humani nil a me alienum puto

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mardi 5 février 2019

Bach fleuve

Comme toujours, je préfère les variations Goldberg au clavecin, parce que vieux con inside. Mais avec l’âge, au contraire, et la diffusion dans tous les mangas/films nippons de la version de Gould, je commence presque à y prendre goût. Sans compter la présence de Pierre-Laurent Aimard — que j’ai toujours beaucoup aimé. Mais je ne pense pas que j’avais retenu initialement cette date, et que je l’ai ajouté par opportunité d’accompagnatrice — qui elle-même étant aussi une vieille conne à sa façon ne connaissait point PLA, dont la spécialité est plutôt Messiaen.

PLA a choisi de tout enchaîner, dans un torrent de notes musicales — pendant 1h20. Parfois, il y en a peut-être trop (et vraiment trop pour des oreilles gouldiennes qui ne peuvent pas processer ce débit, digne d’un grand orchestre en terme de richesse). Mais s’il y a un Bach fleuve, autant se laisser porter !

lundi 24 décembre 2018

Charpentier de Noël

Paul Agnew, qui prend de plus en plus la direction des Arts Florissants, fait lui aussi des discours, comme Marc Minkowski quelques jours auparavant à la même Philharmonie, alors qu’avec mon binôme usuel Hinata-chan, nous étions encore une fois dans les hauteurs (et un peu dans les microbes résiduels). Je ne sais plus trop ce qu’il nous a dit, mais il avait pas mal de choses à nous raconter, probablement sur le programme sur-mesure concocté autour d’oeuvres de Charpentier, qui faisaient intervenir les solistes (Elodie Fonnard, dessus ; Natalie Pérez, dessus ; Nicholas Scott, haute-contre ; Thibaut Lenaerts, ténor ; Cyril Costanzo, basse), tandis que les oeuvres intercalaires portaient parfois le même nom. Pas tout compris, et difficile à suivre durant le concert. À un moment, on lâche l’affaire et on se laisse porter. Ça vaut mieux.

Pour « La nuit de Noël » (avant l’heure), on commence donc par du Marc-Antoine Charpentier, Noël pour les instruments / H.534/4. Puis du Guillaume Bouzignac, Dum silentium — compositeur franchement inconnu qui est arrivé à surclasser notre héros. Encore Charpentier, Noël pour les instruments / H.534/3. Puis un chant anonyme, "Joseph est bien marié" à 4 voix. Encore Bouzignac, Ave Maria. De nouveau Charpentier, Noël pour les instruments / H. 534/6. Tout à coup, une thématique pucelle, par Eustache du Caurroy : « Une jeune pucelle », suvi de « Fantaisies sur une jeune fillette ». Encore Bouzignac, « Noé, noé, pastores » (« Noé » étant une sorte d’interjection). Et on termine logiquement par Charpentier, trois oeuvres : Magnificat / H.79, Messe de Minuit pour Noël et enfin Ave Regina caelorum.

Ouf. C’était très beau. Troisième concert de la Philharmonie pour nous convaincre que rester dans ce pays pourri a quand même des avantages (même avec une accompagnatrice en mode « biological hazard »).

motets de Noël

Mon binôme était toujours malade, et donc aucune tentative de remplacement : soyons heureux soyons planqués tout en haut derrière les vitres, juste au dessus de l’orchestre (32€ quand même, cette dernière catégorie de la Cité de la musique !). Le lundi, c’est motets de Bach ! Avec l’Ensemble Pygmalion, dirigé par Raphaël Pichon, dont l’allure eut tôt fait d’émouvoir mon enrhumée — avec un effet thaumaturge limité cependant.

Au programme, six motets de Johann Sebastian Bach. Sublime. Il y avait un grand nombre de chanteurs (une trentaine !), pour les différentes voix des motets (par exemple « 8 voix » — 30 divisé par 8 ?). En bis, Domine Deus de Mendelssohn, dont on nous dit auparavant qu’il doit beaucoup à Bach. Sublime aussi.

messe en Minkowski

J’ai calculé mon retour de Hong Kong pour ne pas rater ce concert à la Philharmonie. Ode à Sainte-Cécile de Haendel, suivi de la Messe en ut mineur de Mozart. Quand même. Inratable. Même quand on n’a pas dormi après une nuit dans l’avion. Surtout quand c’est Marc Minkowski qui dirige ses Musiciens du Louvre Grenoble. Le chef prend d’ailleurs la parole pour nous causer des deux oeuvres. La première a été justement orchestré par Mozart, et il a rajouté une petite coquetterie : un glass harmonica ! Vue plongeante dessus. Et comme pour la seconde, il n’y a pas de choeur mais force solistes : Ana Maria Labin (soprano), Ambroisine Bré (soprano), Owen Willetts (alto), Stanislas De Barbeyrac (ténor), Norman Patzke (basse) ; et pour le ripieno, Constance Malta-Bey (soprano), Léa Frouté (soprano), Sophie Garbisu (soprano), Marie-Andrée Bouchard Lesieur (alto), François Pardailhé (ténor), Lisandro Nesis (ténor), Antoine Foulon (basse) et enfin Sydney Fierro (basse). Voilà pour le name dropping.

Et pour la soirée : sublime de bout en bout.

dimanche 18 novembre 2018

queen of the hill

La sortie de « bohemian rhapsody » au cinéma, biopic du groupe Queen fort centré sur Freddie Mercury, annoncé quelques semaines en avance avec force diffusions de la bande-annonce, était une surprise pour quiconque n’avait point suivi les aventures méandreuses du projet initié, de ce qu’il me semble comprendre, par Brian May, la tête pensante du groupe, quelques années auparavant. Le casting a mainte fois changé, mais là encore, seul le résultat compte, et finalement Rami Malek emporte le morceau et la critique (et aussi Lucy Boynton, la découverte, qui joue Mary Austin, la femme-de-sa-vie de Farrokh-Freddie — dont les relations deviennent un peu plus compliquée à la mi-1970s, quand l’évidence se fait plus évidente, à savoir un penchant fort gay du chanteur).

En revanche, la réalisation de Bryan Singer (aussi dans la douleur ?) emporte moins la critique, mais totalement le coeur du public, certainement emballé par la narration claire (et évidemment simplifiée pour que ça rentre dans 2h13, et ce quand bien même on s’arrête en 1985 — exit Highlander et show must go on, mais We are the champion de justesse), et forcément, la mise en scène et la musique très bien mise en valeur, outre les nombreux moments croustillants qui émaillent le scénario. Et force est de constater que ça marche ! Peut-être pas du grand cinéma, mais ce n’était pas forcément non plus dans le cahier des charges — et l’exercice n’est jamais très aisé en soi.

Ce qui est cependant le plus ironique est que le chef d’oeuvre Bohemian Rhapsody — que j’ai découvert avec Queen quelques années après l’album solo posthume de Freddie Mercury, apporté par je ne sais plus qui à l’école primaire en 1992 ou 1993, et qui a été immédiatement un des premiers chocs artistiques de ma vie —, dont il est bien raconté comment sa longueur et complexité était un handicap marketing qui lui avait aussi valu de très sales critiques, n’est jamais diffusé en entier le long du film, pas même au générique !

dimanche 11 novembre 2018

quatre Robbins

Je n’étais point trop sûr de trouver un créneau pour la soirée Robins, sur mon agenda particulièrement rempli. Finalement, le samedi 3 novembre semblait faire l’affaire, et B#2 garantissait une distribution de qualité. À tel point qu’une souris vint s’agréger aussi.

Cela fait toujours plaisir de (re)voir du Jerome Robbins. Mais cette soirée a surtout servi à illustrer un fait : les Français ne sont pas Américains et dansent trop proprement. Ça commence dès Fancy Free, qui est une sorte de semi-comédie musicale muette sur une musique de Leonard Bernstein (ça aide), avec une distribution quatre étoiles (cinq si on compte l’absurdité de la situation de François Alu) : Karl Paquette (que j’ai donc vu probablement pour la dernière fois — avant qu’on ne lui fasse un statut spécial pour qu’il revienne régulièrement sauver le ballet, qui ne se remettra jamais trop de son départ à la retraite), Stéphane Bullion, Alice Renavand et Eleonorra Abbagnatto (rejointes plus tardivement par Aurélia Bellet). Et pourtant, surtout chez les messieurs, moins pour le naturellement cocky Alu, on passe un peu à côté de ce que cela aurait dû être. C’est sympa, mais ça ne swingue pas assez.

« A Suite of Dances » avec Paul Marque (en remplacement de Mathias Heymann, encore en SAV après quelques représentations), sur des suites en violoncelles de Bach qui ne marqueront pas l’histoire des interprétations, est du même tonneau : propre, trop propre. Mais on est heureux de découvrir un interprète soliste de talent (21 ans, sujet, Varna 2016), qui a bien le droit d’être encore un peu vert — on a un problème de RH assez sérieux, à l’opéra…

Après l’entracte et un retour en baignoire (où l’on voit toute la scène, certes écrasé en hauteur, mais où l’on entend fort mal), c’est Afternoon of a Faun, sur Debussy, avec Germain Louvet en gentil Faune et Léonore Baulac qui passait par là (après tout, ça se passe dans un studio de danse, ce sont des choses qui arrivent). On n’a pas trop senti la tension anthropozoophile. Dommage. Joli sans plus. On pouvait en attendre mieux. Du stupre, que diable !

Et enfin, le grand Glass Pieces — avec Ludmila Pagliero et Florian Magnenet pour mener toute la troupe. Quel plaisir, cette pièce… Là encore, quand on l’a déjà vu et revu avec les locaux ricains, on a remarqué que ça a plus de tension et de punch, même si c’est moins propre et tout lisse. Faut nous les dévergonder, les loulous.

lundi 5 novembre 2018

dernier des Naharin

Avec Sadeh21, Ohad Naharin confirme définitivement qu’il aurait pu être un grand chorégraphe de génie, mais que finalement, de son oeuvre, il ne restera plus grand chose avec le temps. Encore une fois, les quelques éclairs de génie (comme ce formidable check de fesses de danseuses !) sont dilués dans du remplissage exploitant les mêmes idées générales beaucoup trop longtemps, dans un ensemble fort inconsistant, passant de choses à l’autre, sans trop d’égard pour le rythme — et finalement, ce n’est que vers la fin que ça danse enfin en musique (très entêtante), pour une pièce un peu plus consistante. On y trouve d’ailleurs encore les mêmes obsessions du chorégraphe, comme le fait de compter (ici les différents regroupements de danseurs).

Ce n’est pas tout de choisir avec grand talent la musique (et parfois de la composer sous pseudo, peut-on apercevoir au générique, pendant que les danseurs montent et tombent, nous privant ensuite de saluts dédiés, au grand étonnement du public). Ni de promouvoir de jeunes danseurs — le Young Ensemble, qui ne paraît pas si jeune, même si l’on note que la troupe a été entièrement renouvelée (et partiellement transvidée dans la Batsheva ?) depuis la création de 2011. Ni de tenter des choses étranges comme ce décompte des chapitres qui, avançant trop lentement pour les 1h15 que ça dure, saute tout à coup des numéros à la dizaine pour arriver enfin à Sadeh21. Il manque quelque chose. Quelque chose qui fasse que cela marche. Ce n’est pas déplaisant, mais c’est frustrant, quand on voit tout ce potentiel non achevé. Ça donne cependant de très bons clips.

dimanche 28 octobre 2018

Arvo Pärt du dimanche

Après avoir donné du poignet à la dédicace tardive de la veille, et alors que l’Estonie avait un peu plus de 100 ans à présent, Arvo Pärt était de retour le dimanche après-midi. Seulement, après La Sindone et Swansong, il est monté sur scène en escaladant, cette fois. Ces deux pièces sont plus classiques, plus passe-partout, mais néanmoins fort jolies.

Le Luzerner sinfonieorchester, avec James Gaffigan à la direction, avait ensuite prévu une Symphonie n°8 "Inachevée" de Franz Schubert et un Mazeppa de Franz Liszt (thématique Franz ?) qui firent passer le temps, avant que Martha Argerich, très probablement responsable du fort remplissage de la salle, n’interprète le Concerto pour piano n° 1 de Liszt. Arrivée en mode expéditif, elle attaque fluide mais pressée. 77 ans, et toujours un sacré caractère… Le public en transe ne lui réserve pas moins une standing ovation qui nous gratifie en retour de deux rappels, Traumes-Wirren de Schümann et la première pièce de Scènes d’enfant (m’apprennent des critiques bien mieux renseignés).

Arvo Pärt du samedi

Imagine-t-on que la dernière fois que l’on vit un concert d’Arvo Pärt avec le compositeur en personne, et dont je me souviens comme si c’était hier, était il y a 3 ans, à la même Philharmonie ? Effroyable.

Pour le nouveau week-end qui lui était dédié, c’est le Tallinn Chamber Orchestra et l’Estonian Philharmonic Chamber Choir, sous la direction de Tõnu Kaljuste, qui ont tous fait le déplacement depuis l’Estonie ; dans la salle, outre Arvo Pärt lui-même, pré-ovationné quand il s’est levé pour saluer depuis le parterre, il y avait aussi l’ambassadeur (et environ la moitié de l’Estonie dans le public : pour le cocktail de rigueur, largement de quoi retarder le retour d’entracte).

Pour Fratres (encore une fois en version sans piano, simplement cordes-percussions), Harry Traksmann, premier violon, s’improvisait en soliste maison. Puis le magnifique Cantus in Memory of Benjamin Britten, dont on ne se lasse pas non plus. La suite était néanmoins plus originale. Déjà, avec un Adam's Lament au choeur très fort. Puis un Salve Regina tout aussi profond. Et enfin un quasi-grégorien Te Deum. Le tout magnifique. Standing ovation. Le compositeur fait tout le tour pour arriver à monter sur scène. Joie et liesse. Et comme il est tard, le chef a réservé une surprise, la berceuse estonienne que Pärt avait composé pour Savall. Splendide.

La file d’attente pour la dédicace a fait une bonne heure.

mardi 23 octobre 2018

titre gaga

On ne comprend décidément pas trop comment Ohad Naharin choisit ses titres. Retour à Chaillot pour la suite de la série de son programme, 20h30 horaire standard — on peut somnoler à moitié en face de la Tour Eiffel, qui a le bon goût de clignoter une fois l’heure, une fois qu’il fait trop froid dehors.

« Venezuela » fait figurer deux groupes de huit danseurs, qui se mélangent uniquement à des points précis, pour deux fois 40 minutes. Vraiment deux fois. Copier-coller, avec de légères modifications — notamment la musique, ce qui tend à prouver que peu importe ce que l’on met derrière tant que c’est très bon.

J’ai noté la succession : d’abord, de la musique envoutante ancienne (grégorien en 1, quatuor à cordes en 2), joliment illustrée ; puis du sautillement en courant dans tous les sens, suivi du même chant rap/hip hop (The Notorious B.I.G.) interprété par deux danseurs (et stop motion/petits sauts sur le côté en synchro du groupe) ; suit une séquence de « ah dada sur le cheval » (en faisant des longueurs, petits sauts de temps à autre, 2e musique indienne hyper connue envoutante — Paakhi Paakhi Pardesiiiiiiiii) ; et tout à coup, défilé de « faisons tourner les serviettes » (qui deviennent des drapeaux dans la version suivante — WTF ? « Oeuvre engagée »), avant de recouvrir l’un des danseur desdits textiles, qui se fait sauter dessus quand il se relève, tandis qu’un certain nombre d’autres danseurs s’écroulent (spécialité maison) ; et enfin, la musique  (Rage against the machine ?) sature jusqu’à très fort, pendant que les danseurs entrent en transe chacun à tour de rôle en se détachant du groupe.

Les moments de génie durent généralement 5-10 minutes, mais il y a beaucoup trop de remplissage et d'auto-recyclage à l'envi pour ne pas arriver à cette conclusion : mais encore ? Mettre une excellente BO et des danseurs supers (surtout le côté Juive de la force) ne suffit pas. Il faudrait faire réduire la sauce pour arriver à l’excellence. C'est plaisant, mais pas doublement plaisant.

Pour mémoire, la BO :

 Olafur Arnalds, The Wait ; Biz, Mirage ; Converter, Coma ; Mahalakshmi & Udit, Narayan Ae Ajnabi (From «Dil Se») ; Niblock Phill, One Large Rose ; Notorious B.I.G, Dead Wrong ; Rage Against the Machine, Bullet in the head ; Chants grégoriens «Kyrie fons bonitatis, Litany», «Beata Viscera», «Offertorium: Lubulate Deo Universa Terra»,«O Euchari» «de Profundis», «Alma Redemptoris», «Alma Redemptoris Mater», «Litany: Litany»

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