Trois heures seulement ! Il faut bien avouer que quatre aurait été trop long, pour cette rediffusion de ce même Agrippina de Haendel que la veille à Pleyel, cette fois-ci au TCE. Le même, vraiment ? Outre cette fois-ci une charmante compagnie usuelle pour compenser l'effet de déjà-vu, le retaillage pour faire perdre une heure, le quart tout de même de la version de la veille, a donné lieu à l'entracte au jeu des sept différences. Évidemment, première différence, les forces en présence. Rien à voir.
Eduardo López Banzo direction
Ann Hallenberg - Agrippina
Vivica Genaux - Nerone
María Espada - Poppea
Carlos Mena - Ottone
Luigi De Donato - Claudio
Enrique Sánchez Ramos - Pallante
Elías Benito - Lesbo
José Hernández Pastor - Narciso
Al Ayre Español
Comme l'héroïne est Vivica Genaux, on sent que le rôle de Nerone a été un peu plus boosté que la veille ; et c'est ainsi qu'il/elle se met à chanter les louanges de la charité envers les indigents... alors qu'on avait coupé le pourquoi (Agrippina l'encourageait à aller se faire bien voir du peuple, par pur cynisme), et que la veille aussi, ça l'ennuyait quand même un peu... Moins de détail, c'est certain, par-ci par-là, quelques secondes grappillées, on perd en intrigues et en ressorts. Outre que si l'on annonce trois actes (avec toujours un seul entracte), on perd tout de même le gros coeur dodu de la veille, et le sac à malices d'Agrippina. Mais finalement, en relisant le résumé rédigé dans le billet précédant, il n'y a rien à enlever : Jacobs avait étoffé l'affaire, donnant plus d'épaisseur à une dramaturgie forcément un creuse étant donné les évènements relatés, mais cela n'était guère indispensable à la compréhension globale ; quand bien même on sent que l'on va trop vite dans la version de trois heures, et qu'il nous manque quelques clés pour comprendre les réactions rapides et surprenantes des personnages.
Les espagnols donnent dans le old school quelque peu poussiéreux : l'orchestre, plus réduit que la veille, sonne aux canards ; les chanteurs sont costumés cravate rouge ; les chanteuse en toge, rideaux pour Agrippina. Et puis ça défile aux pupitres quasiment sans interaction, parfois même un personnage s'adresse à un autre qui est déjà reparti s'asseoir : ça manque cruellement de vie !
Lesbo, Pallante et Narciso sont dans cette version de l'insipide au mauvais (et à peine audible). Heureusement, le Claudio assure le job. Et le Ottone de Carlos Mena est réellement très bon. Très bonne Agrippina aussi, mais forcément moins appréciable Poppée que la veille (quoique techniquement irréprochable), car sur un registre bien différent, résolument lyrique-dramatique, à tel point que certains auront dû mal à reconnaître que c'est du même opéra dont il s'agit. Et puis Vivica Genaux, qui fait briller un rôle qui paraissait bien moindre la veille.
Ce n'était pas mauvais ! Des faiblesses évidentes, mais on s'attendait à pire. Ça n'avait pas la patine Jacobs, le mécanisme bien huilé, et en même temps, entre fanatiques qui enchaînent deux fois le même opéra au hasard d'une programmation erratique, l'impression aussi qu'on a plus droit à du Haendel pur non coupé, du moins non remixé. En même temps, la version consolidée/augmentée de la veille, quoique vraiment longue, marchait bien mieux dans l'ensemble, et l'on y avait plus de plaisir. Pleyel ne gagne pas par KO, mais largement aux points.