humani nil a me alienum puto

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lundi 20 janvier 2020

Rossini sous acide

« On dirait du Mozart sous acide ». Mon fidèle binôme de TCE aura ainsi tout simplement résumé avec la perspicacité cinglante qui la caractérise. Déjà, le livret de L’Italienne à Alger de Rossini est un peu perché : un sultan local en ayant mare d’avoir une femme trop docile décide de la refiler à son esclave italien en échange de sa liberté, tandis qu’il rêve d’une femme caractérielle, qu’il va effectivement trouver en l’amante dudit Italien. On rajoute encore quelques rôles et péripéties pour le bordel, et l’affaire est dans le sac. Avec un Jean-Christophe Spinosi surex, bondissant et survolté à la direction de son Ensemble Matheus — et Choeur de chambre Mélisme(s). 

Très bon cast dans l’ensemble : Margarita Gritskova (Isabella), Veronica Cangemi (Elvira), Peter Kálmán (Mustafà), Maxim Mironov (Lindoro), Christian Senn (Taddeo), Rosa Bove (Zulma), Victor Sicard (Haly). Et une mise en espace costumée qui est finalement bien meilleure que beaucoup de mises en scène, avec un humour omniprésent bien adapté à la pièce légère mais néanmoins solide de Rossini.

travail des seniors

Il y a les grévistes pas encore à la retraite qui rêvent de ne plus bosser, et puis il y a Herbert Blomstedt, 92 ans, qui vient diriger l’Orchestre de Paris à la Philharmonie de sa baguette experte. Comme la veille, on repère Christian Merlin dans le public. La salle est très bien remplie, ce qui est plutôt rare pour l’OdP. Est-ce l’effet Bertrand Chamayou/Concerto pour piano n° 23 de Mozart ? Avec son jeu naturel, ça glisse très bien, un vrai plaisir. Il annonce son bis : « adagio d’une des dernières sonates de Haydn » (en do majeur pour piano n°60). Parfait.

Entracte, et ce pour quoi on est venu. Les vrais savent. La géniale Symphonie n° 4 "Romantique" de Bruckner. Dans la navette du retour, tous les ninjas étaient là. Certains avaient prévu de revenir le lendemain, pour la rediff. Blomstedt dirige de tête ce qui dure plus d’une heure quinze, avec un tempo un peu lent, mais des couleurs extraordinaires. Le travail des seniors, ça a du bon. Toute l’expérience d’un chef d’exception qui magnifie un orchestre.

mardi 14 janvier 2020

Bach-au-piano

Ce n’est pas parce que Sir András Schiff a 66 ans qu’il est à la retraite. En revanche, si l’on considère que se rendre à la Philharmonie est un petit challenge, en repartir après 2h25 de récital, peu après 23h, est la meilleure assurance d’arriver très, très tard chez soi (ou presque).

La salle est cependant bien remplie, mais il reste facile de se frayer un chemin assez près de la scène, côté cour (donc sans clavier — ce qui ne gêne pas trop mon binôme qui déguste essentiellement les yeux fermés). Bach au piano (et plus exactement Piano**** comme le révèle le programme payant), je pratique de plus en plus, dans une attitude d’assagissement — peut-être que les nombreux animés en usant et abusant ont fini par me convertir. Même si souvent, le clavecin me manque. Mais bon.

Concerto italien en fa majeur BWV 971 ; Ouverture à la française BWV 831 ; entracte et Variations Goldberg. Excusons du peu. Du très grand piano, où les notes coulent naturellement, où tout semble en place au bon endroit, naturellement. Un régal. Finalement, on en redemande, du Bach-au-piano.

lundi 30 décembre 2019

messie participatif

Participatif ? Mais non ? Mais si ! Hervé Niquet prend le mic. Devant son Concert Spirituel, il nous explique que le concert de ce soir est participatif. En fait, c’était inscrit sur le programme — comme les dates des trois ateliers de préparation —, mais je n’avais point vu. L’idée, c’est qu’il était frustré quand il était jeune (et moi donc : j’ai trouvé la référence exacte du Messie quand j’avais 18 ans et j’ai dû attendre une commande de trois mois à la Fnac avant de recevoir le CD !). Il ne pouvait point chanter quand il allait faire son pèlerinage annuel en famille. Donc, trois oratorios ont été traduits en français, pour qu’on puisse chanter du Haendel en VF. Le programme a indiqué les passages en question, avec les textes sous partition. Bon, il faut être du cru (anciens petits choristes et culs bénis, grosso modo) ; ça ne fait pas grand monde, d’autant qu’il est difficile d’être juste et pas totalement décalé avec une salle si grande. De surcroît, il ne faut pas se tromper avec les passages qui en réalité étaient réservés aux seuls qui se sont entraînés avant, et ont tous été placés en arrière-scène avec la partition complète. Un peu foutraque, quand même.

Les solistes (Karina Gauvin, soprano ; Sonia Prina, mezzo-soprano ; Rupert Charlesworth, ténor ; Božidar Smiljanic, basse) étaient malheureusement dans l’ensemble un peu trop faibles pour les exigences de la Philharmonie (a priori, certains spectateurs ne devaient pas entendre grand chose. Il valait clairement mieux se replacer de face, même si les opportunités étaient assez réduites — mais un couloir cour derrière la barrière, c’est très bien). En revanche, un allelujah et le tout dernier amen chantés par un ensemble regroupant le petit choeur (agrégé de choristes des choeurs des Grandes Écoles, Sorbonne Université et Oratorio de Paris) augmenté de 250 choristes en civil en arrière-scène, ça reste une expérience awesome qui marque. Je suis souvent injuste avec les chefs de choeur que je ne cite pas, mais pour la peine, on peut supputer que Frédéric Pineau a fait un sacré travail !

mélancoliquement vôtre

L’orchestre d’Ile-de-France s’est spécialisé sur un public du dimanche — venu même depuis la Normandie en bus, ai-je découvert en cherchant désespérément la navette qui n’existait pas, rendant le retour de la Philharmonie épique. En réalité, la phalange ne démérite pas, et l’ami berlinois les trouve même bien meilleurs que le national (que je ne pratique plus, en fait). Ce positionnement marketing leur donne une communication particulière, et notamment une étrange habitude de nommage des programmes. En l’occurrence : amicalement vôtre. Certes. C’était en tout cas d’une excellente cohérence, en plus de belles prestations.

Benjamin Britten, Four Sea Interludes ; j’adore cette oeuvre. Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto pour clarinette, avec Paul Meyer (top !). On sent qu’on est dans la thématique mélancolique-suave. Avant l’entracte, Meyer relance d’un Send in the clowns, de S. Sounheim (merci le CM Twitter). Après l’entracte, nos places tout devant (peut-être cinquième rang, couloir cour) fut pris, et nous dûmes nous éloigner plus au fond du parterre. Ah oui, c’était un concert avec la souris ! Avec un programme pareil… Et un Arvo Pärt : le magnifique Cantus in Memory of Benjamin Britten. Que c’est beau ! Qu’on était trop loin déjà pour que ça résonne comme ça aurait dû…

Pour finir, Edward Elgar, Variations Enigma. Le jeune Joshua Weilerstein à la direction (prometteur !) fait une pré-annonce au micro, parce qu’il trouve le programme papier trop chiche : il explique donc quelques unes de ses variations préférées (la femme d’Elgar qui sifflote, un pianiste qui joue mal, son chien…), avec un accent et un sens du second degré qu’on devine tous britanniques qui emballe la salle très bien remplie. Vraiment, une interprétation au poil.

Et puis encore un départ à la retraite (le hautbois solo Jean-Michel Penot, qui a 42 annuités d’après le discours de sa voisine flûtiste). En cadeau, en plus des embrassades lorsque le chef fait saluer chaque pupitre, l’orchestre lui joue le thème du film « Mission » (de Morricone), ce qui reste bien jusqu’au bout dans la même thématique sonore.

Ne pas sous-estimer les concerts du dimanche aprem.

le concert français

Soirée Debussy-Stravinski par l’orchestre de Paris à la Philharmonie (un vendredi), avec Gergiev au cure-dent. Il faut toujours une petite touche russe à la France. Au programme, une seconde partie qui est très à la mode en cette saison, l’oiseau de feu. On venait donc surtout pour l’originalité de la première partie : Le Martyre de saint Sébastien. Jamais entendu parler, et pourtant contemporaine (à un an près) du volatile enflammé.

De ce que j’en comprends, c’est en réalité la suite orchestre par Claudio Abbado qui est jouée, et si on la trouve copieuse, il faut savoir que sinon c’était cinq heures (!!) initialement (même livret de D’Annunzio ?), sur une commande de la danseuse Ida Rubinstein. Il faut tout de même un effectif important, un choeur (de l'Orchestre de Paris) et deux sopranos (Julie Fuchs et Sandrine Piau, excusez du peu). Une fantastique découverte, disons-le. « Énigmatique » est un qualificatif tout aussi approprié.

Malheureusement, le public était d’humeur pénible. Après avoir été replacé tardivement, j’ai déjà mal calculé que la salle était truffée de gamins (effet vendredi soir) ; les retardataires sont venus combler les trous sans montrer un grand intérêt à la soirée ; et les autres ont tripoté leurs programmes, leurs doudounes synthétiques (infernal ce truc !! Il y a un âge où c’est indécent de ne pas être habillé en matières naturelles ! Ils sont beaux les écolos bobos !), ça a commencé à bavarder (au secours !), les toussements généralisés se sont accentués tandis que les gamins s’agitaient de plus en plus. Par ennui. Une oeuvre exigeante et un public qui teste un vendredi soir, ça ne donne rien de bon.

Pour la seconde partie, j’ai donc rejoint l’ami berlinois, de l’autre côté du parterre. Bien mieux — modulo de nouveaux voisins devant, un homme au milieu de deux femmes qui sans cesse se tripotaient et bavardaient des deux côtés ; puis une belle grosse sonnerie, au loin…

Le zozio était sinon tout feu, tout flamme. L’ami berlinois, émerveillé, loua la vision (d’ensemble) d’un chef maniant le cure-dent comme nul autre. On se demandait quand même toujours si la salle assez pleine n’était pas le signe d’un grand nombre d’invités. On avait repéré, dans le programme, un hommage au saxo solo qui sentait le départ à la retraite ; à la fin tardive de la soirée (vers 23h, de quoi revenir chez soi après minuit avec la galère des transports), on a eu un petit discours, des embrassades, et un bon cinquième du parterre, de mèche, qui s’est levé en ovation avec un panneau « bravo ! Bravo ! » rouge sur blanc qui a circulé dans les rangs.

Le concert français.

lundi 23 décembre 2019

der Salonen ist tief

Esa-Pekka Salonen est très certainement le fameux Übermensch. J’avais prévu de revenir de Hong Kong pour ce concert ; finalement, je n’y suis pas parti, mais la grève n’est pas sans aventure. La Philharmonie était curieusement complète pour une session d’orchestre de Paris — sans invitations en tout genre. Le tout Paris mélomane ne pouvait rater une troisième de Mahler par le Grand et Rare Salonen. Pour compléter le cast, choeur de femmes et d'enfants de l'Orchestre de Paris, et Marianne Crebassa en mezzo-soprano — voix claires, mais on aura connu plus émouvant (en même temps, n’est-ce pas là un fait courant de la salle ?). J’avoue quand même un faible pour les Marianne.

Quelques places disponibles, j’opte pour un derrière de barrière côté couloir cour, idéal pour les jambes, peut-être moins pour bien sentir les vibrations, mais avec l’énorme orchestre renforcé qu’il faut mettre en branle pour cette oeuvre, notamment sur les cuivres, les contrebasses et les percussions, cela marche tout de même. Timbales et cymbales au poil, d’ailleurs. Superbe cor de postillon dans le couloir — et magnifique trompette pour le soutenir, ce qui n’arrive pas tous les jours non plus, garanti 100% sans canard.

Salonen garde la partition sous les yeux, mais c’est la seule limite à sa perfection. Quelle interprétation extraordinaire…

mardi 17 décembre 2019

stabat mater mic mac

Le programme du TCE annonçait : Stabat Mater, Giovanni Battista Pergolesi et Scarlatti. On en avait donc déduit qu’il y aurait deux Stabat Mater, l’un de Pergolesi, l’autre de Scarlatti. Sauf qu’on commence par un Salve Regina avec Véronique Gens (soprano), et comme nous sommes dépourvus de programme papier (les exemplaires gratuits du début de saison ont rapidement disparu), c’est quelque peu le désarroi quand l’orchestre de Thibault Noally à la direction depuis son violon (ensemble Les Accents — nom peu original) enchaîne sur ce qui semble être du Vivaldi — à juste titre, le très beau Concerto pour violon RV. 275. Et il y a enfin l’un des deux Stabat Mater attendu — Marie-Nicole Lemieux (contralto) nous fait penser un temps que pendant le Vivaldi précédent de nombreux gâteaux furent avalés en coulisse.

Le débat fait rage, avec le binôme : est-ce du Vivaldi, ou du Scarlatti ? Il est acquis qu’en deuxième partie de soirée, qui durera autant que la première (45 minutes), ce sera le Stabat mater de Pergolèse. Nous bravons le froid à la recherche de l’affiche, avant de nous raviser et rentrer fissa pour donner un coup de web sur smartphone. L’annonce est fort ambiguë, mais le Stabat Mater suit le Concerto et surtout, il est numéroté RV. 621 quand l’oeuvre précédente est RV. 275. Je penche donc pour Vivaldi. Mon binôme ne démord pas et soutient Scarlatti. Nous aurions dû faire une contre-recherche sur RV. 621, pour assurer encore une fois ma victoire de la logique sur l’intuition (féminine).

Sinon, à part ça, c’était fort bon.

Lully hors série

Le TCE a programmé un Lully peu connu, « Isis ». Seul le public le plus baroqueux est présent, c’est-à-dire, comme le résume mon binôme féminin usuel, « que des vieux et des gays » — nous appartenons évidemment à la seconde catégorie. La salle est assez vide ; pour cause grève ? On se replace au second balcon de face. Il y fait chaud. Pendant la première demi-heure, le librettiste Quinault insiste sur les références royales de l’époque — il s’agit en fait de Louis XIV qui las de se taper la Montespan (Junon) va badiner de Ludres (Isis). Il paiera cela de deux ans de bannissement et moi d’un certain ennui qui invite à somnoler quelque peu. En plus, c’est assez fouillis, et le fait que les chanteurs peuvent interpréter un nombre déraisonnable de rôles n’aide pas (surtout chez les hommes : Robert Getchell pour Apollon, le premier triton, Pirante, la Furie, la Famine, l'Inondation, deuxième Parque, premier Berger ; Fabien Hyon pour le deuxième triton, Mercure, deuxième berger, premier conducteur de Chalybes, les Maladies languissantes ; Philippe Estèphe pour Neptune, Argus, troisième Parque, la Guerre, l'Incendie, les Maladies violentes).

Première partie pas très trépidante malgré le talent de Christophe Rousset et ses Talens Lyriques (Chœur de chambre de Namur en renfort), mais on sent que l’originalité pointe. Et ainsi, après s’être replacé au tout premier rang du parterre, la seconde partie fut bien meilleure ! D’une grosse heure aussi (si ce n’est pas une heure trente, en fait : timing totalement atomisé pour terminer vers 23h malgré un début à 19h30, ce qui est peu heureux avec la grève), le festival commence rapidement par un air du froid qui a inspiré Purcell (King Arthur) nous révèle le programme (bon, qui parle aussi d’époque « pré-#meToo »…). Et il y a d’ailleurs, après ce choeur qui grelotte, un air du chaud dans les forges dont on se demande si cette fois il n’aurait pas inspiré Wagner (Siegfried). Absolument génial, en tout cas.

Il faut reconnaître aussi un vrai talent aux interprètes. Eve-Maud Hubeaux en Io (future Isis, et aussi Thalie parfois) est une chanteuse rafraichissante en robe blanche à fleurs et couronne de fleurs dans les cheveux. Ambroisine Bré, qui joue Calliope (et : Iris, Syrinx, Hébé, premier Parque), est une mezzo pleine de charmants appas aussi agréable à écouter qu’à regarder (surtout de près). Enfin, Bénédicte Tauran (quels prénoms, on comprends vite qui peut chanter…), pour La Renommée, Melpomène, Mycène, et surtout Junon, paraît aussi caractérielle que ce dernier rôle ou que mon binôme. Cette dernière s’inscrirait bien dans la liste des conquêtes de Jupiter, ou tout du moins d’Edwin Crossley-Mercer Jupiter (qui fait aussi Pan : il y a une logique).

Finalement, la soirée se termine très bien avec un très beau finale, qui ne nous a pas fait regretter non seulement d’avoir coché cette soirée un peu à l’aveuglette, mais aussi d’avoir bravé les éléments parisiens.

mardi 10 décembre 2019

Platée qui fait plouf

Il paraît qu’il y avait une platée de Platée ces temps-ci. Autant dire que j’ai tout raté. Retour au TCE, plutôt vide. Il faut dire que la distribution n’est pas des plus célèbre. De côté impair, on se met à l’aise sur une rangée vide — mais ça nous fait rater la moitié des blagues qui amusent le public (mais l’autre moitié paire n’est en réalité pas vraiment tordante non plus…).

Alexis Kossenko dirigeant l’Orchestre et Chœur Les Ambassadeurs. Ça a commencé pas mal du tout, mais rapidement l’interprétation de Rameau a manqué de relief. Première partie bof dans l’ensemble, mou, plat. C’est inhabituel, à ce niveau de concert, d’être aussi déçu. Ce n’est pas horrible, mais c’est passable. Parmi les chanteuses féminines, Hasnaa Bennani (Thalie / Clarine / Junon) déçoit beaucoup ; en revanche Chantal Santon-Jeffery (Amour / La Folie) est fort honnête.

Le Platée d’Anders J. Dahlin, le Jupiter de Thomas Dolié et le reste de la distribution (Arnaud Richard : Un satyre / Cithéron ; Nicholas Scott : Thepsis / Mercure ; Victor Sicard : Momus) manquent de folie. C’est embêtant pour cette parodie totalement folle. Plouf dans la mare aux grenouilles. La deuxième partie est quand même du niveau « pas mal ».

Comme a dit mon binôme que j’ai promis de créditer : « pas fou !©».

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