humani nil a me alienum puto

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mardi 23 avril 2019

Warli MacBeth de Bastille

Cela faisait 10 ans que je n’avais vu ce grand Chostakovitch, dans le même opéra Bastille : Lady MacBeth de Mzensk. Vive le blog pour faciliter le souvenir ! J’avais dit à l’époque qu’il faudrait un carré rouge d’avertissement : opéra gore. 10 ans plus tard, je suis pris au mot : le site web de l’opéra prévient que « Certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes ainsi que des personnes non averties. » Il faut se méfier de ses bons mots, ils pourraient devenir réalité…

Il y a 10 ans, c’était du Kusej, et je faisais allusion à Krzysztof Warlikowski. Et là, c’est justement Warlinounet à la mise en scène. Ce blog aurait-il un épouvantable aspect prophétique ? Mille excuses. Comme il y a 10 ans, cela donne quelque chose de pas bien beau, qui ne rentre pas en conflit avec le livret violent des bas-fonds de l’humanité, mais peine à sublimer la riche partition dirigée par Ingo Metzmacher (qui n’est pas le génial Hartmut Haenchen, devenu extrêmement rare, mais qui a très bien fait le job !). Il y a 10 ans, c’était place de dernière minute ; depuis leur prix presque a doublé, et celle des différentes catégories aussi (quelques unes ont triplé, à vrai dire), il vaut mieux donc prendre à 5€ et se replacer assez facilement puisque cela attire toujours autant de monde (les plus mélomanes, en clair). Finalement, c’est moins cher. Sur la même 3e rangée de premier balcon, on retrouve tout ce que la conception nous offre de ninjas. J’étais de nouveau en couple, mais avec la souris ; à côté d’elle, David/Fomalhaut. La première a peu été impressionnée par les ondes amoureuses pour Warli du second. Au contraire, les décors et costumes de Małgorzata Szczęśniak lui ont plutôt piqué les yeux. Il faut bien avouer qu’il faut une certaine endurance pour ne pas être distrait par les choses hideuses qui peuvent se passer sur scène, entraînant naturellement une fâcheuse dissonance avec ce qu’il se passe en fosse.

Mais sur scène, il y avait aussi une fine équipe d’interprètes. Avant tout Aušrinė Stundytė, pour l’anti-héroïne Katerina Lvovna Ismailova. Elle évolue essentiellement, en première partie, dans un parallélépipède mouvant représentant un appartement ; à l’extérieur, l’entreprise familiale est une boucherie. On y trouve (seulement en première partie, le temps de se faire zigouiller) Dmitry Ulyanov pour le beau-père Boris Timofeevich Ismailov et John Daszak pour son fils Zinovy Borisovich Ismailov. L’amant Serguei (Pavel Černoch) est affublé d’un chapeau de cow boy et se retrouve fesses nues très régulièrement. Warli donne un rôle (muet) plus important à Aksinya (Sofija Petrovic), qui se retrouve donc plus souvent sur scène que pour la seule scène du viol, au bras de divers notables (à commencer par Boris).

En seconde partie, la scène du mariage redouble de kitsch qui pique, costumes rouges pour les mariés, et balourd bien miteux par Wolfgang Ablinger‑Sperrhacke (Krzysztof Baczyk pour le Pope qui se reconvertira en gardien ; Alexander Tsymbalyuk en chef de la police qui veut sa commission, et deviendra ensuite un vieux bagnard — il y a de la suite dans la distribution !). En prison, pour la dernière partie de l’oeuvre qui dure 3h25 avec son entracte, retour du parallélépipède (une cellule, vaguement) et Oksana Volkova dans le rôle de Sonietka qui finira aussi à la bâille, comme le spoilait déjà depuis un certain temps les vidéos projetées au fond.

Aušrinė Stundytė était heureusement remise de sa blessure (à l’orteil, dit-on, à cause des grilles de la mise en scène — elle était donc chaussée, cette fois), qui avait interrompu en plein milieu la représentation du mardi. Moralité : mieux vaut venir un samedi. En plus, comme les places sont plus chères, il y a encore moins de monde. On se retrouvera donc dans 10 ans pour la prochaine mise en scène de ce monument opératique — et on vérifiera s’il est bien traditionnel de positionner des cuivres dans les balcons latéraux !

vendredi 12 avril 2019

if I persist in gazing

Un nouvel Haendel ? Ciel ! Semele (Louise Alder, soprano) est une donzelle promise à un mariage avec Athamas (Carlo Vistoli, contre-ténor), qu’aime en réalité sa soeur Ino (Lucile Richardot, mezzo-soprano), alors qu’elle en bave pour Jupiter (Hugo Hymas, ténor), ce qui énerve fortement Junon (aussi interprétée par Lucile Richardot). Alors une fois enlevée dans les cieux pour être mieux culbutée, mais s’ennuyant fortement, provoquant le rapt de sa soeur pour lui tenir compagnie, Junon décide de prendre les traits de cette dernière (ce qui explique l’usage de la même chanteuse, en tenues différentes), afin d’attiser son péché mignon, la vanité, et provoquer sa chute. If I persist in gazing, myself I shall adore! (Ça me rappelle quelqu’un) Avec une cabriole mythologique on arrive quand même à un happy ending post-chamallow grillé.

Sir John Eliott Gardiner (Monteverdi Choir/English Baroque Soloists) aime bien les mises en espace. Ça donne du relief, et il s’amuse comme un fou. Ici on joue avec les tabourets, un fauteuil et un collier dans sa boîte. Et une bicyclette. Souvent, on se dit qu’il y a quelqu’un qui va se casser la gueule dans les escaliers des différentes estrades de la scène de la Philharmonie ou sur le public. Pas très safe.

Très bonne distribution, qui s’est améliorée au fil des 3h20 d’opéra (avec entracte), de telle sorte que l’anglais Lucile Richardot se fit plus précis (très beau jeu de scène, sinon), la voix de Carlo Vistoli plus portée (heureusement que la salle était moyennement remplie, ménageant des places dans les premiers rangs), et le jeu de Louise Alder, héroïne de la soirée, plus développé — petite ovation méritée. Mentions spéciale pour le basse Gianluca Buratto (Cadmus/Somnus) et le jeune charmant Jupiter Hugo Hymas (comme quoi, il n’y a pas que Macron) — j’ai suspecté mon binôme de vouloir se faire ravir dans les cieux. Très belle partition de Haendel, avec deux ou trois airs cannons.

Excellente soirée.

expo électro

Invitation in-extremis des Amis de la philharmonie auxquels j’ai récemment adhéré : mail à midi pour une entrée au vernissage de la nouvelle exposition « Electro » à 18h30. Et une queue de dingue. Relecture du mail : il y a une entrée dérobée, quelque part, en suivant un panneau. Pas clair. Le gardien n’y connaît rien et raconte n’importe quoi. En fait j’étais arrivé un peu trop tôt. On rentre par une porte invisible qui donne sur un couloir glauque, qui donne sur un couloir moins glauque, qui fait traverses les salles d’activité, qui fait enfin entrer dans le hall en béton ciré sans faire la queue. La bière coule déjà à flot — au moins un truc un peu mieux organisé.

On attrape un casque, jack à la main, et c’est parti ! L’expo débute par de l’historique : on part du début du XXème siècle, avant même l’invention de l’électronique, mais où les sons artificiels ressemblaient déjà furieusement à ce qui allait se faire. Machine étranges parmi lesquelles ne figurent pas les ondes Martenot (1928, pour qui voudra aussi vérifier), et donc Messiean — ni Ligeti, quand j’y repense… Ça donne le ton de la petite expo : c’est riche et c’est plein de trous. Étrange !

Des machines vintage (passionnant !) puis des installations, graphiques, délurées (le beat électro-mécanique vaut le détour !), lumineuses, super cool. Il y a du très bon son qui passe dans l’ensemble de l’espace, et parfois on doit se résoudre à en rater un morceau pour écouter au jack — on peut se brancher jusqu’à 5 devant un panneau. Il y a quelques espaces vidéo où l’on peut s’asseoir. Rapidement ça devient du cherry picking, entre expérimental un peu pointu (Étienne de Crécy a manifestement fait un fort bon lobbying) et historique (disco, un peu de Bowie, Berlin et la scène gay) ; hommage appuyé à Jean-Michel Jarre. Pas eu l’impression que ça parle explicitement de rave parties (petit stand « dancefloor » ? C’était un sacré phénomène à l’époque, la une des JT tous les deux jours, avec les paysans effrayés) ou de techno parade (Dahool a été oublié ? Peut-être trop épiphénomène comme Pills, Mr. Oizo, Kavinsky ?). On parle Daft Punk (jolie installation) mais adieu The Chemical Brothers, Prodigy (qui est un peu à la boutique) ; on a (vite fait) Vitalic mais ni Scooter, Gigi d’Agostino ou David Guetta (trop commercialo-main-stream ? Pourtant, il y a Air). On oublie totalement la dream, mais on frôle la transe, sans aller dans le hardcore (aucune mention, pourtant Thunderdome a connu bien des opus !). Bref, dans le plutôt mélodieux, mais avec du pointu.

Le public est quarantenaire (logique), propre sur soi. Apparemment j’ai raté de la drag queen fesses en l’air dans la file d’attente. Mais c’est quand une version un peu édulcorée. On parle substances illicites pour un peu mieux éluder le sujet. L’entrée de l’électro se fait par la grande porte en y perdant des plumes. Étant sur un mauvais timing, je n’ai clairement pu que picorer, en 40 minutes, que quelques extraits sonores (mais tout est bien indiqué sur les play lists). Pour tout écouter, compter facilement trois ou quatre heures. Il y a pas mal de choses que je ne connaissais pas dans le lot (ce qui accroit l’impression étrange de la définition d’un canon selon les goûts discographique du commissaire d’expo). C’est vraiment bien, mais ça aurait gagné à être quatre ou cinq fois plus grand, et je regrette aussi que la filiation avec la musique classique/orchestrale n’ait pas été plus soulignée. Pour la prochaine fois ? Ne serait-ce que pour cela, il faut soutenir cette expo qui me paraît être la première de son genre.

lundi 8 avril 2019

immigration hongroise

J’avais hésité à prendre ce concert, part d’un dyptique de week end avec le Budapest Festival Orchestra, et puis finalement, non. Et puis Laurent a manqué de binôme ; et finalement, Laurent a manqué tout court. Bref, voilà comment on se retrouve à l’improviste dans un concert hongrois (Oh ! Voici Klari ! Elle a retrouvé le chemin de la Philhar !). Dans la catégorie remaniements, le chef Ivan Fischer était malade. C’est d’autant plus embarrassant que c’est lui qui avait tout organisé. Alors on a eu droit à un petit mot pour nous expliquer un peu tout de la soirée.

Nouveau chef, donc : le jeune et handsome Gábor Káli. C’est comme ça que les chefs se font des noms : en remplaçant au pied levé. Et on commence par un Mandarin merveilleux violent et sensuel.

Nous voilà bien préparés pour accueillir une délégation de jeunes filles en fleurs. C’est que Bartok a écrit autre chose qu’un Mandarin et un château barbu bleu. Mais c’est clairement moins connu — pour ne pas dire pas connu du tout. En l’occurrence, des chants à cappella pour voix d’enfants, qui était plutôt des ados, avec robes traditionnelles bien kitsch qui piquent. Pour chanter des niaiseries poétiques élaborées — jeunes filles dans les fleurs. « Choeurs d’enfants a capella », cela veut dire que le Choeur d'enfants Cantemus de Nyiregyhaza était disposé un peu partout parmi les musiciens, mais que ceux-ci ne faisaient rien. En attendant la pièce suivante, Sept Choeurs avec accompagnement d’orchestre Sz. 103, où tout le monde pouvait participer — encore des extraits, pour que ce ne soit pas trop long ? C’est spécial, j’aime bien !

Et après l’entracte (et une découverte d’espaces extérieurs et intérieurs dans le bâtiment compliqué), un ludique et épique (et unique !) Concerto pour orchestre — un monument avant une mort prématurée. Une fort intéressante soirée Béla Bartók !

lundi 1 avril 2019

Khatia et le star system

Encore une fois, le public était placé sur la scène de la Philharmonie. Mais cette fois, c’était pour approcher un peu plus encore Khatia Buniatishvili et sa divine chevelure. La salle était par ailleurs très pleine. Peut facile de trouver un replacement. Finalement, une belle place plein centre, le rang juste devant celui de JoPrincesse (et à côté de Christine Angot qui n’est pas restée pour les bis ?). Idéal. On peut tout voir de Khatia. Sauf les pieds, sous la trop longue robe sur laquelle elle a failli plusieurs fois trébucher.

Mais pourquoi tant de monde ? Seuls les pianistes les plus hypes (Lang Lang et Martha Argerich) rassemblent autant de public. C’est que Khatia, apprends-je, passe souvent à la télé, et même plusieurs fois récemment à Quotidien. D’où un public de n00bs, qui ne sait pas se tenir pendant les 45 minutes de D960 de Schubert. Un choix assez étonnant de Khatia étant donné son néo-public, faut-il dire (mais ce mouvement lent, quelle merveille…). Entracte, puis quelque chose qui sied mieux à la soirée : un Schubert méga-hits by Litsz, avec Ständchen, Gretchen am Spinnrade et Erlkönig.

Pour les deux dernières pièces Khatia fait monter la sauce, grâce à deux Franz Liszt. Elle sort d’abord son spécial jutsu aux vingts doigts, pour exécuter brillamment l’étude d'exécution transcendante n° 4 "Mazeppa", qui nous aura autant transcendé qu’une chevelure magique. Puis la Rhapsodie hongroise n°6, en feu d’artifice. Là encore, les doigts vont trop vite pour le Shannon oculaire. Khatia est une fille très digitale. C’est aussi une fille nouvellement adulée. Certes, comme toujours, elle n’attend pas le silence ou la fin des applaudissements pour commencer à jouer ; et elle se débarrasse sans ménagement, auprès du premier venu, du bouquet qu’on vient de lui remettre.

Elle alterne rapidement deux rappels, entre entre le flamboyant à chevelure, et le romantique-tout-plein : Rhapsodie Hongroise n°2 de Liszt (arrangement by herself), Impromptu op. 90 n°3 de Schubert. Schubert-Liszt-Schubert-Liszt, et une salle debout et en liesse entre chaque pièce supplémentaire. Comme s’ils n’avaient jamais entendu un seul pianiste de leur vie. Certes Khatia nous réserve (souvent) le meilleur (et parfois la pédale, disent quelques peureux), mais à voir tout ce monde n’y connaître pas grand chose et débarque de manière bien opportuniste (NOUS on l’a repérée depuis des années, depuis Pleyel !), je me pose la question : va-t-on gâcher Khatia ?

plus mieux que Bach-

Dans le WE « Orgues » à la Philharmonie, qui sert chaque année à le décrasser un peu, il n’y a pas que des pièces de moins d’une demi-heure : il y a aussi Olivier Latry qui vient jouer une fois l’an ! Cette fois-ci, replacement au parterre pour cet après-midi dominical « Bach+ ». Pourquoi « + » ? Parce qu’il y a plus de public jusque sur la scène autour de l’orgue ? (Comment a fait Serendipity, pas tout compris… Mais je préfère encore voir l’organiste s’exciter avec tous ses membres sur l’instrument, façon poulpe musical) Ou encore parce que deux bis ? (BWV 565 toccata et fugue, acclamé par le public ; puis Wir danken die, Gott, BWV 29, Sinfonia)

Que nenni. L’idée est de collectionner les B.A.C.H. et autres hommages, entrecoupés de Bach A.O.C. Voyons : Robert Schumann, 1ère fugue sur B.A.C.H (je ne savais même pas que Schumann avait écrit pour l’orgue !). Suivi de Johann Sebastian Bach (original), Choral "Schmücke dich, o liebe Seele ». Et alors deux mix (feat.) : avec Franz Liszt pour la Fantaisie et fugue en sol mineur ; avec Charles-Marie Widor pour Marche du Veilleur de nuit. Avant de revenir vers Prélude et fugue sur B.A.C.H., cette fois de Franz Liszt  et Jean Guillou (en son hommage, car on apprend qu’il vient tout juste de mourir à presque 90 ans).

Il faut dire que les organistes sont de sacrés remixers. La platine de D.J., c’est eux ! Les duos improbables en supermégamix, c’est eux aussi ! Les impros endiablées, c’est toujours eux ! Alors après l’entracte, on continue : Johann Sebastian Bach / Eugène Gigout, Choral de la Pentecôte ; Robert Schumann, de nouveau, pour 4ème et 5ème fugue sur B.A.C.H. Et pour finir, avant les bis, Passacaille et Fugue en ut mineur, BWV 582, du vrai Bach.

Wir danken die, Olivier.

(Ainsi que la souris pour le titre du billet, même si ce n'était point mon accompagnatrice sur ce récital)

Lettons et Bavarois

Samedi soir, salle à trous : est-ce que le jaune va mal au week-end ? Est-ce que l’idée d’avoir programmé, dans la même Philharmonie, un deuxième sacre du printemps à quelques soirs d’intervalle n’était pas des plus heureuses ? Les invitations n’ont-elles pas cette fois été distribuées au tout venant nationalement lié ? On avait pourtant le choix entre d’un côté les Lettons — Mariss Jansons à la direction et Iveta Apkalna à l’orgue — et les Bavarois — Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise, ils ont combien d’orchestres, là-bas, au juste ?

En apéritif, un Carnaval romain, ouverture de Berlioz souvent donnée en concert, et qui a été admirablement et fort dynamiquement exécutée. Mais c’est surtout pour l’oeuvre centrale que nous venions. Francis Poulenc, Concerto pour orgue. L’organiste Iveta apparaît avec sa couronne de cheveux blonds et son très bel ensemble noir sur mesure : émotion palpable. À cet instant précis, avec cette magnifique musique orchestrale et organique (organistique ?), on se dit que finalement, ça valait bien un demi-milliard. Un peu cher, comme salle, mais vraiment incroyable.

En rappel, elle nous gratifie de Evocation II, de Thierry Escaich, qui commence avec des battements au pied, aussi original et fantastique. On ne voudrait plus la voir partir. Que l’on épouse Iveta ! Immédiatement ! Malheureusement, depuis mardi, en à peine quatre jours, Igor Stravinski n’a pas eu le temps d’intégrer la partie orgue dans Le Sacre du printemps. Ça, c’est bien dommage !

En revanche, l’immense Mariss Jansons se montre beaucoup plus dynamique que le Nagano. On peut même dire que ça n’a rien à voir. En fait, ce chef n’est pas seulement ultra-talentueux, il faut aussi partie de la catégorie des toons. Qui l’eut cru ! Et voilà-t-il pas qu’après un sacrifice violent, il nous gratifie en bis d’un 

Minuet de Boccherini. Comment faire plus opposé ? Il dirige cela sans masquer sa malice, entre des clins d’oeils au public. Et pour terminer sur une standing ovation (une vraie, cette fois, non-sponsorisée), le Liebesbotschaft, Galopp, de Johann Strauss II. Malgré la rediff (certes non inutile), une très belle soirée.

Ravelgar

Philharmonie, Orchestre de Paris, David Zinman à la direction. Un Ravel qui me semble fort rare, « Une barque sur l'océan », par touches et écoulements. Joli. Et puis le gigantesque Truls Mørk et son violoncelle, qui fait deux têtes de plus que le petit chef Zinman (qui dirige assis), pour un poignant Elgar, le Concerto pour violoncelle, où l’on croise notamment un moment enchanteur de harpe… au violoncelle aussi. Mork au violoncelle, c’est comme un individu lambda avec un violon, en terme de proportion. Autant dire qu’il maîtrise parfaitement l’instrument. Suite n°2, BWV10008, sarabande, en rappel, pour finir de nous le prouver.

Après l’entracte, la pièce de Richard Strauss que l’on entend le plus, « Une vie de héros », et que je trouve toujours aussi long (la souris encore plus), même s’il y a vraiment de grands moments straussiens (voir les nombreux percussionnistes se préparer est toujours un moment exquis). Une version concentrée serait fort appréciée. Ça permettrait en plus de revenir chez soi à une heure décente…

mardi 26 mars 2019

concert tabernacle

On est plutôt attiré par une affiche atypique : l’Orchestre Symphonique de Montréal, dirigé par le pas très québécois Kent Nagano, et suppléé de la très québécoise contralto Marie-Nicole Lemieux. Et un programme coloré. D’abord les Jeux de Debussy, toujours un plaisir à l’apéritif. Puis la montagne des Wesendonck Lieder de Wagner, certes en mode chamallow, mais c’est surtout le public pénible qui aura gâché l’affaire. C’est qu’une bonne moitié (allez, soyons sympa : un tiers ?) de la salle était manifestement invité. Avec les autres ninjas replacés, on s’est dit qu’à dix balles, on avait payé bien plus que le reste de la salle… Bref, ça tousse, ça manipule (mention spéciale à la meuf qui range le programme dans son sac à zip avant de le reprendre deux minutes plus tard), ça arrive en retard (bruyamment, tant qu’à faire, et puis ça cherche sa place à l’arrache juste avant la reprise), et aucun silence n’aura été épargné par des bruits de gorge ou de nez, jusqu’au dernières notes du Wagner où une personne s’est étouffée en mode résonance (le piège quand on veut être discret dans cette salle : on l’est encore moins). Une belle bande d’amateurs — on les avait facilement repéré à leurs costards et autres talons aiguilles, qu’ont abandonné les connaisseurs de la salle particulièrement mal positionnée pour ce genre d’accoutrement subtil.

Ça s’est amélioré en seconde partie, pour un Sacre du printemps d’Igor Stravinski qui manquait encore de tension. Nagano était un peu mou, ou alors le LSM, qui a quand même eu une standing ovation à pas cher de l’ensemble des invités canadiens, encore plus faciles à repérer dans ces conditions. Le meilleur de la soirée était finalement peut-être le rappel, copieux : la Valse de Ravel (bonne introduction au concert suivant à la Philhar, de plus). De nouveau une standing ovation sponsorisée, Nagano fait trainer les saluts en multipliant les allers-retours, le public fort amateur ne connait pas les usage et alterne entre l’ovation et le départ, tandis que le chef se refuse à serrer la main du premier violon, et résultat : arrêt soudain des applaudissements alors que l’orchestre vient de se rasseoir (et qu’on pourrait même se demander si un dernier court rappel n’était pas dans les tuyaux). Un peu n’importe quoi, ces concerts de l’ambassadeur, tabernacle !

la délicatesse de l’ancêtre

Bernard Haitink était bien présent, à la direction du London Symphony Orchestra. 90 ans au compteur. On prend toujours un pari sur l’avenir, dans ce genre de cas… Il arrive d’ailleurs avec une canne et a un fauteuil pour s’asseoir. Ironiquement, ce n’était donc pas lui qui a annulé, mais la soprano Anna Lucia Richter, remplacée par Sally Matthews pour la partie chantée du Mahler de deuxième partie de soirée.

Mais pour commencer, une oeuvre rare, le Concerto pour violon d’Antonín Dvořák que Joseph Joachim, pourtant dédicataire (comme souvent, à cette époque), avait refusé de jouer (le con !). Isabelle Faust et son Stradi ne font pas ce genre de manières et nous gratifie en plus, après cette très belle partition, d’un bis de grande qualité avec la sarabande de la sonate n°2 d’Ysaÿe (elle est comme ça, Isabelle).

Après l’entracte, encore (troisième en trois semaine, grosso modo, mais j’en ai raté une) la Symphonie n° 4 de Gustav Mahler. Mais quelle interprétation toute en finesse de Haitink, avec le LSO ! Incroyable. Toute l’expérience qui parle. On a cru apercevoir une chouette de Minerve. Ce n’est pas tous les jours, tout à fait exceptionnel. Toute la délicatesse de l’ancêtre des chefs d’orchestre, qui dirige Mahler depuis soixante ans.

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