humani nil a me alienum puto

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lundi 3 février 2020

airs B und B

Deuxième concert du LSO, le dimanche aprem cette fois. Encore une fois, Rattle nous donne un duo Berg und Beethoven. Mais cette fois, Alan était moins accessible. Quoique ! La première oeuvre, Sieben frühe Lieder, était encore dans une époque très tonale, dans la vague Mahler, Schumann, etc. Ces chants avaient été écrits pour piano et orchestrés 20 ans après « la jeunesse ». Dorothea Röschmann, soprano, au chant. Belle découverte. Puis la Passacaglia est une courte pièce qui fait la liaison en 1913 (mais orchestré 85 ans plus tard !) avec les Trois Pièces op. 6, enchaînées, qui sont là tout à coup beaucoup plus bergesques. Avec notamment un gros marteau, au fond, activé au début et à la fin. Et ce début, qui vrombit très fort, très noir, remarquable. Comme la salle était encore une fois très remplie (pour la seconde partie…), j’étais au 4ème rang de côté pair, presque sur le couloir. Devant, des voisines décontenancées, qui se sont clairement demandé ce qu’elles fichaient là.

Après l’entracte et une visite de Laurent dans le mini-club des amis de la Philhar (comme quoi, elle m’aura servi, cette cotisation), les retardataires réclamant leur bien m’exilèrent un rang devant, mais totalement de côté cette fois. Juste en face des contrebasse (et altos), dont j’espérais bien percer le mystère datant de la veille : pourquoi diable posent-ils chacun un deuxième archet sur le sol ? On ne saura pas. Dans tous les cas, ça donne un son un peu déséquilibré (sur les basses et sur la sonorité des archets pas encore « blendé »), mais aussi une certaine expérience immersive. Très belle intro et remarquable allegreto pour la superbe 7ème symphonie de Beethoven, à fond la caisse sur la fin.

mont des oliviers del Gesu

Revenir plus tôt de Londres, en plein après-midi, pour écouter le London Symphony Orchestra (qui revenait de Frankfurt), voilà un nouveau pas dans ma vie de mélomane. C’est que l’oeuvre principale au programme est fort rarement donné, même si c’est du Beethoven.

Mais d’abord, Sir Simon Rattle, qui comme les 3/4 du staff de direction du LSO est commandeur de l’empire, nous avait préparé du Berg. Oh, le Concerto pour violon « A la mémoire d'un ange », rien que de très écoutable et même fort poétique. Et Lisa Batiashvili, avec son Guarneri del Gesù. En bis, elle nous donne la très jolie mais fort classique sarabande de la Partita pour violon n°1 en Si mineur (BWV 1002) de Bach. Joli comme une Lisa del Gesu en robe « reine des neiges » : remarque fashion pertinente de Notung, avec qui j’étais en expédition ninja de côté pair, premier tiers, un choix pertinent pour la seconde partie après arrivée des retardataires du soir durant l’entracte : salle bien pleine !

Cet unique oratorio de Beethoven, Le Christ au mont des Oliviers, on l’a déjà entendu, on en est sûr, mais qui s’en souvient, au juste ?… Il est vrai qu’il manque de puch line musicale, de proposition unique de valeur lyrique, bref, d’un truc reconnaissable entre mille. Ça a beau être fort pêchu, comme passion in a nutshell, ça reste sans hit inside, donc on oublie rapidement. Mais ça fait passer un bon moment (moins pour Jésus, qui ne termine pas très bien) (malgré sa superbe chemise sur mesure, asymétrique avec fermeture éclair à droite qui débute au milieu et motifs importants noirs sur noirs très bien centrés : Pavol Breslik, qui est ton tailleur ?!?). Outre le pré-cité ténor, Elsa Dreisig, soprano ; et David Soar , basse. Et le choeur du LSO. Très bien !

Karinaaaaaaaa

On ne rate jamais Karina Canellakis quand elle revient à Paris. Voilà ma nouvelle devise. Oui, Karina a fait une entrée fracassante dans mon petit cercle de wow-girls. Elle est incroyable. Et le programme de l’Orchestre de Paris (dont elle avait déjà dirigé l’ouverture de saison) était de plus immanquable : Concerto pour violon de Jean Sibelius avec Joshua Bell (qui nous a ajouté une Gavotte en Rondeau de la 3e Partita pour violon seul en Mi majeur, BWV 1006, de J.S Bach), puis la Symphonie n°10 de Dmitri Chostakovitch. À tel point que j’ai repoussé d’une journée mon arrivée à Londres et racheté une place pour le mercredi (galère pour revendre celle de jeudi, alors que concert marqué complet !). J’ai même raté un business meeting de ouf pour Karina. Mais franchement, ça valait le coup. Mon binôme ninja (qui se fait plus rare) ne connaissait pas le talent, l’intelligence et la beauté extraordinaires de Karina — quelques photos plus tard, voilà un nouveau fan. Concert d’autant plus formidable que Karina était elle-même violoniste, dans sa vie antérieure. Quelle est formidable !!

dimanche 26 janvier 2020

Yuja Wanger

En fait, Yuja Wang est wagnérienne : elle est un spectacle total. Robe bleue nuit asymétrique, bretelle à gauche, dos nu avec deux lanières en travers, petit triangle de chair sur le devant, traîne à l’arrière et découpe jusqu’au dessus de la cuisse gauche. Une tuerie, mais un inconvénient : pour le public qui n’était pas à l’arrière, au mieux du mieux pouvait-on apercevoir un magnifique mollet droit, parfois le genou. On espère que la caméra placée en fond de scène aura pu capturer d’émouvants moments de pédale.

La salle est pleine, on peut se replacer, mais ce n’est pas aisé. J’arrive à la place exacte que j’avais samedi : la position par rapport au piano était donc validée. Troisième siège en partant du couloir, derrière la barrière, côté impair évidemment. Dans l’axe fin où l’on pouvait admirer Yuja. Parce qu’un peu plus à gauche, c’était Gautier Capuçon qui aurait gâché la vue, avec son violoncelle. Il faut bien cela pour jouer des sonates piano-violoncelle. Et pour remplir une salle française, assurément (quoique, il semble que Yuja ait bien la côte à présent !).

Le voisin de derrière a une horloge au poignet qui fait plus de bruit que big Ben ; la vieille voisine ninja de gauche déclare trop tard qu’elle est semi-mourante, et effectivement, après quelques minutes, elle crache ses poumons (heureusement sans récidive, mais j’ai senti que je perdais en point de vie). La Philharmonie en hiver est un sport de combat.

Yuja et Gautier commencent par du César Franck. C’est assez rare pour être noté, même si cette Sonate pour violoncelle et piano (transcription de Jules Delsart de la Sonate pour violon et piano) est probablement la pièce la plus connue du répertoire, du moins pour le premier mouvement (le public a applaudit après le deuxième, en pleine moitié, alors qu’il était pourtant annoncé 25 minutes d’oeuvre — on a commencé comme à l’accoutumée avec presque 10 minutes de retard). Puis un Chopin assez court, Introduction et Polonaise brillante en ut majeur op. 3.

À l’entracte, j’entends un monsieur ébahi par la robe de Yuja. Lorsque je retourne à ma place empruntée (avec petit décalage opportun d’un siège plus central, ce qui évite miasmes et montre diaboliques, mais rend la vue plaisante un peu plus complexe), une dame devant devise avec moi des chûtes de rein (je cite) des nouvelles pianistes glamour (Khatia, évidemment). La discussion s’étend aux spectateurs autour, mais il faut reprendre les choses sérieuses. Encore du Chopin, encore 25 minutes, Sonate pour violoncelle et piano.

C’est très joli, tout ça, et brillamment exécuté. Yuja feu d’artifice fait place à une maturité romantique, elle se refait une réputation. Mais devant l’acclamation du public, le premier rappel, Le Grand Tango de Piazzolla, est de nouveau un sacré spectacle, pendant une petite douzaine de minutes (c’était prémédité : l’éclairage rouge en ronds était fort adapté et préparé). Elle est très jazzy, en fait, Yuja. M’étonnerait pas qu’à un moment elle explore pleinement cette voie pétillante qui sied à son caractère. Toujours le sourire. Re-saluts avec Gautier, qui fait la même taille (certes Yuja est perchée sur des talons de 14 ou 16 cm). Et LA mort du Cygne de Saint-Saëns en dernier bonus, cinq petites minutes de triste bonheur, pour terminer en beauté et sur le même thème vaguement mélancolico-romantique.

Ah, Yuja !

22,5 décembre 1808

Et nous voilà donc dans la deuxième partie de la reconstitution toute mélangée (a priori) du super-concert du 22 décembre 1808 donné par Beethoven — à la partition, à la direction et au clavier —, en mode fâché mais quand même quoi. Au passage, j’apprendrai à la rédaction de ce billet que j’ai raté une conférence musicale donnée en intermède. Zut. Ne serait-ce que pour le mystère de l’ordre original des oeuvres. Le Wiener Symphoniker, secondé par le choeur d’Accentus, a une bonne endurance.

Philippe Jordan apparaît toujours très complice avec les musiciens, et il donne beaucoup de sa personne lorsqu’il dirige (de mémoire) ; mouvements amples, il se baisse, grimace, met beaucoup d’énergie. Pour une 5ème symphonie, on roule donc à fond. D’autant que si l’on compte bien, il y a une inflation de +50% de musiciens par rapport à l’orchestration originale (mais il m’a semblé que c’était un plus petit ensemble que lors du premier concert — hors concerto pour piano, forcément intimiste pour ne pas écraser l’ours-tortue).

Ce n’est pas forcément le même public (évidemment les ninjas les plus aguerris ont enchaîné les deux), et il paraît plus mâture. Ça n’applaudit plus entre les mouvements, et aucun téléphone sauvage à déplorer. Replacement juste derrière la barrière, avec deux voisines qui étaient en fait des choristes, donc après l’entracte, j’ai pu me retrouver avec une place libre de chaque côté ! Et une bonne vue sur le clavier cette fois, puisque côté jardin-impair.

Suite de la messe en ut, cette fois pour le Sanctus Benedictus. Les 2 musicologues qui ont écrit le petit programme papier de la doublé-soirée n’ont pas bien accordé leurs violons (l’une parle de grande originalité quand l’autre nous dit que c’était pourtant très classique — par rapport au mauvais accueil à la création quelques mois auparavant —, et pour le Gloria l’une parle de trois mouvements vs quatre pour l’autre), mais sur l’essentiel c’était quand même raccord. Ça décoiffe bien, cette affaire, quand même ! En plus, l’orgue est de nouveau sollicité (je n’avais pas remarqué ce cache, en bas, sous forme de grille blanche semi-invisible : est-ce pour éviter que les spectateurs ne mettent les mains dans les panneaux rotatifs donnant accès aux tuyaux ? La Philharmonie devrait être sponsorisé par Monsieur Bricolage…).

Suit en revanche une Fantaisie pour piano op. 77 (toujours avec Angelich) qui ne marque pas les esprits (Beethoven se faisait-il plaisir, après l’impro d’ouverture, forcément disparue ?). Une mignardise entre les plats. Pour cette fantaisie peu donnée, une partition et tourneuse de page associée s’avèrent nécessaires pour la première fois. Et derrière le piano, je devine que même Jordan a besoin de la sienne pour la première fois aussi. Car on enchaîne la fantaisie pour piano avec une autre fantaisie pour piano, orchestre et choeur, qui est en réalité une esquisse très claire de la future neuvième ! Et cette excellente découverte archéologique nous rend un peu triste sur son occultation par sa descendance, parce qu’en soi elle mérite beaucoup d’attention ! Et donc cette clôture du concert original (et du nôtre) est un vrai feu d’artifice, superbe de bout en bout !

Quel(s) concert(s) ! Filons du pognon à Beethov, il saura quoi en faire, il finira peut-être même par nous faire un hymne européen, qui sait…

22 décembre 1808

Le doublet Vienne-Jordan pouvait être vu comme une opération marketing consistant à vendre deux fois pour ce qui était la reconstitution d’un concert unique… à vocation marketing ! Le 22 décembre 1808, Beethoven a choisi d’en mettre plein les oreilles, en qualité et quantité, au tout Vienne, avant de les envoyer valser parce qu’il se sentait malaimé (à juste titre, à lire les critiques peu amènes qu’il avait récolté). C’était donc un concert unique avec la création des 5ème et 6ème symphonies, et une reprise d’une messe en kit qui lui avait valu une volet de bois vert ; notamment. À la fin, le public fut conquis et il récolta reconnaissance et subsides. Il lâche alors le mic et reste à Vienne. Fortiche le Beethov !

C’était donc ce gros concert qui fut coupé en deux lors d’un samedi — 16h30 puis 20h30 —, avec les mêmes oeuvres mais manifestement pas dans le même ordre. Le tout joué par le Wiener Symphoniker, ce qui ne manque pas de piquant. Philippe Jordan à la baguette généreuse et élégante (il sait valser !) finit de convaincre le public de venir en masse, et il n’est pas aisé de se rapprocher de l’action (mais la science ninja ne se laisse pas surprendre).

Et c’est ainsi qu’une jolie 6ème sautillante commence nos aventures, avec cette évidence que nous sommes bien post-Mozart et pré-Schubert (avec répétition à l’envi). Alors que je suis de 8ème rang côté pair, au loin en face, un gamin manifestement pas bien fini se met brailler, tout en fond de parterre (où s’accumulent beaucoup de femmes voilées et manifestement un patriarche quarantenaire à l’air blasé) ; il finit par être évacué, et après l’entracte, toute la zone sera vide.

Il y a donc plus de sérénité quand on attaque la deuxième oeuvre, Ah ! Perfido, chanté, bien moins connue, une sorte de grand air d’opéra classique. J’ai eu peur, au début, d’un problème de projection de Jacquelyn Wagner, dans cette Philharmonie toujours un peu ingrate, mais finalement ce fut très bien.

Après l’entracte, je remarque que le violoncelliste principal a toujours une tête toute rouge (peut-être le si, finalement ?). Il détonne un peu. On se fait un Gloria de la messe en ut, bien puissant, et on se demande pourquoi ce fut un bide monumental à la création : le programme nous laisse penser que les répétitions n’étaient peut-être pas terribles. Ou alors la salle ? Ou le goût de chiotte ? Ceci étant, ce n’est toujours pas donné tous les jours… Il faut dire qu’il faut avoir un effectif un peu boosté, et quatre solistes (dont notre précédente héroïne recyclée ; plus Miriam Kutrowatz, Anke Vondung, Allan Clayton, Franz Gürtelschmied, Hanno Müller-Brachmann).

On termine sur le super-connu quatrième concerto pour piano. Nicholas Angelich, qui a toujours une allure improbable entre la tortue et l’ours, râle en jouant (ce qui me convaincra de m’éloigner de la scène pour la suite), mais joue superbement, faut-il bien admettre (c’est juste pour le chant qu’il n’est pas terrible). Acclamations, et même si tout le monde s’était déjà serré la main (signe de fin de concert), ça se fait de petits signes entendus entre chef et pianiste, pour décider d’un bis. Mais ça a l’air tellement improvisé que notre bon Nicolas nous déclare : « désolé, mais je vais jouer du Schumann » (le truc super connu, heu, c’était pas du Schubert plutôt ? J’ai pas bien noté, voilà ce que c’est que d’écrire ses billets de blog en vrac dans le temps). Il aurait pu nous faire la lettre à Élise, ça serait resté dans le thème. Résultat : j’ai gardé ce morceau dans la tête pendant un bon moment… J’vous jure. C’est pas tout ça, mais il faut chasser du sandwich en milieu hostile pour la seconde moitié en seconde partie (faut suivre !).

Muti le peintre

Le Chicago Symphony Orchestra allié à Riccardo Muti attire les foules — modulo quelques trous certainement dû à une opération massive de la SG, trous assez comblés en seconde partie. Mutti a l’allure, que dis-je, la classe, il dirige de manière très solennelle, avec une grande prestance et très peu de mouvements. Il aime aussi faire saluer les musiciens et insiste beaucoup pour la juste reconnaissance des méritants, à hauteur d’orchestre, parmi les siens.

L’ouverture du concert se fait, comme cela arrive souvent, avec une ouverture. En grand, wagnérienne. Le Hollandais volant, plein d’embruns et de souffle (gros vents !). J’en profite pour mater l’orchestre. Comme souvent dans ce genre de phalange, les musiciens sont en moyenne plus âgé ; mis à part un « African-American » (aux cuivres), c’est très blanc ; quoique, à y regarder de près, les Asiatiques semblent sur-représentés, tandis que le Mexique doit être beaucoup trop éloigné de Chicago (heureusement que les Asiat existent, quand même…).

Deuxième oeuvre, fort originale, une suite orchestrale sur Mathis le peintre d’Hindemith, que j’avais vu et revu à l’opéra quand il était encore ouvert et qu’il ne faisait pas dans la rediff bon marché (donc il y a très, très longtemps). Ce n’est pas seulement formidable d’avoir choisi de programmer cette oeuvre qu’il ne me semble pas avoir entendu en presque quinze ans (et je suis très attentif à ce genre de détails quand je choisis mes places), l’oeuvre en elle-même est un grand bonheur, qui m’a rappelé… du Messiaen ! Ciel !

Mais ce n’est pas forcément avec ça qu’on remplit les salles. Étrangement pas entendue depuis longtemps, la neuvième symphonie de Dvorak avait une bonne grosse pêche. Il en a résulté une belle ovation (de toute façon, ça ovationnait déjà par anticipation avant même de jouer), une distribution spontanée de bouquet d’un membre du public (fleurs immédiatement transmise à une altiste du premier cercle), et mes voisins enthousiastes en standing ovation se sont fait rouspéter par ceux de derrière leur criant « assis ! ». Ce qui fut le cas à l’annonce du bis, en italien — intermezzo de Fedora de Giodarno. Et alors, mes voisins se sont de nouveau levés à la fin, déclenchant le courroux des privés de vue. La philharmonie…

concert damné

230 choristes et 95 musiciens, paraît-il. Ça remplit bien la scène de la Philharmonie. Tugan Sokhiev était à la tête d’un orchestre de Paris endiablé pour la Damnation de Faust de Berlioz. Damnée a été une partie de la distribution, malade, donc remplacée au pied levée. Ça donne : Paul Groves (Faust), Karine Deshayes (Marguerite), Paul Gay (Méphistophélès), Renaud Delaigue (Brander). Apparemment, on y a bien gagné par rapport à la veille.

Damnés étions-nous aussi un peu dans le public, privé d’éclairage décent, car nous annonce le premier violon Roland Dugareil lors d’un discours déchainant les passions, entre applaudissements et huées (et du « c’est nul ! » ayant pour écho « c’est toi qui est nul ! », du haut niveau français), la vie, c’est dur. Mon impromptue binôme, qui fait des expériences dans la vie (il n’est jamais trop tard, mais ce n’est pas encore bien ça…) était en revanche ravie : la lumière, ça fait fuir les punaises de lit, ses nouvelles amies dispensables (miam, je les comprends).

Mais sinon, ça se tenait très bien. Et même si ça terminait franchement tard (heureusement que les trams circulaient !), dans l’ensemble, nous fûmes plutôt bénis.

lundi 20 janvier 2020

Rossini sous acide

« On dirait du Mozart sous acide ». Mon fidèle binôme de TCE aura ainsi tout simplement résumé avec la perspicacité cinglante qui la caractérise. Déjà, le livret de L’Italienne à Alger de Rossini est un peu perché : un sultan local en ayant mare d’avoir une femme trop docile décide de la refiler à son esclave italien en échange de sa liberté, tandis qu’il rêve d’une femme caractérielle, qu’il va effectivement trouver en l’amante dudit Italien. On rajoute encore quelques rôles et péripéties pour le bordel, et l’affaire est dans le sac. Avec un Jean-Christophe Spinosi surex, bondissant et survolté à la direction de son Ensemble Matheus — et Choeur de chambre Mélisme(s). 

Très bon cast dans l’ensemble : Margarita Gritskova (Isabella), Veronica Cangemi (Elvira), Peter Kálmán (Mustafà), Maxim Mironov (Lindoro), Christian Senn (Taddeo), Rosa Bove (Zulma), Victor Sicard (Haly). Et une mise en espace costumée qui est finalement bien meilleure que beaucoup de mises en scène, avec un humour omniprésent bien adapté à la pièce légère mais néanmoins solide de Rossini.

travail des seniors

Il y a les grévistes pas encore à la retraite qui rêvent de ne plus bosser, et puis il y a Herbert Blomstedt, 92 ans, qui vient diriger l’Orchestre de Paris à la Philharmonie de sa baguette experte. Comme la veille, on repère Christian Merlin dans le public. La salle est très bien remplie, ce qui est plutôt rare pour l’OdP. Est-ce l’effet Bertrand Chamayou/Concerto pour piano n° 23 de Mozart ? Avec son jeu naturel, ça glisse très bien, un vrai plaisir. Il annonce son bis : « adagio d’une des dernières sonates de Haydn » (en do majeur pour piano n°60). Parfait.

Entracte, et ce pour quoi on est venu. Les vrais savent. La géniale Symphonie n° 4 "Romantique" de Bruckner. Dans la navette du retour, tous les ninjas étaient là. Certains avaient prévu de revenir le lendemain, pour la rediff. Blomstedt dirige de tête ce qui dure plus d’une heure quinze, avec un tempo un peu lent, mais des couleurs extraordinaires. Le travail des seniors, ça a du bon. Toute l’expérience d’un chef d’exception qui magnifie un orchestre.

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