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dimanche 26 mai 2019

Ligeti concertant

Une soirée de concertos de György Ligeti, c’est im-man-qua-ble. Mais je ne m’attendais clairement pas à ce que la salle soit si remplie ! Pas si facile de s’y (bien) replacer ; et plus encore, une retransmission en live ! 

Quatre instruments mis en valeur tour à tour, faisant figurer en soliste le musicien principal de l’Ensemble intercontemporain dirigé par Matthias Pintscher. Concerto pour piano, avec Sébastien Vichard (le plus long et endurant) ; Hamburgishes Konzert - Concerto pour cor, avec Jens McManama (quelle maîtrise !) ; Concerto pour violoncelle, avec Pierre Strauch (incroyable commencement de l’oeuvre à peine perceptible) ; et enfin le Concerto pour violon avec Hae-Sun Kang. En bonus à chaque fois, des ocarinas !

Quelles oeuvres formidables ! C’est encore Bachtrack qui en parle le mieux.

lundi 13 mai 2019

Jacob Solemnis

Il est évident que Missa Solemnis est LE chef d’oeuvre de Beethoven qui revêt une place à part. Quand on René Jacobs à la direction (avec le Freiburger Barockorchester et RIAS Kammerchor), on s’y précipite encore plus. Et pourtant, la salle de la Philharmonie était loin d’être pleine. Polina Pastirchak, soprano ; Sophie Harmsen, alto ; Steve Davislim, ténor ; Johannes Weisser, basse. Étrangement, je n’en ai pas grand chose à en dire : c’était parfait. Un de ces grands moments de musique qui passent, sans laisser non plus de grande trace, parce que c’est l’évidence du chef d’oeuvre qui fait sens. Le spa auditif.

lundi 29 avril 2019

Sao Chaillot

Une date perdue en plein samedi après-midi, pour à peine 1h40 entractes compris, mais que venait donc faire ce São Paulo Dance Company, se demanda-t-on avec la souris ? Et puis des trous un peu partout dans la salle Chaillot, usuellement plutôt blindée. Replacement rendu pénible par une ouvreuse nazie, et finalement, non seulement on est resté sur notre rang, mais en plus moins bien placé que prévu. Peu importe, en réalité : on était fort bien là où l’on était.

Triptyque Scholz / Goecke / Bouvier. Inconnus au bataillon. On commence avec Uwe Scholz, Suite pour deux pianos (en l’occurrence : Rachmaninov, Suite pour deux pianos Opus 17, par Martha Argerich et Nelson Freire). C’est en fait une succession de pas de deux et de trois avec des danseurs en noir et blanc, très esthétique, avec la danseuse qui vole, tournicote, et nous fait vive des moments intenses. 21 minutes et déjà on est totalement emballé. Pour le name dropping des athlètes acrobates : Luciana Davi, André Grippi, Geivison, Moreira, Diego de Paula, Thamiris Prata, Yoshi Suzuki, Ana Roberta Teixeira, Bruno Veloso, Vinícius Vieira.

Entracte et retour avec un plus simple pas de deux qui commence avec la danseuse Ana Paula Camargo seule, rejointe ensuite par Nielson de Souza. Marco Goecke, L’Oiseau de feu, pas de deux (berceuse et final de l’oeuvre de Stravinsky, pour 8 minutes). Pioupious de feu, devrait-on dire ! Très beau, très nerveux, les deux humains-oiseaux s’agitent et se débattent. Ça ne manque pas d’originalité !

On se dit pendant l’entracte (encore ??) que toutes ces bonnes surprises ne peuvent pas durer. En plus c’est une chorégraphe française dont on n’a jamais entendu parler qui arrive, Joëlle Bouvier. On regarde le visuel avec un grand drapé plastique agité par des bâtons, et on se dit que ça va être perché et moche comme un mauvais théâtre de la ville. Que nenni. Du plastique fantastique et poétique ! Avec de très beaux effets de groupe sur une musique alternant Heitor Villa-Lobos (Bachianas Brasileiras, Melodia Sentimental), La Passion selon Saint Mathieu (c’est la semaine !) et Pátria Minha (poème de Vinicius de Moraes — voix de Maria Bethânia). Il y a de temps en temps des bruits de plage et des cris au loin qui rappellent la poésie d’un Tarkovski — le titre de la chorégraphie est « Odisseia », il doit y avoir un lien. Il y a deux ou trois séquences avec une grande bâche noire et un trou au milieu, qui figure la mer déchaînée et le danseur perdu qui surnage. 37 minutes qui passent très bien, même si ça se répète un peu. Belle troupe (Joca Antunes, Hiago Castro, Luciana Davi, Letícia Forattini, André Grippi, Renata Peraso, Thamiris Prata, Otávio Portela, Daniel Reca, Ammanda Rosa, Nielson Souza, Ana Roberta Teixeira, Yoshi Suzuki, Luiza Yuk). Très beaux danseurs, devrait-on même dire.

C’était donc la super surprise balletomane du mois. Un public qui n’a d’ailleurs rien à voir avec les acharnés de Garnier. Il faut savoir parfois sortir des sentiers battus pour inventer quelque trésor méconnu.

deuxième session du Bach

Deux passions d’affilée — j’irais jusqu’à dire le même jour, avec la fin très tardive du Saint-Matthieu de la veille. Pour la Saint-Jean, c’est William Christie et ses  Arts Florissants qui s’y collent. Ils nous demandent de ne pas applaudir à l’entracte, et de réserver cela pour la fin. L’entracte arrive justement à un moment un peu inattendu, ne coupant pas du tout les 2h10 à l’hémistiche. De fait, panique à bord. Idem au retour des musiciens. Pas facile facile ces requêtes… D’autant que le public faisait SA venue annuelle chrétienne à la Philharmonie. Ça doit être le fameux aspect de service public (que j’appellerais plutôt : marketing). Bref, quelques catholiques bizarres (et bruyants) dans l’assistance, qu’on enverra tout droit en enfer d’un regard haineux.

Si Saint-Matthieu et Saint-Jean avaient dû témoigner (heu, testamenter ?) dans l’affaire de l’assassinat de Jésus, l’un aurait vu la voiture rouge et l’autre bleue. Rassurons-nous : ils auraient vu tous les deux une voiture. C’est déjà ça. Bref, quand on auditionne coup sur coup, on se rend bien compte des nombreuses petites incohérences dans les récits de l’un et l’autre. Même si on est d’accord, la trame reste la même : Jésus dîne, la maréchaussée vient le cueillir sur dénonciation d’un des douze potes, les Juifs-en-chef sont à la manoeuvre, le peuple veut du sang (Saint-Matthieu est peut-être plus misanthrope, à ce niveau), les Romains sont emmerdés, Jésus se la pète un peu genre il n’est pas concerné et il les snobe tous, mais il fait moins le malin une fois cloué. Bim, il meurt (alerte spoiler !), et pour la toute fin, et bien ça dépend, mais c’est un peu le flou artistique (très beau dans les deux versions).

Cette fois-ci, on récupère :

Rachel Redmond, soprano
Lucile Richardot, contralto
Reinoud Van Mechelen, ténor, (évangeliste)
Anthony Gregory, ténor
Renato Dolcini, basse
Alex Rosen, basse

On remarque Lucile Richardot qui était il y a peu une Junon déchaînée. Très belle réussite là encore, on termine sur un petit nuage.

épreuve du Bach

Jordi Savall était de retour avec un Bach canal historique, cette fois : la grande passion selon Saint-Matthieu, toujours opportunément programmée la semaine de Pâques par la Philharmonie. Je n’étais pas le seul à être accompagné d’une franc-comtoise capable de chanter l’oeuvre sans partition : pour compléter Le Concert des Nations et La Capella Reial de Catalunya, il y avait aussi la Maîtrise de Dole Franche Comté.

Que dire ? Superbe, passionnant de bout en bout d’une soirée commencée avec un peu de retard, et qui malgré un seul entracte a fini à minuit passé. On ne félicitera pas les programmateurs pour ce minutage qui a contraint bon nombre de spectateurs à quitter plus ou moins discrètement la salle avant la fin — et parfois même avant l’apothéose de la toute fin !

Florian Sievers, ténor (Evangéliste)
Matthias Winckhler, baryton (Jésus)
Marc Mauillon, baryton (Judas Iscariote)
Marco Scavazza, basse (Saint Pierre)
Javier Jimenéz-Cuevas, baryton (Grand prêtre)
Markus Volpert, baryton (Ponçe Pilate)

Distribution impeccable, Jordi en bonus au paléo-violoncelle pour le fameux moment, binôme aux anges (placement en hauteur qui aide à l’ascension), que du bonheur. Merci Saint-Jordi !

mardi 23 avril 2019

Warli MacBeth de Bastille

Cela faisait 10 ans que je n’avais vu ce grand Chostakovitch, dans le même opéra Bastille : Lady MacBeth de Mzensk. Vive le blog pour faciliter le souvenir ! J’avais dit à l’époque qu’il faudrait un carré rouge d’avertissement : opéra gore. 10 ans plus tard, je suis pris au mot : le site web de l’opéra prévient que « Certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes ainsi que des personnes non averties. » Il faut se méfier de ses bons mots, ils pourraient devenir réalité…

Il y a 10 ans, c’était du Kusej, et je faisais allusion à Krzysztof Warlikowski. Et là, c’est justement Warlinounet à la mise en scène. Ce blog aurait-il un épouvantable aspect prophétique ? Mille excuses. Comme il y a 10 ans, cela donne quelque chose de pas bien beau, qui ne rentre pas en conflit avec le livret violent des bas-fonds de l’humanité, mais peine à sublimer la riche partition dirigée par Ingo Metzmacher (qui n’est pas le génial Hartmut Haenchen, devenu extrêmement rare, mais qui a très bien fait le job !). Il y a 10 ans, c’était place de dernière minute ; depuis leur prix presque a doublé, et celle des différentes catégories aussi (quelques unes ont triplé, à vrai dire), il vaut mieux donc prendre à 5€ et se replacer assez facilement puisque cela attire toujours autant de monde (les plus mélomanes, en clair). Finalement, c’est moins cher. Sur la même 3e rangée de premier balcon, on retrouve tout ce que la conception nous offre de ninjas. J’étais de nouveau en couple, mais avec la souris ; à côté d’elle, David/Fomalhaut. La première a peu été impressionnée par les ondes amoureuses pour Warli du second. Au contraire, les décors et costumes de Małgorzata Szczęśniak lui ont plutôt piqué les yeux. Il faut bien avouer qu’il faut une certaine endurance pour ne pas être distrait par les choses hideuses qui peuvent se passer sur scène, entraînant naturellement une fâcheuse dissonance avec ce qu’il se passe en fosse.

Mais sur scène, il y avait aussi une fine équipe d’interprètes. Avant tout Aušrinė Stundytė, pour l’anti-héroïne Katerina Lvovna Ismailova. Elle évolue essentiellement, en première partie, dans un parallélépipède mouvant représentant un appartement ; à l’extérieur, l’entreprise familiale est une boucherie. On y trouve (seulement en première partie, le temps de se faire zigouiller) Dmitry Ulyanov pour le beau-père Boris Timofeevich Ismailov et John Daszak pour son fils Zinovy Borisovich Ismailov. L’amant Serguei (Pavel Černoch) est affublé d’un chapeau de cow boy et se retrouve fesses nues très régulièrement. Warli donne un rôle (muet) plus important à Aksinya (Sofija Petrovic), qui se retrouve donc plus souvent sur scène que pour la seule scène du viol, au bras de divers notables (à commencer par Boris).

En seconde partie, la scène du mariage redouble de kitsch qui pique, costumes rouges pour les mariés, et balourd bien miteux par Wolfgang Ablinger‑Sperrhacke (Krzysztof Baczyk pour le Pope qui se reconvertira en gardien ; Alexander Tsymbalyuk en chef de la police qui veut sa commission, et deviendra ensuite un vieux bagnard — il y a de la suite dans la distribution !). En prison, pour la dernière partie de l’oeuvre qui dure 3h25 avec son entracte, retour du parallélépipède (une cellule, vaguement) et Oksana Volkova dans le rôle de Sonietka qui finira aussi à la bâille, comme le spoilait déjà depuis un certain temps les vidéos projetées au fond.

Aušrinė Stundytė était heureusement remise de sa blessure (à l’orteil, dit-on, à cause des grilles de la mise en scène — elle était donc chaussée, cette fois), qui avait interrompu en plein milieu la représentation du mardi. Moralité : mieux vaut venir un samedi. En plus, comme les places sont plus chères, il y a encore moins de monde. On se retrouvera donc dans 10 ans pour la prochaine mise en scène de ce monument opératique — et on vérifiera s’il est bien traditionnel de positionner des cuivres dans les balcons latéraux !

vendredi 12 avril 2019

if I persist in gazing

Un nouvel Haendel ? Ciel ! Semele (Louise Alder, soprano) est une donzelle promise à un mariage avec Athamas (Carlo Vistoli, contre-ténor), qu’aime en réalité sa soeur Ino (Lucile Richardot, mezzo-soprano), alors qu’elle en bave pour Jupiter (Hugo Hymas, ténor), ce qui énerve fortement Junon (aussi interprétée par Lucile Richardot). Alors une fois enlevée dans les cieux pour être mieux culbutée, mais s’ennuyant fortement, provoquant le rapt de sa soeur pour lui tenir compagnie, Junon décide de prendre les traits de cette dernière (ce qui explique l’usage de la même chanteuse, en tenues différentes), afin d’attiser son péché mignon, la vanité, et provoquer sa chute. If I persist in gazing, myself I shall adore! (Ça me rappelle quelqu’un) Avec une cabriole mythologique on arrive quand même à un happy ending post-chamallow grillé.

Sir John Eliott Gardiner (Monteverdi Choir/English Baroque Soloists) aime bien les mises en espace. Ça donne du relief, et il s’amuse comme un fou. Ici on joue avec les tabourets, un fauteuil et un collier dans sa boîte. Et une bicyclette. Souvent, on se dit qu’il y a quelqu’un qui va se casser la gueule dans les escaliers des différentes estrades de la scène de la Philharmonie ou sur le public. Pas très safe.

Très bonne distribution, qui s’est améliorée au fil des 3h20 d’opéra (avec entracte), de telle sorte que l’anglais Lucile Richardot se fit plus précis (très beau jeu de scène, sinon), la voix de Carlo Vistoli plus portée (heureusement que la salle était moyennement remplie, ménageant des places dans les premiers rangs), et le jeu de Louise Alder, héroïne de la soirée, plus développé — petite ovation méritée. Mentions spéciale pour le basse Gianluca Buratto (Cadmus/Somnus) et le jeune charmant Jupiter Hugo Hymas (comme quoi, il n’y a pas que Macron) — j’ai suspecté mon binôme de vouloir se faire ravir dans les cieux. Très belle partition de Haendel, avec deux ou trois airs cannons.

Excellente soirée.

expo électro

Invitation in-extremis des Amis de la philharmonie auxquels j’ai récemment adhéré : mail à midi pour une entrée au vernissage de la nouvelle exposition « Electro » à 18h30. Et une queue de dingue. Relecture du mail : il y a une entrée dérobée, quelque part, en suivant un panneau. Pas clair. Le gardien n’y connaît rien et raconte n’importe quoi. En fait j’étais arrivé un peu trop tôt. On rentre par une porte invisible qui donne sur un couloir glauque, qui donne sur un couloir moins glauque, qui fait traverses les salles d’activité, qui fait enfin entrer dans le hall en béton ciré sans faire la queue. La bière coule déjà à flot — au moins un truc un peu mieux organisé.

On attrape un casque, jack à la main, et c’est parti ! L’expo débute par de l’historique : on part du début du XXème siècle, avant même l’invention de l’électronique, mais où les sons artificiels ressemblaient déjà furieusement à ce qui allait se faire. Machine étranges parmi lesquelles ne figurent pas les ondes Martenot (1928, pour qui voudra aussi vérifier), et donc Messiean — ni Ligeti, quand j’y repense… Ça donne le ton de la petite expo : c’est riche et c’est plein de trous. Étrange !

Des machines vintage (passionnant !) puis des installations, graphiques, délurées (le beat électro-mécanique vaut le détour !), lumineuses, super cool. Il y a du très bon son qui passe dans l’ensemble de l’espace, et parfois on doit se résoudre à en rater un morceau pour écouter au jack — on peut se brancher jusqu’à 5 devant un panneau. Il y a quelques espaces vidéo où l’on peut s’asseoir. Rapidement ça devient du cherry picking, entre expérimental un peu pointu (Étienne de Crécy a manifestement fait un fort bon lobbying) et historique (disco, un peu de Bowie, Berlin et la scène gay) ; hommage appuyé à Jean-Michel Jarre. Pas eu l’impression que ça parle explicitement de rave parties (petit stand « dancefloor » ? C’était un sacré phénomène à l’époque, la une des JT tous les deux jours, avec les paysans effrayés) ou de techno parade (Dahool a été oublié ? Peut-être trop épiphénomène comme Pills, Mr. Oizo, Kavinsky ?). On parle Daft Punk (jolie installation) mais adieu The Chemical Brothers, Prodigy (qui est un peu à la boutique) ; on a (vite fait) Vitalic mais ni Scooter, Gigi d’Agostino ou David Guetta (trop commercialo-main-stream ? Pourtant, il y a Air). On oublie totalement la dream, mais on frôle la transe, sans aller dans le hardcore (aucune mention, pourtant Thunderdome a connu bien des opus !). Bref, dans le plutôt mélodieux, mais avec du pointu.

Le public est quarantenaire (logique), propre sur soi. Apparemment j’ai raté de la drag queen fesses en l’air dans la file d’attente. Mais c’est quand une version un peu édulcorée. On parle substances illicites pour un peu mieux éluder le sujet. L’entrée de l’électro se fait par la grande porte en y perdant des plumes. Étant sur un mauvais timing, je n’ai clairement pu que picorer, en 40 minutes, que quelques extraits sonores (mais tout est bien indiqué sur les play lists). Pour tout écouter, compter facilement trois ou quatre heures. Il y a pas mal de choses que je ne connaissais pas dans le lot (ce qui accroit l’impression étrange de la définition d’un canon selon les goûts discographique du commissaire d’expo). C’est vraiment bien, mais ça aurait gagné à être quatre ou cinq fois plus grand, et je regrette aussi que la filiation avec la musique classique/orchestrale n’ait pas été plus soulignée. Pour la prochaine fois ? Ne serait-ce que pour cela, il faut soutenir cette expo qui me paraît être la première de son genre.

lundi 8 avril 2019

immigration hongroise

J’avais hésité à prendre ce concert, part d’un dyptique de week end avec le Budapest Festival Orchestra, et puis finalement, non. Et puis Laurent a manqué de binôme ; et finalement, Laurent a manqué tout court. Bref, voilà comment on se retrouve à l’improviste dans un concert hongrois (Oh ! Voici Klari ! Elle a retrouvé le chemin de la Philhar !). Dans la catégorie remaniements, le chef Ivan Fischer était malade. C’est d’autant plus embarrassant que c’est lui qui avait tout organisé. Alors on a eu droit à un petit mot pour nous expliquer un peu tout de la soirée.

Nouveau chef, donc : le jeune et handsome Gábor Káli. C’est comme ça que les chefs se font des noms : en remplaçant au pied levé. Et on commence par un Mandarin merveilleux violent et sensuel.

Nous voilà bien préparés pour accueillir une délégation de jeunes filles en fleurs. C’est que Bartok a écrit autre chose qu’un Mandarin et un château barbu bleu. Mais c’est clairement moins connu — pour ne pas dire pas connu du tout. En l’occurrence, des chants à cappella pour voix d’enfants, qui était plutôt des ados, avec robes traditionnelles bien kitsch qui piquent. Pour chanter des niaiseries poétiques élaborées — jeunes filles dans les fleurs. « Choeurs d’enfants a capella », cela veut dire que le Choeur d'enfants Cantemus de Nyiregyhaza était disposé un peu partout parmi les musiciens, mais que ceux-ci ne faisaient rien. En attendant la pièce suivante, Sept Choeurs avec accompagnement d’orchestre Sz. 103, où tout le monde pouvait participer — encore des extraits, pour que ce ne soit pas trop long ? C’est spécial, j’aime bien !

Et après l’entracte (et une découverte d’espaces extérieurs et intérieurs dans le bâtiment compliqué), un ludique et épique (et unique !) Concerto pour orchestre — un monument avant une mort prématurée. Une fort intéressante soirée Béla Bartók !

lundi 1 avril 2019

Khatia et le star system

Encore une fois, le public était placé sur la scène de la Philharmonie. Mais cette fois, c’était pour approcher un peu plus encore Khatia Buniatishvili et sa divine chevelure. La salle était par ailleurs très pleine. Peut facile de trouver un replacement. Finalement, une belle place plein centre, le rang juste devant celui de JoPrincesse (et à côté de Christine Angot qui n’est pas restée pour les bis ?). Idéal. On peut tout voir de Khatia. Sauf les pieds, sous la trop longue robe sur laquelle elle a failli plusieurs fois trébucher.

Mais pourquoi tant de monde ? Seuls les pianistes les plus hypes (Lang Lang et Martha Argerich) rassemblent autant de public. C’est que Khatia, apprends-je, passe souvent à la télé, et même plusieurs fois récemment à Quotidien. D’où un public de n00bs, qui ne sait pas se tenir pendant les 45 minutes de D960 de Schubert. Un choix assez étonnant de Khatia étant donné son néo-public, faut-il dire (mais ce mouvement lent, quelle merveille…). Entracte, puis quelque chose qui sied mieux à la soirée : un Schubert méga-hits by Litsz, avec Ständchen, Gretchen am Spinnrade et Erlkönig.

Pour les deux dernières pièces Khatia fait monter la sauce, grâce à deux Franz Liszt. Elle sort d’abord son spécial jutsu aux vingts doigts, pour exécuter brillamment l’étude d'exécution transcendante n° 4 "Mazeppa", qui nous aura autant transcendé qu’une chevelure magique. Puis la Rhapsodie hongroise n°6, en feu d’artifice. Là encore, les doigts vont trop vite pour le Shannon oculaire. Khatia est une fille très digitale. C’est aussi une fille nouvellement adulée. Certes, comme toujours, elle n’attend pas le silence ou la fin des applaudissements pour commencer à jouer ; et elle se débarrasse sans ménagement, auprès du premier venu, du bouquet qu’on vient de lui remettre.

Elle alterne rapidement deux rappels, entre entre le flamboyant à chevelure, et le romantique-tout-plein : Rhapsodie Hongroise n°2 de Liszt (arrangement by herself), Impromptu op. 90 n°3 de Schubert. Schubert-Liszt-Schubert-Liszt, et une salle debout et en liesse entre chaque pièce supplémentaire. Comme s’ils n’avaient jamais entendu un seul pianiste de leur vie. Certes Khatia nous réserve (souvent) le meilleur (et parfois la pédale, disent quelques peureux), mais à voir tout ce monde n’y connaître pas grand chose et débarque de manière bien opportuniste (NOUS on l’a repérée depuis des années, depuis Pleyel !), je me pose la question : va-t-on gâcher Khatia ?

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