque Karl Paquette nous fait son seul moment solo vers la fin, en Rothbart qu’il incarne à la perfection, on mesure la distance avec une solide étoile confirmée. C’était un peu l’école du Lac, quelque chose qui arrive pas si peu à l’opéra de Paris, où l’on fait plus danser sujets et premiers danseurs que les étoiles (rentières…), sans arriver à en faire quelque chose de définitif (ce qui expliquer les rentiers qui s’accumulent ?). Un problème RH qui a déjà sacrifié deux des quatre meilleurs petits cygnes de tous les temps (Gilbert-Ould Braham-Fiat-Froustey : deux étoilées dont une sur le tard ; une autorepêchée ; une reconvertie).

Quatre petits cygnes : Marine Ganio, Éléonore Guérineau, Myriam Kamionka, Pauline Verdusen. Mignon. Quatre grand cygnes : Héloïse Bourdon, Laure-Adélaïde Boucaud, Fanny Gorse, Ida Vikinkoski. Élancé. Je n’ai pas reconnu Héloïse Bourdon (depuis ma galerie perchée, pas si mauvaise si l’on accepte de se plier en deux pendant 2h40 pour 20€, mais qui spoile aussi quelques effets de mise en scène, notamment l’envol final). Il faut dire que mettre plusieurs dates avec un sujet en rôle d’étoile (qui lui va comme un gant) avant de la redistribuer quasi-anonymement (et les courbatures, ça se gère comment ?), c’est une idée saugrenue qu’on ne peut avoir qu’à Paris…

Dans les jolies découvertes tendres, le pas de trois Letizia Galloni et Aubane Philbert avec Florimond Lorieux aura été ravissant (quel chanceux ce Florimond !). À l’honneur aussi, vite fait, Marion Barbeau, Julien Cozette, Laure-Adélaïde Boucaud, Germain Louvet, Pauline Verdusen et Daniel Stokes, dans diverses danses (espagnoles/napolitaines). C’est qu’il n’y a pas que du tutu militaire. Ça défile tout de même pas trop mal, malgré la fatigue que l’on sent de temps à autre — de l’abattage de cygnes !

Au final, Hannah O'Neill nous a fait quelque chose de joli qui fait passer agréablement la soirée. La balletomane exigeante est déçue (mais pourquoi venir ?), la balletomane tournée vers l'avenir pleine d'espoir. Pour une fois, j'ai de l'espoir (mais il faudra mettre de l'intelligence là dedans — ou alors c'est un coup à finir en Cozette...).

opéra à l’eau

Presque dix ans ai-je attendu que Rusalka ne repasse à Bastille. À l’époque, je ne sais plus pourquoi, manque de moyens ou de temps, je n’avais pu y assister. Et voyant tout le monde culturel s’extasier devant la mise en scène Carsen-Levine (le couple gagnant !) et la musique de Dvorak, que n’avais-je regretté ! Mais ce genre d’opéra Tchèque n’attire que les connaisseurs et ne fait pas le plein. Les billets ont depuis pris 50% d’inflation, et les dizaines de derniers-minutards ont trouvé leurs places. Notons que l’Opéra de Paris est devenu non seulement très cher, mais en plus très désagréable (manque de sièges pour l’attente) et très stupide : les places sont distribuées depuis les premières rangées jusqu’à derrière, de telle sorte que les p’tits vieux qui attendaient depuis trois heures se sont retrouvés sous le surtitrage avec un bon mal de cou, alors que le jeune couple d’Allemand arrivé totalement à l’arrache et resté au milieu de la queue n’importe comment avant de comprendre (au bout de la 3e explication) qu’il fallait se mettre au bout, ont eu de fait un magnifique rang 16. Les pass jeunes sont à 30€ comme la file standard — et ils étaient de fait très peu nombreux. La gestion de cet opéra frise la catastrophe digne de Radio France (la Philhar prend le même chemin…).

Depuis le 9e rang, on a un peu mal au cou, mais ça passe. Heureusement que le livret n’est pas trop bavard, pour ce mythe assez local à l’Est de l’Europe, une sorte de petite sirène. L’ondine Rusalka (Svetlana Aksenova) s’ennuie ferme à faire des clapotis avec ses soeurs et veut devenir humaine. Favorite de son père l’Esprit du lac (Dimitry Ivashchenko) qui aime son esprit espiègle, il la laisse consulter la sorcière Ježibaba (Larissa Diadkova), dont je n’ai pas très bien compris si ce n’était pas sa propre mère, mais qui lui fait évidemment signer un pacte diabolique dont elle ne se sortira point. Pourtant, une fois sur terre, un jeune Prince (Pavel Cernoch) est séduit par sa beauté muette. Mais il est détourné par une Princesse étrangère (Alisa Kolosova) qui ne l’entend pas de cette oreille, dans une séduction trompeuse digne de Odile/Odette. Carsen mise sur ces oppositions dialectiques pour proposer une mise en scène symétrique : d’abord haut-bas, puis gauche-droite, avant de renverser (et de faire tourner) le fameux lit exposé, à la verticale. Quel bonheur d’inventivité pertinente ! Avec finalement peu d’effets : un peu d’eau et des flammes surprises au premier acte, des chanteurs doublés en miroir au second acte — formidable travail ! Évidemment seul un côté était composé de vrais chanteurs, en jardin, mais Rusalka est ensuite ramenée de l’autre côté du miroir où elle assiste impuissante à l’usurpation auprès du Prince —, et enfin une rotation au dernier acte, avant disparition du décor. Avec en prime une chorégraphie (par Philippe Giraudeau) avec ajustement de boutons de manchettes.

Des chanteurs tous formidables (je ne saurais dire s’ils prononçaient bien le Tchèque…), aux belles tessitures et projections suffisante pour passer sur l’orchestre plutôt musclé de l’opéra dirigé par Jakub Hrůša. Une très belle soirée comme je m’y attendais.

samedi 11 avril 2015

binôme de la saint-Jean

Il y avait la Souris pour Saint-Jean, mais le replacement côte à côte à la Philharmonie est toujours affaire aussi complexe lorsque la salle est bien pleine — pourtant entre le TCE et Radio France qui faisaient concurrence avec les mêmes programmations, on pouvait espérer écoper un peu ! Une Saint-Jean par René Jacobs et l’Akademie für alte Musik Berlin, pensez-vous.

J’étais donc désespéré de trouver une place (rejoindre mon second balcon d’arrière scène n’étant pas de l’ordre de l’envisageable), quand tout à coup, on me fit signe pour m’indiquer une place opportunément inoccupée en fond de parterre, tout près de la caméra installée comme la veille. Nommons-la Gwendoline, que le destin avait déjà placé dans le même métro, afin que cette Passion de nouveau partagée ne devienne Vaudeville — c’est une Passion interdite.

Jean est vraiment plus ramassé que son binôme Matthieu : on commence à l’arrestation (là où Matthieu se situe au moins la veille, incluant des causeries avec Judas et Pierre notamment), et on termine juste après l’expiration (Matthieu rajoute trois bons quart d’heures après ça ! Allez, disons une demi-heure). Mais comme tout bon récit biblique, ça n’a toujours ni queue ni tête, totalement foutraque avec de la philosophie à deux balles et quelques aphorisme vaguement sauvables, une narration décousue, et des prophéties cheap. Franchement, le jour où l’on met Confucius en musique, c’est la fin du Christianisme — pas étonnant que l’Occident exégète se soit passionné névrotiquement pour cet amas gloubiboulguesque !

Mais Bach, que c’est beau… Et avec les surtitres (enfin !!) : miracle. Très bel orchestre, très beau Rias Kammerchor, très beaux solistes : Sunhae Im, soprano (dont ma voisine remarqua qu’on ne comprend rien à son Allemand, malgré ses qualités opératiques) ; Benno Schachtner, alto ; Sebastian Kohlhepp et Martin Lattke, ténors ; Johannes Weisser, basse. Apparemment, l’acoustique en tuait quelques un si l’on n’était pas bien de face : pas de problème depuis le fond de parterre, qui à 20€ est une solution intéressante en cas de voix. Bien belle et pieuse soirée.

si messe en si

Pâques signe la mort opportune du Christ, mais aussi la série de Bach annuelle. Entre deux passions, une Messe en Si, qui inspire moins Hinata-chan, dont je fus séparé encore — la Philharmonie est une plaie pour le replacement : j’ai fini quasiment à ma place dédiée, c’est-à-dire tout au fond du parterre, et ce n’était finalement point mauvais du tout ! Personnellement, j’ai découvert cette oeuvre grâce à une écoute des extraits musicaux sur une encyclopédie CD (était-ce Universalis ?), directement depuis les fichiers, et tombé amoureux du Crucifixus, j’avais dû repasser tous les morceaux depuis l’interface pour retrouver de quoi il s’agissait ; puis j’avais fait une commande à la FNAC qui avait mis deux mois pour arriver ; c’était en 1999, peut-être. J’y suis très attaché : c’est ma grande découverte de Bach — choc esthétique.

Gardiner et son English Baroque Soloists ne peuvent nous faire que du bien aux oreilles et à l’âââââme. Toujours pas de surtitrage mais bon, on connaît à peu près par coeur. On remarque que le public est toujours aussi indiscipliné et mériterait bien de se faire crucifier aussi. Outre les retardataires bruyants (installés n’importe quand !), les bruits de froissements divers, les tousseurs, il faut aussi compter sur les applaudisseurs précoces, qui ne peuvent pas laisser flotter un divin vide après la dernière note. Les gueux !

Gardiner est comme Moïse : il écarte son choeur du Monteverdi Choir (parmi lequel se cachent des solistes qu’il invoque parfois, et qui se déplacent plus ou moins aisément jusqu’au devant de la scène) d’un mouvement de bras, pour séparer les femmes des hommes, faire deux groupes équilibrés sur les côtés, les rassembler à nouveau… On se croirait dans Age of Empires, quand on clique sur les boutons de formation des divisions militaires. À l’attaque !

Une très belle version, sans entracte.

passion partagée

La Passion selon Saint-Matthieu est toujours un grand moment. Longtemps n’ai-je pu y assister tellement elle attire plus les foules qu’un Saint-Jean — souvent complète aussi. On ne sait jamais trop la proportion de bigots qui viennent spécialement à Pâques — ah, Dieu marketing ! — pour écouter les merveilles… d’un protestant. Avec « mon binôme baroque », comme dit la Souris, Hinana-chan, nous venons en pèlerinage peu importe la date : l’important, c’est Bach.

L’Orchestra of the Age of Enlightenment semble en mode kibboutz : nul chef à l’horizon. Il est pourtant crédité (Mark Padmore), mais après avoir plusieurs fois vérifié si c’était la faute de notre visibilité réduite, il a fallu se rendre à l’évidence : la coupe dans les effectifs n’a pas concerné que le Choir of the Enlightenment. En effet, cette jolie Saint-Matthieu un peu dépouillée et sans trop de prétention a souffert, outre des hautbois un moment déficients (qui ont valu un retaillage de hanche juste après un duo saint-canardeux), d’un manque de volume vocal dans les grandes envolées. Ma voisine qui fait du playback (Play Bach ?) en germain tout le long de l’oeuvre, fut un poil déçue de ne point vivre pleinement sa Passion aux moments clés tant attendus. La pauvre, elle passe son temps à être frustrée.

Heureusement, les solistes (Sophie Bevan, soprano ; Paula Murihy, mezzo-soprano ; Mark Padmore, ténor, L’Evangéliste ; Stephan Loges, basse, Le Christ ; Fflur Wyn, soprano ; Robin Blaze, contre-ténor ; Andrew Tortise, ténor ; Matthew Brook, baryton) étaient irréprochables. Il est clair que cette mouture ne tient pas deux secondes face à l’extraordinaire Jacobs passionné de Berlin. Mais elle fit le job (le Job ?).

samedi 4 avril 2015

ça sent le Dusapin

L’orchestre national des Pays de la Loire un dimanche aprem. A priori, pas de quoi justifier un déplacement — et même pour l’achat de place, on pouvait largement s’y prendre en dernière minute, même avec un placement libre (ie bordélique). Pascal Rophé à direction, inconnu au bataillon. On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise : comme en foot, une équipe de deuxième division peut être meilleure qu’une collection de stars surpayées. Et puis Nantes (et Angers), ça laisse supposer qu’il savent jouer. Claude Debussy, « Printemps ». C’est pas mal du tout. Igor Stravinski, « L’Oiseau de feu » (version 1945), avec quelques canards de feu, pas mal non plus.

Mais en réalité, on venait tous pour le plat de résistance central (sauf ceux qui squattaient la philhar’ pour découvrir le machin à pas cher — ok, les 3/4 du public). Un nouveau Pascal Dusapin !! Tellement nouveau que c’était une création mondialo-française — en vrai, un extrait, parce que pour la totale, il faut prendre le Thalys. « Wenn Du dem Wind… », 3 scènes extraites de l'opéra « Penthesilea », un long monologue par la soprano adorée Karen Vourc'h, en réalité. Et lequel ! Dusapin est vraiment le plus grand compositeur vivant. Encore une fois, il trouve un livret original (sur du Kleist) et hautement psychologique : une femme blessée dans son orgueil amoureux. Ça me fait penser, dans l’esprit, à la mort de Cléopâtre ; c’est aussi lyrique qu’une mort d’Isolde ; mais notre héroïne ne meurt pas, elle fomente sa vengeance tout en avouant ainsi son amour, elle la femme face au héros mythique, elle la trompée alors qu’elle est reine.

C’est très beau. C’est Pascal Dusapin.

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