humani nil a me alienum puto

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lundi 4 mai 2015

the wayward Osipova

De passage à Londres, je checke toujours les différentes salles d’opéra et de concert. La dernière fois, il n’y avait rien ; cette fois-ci, pas grand chose. Comme quoi, il y a des creux dans la saison londonienne — ou alors je manque juste de chance. Au moins, au ROH, il y avait « La fille mal gardée » (sous-titrée "The Wayward Daughter", pour les non-French speakers). Frederick Ashton chez les Anglais ? (Bah, oui, en fait !) Serait-ce la même chorégraphie que chez nous, celle si historique, que j’ai vu tellement de fois (dizaine ? Dizaines ?), ou une variation locale ? Réponse : la même. Forcément, car si la matrice est française, le revival est bien anglais. Mais sans Mathilde, ni Myriam ni même Muriel : comme annoncé, le Royal Ballet nous a proposé la jolie sautillante Natalia Osipova en Lise.

En Colas, pour la faire frétiller, Steven McRae, qui présente lui aussi de bien belles qualités. Il titille autant l’adorable Natalia que Philip Mosley en Widow Simone (« a rich farmer », apprend-on du programme), qui nous gratifie aussi d’un beau numéro de claquettes en sabot. C’est comme à la maison. Ça fait bizarre : ce n’est pas Garnier ; c’est en haut de l’amphi avec une belle vue mais pas une loge de côté à 10€ ; c’est sans binôme balletomane ; et c’est sans le cast habituel, surtout. Alors que tout y est, le poney (Formakin Peregrin the pony, supplied by George Gold — c’est pas du foutage de gueule, le petit programme du ROH, royal quoi !), les poules et le coq, les villageois, Alain (Paul Kay) et son parapluie, les décors, Lise qui descend les escaliers sur ses fesses en boudant (très réaliste, on sent que Natalia, comme Mathilde, ne se force pas trop…), tout.

Dans la fosse, l’Orchestra of the Royal Opera House sous la direction de Barry Wordsworth joue la partition de Ferdinand Hérold, arrangée par John Lanchbery, comme si c’était le plus beau des Tchaïkovski, avec légèreté et précision, parce qu’on est comme ça, à l’opéra royal : on prend soin de tout. Et finalement, c’est le secret d’une soirée réussie, entre les poules et Natalia Osipova.

dimanche 3 mai 2015

rasade DiDonato

Le New York Philharmonic a posé ses valises à Paris le week end dernier. Avec un prix de place prohibitif, on pouvait espérer quelques trous dans la salle, mais les américains ont tôt eu fait de dépenser quelque fortune, qui pour eux n’est toujours rien comparé à leur pouvoir d’achat s’ils étaient restés au pays. Et puis il y avait du ninja, aussi. Mais avec la souris, nous pûmes trouver de quoi nous regrouper au rang P.

Esa-Pekka Salonen a mis de côté la direction d’orchestre pour composer, notamment ce « Nyx » aux accents très messiaeniques, que j’avais manifestement raté au Châtelet il y a trois ans. La pièce passe par des mouvements violents et d’accalmie, des cordes et des cuivres, mais clairement, ça sent le Messiaen. Pour « Shéhérazade » de Maurice Ravel, Joyce DiDonato a elle aussi fait le déplacement. Sa diction était fort bien au début, moins compréhensible ensuite, mais l’ensemble était du niveau qu’on attendait : superbe. Elle a une facilité déconcertante pour envoyer des décibels, sans sacrifier la musicalité. En bis, « Morgen » de Richard Strauss : dans le public, on a poussé une sorte de soupir d’extase à cette annonce…

Pendant l’entracte, on entendit quelque chose en bas, et effectivement, le chef Alan Gilbert était avec la sublime Joyce, rencontrant essentiellement une bonne partie du public américain de la Philharmonie, échangeant amicalement et chaleureusement ! Le chef s’éclipsa en premier, pour se préparer au Ravel suivant, « Valses nobles et sentimentales ». Le pauvre Serendipity, évincé de son replacement, couru après sa place au dernier moment : pas de chance, c’était celle de la souris (comment soupçonner qu’il en était à un point de ninjaïsation tel qu’il cherchait seulement à s’avancer de deux rangées ? Tandis que celle-ci, aussi munie d’une place jeune, aurait dû se trouver avec moi tout en haut derrière).

Trop tard pour échafauder un repli stratégique (par exemple à l’arrière-scène où il y avait de nombreux trous), cette séparation permit cependant une intéressante expérience : en effet, la souris pu se replacer, pour la Suite du Chevalier à la rose de Richard Strauss, bien plus près, autour du 6ème rang. Et c’est ainsi que nous pûmes donc être sûr de quelque chose : il faut être très près pour bénéficier réellement de l’acoustique de la Philharmonie, qui semble, aux dire de Joyce DiDonato, très agréable pour le chanteur (elle en parlait encore à l’entracte, précisant ce qu’elle avait voulu dire — en français — avant d’annoncer son bis), mais qui pour le public ne fait décidément pas vibrer. Sauf à être près, donc. Aux rangs du fond, j’ai trouvé cela très beau, mais juste très beau ; aux rangs de devant, la souris a pu vibrer, donnant enfin du relief au concert (jusque là très beau).

Ah ! Confirmation avec la Valse (du Lac) de Tchaïkovski, en bis. Ce n’est pas une standing ovation (really ? Ah ces Américains, toujours aussi démonstratifs — étaient-ce les parisiens qui étaient aussi pénibles dans le public, d’ailleurs ?) qui va arrêter le chef ou l’orchestre : il nous annonce une petite surprise et se déporte (devant une caméra toute déboussolée), pendant qu’un band de cuivres se met à jouer du Lew Pollack (merci le site de la Philhar pour la ref) : « That's a plenty ». Oh yeah !

lundi 27 avril 2015

orchestre de Paris viennois du dimanche

Après Berlin, Vienne : invitation à la valse. Toujours Thomas Hengelbrock pour l’orchestre de Paris à la Philharmonie, mais cette fois-ci sans souris. Le titre de la soirée n’a pas eu à être cherché bien loin : avec l’orchestration de Berlioz, le célébrissime air de Carl Maria Von Weber, qui ouvrait par là la voie à Strauss, pu résonner en ouverture (et non en bis). « Invitation à la Valse », op.65, H 90.

Un Félix Mendelssohn, un Bertrand Chamayou, un concerto pour piano n° 1 en sol mineur, op.25, un feu d’artifice. Un rappel, je crois, mais je ne sais vraiment plus quoi… Puis un Schumann, Symphonie n° 1 en si bémol majeur "Le Printemps", op.38. Ça, c’est quand il était heureux et voulait faire mieux que Clara. C’était chouette.

orchestre de Paris berlinois du samedi

Sous la direction de Thomas Hengelbrock, l’orchestre du Paris le samedi à 19h, Philharmonie, est devenu vienno-berlinois. Berlin années folles. D’abord avec un (toujours) très bon Hindemith inconnu, Nouvelles du jour (Neues vom Tage), ouverture. Puis avec un plus connu Kurt Weill qu’il ne faut jamais manquer, « Les sept péchés capitaux » (Die sieben Todsunden), ballet avec chant sur des textes de Berthold Brecht, à un moment où c’était assez compliqué entre eux. La mezzo-soprano Ute Lemper était au micro, avec Markus Zapp (ténor), Manuel Warwitz (ténor), Reiner Schneider-Waterberg (basse) et Marcus Schmidl (basse).

Ute Lemper pris alors la parole après les applaudissements, pour nous parler des années berlinoises et enchaîner sur des extraits de l’opéra de quat’sous, de telle sorte qu’on aurait pu croire à un nouveau changement de programme, car à vrai dire la suite Kleine Dreigroschenmusik était bien prévue après l’entracte, et non avant.

Pendant l’entracte, une autre voix grave se fit entendre dans les couloirs du 3e étage, devant la porte menant au parterre : celle de Lola, disparue depuis le Hindemith, et prête à réapparaître dans la dernière pièce, d’Eduard Künneke. Moments d’intense émotion — déjà pour Lola, qui était donc à deux pas, ensuite pour cette Suite dansante (Tänzerische-Suite), concerto grosso pour jazzband et orchestre, op. 26, qui valait vraiment d’être découverte.

Une schöne soirée !

dimanche 19 avril 2015

Brahms viennois, seconde

Le même Wiener Philharmoniker, le lendemain : c’était imprévu, mais Laurent tenait à faire profiter de places qui lui retiraient quelqu’occasion de se reposer (oui, quand même, parfois, ça lui arrive…). La souris fut hésitante : Brahms ? Mais on nous a appris à ne pas gâcher : un rang A (le second, car il y a un AA en formation d’orchestre, lorsque la fosse est recouverte), ça ne se refuse point. Toujours Eschenbach à la tête de la formation, mais surtout Leonidas Kavakos au violon, pour le concerto qui va bien (et les deux bis au Bach). Chez les riches, on a de l’espace et on n’est pas embêté par les voisins. Mais on entend la forte respiration contrôlée de Kavakos : c’est un peu comme voir les coulisses, intrigant mais gênant.

Et puis la symphonie n° 1, que je dois probablement régulièrement oublier — parce qu’elle n’a pas les airs lancinants et marketing des fausses jumelles n°2 et 4 ? — et qui pourtant ne manque pas de mérite, avec des notamment des morceaux de bravoure aux trombones. Une belle redécouverte !

Mais malgré la belle (autre) danse hongroise de rappel, comme le veut la loi, la souris ne fut pas plus séduite que ça par l’affaire… N’aimez-vous pas Brahms ?

Brahms viennois, première

L’Orchestre Philharmonique de Vienne est toujours une sorte d’évènement, où il faut prendre les places presque deux ans en avance sur un pré-abonnement spécifique du TCE. Mais peut-être que ça va changer : les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Première catégorie à 165€, puis 110€, puis 75… Avec une place à 10€, j’ai fait comme tout le monde, puisque les ordres étaient même donnés : replacement facile sur une place qui en valait probablement dix fois plus, toujours au premier balcon, mais de face. Une bulle explose, et pourtant, cet orchestre est toujours aussi excellent qu’avant.

On a retrouvé Christoph Eschenbach, dont on connaît fort bien la direction sans fioriture et parfois un peu sèche, ce qui finalement compense la chantilly un peu forte de Brahms (et les Viennois, en chantilly, ils s'y connaissent !). Symphonies n° 2 et 4 (avec entracte et changement de voisin de droite — personne à gauche : plus propre sur lui, il n’en avait pas moins un nez diabolique siffleur...).

Et en bis : une danse hongroise bien sûr !

Piaupiau

La soprano Sandrine Piau est toujours gage de succès, mais il est vrai que le programme annonçait plus d’intermèdes par le Kammerorchester Basel, qui sinon l’accompagnait fort bien, avec Julia Schröder à la fois à la direction et au violon, que de pur chant.

Sarro  « Per abattere il mio core » (Partenope)
Albinoni « Dopo i nembi e le procelle » (Eraclea)
Haendel « Ah, mio cor, schernito sei » (Alcina), « Ah ! Ruggiero crudel... Ombre pallide » (Rinaldo)
Porpora « Mentre rendo a te la vita » (Angelica)
Haendel « Son qual stanco pellegrino » (Arianna in Creta),
« Furie terribili » (Rinaldo)
Pièces orchestrales de Torelli, Zavateri et Laurenti

Ces exercices musicaux permettent un best of et d’interpréter n’importe quel rôle, y compris au sein du même opéra. On regrette que lorsqu’elle était Alcina, la soprano n’ait pas utilisé ses super-pouvoirs pour transformer nos voisins de derrière en pierre. Il y avait pourtant pas mal de places libres au TCE, on pourrait imposer des distances de sécurité entre voisins (même si c’était nous les replacés : mais on ne commente pas pendant la musique, ni ne nous excitons sur des activités bruyantes…).

En rappel, sous les forts applaudissements, trois pièces, dont le « Lascia » qui manquait à l’appel — pour les deux autres, les sites web des salles parisiennes font de nouveau la grève des bis... Un peu comme toujours : le genre de soirée attendue, qui fait se sentir comme à la maison, et efface les turpitudes de la journée.

poème de Lola et Boris

Orchestre de Paris, Alexander Vedernikov à la baguette, programme russe — c’est une tradition. Et une grande course-poursuite pour arriver à l’heure, au bout d’une heure trente de transports parisiens : heureusement qu’il n’y a eu aucun retard et que les correspondances n’étaient pas mauvaises, la Philharmonie est une malédiction. Même à 20h30, combien étions-nous à taper un sprint depuis la ligne 5, tellement bondée qu’elle en devenait invivable ? Combien d’autres sont arrivés en retard et ont été placés en plein durant le concert ? Une vraie catastrophe pour les habitués. Heureusement aussi, ma place était tout au fond, immédiatement accessible. En sueur, donc, un Thaïkovski inconnu : l’ouverture-fantaisie, op. 67, de Hamlet. Ça méritait d’être entendu ! Très belle partition.

Arrive Boris Berezovsky au piano, pour le Concerto pour piano n° 1 en ré bémol majeur, op.10 de Prokofiev. Un entracte. Et le Concerto pour piano n° 2 en sol mineur, op.16, du même (à la place du n°4, remplacé « pour raisons personnelles » — mystère). C’est le concerto yujesque, celui qui part dans tous les sens. En bis, je ne sais plus. Mais c’était très bien. (edit: En fait y'en avait point ! Le concerto n°2, c'est déjà un bis en soi, il était crevé le Boris)

La souris s’était replacée de face, parce que même de côté avec une place de deuxième catégorie, on entend très mal. Elle était donc sur un siège à quelques mètres à ma droite, et en y regardant, je vis Lola accourir depuis le 1er balcon pour rejoindre l’orchestre. C’était beau — elle n’avait joué que dans le Tchaïkovski, j’étais très frustré. Après cet instant rare et précieux, un Scriabine, le traditionnel Poème de l'Extase, op.54 : idéal pour tester les capacités phoniques de la salle, qui tout à coup paraît trop petite pour en supporter tant. Moi, j’adore, ça décrasse ; les filles n’ont pas beaucoup supporté.

mardi 14 avril 2015

lac des cygneaux

« Mais tu es bien au courant que c’est O’Neill ce soir ? » Bein ouais pardi ! Hannah O'Neill, plus mignonne qu’elle, c’est difficile : croisement improbable entre le Japon et l’Australie, la génétique parle pour elle ; et elle a un prénom juif, Don de Dieu God's given gift to the world. Je n’étais point présent à son auréolation aropienne — en fait j’ai un peu oublié de renouveler mon adhésion AROP, parce que le ticket d’entrée est devenu vraiment trop élevé pour soutenir un opéra qui a décidé de miser sur les touristes contre les habitués lyricomanes, avec de l’argent public. Et d’ailleurs, j’ai un peu fui l’opéra : si la veille j’étais à Bastille aussi pour Rusalka, c’était coïncidence. Un opéra et deux ballets, voilà à quoi se résume la saison jusqu’à présent. J’ai raté Héloïse Bourdon qui a, de l’avis unanime (très rare chez les balletomanes !), enfin éclos comme on l’espérais. J’ai raté Laura Hecquet qui est une belle danseuse mais qui ne me parle pas beaucoup (tant mieux pour elle pour être devenu étoile, mais la manière la dessert un peu à l’insu de son plein gré — trop procrastiné).

Alors la petite Hannah, dont tout le monde parle, que j’ai rapidement vu sans jamais la noter sur mon blog, elle ne me promettait pas forcément une grande soirée — ça sent même le bizutage ou le saut à l’élastique sans élastique, d’envoyer un débutant sans filet en plein Lac —, mais au moins du sang neuf et la possibilité de dire dans quelques années lorsqu’elle sera étoile : j’y étais !

Hannah O'Neill : Odette et Odile. Odette : oui mais, fuit-elle comme elle le devrait ? Elle est jeune, cette Odette… Odile : le noir lui va bien, mais son âme ne saurait l’être — Hannah est tout le temps heureuse, on dirait Mathilde (-jeune ?), il y a une fonction physique qui l’empêche de ne pas sourire de bonheur, sur scène. Et pourtant, Hannah est un cygne : il n’y a qu’à regarder ses bras. C’est peut-être tendre, mais c’est beau, c’est émouvant, ça flotte, c’est russe on dit certaines qui pourtant ne sont pas facilement émues (pour ne pas dire psychorigide). Hannah, c’est un joli cygneau à adopter.

Elle a pour Prince Siegfried, un Yannick Bittencourt lui aussi remplaçant prémédité, toujours jeune malgré l’âge qui avance, un de ces partenaires-princes-porte-ballerine de qualité, qui sait assurer le show. Mais il est vrai que lorsque Karl Paquette nous fait son seul moment solo vers la fin, en Rothbart qu’il incarne à la perfection, on mesure la distance avec une solide étoile confirmée. C’était un peu l’école du Lac, quelque chose qui arrive pas si peu à l’opéra de Paris, où l’on fait plus danser sujets et premiers danseurs que les étoiles (rentières…), sans arriver à en faire quelque chose de définitif (ce qui expliquer les rentiers qui s’accumulent ?). Un problème RH qui a déjà sacrifié deux des quatre meilleurs petits cygnes de tous les temps (Gilbert-Ould Braham-Fiat-Froustey : deux étoilées dont une sur le tard ; une autorepêchée ; une reconvertie).

Quatre petits cygnes : Marine Ganio, Éléonore Guérineau, Myriam Kamionka, Pauline Verdusen. Mignon. Quatre grand cygnes : Héloïse Bourdon, Laure-Adélaïde Boucaud, Fanny Gorse, Ida Vikinkoski. Élancé. Je n’ai pas reconnu Héloïse Bourdon (depuis ma galerie perchée, pas si mauvaise si l’on accepte de se plier en deux pendant 2h40 pour 20€, mais qui spoile aussi quelques effets de mise en scène, notamment l’envol final). Il faut dire que mettre plusieurs dates avec un sujet en rôle d’étoile (qui lui va comme un gant) avant de la redistribuer quasi-anonymement (et les courbatures, ça se gère comment ?), c’est une idée saugrenue qu’on ne peut avoir qu’à Paris…

Dans les jolies découvertes tendres, le pas de trois Letizia Galloni et Aubane Philbert avec Florimond Lorieux aura été ravissant (quel chanceux ce Florimond !). À l’honneur aussi, vite fait, Marion Barbeau, Julien Cozette, Laure-Adélaïde Boucaud, Germain Louvet, Pauline Verdusen et Daniel Stokes, dans diverses danses (espagnoles/napolitaines). C’est qu’il n’y a pas que du tutu militaire. Ça défile tout de même pas trop mal, malgré la fatigue que l’on sent de temps à autre — de l’abattage de cygnes !

Au final, Hannah O'Neill nous a fait quelque chose de joli qui fait passer agréablement la soirée. La balletomane exigeante est déçue (mais pourquoi venir ?), la balletomane tournée vers l'avenir pleine d'espoir. Pour une fois, j'ai de l'espoir (mais il faudra mettre de l'intelligence là dedans — ou alors c'est un coup à finir en Cozette...).

opéra à l’eau

Presque dix ans ai-je attendu que Rusalka ne repasse à Bastille. À l’époque, je ne sais plus pourquoi, manque de moyens ou de temps, je n’avais pu y assister. Et voyant tout le monde culturel s’extasier devant la mise en scène Carsen-Levine (le couple gagnant !) et la musique de Dvorak, que n’avais-je regretté ! Mais ce genre d’opéra Tchèque n’attire que les connaisseurs et ne fait pas le plein. Les billets ont depuis pris 50% d’inflation, et les dizaines de derniers-minutards ont trouvé leurs places. Notons que l’Opéra de Paris est devenu non seulement très cher, mais en plus très désagréable (manque de sièges pour l’attente) et très stupide : les places sont distribuées depuis les premières rangées jusqu’à derrière, de telle sorte que les p’tits vieux qui attendaient depuis trois heures se sont retrouvés sous le surtitrage avec un bon mal de cou, alors que le jeune couple d’Allemand arrivé totalement à l’arrache et resté au milieu de la queue n’importe comment avant de comprendre (au bout de la 3e explication) qu’il fallait se mettre au bout, ont eu de fait un magnifique rang 16. Les pass jeunes sont à 30€ comme la file standard — et ils étaient de fait très peu nombreux. La gestion de cet opéra frise la catastrophe digne de Radio France (la Philhar prend le même chemin…).

Depuis le 9e rang, on a un peu mal au cou, mais ça passe. Heureusement que le livret n’est pas trop bavard, pour ce mythe assez local à l’Est de l’Europe, une sorte de petite sirène. L’ondine Rusalka (Svetlana Aksenova) s’ennuie ferme à faire des clapotis avec ses soeurs et veut devenir humaine. Favorite de son père l’Esprit du lac (Dimitry Ivashchenko) qui aime son esprit espiègle, il la laisse consulter la sorcière Ježibaba (Larissa Diadkova), dont je n’ai pas très bien compris si ce n’était pas sa propre mère, mais qui lui fait évidemment signer un pacte diabolique dont elle ne se sortira point. Pourtant, une fois sur terre, un jeune Prince (Pavel Cernoch) est séduit par sa beauté muette. Mais il est détourné par une Princesse étrangère (Alisa Kolosova) qui ne l’entend pas de cette oreille, dans une séduction trompeuse digne de Odile/Odette. Carsen mise sur ces oppositions dialectiques pour proposer une mise en scène symétrique : d’abord haut-bas, puis gauche-droite, avant de renverser (et de faire tourner) le fameux lit exposé, à la verticale. Quel bonheur d’inventivité pertinente ! Avec finalement peu d’effets : un peu d’eau et des flammes surprises au premier acte, des chanteurs doublés en miroir au second acte — formidable travail ! Évidemment seul un côté était composé de vrais chanteurs, en jardin, mais Rusalka est ensuite ramenée de l’autre côté du miroir où elle assiste impuissante à l’usurpation auprès du Prince —, et enfin une rotation au dernier acte, avant disparition du décor. Avec en prime une chorégraphie (par Philippe Giraudeau) avec ajustement de boutons de manchettes.

Des chanteurs tous formidables (je ne saurais dire s’ils prononçaient bien le Tchèque…), aux belles tessitures et projections suffisante pour passer sur l’orchestre plutôt musclé de l’opéra dirigé par Jakub Hrůša. Une très belle soirée comme je m’y attendais.

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