humani nil a me alienum puto

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dimanche 31 janvier 2016

Gardiner son Mozart

C’était complet nous jurait-on, mais en réalité il restait une rangée entière pour ninjas au parterre. Je n’y étais point : Hinata chan était au 5ème pair comme moi, et si j’avais une moins bonne place, la chance nous (m’) a souri pour mieux voir Sir John Eliot Gardiner diriger son English Baroque Soloists et le Monteverdi Choir pour un programme tout Mozart. D’abord, la Symphonie n° 40 avec musiciens debout. Puis la Messe en ut mineur avec organiste debout — peut-être un détail pour vous. Quelle belle messe ! De quoi entrer en communion, se repentir, ou tout à la fois.

deux rhapsodies pour un pigeon

Si la souris ne me piquait pas mes titres trop rapidement (depuis que je la délaisse, elle écrit plus vite !), je ne serais pas obligé de donner dans l’étrange…

Bref, il y avait de la plaisanterie mythologique en apéritif : Rhapsody est une demi-heure de défilé en ligne, en duo ou en solo de danseurs entre les colonnes en carton et sur du Rachmaninov d'amour. Plaisant, donc, et oubliable — sauf les bondissements de Steven McRae, vu au préalable dans une expo photo non loin du ROH, au repos et sur fond bleu.

Après l’entracte et une entrevue lapinesque (Hugo ayant poussé la coïncidence jusqu’à réserver non seulement des places non loin de notre rangée d’amphithéâtre, mais ensuite juste de l’autre côté du couloir de l’Eurostar !), c’était le gros morceau, tellement gros qu’il a fallu un entracte entre Les deux pigeons. Encore du Ashton, encore du kitsch, encore du mignon tout plein. On sent l’expérience acquise sur la Fille mal gardée pour mettre en scène une danseuse polissonne (heu, honi soit qui mal y pense, hein). Son p’tit ami parisien peintre essaie de la croquer, mais elle gigote. Deux pigeons passent (Paris…). Il a moins d’humour qu’elle, et commence à voir ailleurs, une Gypsie elle aussi maquée. Ménage à quatre. Ça chauffe en parallèle. Mais tout le monde terminera comme la morale l’éprouve. Comme deux pigeons.

mardi 26 janvier 2016

Hilary viennoise

Les Wiener symphoniker ne sont pas les philharmoniker : ils sont donc deux ! J’ai compris avec le contre-basson. Bref, ceux-là, ce sont bien ceux de Philippe Jordan, mais il était malade. Donc c’est l’assez jeune Lahav Shani qui a pris la relève, et qui a bloqué sur le mode forte-allegro-envoie-la-patate. Le Carnaval de Dvorak s’y prête bien. Le Concerto pour violon du même profitait de la présence de la belle Hilary Hahn — aussi à inscrire sur la liste des MILF qui ont pris du poids, mais pas autant que Julia, alors ça va, et puis elle a toujours cet air tellement drôle, elle est tellement brillante, bref… Je ne me souviens plus de ce qu’était le bis — on dira que j’étais absorbé.

Le programme a été modifié pour faire place à un Brahms viennois des plus classiques, la symphonie n° 4, aussi un peu boostée. Avant deux rappels que le site de la Philharmonie n’aide pas à retrouver — une reprise de mouvement puis une valse en mode survitaminé, de mémoire.

Julia de retour

Comme on sait, Julia Fischer, l’amour de ma Liebe, n’arrête pas de me faire des enfants dans le dos avec son mari. Dur. À force, elle prend un peu de l’épaisseur, et pas que de la poitrine (ciel !!). Mais elle joue toujours aussi bien, avec son pianiste préféré, Igor Levit (car Julia sait tout faire, mais toujours pas en même temps), et en trois séances elle a fait l’intégrale des sonates de Beethoven au TCE (en tournée européenne). J’étais à la seconde session.

Sonate n°5 op. 24 "Le Printemps"
Sonate n° 6 op. 30 n° 1
Sonate n° 7 op. 30 n° 2
Sonate n° 8 op. 30 n° 3

Julia est donc inscrite à présent dans les deux listes “MILF” et “gros seins” avec mention “mais c’est pas grave” (c’est dire).

dies Lola

Habituellement, avant un requiem de Mozart, on met un Mozart. C’est un peu l’apéritif agréable et oubliable, Concerto pour piano n° 19 en fa majeur, K 459 — et en bis, Peter Serkin nous met d’ailleurs un joli Bach. Alors c’était bien, mais ça m’a surtout permis de mater Lola depuis le second balcon de la Philhar’, et de trouver des solutions techniques à l’un des trop nombreux contrats que je dois honorer dans l’urgence.

Et puis donc le requiem de Mozart, de bonne facture, toujours Bertrand de Billy à la baguette et la magnifique Lola au basson — Ruth Ziesak (Soprano), Marianne Crebassa (Mezzo-Soprano, fort mignonne), Maximilian Schmitt (Ténor), Nahuel di Pierro (Basse). Dies Irae en bis (ça se fait, ça ? OK). Requiem de Mozart de la saison : checked.

Partenope nope

Quel bordel. Rien compris. De temps en temps, Hinata et moi, on se fait un porno (on vit un peu par procuration depuis des années). Donc on va au TCE, et on écoute un dirty thing de Haendel ou de Vivaldi. Avec un scénar santa-barbaroque à coucher dehors, parmi des centaines de pièces du même genre, avec des morceaux repompés tels quels, et souvent le performer préféré d’Hinata, Philiiiiiippe Jaroussky — sauf que son paternel est juste décédé avant le concert, et donc pour la première fois de sa vie (nous a-t-on dit), il a dû annuler, remplacé par Lawrence Zazzo.

Maxim  Emelyanychev  direction
Lawrence Zazzo  Arsace
Karina Gauvin  Partenope
John Mark Ainsley  Emile
Emöke Baráth  Armindo
Kate Aldrich  Rosmira
Victor Sicard  Ormonte

Bref, on n’y va pas pour le côté très cérébral de la chose, mais il n’empêche que ça peut être rudement compliqué. Quand on ne voit pas bien la scène et qu’on ne sait pas très bien qui chante (on aurait d’ailleurs été du mauvais côté pour voir le contre-ténor qui émeut mon binôme, qui en aurait sûrement été fort frustrée), c’est encore plus difficile de s’attacher aux personnages — surtout quand ce n’est pas une histoire historique, ou une énième rediffusion. On en arrive donc à une contradiction : d’un scénario qu’on résumerait sur un post-it, on a capté, qu’il y avait une reine pas contente, un mec qui veut la draguer en lui faisant la guerre, une travestie qui se fait draguer, un mec paumé, et encore deux autres qui s’aiment mais ne le savent que par intermittence. Je crois. À revérifier. Mais est-ce bien grave ?…

lundi 18 janvier 2016

715ème semaine

Quand j’avais dit qu’on allait perdre une partie de la population, et de facto de la population connue, je pensais évidemment aux morts annoncées de Kurt Masur (on s’y attendait…), puis de Boulez (c’est vrai que son dernier concert datait déjà de 2011 et qu’il avait annulé en 2012 ! Mais on avait oublié qu’on sentait alors venir, malgré son absence à la Philharmonie…). Mais j’espérais plutôt qu’on se débarrasserait des parasites politiques. Pas de David Bowie (puis Alan Rickman et René Angélil le même jour, quelques jours plus tard).

David Bowie, avec toute la drogue qu’il s’est injecté (et je ne parle pas de l’alcool…), c’était heureux qu’il ait passé le cap de la cinquantaine. En même temps, il était alors encore jeune — parce qu’il a commencé rudement tôt… —, et donc son organisme a dû pas si mal s’en remettre — mais clairement, un cancer du foie, c’est aussi peu étonnant que mon propre grand-père, à un âge qui me semble approchant, avec un cancer du pancréas…

Mais David Bowie, je l’ai déjà dit ici tellement de fois, c’était mon dieu. Dieu des arts. Et même au-delà : un vrai type de grande intelligence. Et c’est le genre de personne dont on avait tellement pris l’habitude qu’elle soit en vie, qu’on la pensait assez immortelle. Je suis heureux que pour une fois, son génie ait été célébré de son vivant (notamment avec la superbe exposition “David Bowie is”, dont j’ai le catalogue dans ma bibliothèque, transporté depuis Londres, et qui aura voyagé dans deux autres villes, Berlin et Paris évidemment). Et aussi heureux de l’hommage assez phénoménal (sur France 2, France 4 et Arte) qui lui a été rendu, et qui a permis à encore plus de monde de le (re)découvrir vraiment — sachant que quelques mois auparavant, il y avait eu un cycle Bowie sur TCM, d’ailleurs, et que France 4 par exemple avait diffusé un reportage une semaine avant, peut-être pour se synchroniser avec son anniversaire et la sortie de son dernier album.

À propos de son dernier clip, Lazarus, on se dit qu’il aura été incroyable jusqu’au bout. Il a mis en scène sa propre mort, sans que personne ne s’en doute. Il a réussi quelque chose qui est le plus difficile : sa sortie. En interprétant non plus un énième personnage — comme on pouvait le soupçonner —, mais bien, finalement, lui-même. Impressionnant. Un très grand personnage, qui pourrait atteindre une forme d’immortalité assez insoupçonnée, lui qui a dû baisser la qualité de son art pour de la pop “facile”, afin d’atteindre le succès commercial dans les années 1980 (le moment où je l’ai découvert ; et c’est lorsque j’ai mis les bouts des années 1960-1970, vers mes 20 ans, et que j’ai pu raccrocher ce qu’il avait fait après, que je suis réellement tombé dans la bowiemania, en fait).

Au monde manquera David Robert Jones Bowie.

mardi 29 décembre 2015

messie jetlagué

Parfois, je prends des billets d’avion de 14 heures de voyage en fonction des concerts. Ce n’est pas forcément le plus malin — surtout que finalement, j’ai effectivement eu des rendez-vous jusque tellement tard que j’ai attrapé mon premier avion de correspondance de justesse ! Bref, il y avait de l’Accentus assez inratable. Orchestre de Chambre de Paris sous la direction de Douglas Boyd, Carolyn Sampson (soprano), Paula Murrihy (mezzo-soprano), Allan Clayton (ténor), Matthew Rose (basse), et une partie du public placé en arrière scène pour le “bis participatif” — allelujah.

Ce Messie annuel de Haendel était fort bien, il fit le job. Mais la fatigue et la mésaventure de la soirée étaient-elles contrebalancées par mon binôme et un shoot de musique chrétienne ? Allez savoir. Il faut que je continue le sevrage culturel progressif, peut-être. Paradoxe à dépasser pour regagner l’indépendance.

dimanche 13 décembre 2015

arts divertiflorissants

Je n’avais point fait le rapprochement avec le spectacle déjà donné à Versailles, et que j’avais vu à des heures fort tardives il y a peu de temps sur Arte. Cette “journée avec le Roi Soleil” ne m’est revenue qu’après la prestation dansante en costume noir d’Adrien Couvez (sur une chorégraphie moderne — donc très au sol — de Nicolas Paul, qui est paraît-il danseur à l’Opéra, mais on a lancé un avis de recherche). C’est le texte forcément pompeux de Denis Podalydès, avec aussi une mise en espace qui ne pèche pas de modestie, qui m’a rappelé l’affaire. Laurent Stocker, récitant, en fait des tonnes, comme au théâtre. Pourquoi pas…

Les Arts Florissants et William Christie sont me semblent-il à l’origine du projet. Aidés d’Elodie Fonnard (dessus), Emilie Renard (bas-dessus), Reinoud Van Mechelen (haute-contre), Victor Sicard (basse), Sean Clayton (haute-contre), Virginie Thomas (dessus) et bien évidemment du choeur, il s’est agit essentiellement d’un pot-pourri de Charpentier, de Lully et de Lalende. Ça n’a à peu près ni queue ni tête, c’est ponctué de moment théâtraux et de danse anachronique, mais depuis les tous premiers rangs du parterre (joli replacement), ça marche bien.

différends amoureux

On ne rate pas une venue d’Esa-Pekka Salonen, c’est la règle. Cette programmation de Bartok/Poulenc à l’opéra de Paris pouvait justifier d’y retourner après une longue absence, mais il restait deux problèmes : les critiques n’étaient pas absolument emballés, et les tarifs sont devenus hors de toute proportion. Pour : Barbara Hannigan. Contre : le retour de Warlikowski. Allez, prenons cette loge paumée derrière l’amphi, que je ne savais même pas qu’elle existait. On nous promet un sur-titrage compliqué (l’opéra de Paris, grand spécialiste mondial du sur-titrage merdique…), mais le 1er opéra est connu et le 2e est en français, alors ça devrait aller, non ?

Et puis il y a un magicien en prélude, qui fait apparaître et disparaître, jusqu’au lapin. Hein ? Quel rapport ? Pas grave, c’est l’heure du prélude au Château de Barbe Bleue. John Relyea dans le rôle et Ekaterina Gubanova pour Judith, et c’est fort bien, sans être le meilleur que j’aie entendu. La mise en scène était pas mal, au final, rien de dingue, avec des pavés vitrés coulissants (ça sent même le repassé), et puis tiens, une baignoire ! Un chien !… Rien de moche non plus, mais à 200€ la place on pouvait p’têtre espérer mieux quand même… (Et c’est une co-production !)

Ce Bartok a été associé à un Poulenc, enchaîné sans pause, avec une certaine homogénéité de mise en scène, même si celle-ci a pu aller encore plus dans l’économie de moyens. “La voix humaine” est une tragédie lyrique en un acte de 1959, soit juste après les dialogues dont on distingue plusieurs fois les lignes empruntées. C’est avant tout un solo au téléphone, moitié d’un dialogue au moment d’une rupture, drame psychologique qui justifie le collage à la première oeuvre (moyennant un peu de torture intellectuelle des gens de l’opéra de Paris). C’est Barbara Hannigan, chanteuse tout terrain que je vénère (parce qu’elle est rousse, qu’elle chante du Ligeti, qu’elle est extraordinaire, que je veux l’épouser), qui assure le rôle, mais malgré ses origines canadiennes, capter pendant une heure, avec une moitié de sous-titre, une moitié de conversation (puisque c’est ça à l’origine que la pièce de Jean Cocteau), ça fait qu’il ne reste plus grand chose, pour ne pas dire rien : perte de signal sur la ligne (ça tombe bien, ça arrive plusieurs fois).

Et finalement, cette soirée était bien mais un peu décevante. Du genre assez oubliable — malgré les contorsions, dont on se rappellera le plus. Dommage pour un tel cast !

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