humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 23 mai 2016

valsons

L’Orchestre National d'Île-de-France donnait mardi dernier un sympathique concert avec le jeune Ainars Rubikis à la direction, intitulé “Vertiges”, condensé de valses dans leurs tous leurs états. On commence logiquement par une “Invitation à la valse” (Hector Berlioz / Carl Maria von Weber), de ces pièces que tout le monde connaît sans pouvoir y mettre un nom dessus, ce qui était un peu le fil rouge de la soirée.

Jusqu’à l’entracte, est venue en renfort celle qui a aussi justifié de prendre ce billet à la Philharmonie, j’ai nommé la chtite Alexandra Soumm au violon, sur des talons de 12 et une robe d’idole dorée. Héroïne trop peu régulière de ce blog — et commentatrice occasionnelle —, on sait combien je l’apprécie énormément. Un vrai talent de chez nous, et une sympathie communicatrice : cette fille est autant un bonheur à voir qu’à entendre (et comme pour une fois elle est jolie sans être mon type, on ne pourra pas me taxer de drague sous-jacente usuelle, ou autre biais cognitif phallique).

Elle a donc joué pour un extrait du deuxième mouvement du concerto pour violon de Tchaïkovski, puis la “Méditation” du même. Entrecoupant d’un très joli Liebsleid de Fritz Kreisler (encore une pièce typique du je-connais-mais-comment-ça-s’appelle-déjà — ah bon ?? Et puis oubli total jusqu’à la prochaine), elle reprit avec l’orchestre pour un deuxième solo du Lac des cygnes et une Valse sentimentale (oh oui, sentimentale !) de toujours Tchaïkovski. Il y eut un bis (mais, heu… Je ne sais plus), et puis un happy birthday pour notre héroïne, ce qui a fini de remplir son capital sympathie au plus haut.

Après la pause, la très belle Valse triste de Jean Sibelius que l’on n’entend jamais assez — agressée cependant pas plusieurs nez siffleurs terroristes… Puis du Frédéric Chopin sur orchestration d’Igor Stravinski, de la Nocturne op. 32 n°2 (pas mal, mais ne fait pas oublier la version piano) puis la Grande Valse brillante op.18 (alors là, exit le piano, ça fait palot à côté).

Et puis pour continuer dans le sublime et rare, la Valse extraite de Mascarade d’Aram Khatchatourian. Je ne sais jamais pourquoi il y si peu de Khatchatourian dans nos contrées (mais ça explique peut-être la présence de l’ami russe). Pour finir, cependant, Maurice Ravel, La Valse, dont on sait l’amertume tragique qui l’habite au sortir de la première guerre mondiale. Un vertige.

mardi 17 mai 2016

Goerne au ralenti

Mais que nous a donc fait Eschenbach pour son retour à la baguette devant notre bienaimé Orchestre de Paris, devant notre bienaimée Lola, et en compagnie de son ami-partenaire l’immeeeeeense Matthias Goerne qui pouvait donner dans le Wagner ?

Dès les premières notes du Prélude de Tristan et Isolde, on comprend qu’on va être sous Prozac. C’est parfois un parti-pris des chefs, qui vous font tout l’opéra en version 6h30. Heureusement, il n’y avait après que le Monologue du Roi Marke (aka Matthias) de l’acte II, et comme il fallait se caler sur le chanteur, ça allait un peu mieux. Sans être hyper excitant, alors que Matthias est toujours aussi bon. “Le vaisseau Fantôme” : Acte I, Scène 2, Monologue du Hollandais (”Die frist ist um, und abermals verstrichen sind sieben Jahr”), puis la Walkyrie (Acte III, Scène 3, Les Adieux de Wotan – « Leb Wohl ») ne nous aurons pas beaucoup plus passionné alors que Loooooge, quoi (qui était d’ailleurs assez court, on peut mieux faire !!). Déception.

Deuxième partie, deuxième de Brahms (Wagner-Brahms, toujours pas compris d’où sortait l’idée de ce programme…), classique, du connu, sans partition, du Brahms ni plus ni moins, fait le job. La soirée la plus dispensable de la saison, sans doute. Dommage.

mardi 26 avril 2016

héros gurré

Enfin une oeuvre qui justifie la Philharmonie ! L’orchestre de l’opéra de Paris, mené par Philippe Jordan, doit être pléthorique pour assurer les Gurre-Lieder : onze contrebasses, trois harpes, deux contrebassons, des violons par bottes de douzaines, etc. Eh bien ça rentre, plutôt à l’aise (disons qu’habituellement c’est encore plus serré), dans la salle de la Philhar. Replacé en fond de parterre (assez peu de places libres, étant donné que tout l’arrière-scène est réservé pour un choeur qui n’en occupe pas un tiers), le son n’est ni trop fort (saturation habituelle des oreilles) ni trop faible, juste ce qu’il faut. Et de face, on entend tout avec grande précision (sauf parfois le ténor Andreas Schager — pas de bol, c’est le héros, il paraît que Schönberg l’a voulu ainsi pour le pauvre Waldemar, ce qui se comprend). La voix de Iréne Theorin (Tove) est par exemple particulièrement bien mise en valeur. Complètent la distribution Sarah Connolly (Waldtaube), Jochen Schmeckenbecher (Bauer), Andreas Conrad (Klaus-Narr) et enfin pour les dernières strophes le vieux récitant Franz Mazura. À croire que tout le monde s’était déplacé, sur la scène et dans la salle, pour vivre cet extrêmement beau moment de musique.

mardi 19 avril 2016

Suzuki magnifique

Comme il est dit que Dieu doit tout à Bach, peut-on dire que Bach doit tout à Masaaki Suzuki ? Le TCE était plein pour accueillir son Bach Collegium Japan qui s’est rendu célèbre par ses enregistrements de référence. C’est que le Japon n’est que fort bien placé pour apprécier Bach — et l’utilisation en fond sonore de première importance dans les films et mangas appuie mes dires. Il y a du contemplatif vigoureux, de la complexe simplicité, de l’émotion raffinée, tout ce qu’aime le Nippon civilisé.

Évidemment, trouver du chanteur japonais est mission impossible. Nous avions donc : Hana Blažiková (soprano), Joanne Lunn (soprano), Robin Blaze (contre-ténor), Zachary Wilder (ténor) et enfin Dominik Wörner (baryton-basse), outre le choeur. La BWV 243 est plus connue sous le nom de Magnificat. De quoi finir de remplir totalement la salle — impossible de bouger ne serait-ce que d’un siège, avec Hinata.

En complément de programme, après les 35 premières minutes et un entracte, deux cantates “Ich hatte viel Bekümmernis” (BWV 21) et “Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust” (BWV 170), pour de nouveau environ 50 minutes de bonheur céleste — surtout au rang Z du second balcon…

Paris messiaenique

Seconde Turangalîlâ de l’année, pour ne point me déplaire, cette fois-ci par l’orchestre de Paris et Paavo Järvi — de quoi justifier un dimanche après-midi à la Philharmonie. Elle est d’abord précédée d’un Charles Ives, The Unanswered Question, qui est proprement magnifique. Un souffle intrigant de cordes monotones aphones continues sur laquelle prend parfois le pas une trompette lasse, et quelques soubresauts de vents dissonants. À posséder dans sa discothèque, six formidables minutes.

Pour la Turangalîlâ-symphonie, avec l’habituel Roger Muraro au piano et l’inhabituelle Cynthia Millar aux fameuses ondes Martenot, la perfection aurait été atteinte si seulement Lola avait été présente pour finir de nous élever vers les étoiles. C’était très bien, donc, mais a souffert de l’étouffement du son dans la salle, qui décidément fait moins vibrer que toute autre. On aura pu profiter cependant de l’effet de dissociation des instruments qui permet de mieux analyser l’oeuvre. On ne peut pas tout avoir, et puis ça complète bien la séance précédente au TCE.

Londres messiaenique (et brucknerien)

De manière amusante, sur le calendrier, la Philharmonie m’a fait profiter d’une seconde symphonie n°8 de Bruckner après celle du TCE (qui n’était point originelle programmée dans ma liste de concert — et cette fois, Laurent était bien présent). Pour un LSO dirigé par Sir Simon Rattle, il y avait bon nombre de trous qui ont permis de se replacer aisément au parterre. C’était peut-être le contre-effet Messiaen, pour mon plus grand plaisir : Couleurs de la cité céleste, avec ses cuivres, ses percussions, son Pierre-Laurent Aimard au piano. Pas le plus accessible, j’en conviens.

Et puis donc, huitième bis. La salle se prête moins à en mettre plein les oreilles, mais pour une fois, c’était moins gênant — peut-être que la position bien en face au parterre a compensé. Le frissonomètre a bougé à la fin, comme contractuellement prévu. Surtout, étant moins envahi par les sons puissants, on peut mieux analyser l’affaire. La faiblesse de la rediffusion de Messiaen du TCE vers la Philhar a cette fois plutôt été une force. Comme quoi… (Décidément j’aime vraiment énormément Bruckner…)

lundi 11 avril 2016

Persée de bas en haut

Avec l’épouvantable RER C, j’ai été privé de binôme durant la première partie. Sans rater le début de “Persée” de Lully, grâce à la bonne gestion des spectateurs retardataires par le TCE (la Philhar devrait y faire un stage), j’ai pu écouter depuis une boîte à sel côté pair, deuxième rang. Deux remarques immédiates : c’est étonnamment très beau, et la diction des chanteurs est parfaite (ça tombe bien, je ne vois pas les surtitres).

À l’entracte, remontant tous les étages, je retrouve donc Hinata-chan et on se replace un peu plus centré, parce que c’est assez vide, en haut. Elle a failli ne pas venir, mais finalement est bien contente : c’est superbe ! Mais on ne comprend rien et il n’y a pas de surtitrage. Comment ça ? Hé bien en effet, resté dans les hauteurs (c’est qu’il n’est pas forcément question que de musique), on n’y comprenait pas grand chose. Les mystères de l’acoustique. Il aurait été de bon ton que le TCE vérifie qu’on entend correctement partout, ou plutôt de la même manière : car en haut, l’orchestre est meilleur, mais écrase les voix, qui sont distordues. C’est mélodieux, mais dans le bordel de l’histoire, sur une variation du zigouillage de Méduse par Persée, on s’y perd totalement — de toute façon, je n’avais pas très bien suivi, en bas. En témoigne le nombre délirant de chanteurs impliqués.

Mathias Vidal - Persée
Hélène Guilmette - Andromède
Katherine Watson - Mérope
Tassis Christoyannis - Phinée
Jean Teitgen - Céphée
Chantal Santon-Jeffery - Vénus
Marie Lenormand - Cassiope
Cyrille Dubois - Mercure
Marie Kalinine - Méduse
Thomas Dolié - Sténone
Zachary Wilder - Euryale

En haut, aussi, on voit mal Hervé Niquet. Parce que c’est en bas que j’ai appris pour la première qu’il dirige son Concert Spirituel à la grimace. C’est assez fou, un peu comme Pavo Jarvi. En tout cas, c’est la première fois que j’ai pu lui rendre hommage sartorialement, car je me suis fait fabriquer une veste s’inspirant essentiellement de la sienne (et aussi d’une autre de David Bowie, et de quelques autres). Il le méritait bien.

Au final, Persée a tout vaincu et tout réussi. Mais en 1770, il n’avait pas à affronter, comme Hinata (au retour) et moi, un ennemi redoutable : le RER C.

super-Bruckner

Il y a des orchestres ou des salles qui ont des mécènes, et puis il y a des spectateurs aussi, parfois, à l’occasion d’une traversée du monde connu de Laurent-Paris-Broadway, par exemple, qui n’a toujours pas résolu le problème d’ubiquité (et celui de télétransportation), malgré ses nombreux essais. Au TCE, donc, nous nous retrouvâmes, avec la souris, dans des places de riches sans avoir à faire les ninjas. C’est comment, les riches au TCE ? C’est bien installé, il y a de la place pour les jambes (pas comme à l’horrible moderne Philhar), et on est bien pris dans le grand siège, ce qui rend difficile le pelotage règlementaire de voisine (on ne peut pas gagner sur tous les plans). Les spectateurs environnants sont là aussi très aléatoires (mais riches), et une rombière a ainsi décidé de travailler le dos de la souris au pied, par exemple…

La huitième symphonie de Bruckner (version 1890, ici) n’est pas forcément ma préférée dans l’ensemble, mais elle a ce passage, vers la fin, qui est la naissance de toutes les musiques de super-héros et que je connais par coeur. À bout portant, à quelques mètre de l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam, ça laisse moins de chance au mixage du son. Jukka-Pekka Saraste à la direction était sûrement préférable à Yannick Nézet-Séguin, initialement prévu.

On est tombé d’accord avec l’ami berlinois : c’était parfaitement superbe.

lundi 4 avril 2016

voyage d’hiver de printemps

Au rayon des pèlerinages religieux, après avoir entendu parler de Jésus encore et toujours, il était temps d’aller voir Dieu en personne. Matthias Goerne était à la “Philharmonie 2” aka la Cité de la Musique, où les places à 10€ n’existent pas. Mais pour une Winterreise par Goerne, Hinata et moi (tiens, on se retrouve enfin !), on est prêts à mettre du pognon. N’empêche, on se retrouve quand même tout en haut, derrière le plexi, mais de face : j’ai eu peur, mais finalement on y entend fort bien. On a juste un peu de mal à comprendre pourquoi Matthias arrête le récital et son pianiste Markus Hinterhauser après quelques mesures et somme un spectateur de cesser ses activités (photographiques ?), celui-ci décidant de se repentir à l’extérieur de la salle (il ne me semble pourtant pas que Dieu l’ait explicitement banni — car Dieu est miséricordieux, n’oublions pas).

Et pourtant, des précautions avaient été prises : les ouvreuses répétaient encore et toujours de ne pas prendre de photo ou de vidéo, et même un gus étaient venu faire une annonce avant (ça devient une habitude…) pour notamment nous demander d’attendre avant d’applaudir. À quoi en est-on réduit ces temps-ci pour éduquer un public décidément épouvantable — et d’ailleurs n’a pas attendu plus de trois secondes.

C’était aussi une production par le Festival d’Aix en Provence, avec comme particularité diffuser en arrière-plan, sur un mur décoré, des extraits d’animations (“création visuelle”) de William Kentridge, qui n’avaient aucun rapport avec le texte (c’est voulu, nous dit-on conceptuellement), si ce n’est une certaine atmosphère. L’idée est louable, mais ça distrait et on se demande si on n’est pas déconcentré de l’essentiel, qui reste l’une des meilleures interprétations du Winterreise de Schubert de tous les temps. Hinata, les yeux fermés, murmure en un silencieux karaoke les Lieder qui se succèdent, transportée. Et alors, dispersant le doute qui s’était un peu installé en elle, fit pénitence et déclara que Dieu Matthias est bien Dieu, qu’il est le plus grand, jusqu'au siècle des siècles. Amen.

Selig sind, die da Leid tragen

Ç’aurait dû être la troisième soirée à trois. Mais il y en a une qui a déclaré forfait. Non qu’elle n’ait pu intriguer pour arriver à temps (elle a de la ressource, quand il faut !), mais ce fut bien la seule à rejoindre le second balcon officiel — où paraît-il le choeur de chambre Les Éléments était trop fort — au lieu de se replacer comme des ninjas civilisés au parterre. Quand il n’y a pas d’entracte, il faut viser juste du premier coup. Pourtant, Ein deutsches Requiem, c’est depuis longtemps notre pèlerinage, mais je suis le plus sentimental. Et puis il fallait que je fasse découvrir ça à la souris.

Emmanuel Krivine, La Chambre Philharmonique, la grande Camilla Tilling (soprano) et Rudolf Rosen (baryton) pour une très belle interprétation, mais qui manquait un peu de profondeur au parterre — saleté de Philharmonie, décidément. Le public, pour une fois pas trop pénible, quoique souffrant toujours de tuberculose, n’a pas attendu une seconde pour applaudir.

- page 1 de 143