humani nil a me alienum puto

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mardi 17 juillet 2018

Don Pantalone

La magie de l’opéra est de nous faire avaler avec plaisir un livret pondu en 11 jours comme savait le faire si bien Donizetti, à partir d’une farce amoureuse sur laquelle il ne faut pas trop se poser de questions, et que le metteur en scène Damiano Michieletto essaie éperdument de compliquer ou de lire à l’envers en faisant s’embrasser les mauvais personnages (Norina et le Dottor Malatesta, au lieu d’Ernesto). S’il y avait d’ailleurs bien défaut de cette version de Don Pasquale donnée en fin de saison à Garnier, c’était bien encore une fois la mise en scène, mélangeant trop d’idées foutraques, entre l’appartement des années 1970 (par radinisme, mais ça n’a pu se deviner qu’après l’entracte), les scènes filmées sur fond vert en direct (et avec costumes moyenâgeux de préférence), le neveu wesh black (Lawrence Brownlee pour Ernesto), le papi charentaise (Michele Pertusi en Don Pasquale), le gangster beauf (Florian Sempey pour Malatesta) et la vamp manipulatrice (Nadine Sierra, Norina), certains ayant leurs marionnettes, ça donne un gloubi-boulga bien indigeste, et toujours côté jardin (pas de bol, c’est le côté que j’avais choisi pour ma place, après une mésentente avec JoPrincesse pour justement ne pas se tromper, car les metteurs en scène médiocres ont toujours une fâcheuse tendance à choisir un côté et tout s’y faire dérouler… Même soucis concernant le haut de la scène, invisible d’une bonne partie du théâtre).

Heureusement que les chanteurs était fort bons, et Evelino Pidò toujours efficace à la baguette. Finalement une fort bonne soirée, pour 25€ perchés en 4e loge (pas très confortable, mais à ce prix-là, à Paris, on n’a plus grand chose… À se demander qui se fait vraiment duper, dans l’histoire !).

lundi 9 juillet 2018

Boris soirée en scène

Il y a quatre ans, un Boris Godounov première version de 1869 avait déjà été donnée, à Pleyel. Pourquoi donc raconter partout que c’était une première parisienne, à présent ? Probablement parce qu’à l’opéra de Paris, et plus particulièrement à Bastille, cela n’avait jamais été donné. C’est donc le Modeste Moussorgski version originale en 2h10 que Vladimir Jurowski  a eu à diriger, même s’il aurait encore plus préféré un best of, révéla-t-il dans une grande interview respirant l’intelligence de bout en bout.

Il y avait une sacrée distribution, même si parfois, maladie bastillenne, surtout à la première apparition d’un chanteur, certains ont pu être écrasés.

Boris Godounov           Ildar Abdrazakov
Fiodor                           Evdokia Malevskaya
Xenia                            Ruzan Mantashyan
La nourrice                   Alexandra Durseneva
Le prince Chouiski        Maxim Paster
Andrei Chtchelkalov      Boris Pinkhasovich
Pimène                          Ain Anger
Grigori Otrepiev            Dmitry Golovnin
Varlaam                        Evgeny Nikitin
Missaïl                          Peter Bronder
L'aubergiste                  Elena Manistina
L'innocent                     Vasily Efimov
Mitioukha                      Mikhail Timoshenko
Un officier de police      Maxim Mikhailov
Un boyard, voix dans la foule   Luca Sannai

Le point faible était très clairement la mise en scène de Ivo van Hove, comme démoulée trop tôt, usant de trois bouts de ficelle et d’un escalier pour économiser et investir dans de la vidéo qui n’était pas en temps-réel, réussissant mieux les effets de foule, à court d’idée sur les costumes (alors que la scène du couronnement est à l’inverse très belle, et très costumée). C’est vraiment dommage de se rater à ce point. Un peu comme la commercialisation : assez facile de se replacer avec une place à 5€, un bon quart de la salle étant inoccupée. Paris, c’est l’art de faire les choses à moitié. Au moins, c’était une très bonne moitié — et la principale, au demeurant.

lundi 25 juin 2018

opéras immoraux au second degré

C’est la fin de saison, les salles sont plutôt vides, mais pour ce diptyque L’heure espagnole de Ravel et Gianni Schicchi de Puccini, Bastille était particulièrement vide, et les ninjas ont pu exercer leur art en toute sérénité — quoique concurrencés par les spectateurs lambdas ! Une très bonne critique, un air hyper connu au programme, une excellente double mise en scène de Laurent Pelly, une distribution top, un super Maxime Pascal à la baguette, et l’Opéra de Paris arrive à se tirer une balle dans le pied avec des tarifs inabordables. Heureusement qu’il y a encore quelques places à 5€ ! C’était la dernière, le dimanche aprem.

L’heure espagnole, c’est le classique vaudeville de l’amant dans le placard (ou plutôt : dans l’horloge). La mise en scène foutraque est géniale, avec ses tours de magie (hop, dans la boîte !) et ses petits détails drôlatiques (le squelette qui salue à la fin, perdu dans le bordel côté jardin). Le livret de Franc-Nohain est écrit en langue châtiée, parsemé de références espagnoles folkloriques, pour donner une comédie très assumée. Concepcion (Michèle Losier) a le feu aux fesses : une fois débarrassée de son fade mari horloger Torquemada (Philippe Talbot), elle est rejointe par son stupide amant poète Gonzalve (Stanislas de Barbeyrac), ayant auparavant occupé le client muletier Ramiro (Thomas Dolié) dans le transport interne d’horloge ; le caché-croisé se complique encore plus avec l’arrivée du lourd Don Inigo Gomez (Nicolas Courjal), qui fait la cour à la belle volage. Au bout de 55 minutes, elle préfèrera évidemment les biceps de l’efficace muletier ! Savoureux.

Entracte. Quasiment une heure aussi : une chute de spectateur, nous apprend-on finalement… Il ne valait mieux pas que ce soit plus grave, avec ce temps d’intervention là. La souris s’impatiente. Mais elle aurait eu bien tort de rater Gianni Schicchi, cette fois un vaudeville sur le classique testament. Une famille unie autour d’un mort qu’elle détestait de son vivant mais qui avait de l’argent, beaucoup d’argent… qu’il a légué aux moines. Comment se dépêtrer de ce malheur ? Rinuccio (Vittorio Grigolo), amoureux de Lauretta (Elsa Dreisig), propose d’appeler du très détesté mais malin Gianni (Carlo Lepore) ! Qui finira par tous les rouler, évidemment, mais les amoureux (qui cumulent toute la panoplie des clichés) pourront convoler. Encore le placard, mais cette fois pour y stocker le cadavre. Inspiration de chez Dante (à qui il est fait allusion dans la morale finale, d’une même manière que l’opéra court précédent), mais en mode cynique à souhait et à la limite de l’auto-parodie permanente. La famille infernale nécessite beaucoup plus de chanteurs que l’opéra précédent de Ravel, composé sept ans plus tôt (1911 contre 1918). Le second degré y est aussi totalement assumé, et Laurent Pelly trouve une mise en scène toute aussi simple et efficace, qui marche impeccablement bien (dans les mêmes tons, pour garder l’homogénéité).

On en redemande !

cendres opératiques

Je crois que c’est bien la « Cenerentola » de Rossini qui a été interdite d’Opéra de Paris pendant bien des années. J’avais raté sa programmation sous la nouvelle ère de direction (je ne pense pas me tromper), mais pour cette représentation unique et de concert mis en espace au TCE, j’avais mon binôme — et un replacement assez facile. En fait, c’est de l’opéra porno : l’histoire est franchement grotesque, et on pourrait dire très 4ème degré, mode théâtre de boulevard assumé. De la Cendrillon, il ne reste plus grand chose. À côté, Hollywood ou Disney, ce sont des conservateurs très sages. Chercher à comprendre est vain, il faut se laisser porter — mais l’opéra souffre de n’aligner aucun hit.

Le chef de l’Orchestre National d’Ile-de-France (et Ensemble Aedes), Enrique Mazzola, était brillant. Littéralement. Comprendre veste noire à paillettes, effet disco. C’est qu’il fait partie de la fête, tout comme le claveciniste, totalement intégrés à l’action. C’est malin, drôle, savoureux. Plus tard, lors d’une file d’attente à Bastille, j’entendais des lyricomanes louer ce procédé, plutôt que d’avoir des mises en scène vilaines et chères. Là, on va dans l’économique : le peignoir de bain cache tant bien que mal les robes à paillettes pour le bal. Et finalement, tant que ça chante bien, et qu’on se permet un selfie de groupe final, tout le monde est heureux.

Karine Deshayes Angelina (Cenerentola)
Peter Kálmán Don Magnifico
Cyrille Dubois Don Ramiro
Vito Priante Dandini
Luigi de Donato Alidoro
Hasmik Torosyan Clorinda
Alix Le Saux Tisbe

ah qu’elle rit de se voir si belle

Le Faust de Gounod a beau être réputé, il est peu donné d’une manière générale. Déjà, peut-être, parce qu’il dure longtemps — le TCE a dû avancer l’horloge à 19h30, pour finir après 23h. Ensuite, probablement, parce que même avec une belle distribution, ça ne remplit pas la salle. Replacement quelque peu dans la douleur, entre des ouvreuses locales au haut niveau de corruption et d’incompétence, et l’humeur massacrante d’une Hinata en pleine tentative de diversification — et après Debussy, encore raté.

Christophe Rousset à la direction de Les Talens Lyriques (et du Chœur de la Radio Flamande en renfort) pouvait faire un trait d’union original depuis le monde baroque. On comptait sinon un Benjamin Bernheim en très bon remplacement de Faust, Véronique Gens impeccable en Marguerite qui rit de voir si belle, Andrew Foster-Williams en superbe Méphistophélès sur ressort (une grande partie du succès de la mise en espace a reposé sur ses bondissements opportuns), et pour les rôles secondaires, Juliette Mars en Siebel, Ingrid Perruche pour Dame Marthe, Jean-Sébastien Bou en Valentin avec son compagnon Anas Séguin pour Wagner (/un mendiant post-mortem).

Une fort belle représentation avec tous les dialogues non chantés originaux. Car le Faust de Gounod est un opéra comique. Tragi-comique, devrait-on dire…

mardi 5 juin 2018

jamais sans mon Euridice

Étrangement, « Orfeo ed Euridice » de Gluck, un de mes opéras préférés qui a même été une sorte de déclencheur (version française du Châtelet, von Otter/Kozená), est peu donné à Paris. Il était passé en version dansante en allemand ; il ne passe quasiment jamais en français. Cette fois, c’était donc en italien, au TCE, pour un coût prohibitif (145€ la 1ère catégorie, et même les places à 10€ étaient à 15€ !), alors que ça ne dure que 1h30. Mais la salle était pleine, à l’exception de deux sièges qui ont permis un replacement splendide (mais peu confortable, faut pas abuser non plus) au premier rang du second balcon, plutôt de face.

Pour une fois, la mise en scène, plutôt simple, était bien fichue et esthétique. Est-ce donc étrange que de découvrir que cela est dû à Robert Carsen ? C’était plutôt du côté de l’orchestre que se trouvait le point faible de la production, avec l’ensemble I Barocchisti sur instruments anciens qui était parfois à la limite du faux, sous la direction de Diego Fasolis qui m’a parfois un peu surpris — mais dans l’ensemble, j’aurais quasiment fait pareil. En revanche, sur la scène, c’était parfait. Même si au début, un contre-alto comme Orfeo m’a surpris, mais on s’habitue vite à Philippe Jaroussky qui joue le rôle à la perfection. Après avoir rencontré Emőke Baráth (Amore), il peut aller chercher aux enfers sa chieuse de service, heu, son amour absolu, Patricia Petibon (méconnaissable). Formidables interprètes, pour un excellent trio supporté par le beau Chœur de Radio France.

Verdict final : très beau. Encore !

mardi 29 mai 2018

rerédemption de rédempteur dérédempté

La dernière fois que j’avais fait un Parsifal, c’était il y a 8 ans au TCE. Alors qu’il y avait un bon rythme sur les deux années précédentes. Et puis plus rien. Alors avec le retour à Bastille, comme tous mes frères et soeurs de la secte des wagnérophiles, j’étais assez excité. Las, après une générale annulée (de toute façon j’étais ni là, ni invité, cette fois), le problème de la porte coupe-feu en panne a fait sauter un certain nombre de représentations, ce qui a encore plus mis la pression sur des places déjà hors de prix. Rajoutons à cela que je n’étais pas très souvent à Paris ces dernières semaine, que d’autres représentations tombaient sur des soirées déjà occupées, et ça donnait deux dates possibles : l’une de retour du Canada (suicidaire pour 5h10 de représentation — dont deux gros entractes, certes), l’autre deux dimanches plus tard. Pour la Pentecôte, ça tombe bien. Trouver une place pour Parsifal, c’est pire que le Graal — enfin, la lance, chez Wagner, parce que le Graal est déjà bien dans son coffret dédié.

Mais comme Parsi, on s’acharne. Levé tôt, pour les places à 5€, il n’y a pas grand monde, mais c’est parce qu’en fait il faut attendre jusqu’à 13h, le dimanche (saint ou pas). Le plan B de la place de B#4 clignote : peut-être bien que oui, p’têtre bein que non. Finalement, je pourrai lui garder son siège au chaud pendant deux entractes, et après il faudra que je me débrouille : deal, moi aussi je suis innocent, je trouverai bien ; en l’occurrence, juste le rang derrière, toujours au 2e balcon, impeccable. Ça laisse une belle vue plongeante sur l’orchestre de l’opéra de Paris et Philippe Jordan à la baguette. Qui certes ne nous a pas servi une version très vive, mais qui, comme le disait un ninja (qui regrettait un peu l’absence de nazis sur scène, je crois, pour une fois, donc témoignage à prendre avec des pincettes), on (re)découvre des leitmotivs. Je ne bouderai point cela, car bordel, un Parsifal à Bastille tous les dix ans, faut en profiter. Y’a des rédemptions qui se perdent…

Sur scène, donc, pas de militaires, pas de trucs (trop) bizarres, simplement différents espaces consécutifs coulissants chez Amfortas (Peter Mattei) et Gurnemanz (Günther Groissböck), soit de gauche à droite : fontaine puis maison, dans laquelle on trouve d'abord une cuisine (de boulangerie ?), puis petit placard à Graal et chambre à Titurel (Reinhard Hagen très ponctuellement, mais le plus souvent un pantin) au dessus, et enfin salle des festivités graalesques, pour faire des assemblées de boulangers avec de gros bouquins bleus marqués de « Wort ». Mais ça, c’est presque joli en comparaison des femmes-fleurs du deuxième acte : des épis de maïs ! Fracture instantannée de la rétine. Les deux-tiers de cet acte se passent de toute façon dans du grand vide, entre Klingsor (Evgeny Nikitin) et Kundry (Anja Kampe), et bien évidemment, notre héros sot, Parsifal (Andreas Schager) — avant de faire revenir les squelette de femmes-maïs. Bref, Richard Jones, il casse pas trois pattes à un canard, mais quand on s’est tapé du Warlinounet 10 ans avant, même à 70€ ta place de 6ème rang de côté de second balcon qui était à 25 balles à l’époque, t’es content de ce qu’on te donne. Paris...

Le point fort de tout ça, c’était quand même les interprètes. Pas un seul qui ne s’est fait déborder par l’orchestre, ou qui ait défailli, impeccable de bout en bout. Anja Kampe, tu la mets dans tous les sens, aucune différence, toujours parfaite. Günther Groissböck, il chante non-stop l’acte 1 et 3, pas de soucis, il serait encore là pour l’acte 4 (ou en tout cas le 5). Et Andreas Schager, il se paie un cygne, une lance, une Kundry, un Klingsor, un couronnement exprès, pas de soucis. En toute circonstance, il assure. Il rédempte même sans les mains. À ce propos, au bout de la énième diffusion, c’est moins obscur, ce texte à tiroir plein de références bibliques de l’ami Wagner, qui a suivi ce bon conseil : pourquoi faire simple, quand on peut faire obscur ? Pour trouver la lumière. Allez savoir…

mardi 15 mai 2018

ménage à froid

Pour ma rentrée fort tardive de saison au TCE, c’était un Pelléas et Mélisande en version de concert. Ça commence par un discours en hommage à Malgoire donné par le chef Benjamin Levy, à la direction de l’Orchestre de Chambre Pelléas. Il n’y avait pas grand monde dans la salle, et il était aisé de se rapprocher un peu plus des chanteurs.

Sabine Devieilhe - Mélisande
Guillaume Andrieux - Pelléas
Sabine Devieilhe - Mélisande
Alain Buet - Golaud
Sylvie Brunet-Grupposo - Geneviève
Jérôme Varnier - Arkel
Camille Poul - Yniold
Virgile Ancely - Le médecin

Heureusement que la distribution était particulièrement de qualité, car il n’y avait point de surtitrage. C’est gênant, surtout quand on découvre l’oeuvre — et l’ouverture d’esprit d’Hinata-chan a ainsi peu duré. Une très belle Sabine Devieilhe et de beaux chanteurs dans l’ensemble, qui ne passent certes pas toujours très bien au dessus de l’orchestre. Dans l’ensemble, une belle représentation du Debussy.

lundi 2 avril 2018

demi-ring : épisode 1

La Walküre suit logiquement dès le lendemain, dimanche après-midi, mais ça s’arrêtera là. Même casting orchestral, Gergiev-Mariinsky. Mais du gros changement côté voix. Normalement, on a le public wagnérien, plus ceux qui avait séché la veille. La version de concert, c’est l’occasion de voir le moteur. À Bayreuth, on planque les musiciens, et l’art total implique une mise en scène, qui avec un livret si compliqué, provoque un déferlement de n’importe quoi chez les démetteurs en scène de service. Donc, comme on connaît tous l’histoire alambiquée et les leitmotivs associés (sauf Hinata-chan, mais rompue aux intringues complexes de l’art baroque, ce n’est pas cela qui l’arrête), a-t-on réellement besoin de cuvettes de chiottes ? Là, au moins, on voit l’engin, huilé par Valery Gergiev, vrombir (surtout quand on est plein cour juste au dessus les tubas wagnériens), un peu s’épuiser, et même s’enrayer sur la fin, avant de donner le dernier coup de jus.

Bref, redistribution de distrib, avec pour commencer une récupération du Loge de la veille, Mikhail Vekua, en Siegmund. On se dit que c’est un peu étrange (surtout qu’il n’a pas le look, cette fois). Et puis il commence à surprendre, et puis il lance un « WäÄäÄäÄäÄäÄäÄäÄälse » de dingue, et là on se dit qu’on va p’têtre même le garder après qu’il se fait zigouiller par l’autre tanche de Hunding (Mikhail Petrenko, quand même). La Walkyrie, c’est surtout le duo entre Brünnhilde & Sieglinde, ici superbes, surtout la seconde, Elena Stikhina. Tatiana Pavlovskaya a quelque chose d’un poil gênant (d’après les experts : défaillance de graves ; effectivement, dans les aigus, et notamment mon passage préféré de tout le Ring, qui me sert à tester les enceintes, c’était nickel).

L’orchestre s’essouffle un peu dès le second acte, mais au 3e pour la chevauchée, les Walkyries (dont Oxana Shylova de la veille) tentent de passer les 120dB — un petit plaisir wagnéro-geek, certes. C’est surtout Wotan, par Yevgeny Nikitin (donc pas n’importe qui), qui souffre. Certes il était déjà avant en désavantage face à Ekaterina Sergeeva (Fricka qui lui fait toute une scène). Mais surtout, dans son long solo, il déraille, se tenant l’oreille. Si on nous avait annoncé qu’il fallait ne pas trop tousser pour éviter de gâcher l’enregistrement (mais les wagnérophiles savent mieux qui quiconque se tenir à carreau !), la malédiction commençait dès le CHTONG d’une corde de harpe suicidée. Avec Wotan qui vit son crépuscule avant l’heure, ou peut-être des trémolos en condamnant sa fille, c’est sûr que ce ne sera pas gravé. Apparemment, il a été ramené (avec Laurent) de la veille de Baden-Baden où il faisait du Parsifal ; et même Laurent avait du mal à tenir, alors c’est dire quand on enchaîne tout ça, de la folie. D’un côté, ça gâche forcément pas mal de chose, mais en même temps, on a tous souffert ensemble, pendant qu’il se tenait l’oreille droite et refusait la bouteille d’eau de sa fille (heu, Pavlovskaya), alors qu’il allait invoquer Loge. Même les dieux sont humains, et faillibles. Il n’y a que les orthodoxes religieux et fâcheux pour oser huer aux saluts, alors même qu’à la toute fin, à 50 mètres de l’arrivée, tension palpable dans le public, il a réussi à sauver en donnant tout — le métier, tout simplement.

Alors dans l’ensemble, même si on est tous d’accord que c’était mieux la veille, ça méritait d’être applaudi. En bout de rangée, il y avait une magnifique jeune longiligne fille fort apprêtée qui vivait chaque note complètement à fond, et qui était visiblement submergée de bonheur. C’est ça, l’effet d’un bon Wagner !

demi-ring : épisode 0

Un Rheingold à la Philharmonie, ou le stress test d’une salle. Ne prenons pas de risque : replacement de face, un peu vers le fond, avec Notung à gauche et Hinata-chan à droite (qui a décidé de faire des découvertes ; la sagesse guette), ce qui constitue donc l’armement le plus redoutable du guerrier pour attaquer quelques heures de filles du Rhin désargentées (enfin, dédorées ?). Valery Gergiev à la direction du Mariinsky, on s’attend déjà à ce que ça dépote — on ne sera pas déçu. Et un casting sinon que je ne connaissais point. Dans l’ordre de préférence : Oxana Shylova en Freia très puissante et claire (dommage que ce ne soit qu’un second rôle !) ; Andrei Popov le super Mime (qui intervient peu dans cet épisode, mais le seul à tout jouer, sans partition sous les yeux) ; Yuri Vorobiev, un Wotan très bien dans le rôle (malgré un look un peu inattendu) ; Roman Burdenko et Mikhail Vekua, Alberich & Loge, top ; Anna Kiknadze pour Fricka, qui assure le rôle. Mikhail Petrenko et Vadim Kravets sont les Faffner et Fasolt de service, qui grondent fort bien. Les germanophones ont apparemment parfois souffert le yaourt — même si le Ring, c’est de l’allemand qui sent la fermentation, dans l’absolu.

Trois heures sans bouger à la philhar, c’est aussi risquer le syndrome classe éco. Comme quoi, ils auraient dû mieux écouter Wagner : les partenariats public-privé finissent mal, en général.

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