humani nil a me alienum puto

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lundi 25 septembre 2017

mortel Ulisse

La séance du 2e épisode de la trilogie Monteverdi commence encore par une dédicace à Peter Hall, homme de théâtre disparu en début de semaine, dont le travail sur Shakespeare a été particulièrement salué dans le discours lu par un intervenant de la Philharmonie, certainement traduit à partir de notes de Gardiner. Mais cette fois-ci, la salle est bien vide. Très facilement, avec ma voisine baroqueuse usuelle retrouvée, nous nous plaçons plein centre du 2nd balcon, sans personne autour. Le son monte bien, à présent, mais c’est mon héroïne Hana Blažíková qui (en tout cas au début) passe le plus mal.

Il ritorno d’Ulisse in patria est toujours très beau, mais ça se traine autant au début (longues allégories) qu’à la fin (quand c’est fini, ça continue…). De 19h30 à 23h00 passé, modulo un entracte, se met en place un modèle de l’opéra baroque qui va durer un bon bout de temps. Sur scène, outre toujours le Monteverdi Choir en mode stéréo, on retrouve peu ou prou la même distribution que la veille.

Furio Zanasi, baryton, Ulisse
Lucile Richardot, mezzo-soprano, Penelope
Krystian Adam, ténor, Telemaco
Hana Blažíková, soprano, Minerva / Fortuna
Gianluca Buratto, basse, Tempo / Nettuno / Antinoo
Michal Czerniawski, contre-ténor, Pisandro
Gareth Treseder, ténor, Anfinomo
Zachary Wilder, ténor, Eurimaco
Anna Dennis, soprano, Melanto
John Taylor Ward, baryton, Giove
Francesca Boncompagni, soprano, Giunone
Robert Burt, ténor, Iro
Francisco Fernández-Rueda, ténor, Eumete
Carlo Vistoli, contre-ténor, Umana Fragilità
Silvia Frigato, soprano, Amore
Francesca Biliotti, contralto, Ericlea

Hana Blažíková est encore une allégorie, mais on la voit finalement trop peu ; en Fortuna, elle est crédible ; en Minerva, elle est aussi INFJ que mon binôme (mais c’est quoi cette manie de vouloir exterminer tout le monde pour aider, à la fin ?). C’est Furio Zanasi (arrivée tardive, et pas forcément le meilleur fit pour le rôle), Lucile Richardot (une Penelope qui se transforme aussi en arc dans l’intelligente mise en espace d’Elsa Rooke) et Krystian Adam que l’on voit le plus souvent occuper l’opéra. Et puis il y a Robert Burt, en Iro, seul survivant des prétendants massacrés, qui planqué en organiste lors de l’exécution sommaire, nous sert un brillant numéro où il interagit avec l’orchestre. Clairement excellent dans l’ensemble.

descente aux enfers

La trilogie de Monteverdi en trois jours : quelle excellente idée de la Philharmonie de Paris et de Gardiner ! Tout comme l’accueil en musique dans le hall, avec trompettes et tambourins. Coup de malchance : je n’avais pas pris de place à cette première session à cause d’une mauvaise interprétation de mon agenda. Coup de chance : l’ami berlinois se trouve une invitation, revend sa place, et finalement me trouve aussi une autre invitation ; me voilà au premier balcon, premiers rangs, bien centré. Coup de malchance : ma voisine débarque claudiquante (aussi une invitée), trébuche et tombe dans l’espace entre le siège de devant et le maigre espace pour circuler, s’écroule sur moi, et il faut bien du temps pour arriver à la décoincer (sans aucune aide d’un quelconque responsable de la salle, le dirlo ne comprenant pas mon appel, les ouvreurs étant d’une inefficacité remarquable). Coup de grâce : la voisine en question commence par respirer de plus en difficilement, faisant sentir quelques relents alcoolisés, puis tousse, s’étouffe, renifle, etc. Descente aux enfers bien synchrone avec celle d’Orphée.

L’Orfeo est fort prisé : salle blindée. Sans entracte mais avec un petit précipité trop imprévisible pour tenter un replacement, commençant à 19h30 comme les autres épisodes beaucoup plus long, le début de l’interprétation par l’orchestre du Monteverdi Choir (avec son English Baroque Soloists) était certes un peu long et surchargé, mais bien valorisé par la mise en espace. Et notamment par Hana Blažíková, qui dans le rôle de Musica, pour la première fois que je vois cela, jouait réellement de la lyre en chantant. Cette soprano, beauté préraphaëlite de 36 ans (3 ans et un jour de plus que moi), était une vraie révélation. On descendrait aux Enfers pour elle, c’est très crédible. Formidable.

Le flower power sur scène faisant son effet, la chose s’installe bien et notre Orphée Krystian Adam va jusqu’au magnifique sur la fin. On retient aussi l’impressionnant Charron de Gianluca Buratto. Au final un bien belle prestation, surtout gâché par ma voisine d’infortune : qu’il est dur de perdre son Euridice !

mardi 19 septembre 2017

Mozart Bruckner 9

C’est bien connu que quand on en arrive à 9, c’est le début de la fin. En l’occurrence, la série Mozart/Bruckner/Barenboim/Staatskapelle Berlin s’achevait le dimanche avec comme apéritif le toujours très beau Concerto pour piano n° 23 de Mozart, toujours avec Daniel derrière le clavier (en 4a, une vieille dame tombée en pâmoison a même due être extraite — heureusement avant le mouvement romantique que l’on attendait tous).

Et si la veille il n’y avait que la 8ème, la symphonie n°9 de Bruckner était cette fois-ci bien après l’entracte. Je n’avais point de place non plus pour cette session, mais le réseau ninja couplé à un fauteuil musical m’a assuré d’un 1er balcon bien centré dans les premiers rangs absolument idéal. Quelles couleurs ! Jordan, penché sur la rambarde, à côté du directeur, admire. L’annonce post-entracte nous avait prévenu que finalement, il n’y aurait pas de rencontre — un incompréhensible problème d’orchestre à renvoyer en Allemagne, et j’ai surpris Laurent Bayle, qui devait être l’interlocuteur du chef facétieux, en train de rire, à tel point que je me demande s’il était au courant… De fait, à la fin, pour saluer tout le monde et marquer le coup, c’était fleurs pour tout le monde (et autant dire qu’il y a du monde, dans l’orchestre…), mais le chef après quelques aller-retours ne revient finalement pas, entretenant sa réputation sur tous les plans.

On était là pour du Bruckner, et l’on fut servi : c’est le principal.

Bruckner 8

Voici une place qui échappa à ma sagacité lors des réservations. C’est que l’affiche était toujours aussi attrayante que pour les sessions précédentes de Barenboim/Staatskapelle Berlin. Les tarifs sont prohibitifs, de telle sorte que les dernières catégories sont remplies à ras bord. Quelques places écoulées au tout dernier moment, un truc et astuce plus tard, me voici avec la souris un samedi soir à la Philharmonie de Paris.

La tapisserie de violoncelles du fond envoyait du grave. La Symphonie n° 8 d’Anton Bruckner, c’est celle que je surnomme « Batman », à cause du dernier mouvement. Mais c’est plus divers que ça, et Daniel qui vieillit comme tout un chacun essaie d’explorer un peu trop longuement : on en arrive à 1h30 de pièce unique pour ce concert qui n’a pas la contrainte de l’enregistrement au disque. Heureusement, ça reste du fort bon, mais la standing ovation semblait un peu surprenante…

mardi 12 septembre 2017

soirée création

La création de Haydn a marqué le début de ma saison 2017, à la Philhar : si l’oeuvre sera de nouveau donnée en 2018, je pense qu’on a passé ce doublon au nom des adieux de Sir Simon Rattle à la direction du Berliner Philharmoniker. Impossible cependant d’avoir des places pour le concert de la veille, du Chosta qui a reçu bien des louanges : c’est complet. Le dimanche suivant, 18h, c’était plutôt vide et très facile de se placer au parterre derrière la rambarde — l’ouvreur a même spontanément proposé plus proche, mais sans ce précieux espace pour les genoux que l’on n’a que là.

En apéritif, il y avait du Georg Friedrich Haas, « Ein kleines symphonisches Gedicht », création française, 5 minutes top chrono, un truc vrombissant dont on ne retiendra pas forcément grand chose. Et puis Joseph Haydn, La Création, avec de nouveau Accentus (Marc Korovitch en chef de choeur), et Elsa Dreisig (soprano, formidable), Mark Padmore (ténor) et Florian Boesch (baryton), tout aussi méritants. En face de Simon Rattle, une jolie disposition d’orchestre et un pianoforte en plein milieu, avec le pianiste qui tout du long a fait du playback : manifestement, il connaît toutes les paroles…

dimanche 9 juillet 2017

Hollandais virevoltants

La dernière soirée de la saison, du moins de l’abonnement (il peut toujours y avoir du rab, sait-on jamais), aura été son paroxysme. Il faut dire que le NDT aide toujours pour avoir une soirée de danse de qualité. Avec le concours d’une triplette de chorégraphes exceptionnels, on obtient une extraordinaire soirée à Chaillot.

Le premier Sol Leon/Paul Lightfoot, ancien couple de danseurs de la compagnie, a monté « Safe as Houses » sur un patchwork de Bach et avec l’idée fort originale d’une grande porte blanche qui tourne, divisant toute la scène, ne laissant qu’une maigre blanche noire devant pour en réchapper. Les danseurs apparaissent par magie (ou plus simplement et visuellement par les côtés), et l’astuce (de passer sous le rideau mural du fond) marche tellement que l’effet de surprise est total pendant un bon bout des 33 minutes. La scène blanche (avec du noir qui dégouline en hauteur), devenant entièrement noir à la toute fin, sert de fond pour trois danseurs noirs et les autres blancs (dont un noir), qui jouent donc avec le mur tournoyant, plus ou moins vite, avec une grammaire chorégraphique qui achève de rendre le tout génial.

À l’entracte, on se dit que ça va être compliqué d’enchaîner ; mais que Crystal Pite ne peut pas être le plus mauvais choix. « In the event » commence avec une sorte de situation d’accident, avec massage cardiaque d’une danseuse-victime, le groupe de danseurs derrière, en mouvements saccadés. Le stop motion est le thème des 23 minutes de chorégraphies à l’effet sculptural, aux jeux de lumière bluffants, surtout avec les séquences de foudre qui fendent l’ensemble fort noir, qui finit par boucler mais avec le seul protagoniste sauveteur, effectuant son massage cardiaque dans le vide, alors que la musique d’Owen Belton (interprétation Jan Schouten) s’achève. Impressionnant.

Après une dernière pause servant essentiellement à tenter d’aérer vaguement une salle plus que surchauffée, « Stop-Motion », à nouveau de Leon/Lightfoot (forcément présents aux saluts et copieusement applaudis), à nouveau 34 minutes, mais cette fois une ambiance radicalement différente : scène très noire, et en suspension côté cour, une projection de demoiselle gothique en grisaille effet 3D, généralement zoomée, qui finit par trouver un écho sur scène avec la même tenue en dentelle et très longue traîne. Danseurs complètement dingues, avec notamment un pas de deux incroyable, puis une séquence un peu étrange où les danseurs tirent un long tissu blanc en avant puis en arrière, recouvrant puis découvrant la scène. En réalité, ils ont laissé du sable (ce qui fait comprendre la projection du dessus, où il tombe comme dans un sablier), et le premier a s’y coller est notre ami le danseur à peau noire, toujours fantastique, surtout quand il se roule dedans : effet garanti, et alors que la musique de Max Richter soutient la note, une succession de frissons survient dans une salle surchauffée. Fantastique, vraiment.

Il faut parler un peu de la playlist, justement : Ocean House Mirror, Powder Pills Truth, He is here, Everything is burning, November, Monologue, A lover’s complaint, On the Shore, End title, Sorrow Atoms, How to die in Oregon. Ça joue beaucoup dans l’affaire ; mais l’art est aussi d’y correspondre, dans cette succession de pièces musicales diverses, alors que les pas de deux et de trois se font dans poudreuse, jusqu’à ce que la projection prenne toute la longueur du fond de scène, qu’un aigle passe, que la scène soit totalement dénudée de ses rideaux noirs, et qu’on regrette que tout cela se finisse.

Exceptionnellement génial. Et des danseurs tous épousables.

mardi 27 juin 2017

vieux jeunes en quatre

Ce qui est bien avec l’apprentissage, c’est qu’on reste jeune longtemps. Même dans la grosse trentaine, on peut donc être jeune chorégraphe — mais vieux danseur. Il y a eu une académie chorégraphique, dans un bordel politico-administratif dont la France a le secret, et l’opéra de Paris le parfait miroir. Bref, sous la houlette de Millepied (plus ou moins), quatre danseurs ont pu passer de l’autre côté du miroir (ou de la barre) deux années durant, dans un cursus plus ou moins ficelé qui a été débriefé lors d’une rencontre AROP le mercredi suivant. Dans l’absolu, si la souris ne m’avait pas averti de la chose, en plein vendredi après-midi, je serais certainement passé à côté. Alors que c’était enfin une véritable soirée de danse, la meilleure de la saison, et de loin. Quatre représentations seulement ; à un moment on a hésité à passer notre tour, car les places étaient chères, et même avec un tarif réduit, on ne pouvait avoir que du 3e balcon de Garnier. Mais de face et premier rang : ça a emporté l’adhésion.

Avec la première pièce, « Renaissance », je n’étais trop point encore emballé. Sébastien Bertaud, devenu fort attaché à William Forsythe durant son stage, est à présent aussi redevable de Balmain (et de l’entremise de Jean-Yves Kaced) mais ses goûts personnels (avec sa superbe veste en laine noire aspect soyeux, à col châle, sur-cintrée d’une ceinture nouée) me paraissent plus sûr que les costumes moches et clinquants dont il a hérité. Faisant se mouvoir des groupes en léger canon, sur une scène augmentée du petit foyer pas vraiment exploité, je n’étais trop point exalté malgré l’interprétation d’un concerto pour violon n°2 de Mendelssohn par Hilary Hahn, enregistré et probablement un peu trop convenu, jusqu’à une fort bonne suite de pas de deux, franchement brillants, qui ont redonné un intérêt certain. Amandine Albisson, Dorothée Gilbert et Hannah O’Neill (miam) sens dessus dessous, Hugo Marchand, Audric Bezard et Pablo Legasa en face — c’est vrai qu’on a de beaux danseurs, quand même…

Mais ce n’était là qu’apéritif pour une claque totale. « The little match girl passion » s’est retrouvée en deuxième position par un hasard orienté : il fallait prévoir un entracte à cause des problèmes techniques engendrés, essentiellement la pluie à nettoyer, et l’usage de fillettes imposait de pas trop tarder sur l’horaire. Tout simplement. Un peu comme les costumes, magnifiques soutanes : faute de budget, et à l’occasion d’une vente de costumes organisée par l’opéra (pendant que nous étions au Japon), Simon Valastro a pu préempter des restes d’une mise en scène de Carsen, qui pour sa part avait eu un budget généreux. Et de toute façon, il n’avait guère le choix des corpulences des chanteurs engagés un peu au dernier moment à l’académie lyrique à laquelle est adossée celle de la danse : les contraintes de Garnier réduisent à 85cm de large les trappes, pour faire monter une table-autel — îlot central sur lequel danser —, comme pour y faire tomber un protagoniste (en basculant tête en avant…). Ajoutons qu’il est tombé il y a plusieurs années sur cette oeuvre éponyme de David Lang au hasard d’une exploration musicale, et on a là un croisement aléatoire qui ne doit qu’au talent insoupçonné de notre danseur semi-reconverti en chorégraphe pour nous offrir quelque chose qu’on n’avait pas dû ressentir depuis au moins deux ans (certains rappellent Crystal Pite, pas improbable), mais sans l’usage de subterfuge tel des violons baroques, du Philip Glass ou du Vivaldi : quatre chanteurs a cappella, en anglais surtitré, assistés de quelques percussions (dans l’oeuvre originale, les danseurs assurent toute la musique, mais ils ne participent alors pas à une chorégraphie), dans une atmosphère très noire, peuplée de grandes ombres inquiétantes (l’une qui a de la fumée qui lui sort du dos !), racontant l’histoire d’une petite fille (accompagnée au début par sa grand-mère !) dont on se doute que ça ne terminera pas forcément bien. Eleonora Abbagnato, ahurissante. Marie-Agnès Gillot (où ça ?), Alessio Carbone, d’autres intervenants occasionnels encore (dont Éléonore Guérineau et Silvia Saint-Martin). Fabuleux, totalement fabuleux. On l’a fait savoir à notre héros, à la soirée Arop, et il a suggéré d’écrire à la direction pour faire rentrer l’oeuvre au répertoire. On veut !

L’entracte a à peine suffit à s’en remettre. On avait encore la musique dans les oreilles… « Undoing world » ne s’enchaînait pas trop mal, avec des musiques live (création de Nicolas Worms, adaptation de The Klezmatics, puis An Undoing World de Nicolas Worm encore) et enregistrées (de nouveau The Klezmatics, Doyna), mais aussi des extraits d’un Gilles Deleuze sur la fin, extrait d’un cours « Spinoza : immortalité et éternité ». Bruno Bouché (accompagné d’Agathe Poupeney à la scénographie !) a fait quelque chose d’original, fort bon dans l’ensemble, évitant quelques poncifs de justesse, pour en tirer une oeuvre pensée et construite, autour de la mort, avec une descente des couvertures de survie (et non des ombres, ce qui lui a manifestement valu quelques critiques acerbes de gens très étriqués), avec d’excellents jeux de miroir et transparence (bluffant, même !), des costumes ocres, le tout disions-nous ponctués de morceaux radiophoniques, mais aussi de piano et chanteur sur scène. Une extraordinaire Marion Barbeau (suspendue tête en bas par Aurélien Houette pendant un temps infini à bout de bras !), dont la relation avec Bruno Bouché a été qualifiée de « libre association » (j’en rêve aussi, pardi !) et plein de nouvelles danseuses mignonnes qu’il serait fort bien d’identifier.

Et puis la dernière pièce, celle de Nicolas Paul, qui s’était déjà essayé à la chorégraphie (j’ai confondu le titre — Répliques —, mais il faut dire que comme la sublime Laura Cappelle a rappelé que c’était en 2009, j’en étais encore plus ému). Excellent choix de musique (aussi enregistrées, parce que pas de budget — mais une billetterie normale…), avec du Josquin Desprez, un ensemble de motets grégoriens du XVe-XVIe siècle. Les danseurs sont en civil, sortent de la fosse vers la scène en flux/reflux. En fond de scène, un grand écran montre les mêmes danseurs plus ou moins zoomés, dans des positions différentes, comme… des répliques. Et dans l’ensemble, c’est très bon ! Valentine Colassante, Caroline Bance, Isa Vilkinkoski, Roxane Stojanov, Lucie Fenwick, Caroline Osmont ; Stéphane Bullion, Josua Hoffalt, Vincent Chaillet, Mathieu Contat, Yvon Demol, Alexandre Gasse, Antonin Monié. Comme les trois autres pièces, une demie-heure.

Les expériences chorégraphiques de ces quatre (pas si) apprentis sont une réussite plus qu’encourageante, un espoir de renouveau salvateur. On a senti un regret partagé pour cette académie chorégraphique qui renaîtra peut-être un jour (apparemment c’est la chasse au tire-aux-flancs de l’opéra par la nouvelle direction, et la méthode fait peu dans le détail…). L’ironie veut que tout cela était meilleur que du Millepied. Excellente soirée, en tout cas !

lundi 19 juin 2017

rétrospective tharaudienne

Alexandre Tharaud a ce toucher léger et poétique qui sied particulièrement au programme best-of concocté pour le Théâtre des Champs Élysées. Cinq sonates de Scarlatti suivis des Impromptus op. 90 D. 899 de Schubert en première partie, puis les si poétiques Gnossiennes 4, 5 et 1 de Satie, que j’affectionne si particulièrement (je me souviens comme si c’était hier du week-end de la Cité de la Musique où j’avais découvert notre pianiste national, que j’avais fait dédicacer…). Et enfin Ravel, Miroirs, avant quelques bis tout aussi délicieux, le Valse en la mineur n°17 (opus posthume) de Chopin, encore du Scarlatti et les sonates en ré mineur K. 141 puis K. 32 et finalement, pour réellement terminer, tout autre chose, The Man I love de Georges Gershwin. Délicieux, le mot qui convient le mieux à la soirée, en clôture de la saison musicale.

dimanche 21 mai 2017

Toulouse d’Orient

Si j’ai bien compris, le week-end avait pour cycle à la Philharmonie les Mille-et-une nuits. Et comme il fallait donc trouver un titre à la soirée du samedi par l’Orchestre National du Capitole de Toulouse dirigé par son Tugan Sokhiev retrouvé, le nom de la première pièce s’est trouvé tout à propos, quoique réducteur. Mais il faut avouer que "Aladdin" de Carl Nielsen est une suite absolument fabuleuse que, si peu de fois données, il aurait été bien dommage de rater. Les première et dernière pièces justifie d’ailleurs de posséder cette oeuvre dans toute bonne discographie : il faudra que je m’y emploie !

Après cette première partie de toute beauté, il fallait une pièce toute aussi ambitieuse : "Shéhérazade", de Ravel, avec le timbre envoutant de Marianne Crebassa, qui remplit bien la salle quand on est de face au parterre — l’inconvénient de cette place du fond étant d’être devant les retardataires, arrivés en nombre juste au début du concert, décidant seuls de trouver leurs places pendant la pause entre deux oeuvres sans rien connaître de la salle, bavassant sans cesse, bref dissipés au delà du possible (Serendipity a cette brillante idée : les interdictions de concert comme il y a des interdictions de stade !). Sur trois poèmes de Tristan Klingsor, Asie déploie une grande musicalité lyrique, La flûte enchantée me semble avoir été réutilisé maintes fois, et L’indifférent est court, en laissant une traine en oreille. Très beau.

Après l’entracte, "la Danse des sept voiles", extrait de Salomé de Richard Strauss, file de manière très à propos la thématique orientale, tout en correspondant au format 10-25 minutes de la soirée. On termine en revanche assez loin de l’Arabie, avec un Oiseau de feu (suite n°2) de Stravinski, qui a certes quelques accents musicaux apparentés — Russie et Islam, en fait l’Oiseau est kazakh ?

Et puis il y a un trio de jeunes filles devant moi, dont un clone de @odette9, avec nez plus court mais légèrement plus retroussé, et des lèvres plus pulpeuses, le tout caché derrière de grosses lunettes. Tugan célèbre alors cette découverte : « Jardin féérique » de Ravel (dernier morceau de Ma Mère L’Oye), annonce-t-il en premier rappel. Très beau. Alors que le public commence à s’enfuir dans le brouhaha, un deuxième bis : Carmen de Bizet, certainement pour nous rappeler que les Maures étaient en midi-Pyrénées.

Délicieuse soirée d’Orient occitan !

farandoles deux par deux

Maladain et son ballet de Biarritz font une halte à Chaillot sous un déluge d’applaudissements pour une arche de « Noé », sur la Messa di Gloria de Rossini (du lourd !), qui fait la part belle aux farandoles de tout types, travaillant les effets de groupe autant que la patience, car ce n’est pas parce que c’est bien fait que ce n’est pas lassant à force. Mais surtout, pour un tel calibre de chorégraphe, c’est un peu décevant : on peut mener le spectacle de fin d’année à son paroxysme, ça n’empêche pas de passer un peu à côté de son sujet et de son niveau. De l’ambition, que diable ! Ça arrive tardivement. Pas désagréable, un peu longuet pour 1h10 (eurg !?), il faudra surtout que je m’abstienne de regarder le prix de la place pour ne pas gâcher un non-déplaisir. En fait, c’était assez à l’image de toute la saison cette année. À se demander si c’est bien la peine de renouveler l’expérience de l’abonnement pour l’an prochain, très sérieusement… (Ah, j’ai vu : 12€. Avec la réduction, ok. Sans, la saison prochaine, faudrait pas pousser)

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