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lundi 11 juin 2018

Daphnis et Toulouse

Même si c’était Tugan Sokhiev et son Orchestre National du Capitole de Toulouse dont il a fait une référence incroyable, la salle de la Philharmonie était franchement vide. Elle s’est en revanche mieux remplie après la première pièce, une création (commande de l'Orchestre National du Capitole de Toulouse et de la Philharmonie de Paris) de Bruno Mantovani, « Quasi lento, pour orchestre », très inutile, dans cette mouvance de la musique contemporaine plutôt désagréable à l’oreille, qui semble suivre des aventures cinématographiques sans le support. Bref, je pense que ces spectateurs avaient prévu leur coup. Le temps que le compositeur monte saluer sur scène depuis un rang assez central et de côté jardin, couloir, du parterre (où l’on met usuellement les compositeurs, esseulés du reste de l’ex-rang E, qui se retrouve plutôt au premier rang de premier balcon…), je repère la ch’tite violoncelliste, pile en face de mon remplacement (6ème rang de parterre côté cour) : ça faisait longtemps que je n’avais point vu Sophie, ancienne héroïne de ce blog, tantôt aperçue du côté de l’orchestre de Paris ou de l’opéra.

L’orchestre s’étoffe, se reconfigure, un piano au centre, Nicholas Angelich derrière le clavier (démarche Droopy maladroite), et un Concerto pour piano n° 3 de Prokofiev super punchy comme on les aime. Top. On se demande si les applaudissements répétés ne vont pas avoir raison du pianiste qui titube de plus en plus, et fini par nous offrir un rappel beaucoup plus calme que le pyrotechnique Proko précédent : Mazurka Op.22 de Chopin. Problème : après quelques secondes, il se fait accompagner d’une machine à vent/aspirateur/machin bruyant, qui agite les ouvreurs à la recherche de l’origine du bruit soudain, alors que le directeur Laurent Bayle (au 1er balcon, donc) était en mode ¯\_(ツ)_/¯. Voilà voilà…

Entracte, j’envoie un petit SMS à la ch’tite violoncelliste, qui sociabilise déjà avec de jeunes gens du balcon. Tout à coup, appel : c’était sa mère, qui avait récupéré sa carte SIM ! Il y a fort longtemps, manifestement… Hhhhmmm… Oups. Bref, nous serons heureux d’apprendre qu’elle avait beau être marquée parmi les musiciens de l’orchestre, elle est toujours en mode surnuméraire éternelle (par choix), faisant des allers-retours en pleines grèves. Donc, toujours parisienne.

Reprise des festivités sur une sublime La Mer de Debussy, pendant qu’au parterre juste derrière moi, ça finit de s’engueuler entre un monsieur et une dame, que ça se parle à voix haute encore derrière, bref que c’est le bordel chez les gens propres sur eux (à 50€ la place, certes). Fatigue, ce public, fatigue… On finit sur super sympathique Daphnis et Chloé / Suite n° 2 de Ravel, qui donnait d’ailleurs son nom à la soirée (« Daphnis »). Traditionnellement, Sokhiev nous gratifie d’un bis. Et puis il n’était que 23h, avec une demi-heure de retard, alors bon… L’Arlésienne, Suite (Farandole), de Bizet évidemment. Un peu de Sud. Tandis que la ch’tite violoncelliste finit de transmettre autant la joie et la bonne humeur autour d’elle, comme l’orchestre du Capitole.

vibrations sans vibrato

L’orchestre de Paris dirigé par Sir Roger Norrington, c’est à la bonne franquette. On commence par une Musique funèbre maçonnique de Mozart, une pièce assez courte qui s’avère géniale, avec notamment une partie hautbois/violons centrale magnifique. Si le vieux chef tournicotait sur sa chaise, ne voit-il pas qu’à la fin il se retourne totalement vers le public qui applaudit et nous dit quelque chose comme (en Français) : ce Mozart est fabuleux mais un peu court, j’ai bien envie de le réécouter. Et bis.

On continue avec le Concerto pour violoncelle d’Antonín Dvořák, par Jean-Guihen Queyras et son Goffredo Cappa de 1696.  Extraordinaire (mais le chef fait applaudir entre les mouvements, pourquoi donc ?). On commence sérieusement à se demander pourquoi il y a si peu de monde dans la salle. Le violoncelliste prend la parole lors des applaudissements, pour annoncer le rappel, dédié à son père, dans la salle qui fête son anniversaire — il demande pardon à l’orchestre, car la veille, c’était dédié à sa tante. Il nous gratifie donc tous d’une extraordinaire 4e suite pour violoncelle de Bach, la préférée de son paternel. Évidemment, ça applaudit encore. Et là, il reprend la parole, pour… faire la publicité du disquaire dans le hall qui vend son enregistrement ! On aura tout vu.

Comme on est à l’aise, après l’entracte, une Symphonie n° 1 d’Edward Elgar. Une soirée parfaite.

Mozart en ut

Avant la « messe en ut », au TCE, il y avait un Haydn qui tournicote, avec un passage lent très beau : symphonie n°48. Haydn, c’est quand même toujours une réussite, et l’orchestre du Bach Collegium, par le légendaire Masaaki Suzuki, lui rendait bien justice pendant cet échauffement . Car il faut bien avouer qu’on venait pour le plat de résistance, une messe en ut de Mozart qui envoie qui envoie du bois, à tel point qu’on se demande si c’est vraiment une messe… Ah oui, Osanna tout ça, on reconnaît… Carolyn Sampson (soprano), Olivia Vermeulen (mezzo-soprano), Zachary Wilder (ténor), Dominik Wörner (basse). Parfait.

La salle était fort vide. Le public n’aurait-il pas identifié LE Suzuki de Bach pour du Mozart ? Mystère.

mardi 5 juin 2018

swan of the times

Un british Lac, voilà l’idée souristique pour occuper son lundi soir à Covent Garden. Avec Natalia Osipova dans le rôle du cygne principal black or white, s’il vous plaît. Une toupie, cette fille. Elle tourne, elle tourne… Sauf les fouettés. Ce n’est pas les seules modifications repérées, la plupart étant signées de Liam Scarlett (sur une base déjà remixée par Frederick Ashton, parce qu’on n’a pas de Noureev dans le coin). Souvent, c’est uniquement les fans durs qui pourront repérer (je m’en tiendrai principalement au 2 grands cygnes après les 4 petits — le compte n’y est pas). Parfois c’est franchement surprenant, comme l’apparition furtive en fin du deuxième acte d’un mini-corps de cygnes noirs (pour mieux masquer une entourloupe en fond de scène avec Rothbart). Fin choisie : suicide faute de vouloir rester un cygne de jour (je vois pas le problème, mais bon…).

Le prince Mattew Ball a très bien fait le job. Le méchant sorcier de service, Gary Avis, avec son splendide manteau, était tout aussi parfait. Pour 17£, on est tout au paradis, au dessus de l'excellent orchestre (toujours Koen Kessels) et des bataillons en formation de cygnes, et c’est très bien (mis à part le voisin de gauche bruyant et la séparation forcée de bienaimée par l’achat de dernière minute). Et pendant ce temps, Osipova n’en fini pas de tourner et faire tourner les têtes…

jamais sans mon Euridice

Étrangement, « Orfeo ed Euridice » de Gluck, un de mes opéras préférés qui a même été une sorte de déclencheur (version française du Châtelet, von Otter/Kozená), est peu donné à Paris. Il était passé en version dansante en allemand ; il ne passe quasiment jamais en français. Cette fois, c’était donc en italien, au TCE, pour un coût prohibitif (145€ la 1ère catégorie, et même les places à 10€ étaient à 15€ !), alors que ça ne dure que 1h30. Mais la salle était pleine, à l’exception de deux sièges qui ont permis un replacement splendide (mais peu confortable, faut pas abuser non plus) au premier rang du second balcon, plutôt de face.

Pour une fois, la mise en scène, plutôt simple, était bien fichue et esthétique. Est-ce donc étrange que de découvrir que cela est dû à Robert Carsen ? C’était plutôt du côté de l’orchestre que se trouvait le point faible de la production, avec l’ensemble I Barocchisti sur instruments anciens qui était parfois à la limite du faux, sous la direction de Diego Fasolis qui m’a parfois un peu surpris — mais dans l’ensemble, j’aurais quasiment fait pareil. En revanche, sur la scène, c’était parfait. Même si au début, un contre-alto comme Orfeo m’a surpris, mais on s’habitue vite à Philippe Jaroussky qui joue le rôle à la perfection. Après avoir rencontré Emőke Baráth (Amore), il peut aller chercher aux enfers sa chieuse de service, heu, son amour absolu, Patricia Petibon (méconnaissable). Formidables interprètes, pour un excellent trio supporté par le beau Chœur de Radio France.

Verdict final : très beau. Encore !

mardi 29 mai 2018

rerédemption de rédempteur dérédempté

La dernière fois que j’avais fait un Parsifal, c’était il y a 8 ans au TCE. Alors qu’il y avait un bon rythme sur les deux années précédentes. Et puis plus rien. Alors avec le retour à Bastille, comme tous mes frères et soeurs de la secte des wagnérophiles, j’étais assez excité. Las, après une générale annulée (de toute façon j’étais ni là, ni invité, cette fois), le problème de la porte coupe-feu en panne a fait sauter un certain nombre de représentations, ce qui a encore plus mis la pression sur des places déjà hors de prix. Rajoutons à cela que je n’étais pas très souvent à Paris ces dernières semaine, que d’autres représentations tombaient sur des soirées déjà occupées, et ça donnait deux dates possibles : l’une de retour du Canada (suicidaire pour 5h10 de représentation — dont deux gros entractes, certes), l’autre deux dimanches plus tard. Pour la Pentecôte, ça tombe bien. Trouver une place pour Parsifal, c’est pire que le Graal — enfin, la lance, chez Wagner, parce que le Graal est déjà bien dans son coffret dédié.

Mais comme Parsi, on s’acharne. Levé tôt, pour les places à 5€, il n’y a pas grand monde, mais c’est parce qu’en fait il faut attendre jusqu’à 13h, le dimanche (saint ou pas). Le plan B de la place de B#4 clignote : peut-être bien que oui, p’têtre bein que non. Finalement, je pourrai lui garder son siège au chaud pendant deux entractes, et après il faudra que je me débrouille : deal, moi aussi je suis innocent, je trouverai bien ; en l’occurrence, juste le rang derrière, toujours au 2e balcon, impeccable. Ça laisse une belle vue plongeante sur l’orchestre de l’opéra de Paris et Philippe Jordan à la baguette. Qui certes ne nous a pas servi une version très vive, mais qui, comme le disait un ninja (qui regrettait un peu l’absence de nazis sur scène, je crois, pour une fois, donc témoignage à prendre avec des pincettes), on (re)découvre des leitmotivs. Je ne bouderai point cela, car bordel, un Parsifal à Bastille tous les dix ans, faut en profiter. Y’a des rédemptions qui se perdent…

Sur scène, donc, pas de militaires, pas de trucs (trop) bizarres, simplement différents espaces consécutifs coulissants chez Amfortas (Peter Mattei) et Gurnemanz (Günther Groissböck), soit de gauche à droite : fontaine puis maison, dans laquelle on trouve d'abord une cuisine (de boulangerie ?), puis petit placard à Graal et chambre à Titurel (Reinhard Hagen très ponctuellement, mais le plus souvent un pantin) au dessus, et enfin salle des festivités graalesques, pour faire des assemblées de boulangers avec de gros bouquins bleus marqués de « Wort ». Mais ça, c’est presque joli en comparaison des femmes-fleurs du deuxième acte : des épis de maïs ! Fracture instantannée de la rétine. Les deux-tiers de cet acte se passent de toute façon dans du grand vide, entre Klingsor (Evgeny Nikitin) et Kundry (Anja Kampe), et bien évidemment, notre héros sot, Parsifal (Andreas Schager) — avant de faire revenir les squelette de femmes-maïs. Bref, Richard Jones, il casse pas trois pattes à un canard, mais quand on s’est tapé du Warlinounet 10 ans avant, même à 70€ ta place de 6ème rang de côté de second balcon qui était à 25 balles à l’époque, t’es content de ce qu’on te donne. Paris...

Le point fort de tout ça, c’était quand même les interprètes. Pas un seul qui ne s’est fait déborder par l’orchestre, ou qui ait défailli, impeccable de bout en bout. Anja Kampe, tu la mets dans tous les sens, aucune différence, toujours parfaite. Günther Groissböck, il chante non-stop l’acte 1 et 3, pas de soucis, il serait encore là pour l’acte 4 (ou en tout cas le 5). Et Andreas Schager, il se paie un cygne, une lance, une Kundry, un Klingsor, un couronnement exprès, pas de soucis. En toute circonstance, il assure. Il rédempte même sans les mains. À ce propos, au bout de la énième diffusion, c’est moins obscur, ce texte à tiroir plein de références bibliques de l’ami Wagner, qui a suivi ce bon conseil : pourquoi faire simple, quand on peut faire obscur ? Pour trouver la lumière. Allez savoir…

concertgebouw de compète

Le Royal Concertgebouw Orchestra assure toujours d’excellents concerts. Avec Daniele Gatti à la direction, ça ne peut jamais trop être mauvais. On commence par… un discours. Personne de malade : juste pour annoncer (comme indiqué dans le mini-programme) que dans l’orchestre se cachent de jeunes musiciens agrégés, et qu’ils vont donc participer à la courte Ouverture d'Euryanthe de Carl Maria von Weber. L’orchestre fait cela tout le long de sa tournée européenne, dans chaque ville. C’est mignon tout plein — l’ouverture aussi. Ça explique aussi au passage la réservation de places au parterre interdites aux ninjas.

La première pièce d’importance est ensuite le Concerto pour piano n° 3 de Prokofiev, interprété par un Daniil Trifonov splendide. Forcément extrêmement applaudi, il remet le couvert (ce qui n’est point aisé après la bravoure que nécessite le Proko d’avant), avec une Sonate n°3 de Bach. Et je pense bien qu’il comptait s’arrêter là, mais quand on est trop bon, on est trop sollicité, et on doit bien ne pas décevoir le public bien chauffé. Alors il joue le génial Sarcasm op.17, aussi de Prokofiev, et c’est là très malin de sa part, surtout qu’il interprète cela avec sarcasme, si l’on peut dire. Les applaudissements ne le rappelleront plus. Repos du guerrier.

Après l’entracte, la grande oeuvre : Gustav Mahler, Symphonie n° 1 "Titan". Sublimissime.

recréation

« La Création » de Haydn, en version allemande, c’est très bon. Voilà une redécouverte qui en valait la peine. Surtout lorsqu’on a Les Arts Florissants par William Christie, Sandrine Piau en Gabriel & Eve, Hugo Hymas en Uriel, et Alex Rosen en Raphaël & Adam. Très belle distribution, qui aura nécessité deux replacements à deux, pour une très bonne soirée.

mardi 15 mai 2018

sirène de mer japonaise

L’Orchestre Philharmonique de Radio France proposait un programme assez intéressant pour ne prendre un déplacement au Canada que le lendemain du concert. Avec Vasily Petrenko à la direction, il s’agissait de faire suite, à la Philharmonie, aux Zemlinsky de la semaine précédente. Mais pas sans avoir dans une première partie fait découvrir le fort intéressant et original Toward the sea, pour flûte et harpe, de Toru Takemitsu. Michel Rousseau à la flûte, Nicolas Tulliez à la harpe. Ça se réécoutera pour en dire plus.

Et puis le plus connu Poème de l'amour et de la mer d’Ernest Chausson, où l’on attendait Anna Caterina Antonacci (pas entendue depuis trop longtemps !), finalement remplacée par Marie-Nicole Lemieux. C’est le temps de roses et le temps des lilas. Etc.

Et enfin, après l’entracte, La Petite Sirène (Die Seejungfrau) d’Alexander von Zemlinsky. Superbe. Zemlinsky est probablement le compositeur le plus sous-vendu du répertoire.

ménage à froid

Pour ma rentrée fort tardive de saison au TCE, c’était un Pelléas et Mélisande en version de concert. Ça commence par un discours en hommage à Malgoire donné par le chef Benjamin Levy, à la direction de l’Orchestre de Chambre Pelléas. Il n’y avait pas grand monde dans la salle, et il était aisé de se rapprocher un peu plus des chanteurs.

Sabine Devieilhe - Mélisande
Guillaume Andrieux - Pelléas
Sabine Devieilhe - Mélisande
Alain Buet - Golaud
Sylvie Brunet-Grupposo - Geneviève
Jérôme Varnier - Arkel
Camille Poul - Yniold
Virgile Ancely - Le médecin

Heureusement que la distribution était particulièrement de qualité, car il n’y avait point de surtitrage. C’est gênant, surtout quand on découvre l’oeuvre — et l’ouverture d’esprit d’Hinata-chan a ainsi peu duré. Une très belle Sabine Devieilhe et de beaux chanteurs dans l’ensemble, qui ne passent certes pas toujours très bien au dessus de l’orchestre. Dans l’ensemble, une belle représentation du Debussy.

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