humani nil a me alienum puto

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mardi 23 octobre 2018

Jordi triomphant

Voici un bien étrange horaire : 19h30, à la Philhar. Ça annonçait un Vivaldi de cinq heures. Que nenni : à peine trois ! Jordi Savall avait-il décidé de se coucher tôt ? Pendant un certain temps, la question était de savoir le niveau de remplissage de la salle. Ma binôme de baroque, peu joueuse et stressée de nature, poussa à la prudence. En réalité, malgré les légions de retardataires, non seulement il y avait de la place, mais bien encore plus post-entracte — où nous passâmes simplement de la droite de la vieille dame obèse à grelots autour du poignet, qui notait bruyamment force commentaires sur son programme au crayon, à sa gauche… « Judith triomphante » devrait ainsi nous inspirer dans l’art de la décollation des pénibles — et notamment de ceux qui font tomber des objets lourds et bruyants en plein solo émouvant.

Après deux petites pièces symphoniques de hors d’oeuvre, que Jordi a programmé pour respecter à moitié la tradition (faute de savoir quelles oeuvres exactement étaient réellement jouées), l’oratorio de Vivaldi (seul de ses quatre du genre a avoir survécu) met en scène la tranchante Judith (« alter-ego castratrice » de ma gente accompagnatrice dans un accès de réalisme), Marianne Beate Kielland, face à Holopherne (Marina De Liso), entre leurs conseillers (Rachel Redmond, Vagaus ; Lucia Martin-Cartón, Abra ; Kirstin Mulders, Ozias). Que de la meuf.

Le Concert des Nations et la Capella Reial de Catalunya complètent ce très beau casting pour cette confrontation amoureuse entre une Judith contondante et sa future victime assaillante et charmée. Pourtant, cette Judith sonne très chrétienne, avec ses histoire d’âme immortelle et beaucoup de chasteté. Ça ne l’empêchera pas de débouchonner sec, de manière assez expéditive par ailleurs — cela étant suivie de beaucoup de joie (et d’un appel à la vengeance de la part de l'autre bord).

Une très belle découverte, encore une fois.

cool Raoul

Les Huguenots ont été donnés plus d’un millers de fois à Garnier (la millième en 1936, soit une moyenne autour de 10/an), qui sentant la saturation arriver, fila une statue à Giacomo Merbeyeer qui tomba dans le plus total anonymat. Bastille tenait donc là un revival après plusieurs dizaines d’années ! Le pitch : des catholiques, des protestants, de l’amour, du sang. Scribe à la manoeuvre : c’est souvent pas simple de s’y retrouver, malgré les efforts de Tanja Hofmann sur les magnifiques costumes (notamment des soutanes bicolores à hauteur de genou extraordinaires : je veux les mêmes !). En fait il fallait comprendre que les protestants sont très peu nombreux dans l’oeuvre et habillés sobrement (bleu marine) alors que les rouges et violets sont les cathos (se subdivisant entre nobles, gens d’armes et que sais-je encore). Il faut dire qu’il y a beaucoup, beaucoup de personnages. Vingt-un chanteurs solistes, le choeur et des extras.

Parmi eux, le héros, Raoul de Nangis — Yosep Kang (très typé : pratique !). Raoul a de la morgue, il veut la paix avec les cathos, mais pensant que la fiancée qu’on lui promet et dont il rêvait après l’avoir sauvée (Valentine — Ermonela Jaho, qui n’en voudrait ?) est en fait maquée avec un autre (le sympa Comte de Nevers — Florian Sempey —, avec qui elle finira donc quand même), alors qu’elle vient d’obtenir la dissolution de cet engagement pour justement retrouver son Raoul qui la sauva, faisant intervenir la reine elle-même (Marguerite de Valois —Lisette Oropesa, pré-déclarée souffrante, reine Margot oblige, elle a même un look très Adjani), et contre son père (le chaud bouillant Comte de Saint-Bris — Paul Gay), il (Raoul) va foutre la merde dans le royaume. Keep cool, Raoul ! J’avais bien dit que Scribe et Émile Deschamps avaient été un peu torturés sur les deux premiers actes (105 puis 50 minutes), que je spoile ainsi, avant de zigouiller tout le monde dans le troisième acte de la Saint-Barthélémy (75 minutes).

Il y a de l’intrigue, et les deux personnages de second plan, Urbain (formidable Karine Deshayes) et Marcel (formidable Nicolas Testé, qui nous chante avec un aplomb parfait un « moi, Marcel » qui a fait rire le public) parachèvent une splendide distribution dont « même Télérama en dit du bien » (dixit le voisin bavard-bruyant de derrière). Ce Grand Opéra en français, parfois alambiqué, qui est parsemé d’actions abruptes quand ça commence à ronronner, comporte de nombreux très beaux passages — mais aucun hit qui ne lui assure définitivement une place au panthéon.

La bien jolie mise en scène d’Andreas Kriegenburg, sous forme de plateformes en hauteur pour les premier et troisième acte, et d’un beau bassin à pucelles pour l’acte central, réserve du lubrique pour maintenir l’attention du spectateur (du boob ! Par des demoiselles qui n’étaient point du choeur, donc spécialisée en la matière exhibitionniste). Non que le chef (était-ce Michele Mariotti ou Łukasz Borowicz ?) ne fusse assez bon pour nous captiver à lui seul. Mais les décors de Harald B. Thor relevaient intelligemment le tout. C’est assez rare, par les temps qui courent, pour ne pas être noté. Tout est bien fichu, très blanc immaculé, avant de terminer dans les projections sanguinolesques — car la Saint Valentine se terminera bien en carnage de la Saint Barthélémy.

Beaucoup d’applaudissements, un Raoul un peu hué par quelques uns, avant que les bravos ne reprennent le dessus : on a peut-être encore frôlé un affrontement sanglant à Bastille.

lundi 15 octobre 2018

Barbarénice

Pas grand chose au ciné ? Pourquoi un p’tit opéra contempo bien aride ? C’est qu’il y a Barbara Hannigan. Pardon : Barbaraaaa !!!  <3

Michael Jarrell, sur commande de l’opéra de Paris, a autant écrit la musique que le livret de Bérénice. L’idée : des trilles infinies aux cordes, des phrases musicales hyper courtes (ça sonne comme un déjà vu !) et par dessus, un chant trèèèèèèès allongé. Si le texte original est bien de Racine, il est forcément réduit pour que ça rentre dans un timing de 1h30, même en superposant les scènes et les chants — ce qui aide plutôt à rendre l’oeuvre encore moins intelligible. Bref, c’est franchement aride.

Pourtant, tout y est pour la réussite : Philippe Jordan, qui décidément est partout, fait de sacrés efforts avec l’orchestre. La mise en scène de Claus Guth est jolie, avec les décors classiques de Christian Schmidt, type intérieur d’hôtel particulier (ils se tapent un délire aqueux, mais on leur pardonne).

Il y a aussi une très bonne distribution. Bo Skovhus (Titus), Ivan Ludlow (Antiochus), Alastair Miles (Paulin), Julien Behr (Arsace), Rina Schenfeld (Phénice). Et évidemment, l’immense Barbara Hannigan dans le rôle-titre, toujours aussi exceptionnelle, dont on abuse toujours en la faisant chanter dans tous les sens. Mais à la fin, on reste sur le sentiment d’une oeuvre assez moyenne, avec rien de bien neuf. Ça s’oublie très facilement.

lundi 8 octobre 2018

le retour de Tantris

Il y a des opéras qui sont de la rediff de la rediff, mais que pourtant on va revoir encore et encore (quatrième fois en 15 ans ?). Tristan und Isolde en fait partie, et comme on connaît à présent par coeur les vidéos de Bill Viola et la mise en scène complexe à base de mouvements subtils de canapé carré par Peter Sellars, ça ne surprend tellement plus, qu’on peut un peu plus se concentrer sur le texte. Comme c’est aussi de plus en plus cher, la salle présente d’assez larges zones de replacement, et en l’occurrence au premier balcon sur les rangs de devant, on pouvait y transformer sa citrouille à 15€. En plus, c’est idéal pour la stéréophonie : le choeur se place dans le couloir côté cour à mètre (entrée plutôt discrète, sortie très ninja) ; et surtout Matthiaaaaaas se poste plusieurs fois dans la galerie juste en face, créant un moment de communion intense — avec ma voisine.

Les seconds couteaux étaient d’ailleurs superbes : Matthias Goerne pour Kurwenal et Ekaterina Gubanova pour Brangäne, excusons du peu ! Avec un René Pape en König Marke, tant qu’à faire. Côté troisièmes couteaux, ça s’en sort fort bien aussi : Nicky Spence (Ein Hirt / Ein Junger Seemann), Neal Cooper (Melot) et Tomasz Kumiega (Ein Steuermann). Finalement, les deux héros, Andreas Schager pour Tristan et Martina Serafin pour Isolde, s’ils ont assuré les 5h20 (en comptant les grosses entractes), sans faiblir (contrairement à d’autres représentations où j’ai assisté — le dimanche après-midi peut aussi aider ?), sont ceux que j’ai peut-être le moins apprécié, à cause de leurs tessitures respectives. Pas fan. Mais passer par dessus l’orchestre sans pitié de Philippe Jordan qui envoie la sauce (orchestre qui par ailleurs reste assez longuement applaudir au grand complet), voilà qui relève d’un sacré exploit, tout de même.

Et Wagner. Aaaah, Wagner ! (C’est à se demander, une semaine après Siegfried, pourquoi tout le monde boit n’importe quelle potion, quand même ! Quelle fâcheuse habitude ! Même si ça nous fait de sacrés opéras)

dimanche 30 septembre 2018

suite-demi-ring : épisode 3

Si la veille on avait tenu le timing de cinq heures pour Siegfried, commencer le dimanche 16h30 pour le Götterdämmerung a mené vers les 22 heures du soir. Bien plus de monde dans la salle, cette fois. Un simple décalage de places au second balcon de côté, bien sage, et de plus en plus central au fil des entractes et des départs — résolvant le problème de savoir quel surtitrage regarder —, a révélé un étrange phénomène : on entend mieux au dessus des tubas wagnériens que depuis des places bien plus chères. Avec les nouveaux réflecteurs, l’équation est encore plus complexe pour connaître a priori les places (probablement plus nombreuses qu’avant) où l’on entend bien, dans cette salle diabolique…

On retrouve évidemment le Mariinsky et Gergiev (avec son cure-dent de circonstance). Il y a encore du mercato sur la distribution : on retrouve la Brünnhilde originale, Tatiana Pavlovskaya (qui déplaît quelque peu à mon binôme découvreuse de Wagner à cause de son yaourt, mais il faut bien avouer qu’elle a un sacré coffre !), et celle de la veille, Elena Stikhina, devient Gutrune : quelque part, en considérant le scénario et le duo amoureux de la veille, ça a du sens… Puisqu’on en est aux chaises musicales, Evgeny Nikitin devient Gunther, Mikhaïl Petrenko prend le rôle de Hagen. Il est vrai que dans le Crépuscule des Dieux, il n’y a déjà plus aucun rôle de Dieu ! On retrouve en revanche les trois Nornes filles du Rhin (Woglinde/Wellgunde/Flosshilde : Zhanna Dombrovskaya, Irina Vasilieva et Ekaterina Sergeeva). Roman Burdenko est le plus stable dans son rôle d’Alberich, et il me semble que c’était aussi déjà Olga Savova en Waltraute.

On retrouve surtout Mikhaïl Vekua en Siegfried, qui n’a pas du tout la tête du rôle (petit chauve) mais le tient très bien. On sent parfaitement l’hubris du succès qui l’amène, un peu simplet qu’il est, à se faire promener par Gunther et Hagen comme une buse. On soupçonne de plus en plus Brünnhilde d’être une INFJ, ce qui expliquerait par ailleurs qu’elle finisse par tout brûler — elle comprise, et même son pauvre canasson qui n’a rien demandé à personne.

C’était formidable.

suite-demi-ring : épisode 2

Après les 2 premiers épisodes en demi-ring d’avril, l’Orchestre du Mariinsky et son Valery Gergiev à la direction étaient de retour pour un deuxième week-end, avec le gros morceau : Siegfried le samedi, Crépuscule le dimanche. Siegfried, c’est très long, et quand on commence à 19h, on est assuré de terminer à minuit passé, ce qui n’est pas bien pratique pour retourner chez soi depuis la Philharmonie. L’épisode est probablement pour les purs wagnériens, et donc la salle était moins remplie : c’était même fort aisé de se replacer au parterre.

Evgeny Nikitin, reprenant le rôle du Wanderer, était bien plus à l’aise cette fois — il avait marqué les esprits par son déraillement en fin de Walkyrie. Andreï Popov fait du Mime, mais c’est son interlocuteur Mikhaïl Vekua en Siegfried qui assure surtout le show (ça tombe bien, il est de quasiment toutes les scènes). Il y a eu un peu de mercato, mais c’est bien Roman Burdenko qui reprend le désormais petit rôle d’Alberich ; on retrouve aussi à nouveau Mikhaïl Petrenko et sa grosse voix généreuse pour Fafner, comme dans l’Or du Rhin. Je n’avais pas noté si Zlata Bulycheva avait déjà le rôle d’Erda. Ce qui est certain est que Elena Stikhina fait une superbe Brünnhilde — alors qu’elle était Sieglinde la fois précédente. Son duo d’amour final était sublime. Et quelle belle femme !

Mais LA révélation, c’était le zozio (aka Waldvogel), Anna Denisova : déjà, elle est vraiment gaulée comme un moineau, mais en plus elle chante avec une voix puissante et cristaline. Un grand Wagner comme on aime.

mardi 17 juillet 2018

Don Pantalone

La magie de l’opéra est de nous faire avaler avec plaisir un livret pondu en 11 jours comme savait le faire si bien Donizetti, à partir d’une farce amoureuse sur laquelle il ne faut pas trop se poser de questions, et que le metteur en scène Damiano Michieletto essaie éperdument de compliquer ou de lire à l’envers en faisant s’embrasser les mauvais personnages (Norina et le Dottor Malatesta, au lieu d’Ernesto). S’il y avait d’ailleurs bien défaut de cette version de Don Pasquale donnée en fin de saison à Garnier, c’était bien encore une fois la mise en scène, mélangeant trop d’idées foutraques, entre l’appartement des années 1970 (par radinisme, mais ça n’a pu se deviner qu’après l’entracte), les scènes filmées sur fond vert en direct (et avec costumes moyenâgeux de préférence), le neveu wesh black (Lawrence Brownlee pour Ernesto), le papi charentaise (Michele Pertusi en Don Pasquale), le gangster beauf (Florian Sempey pour Malatesta) et la vamp manipulatrice (Nadine Sierra, Norina), certains ayant leurs marionnettes, ça donne un gloubi-boulga bien indigeste, et toujours côté jardin (pas de bol, c’est le côté que j’avais choisi pour ma place, après une mésentente avec JoPrincesse pour justement ne pas se tromper, car les metteurs en scène médiocres ont toujours une fâcheuse tendance à choisir un côté et tout s’y faire dérouler… Même soucis concernant le haut de la scène, invisible d’une bonne partie du théâtre).

Heureusement que les chanteurs était fort bons, et Evelino Pidò toujours efficace à la baguette. Finalement une fort bonne soirée, pour 25€ perchés en 4e loge (pas très confortable, mais à ce prix-là, à Paris, on n’a plus grand chose… À se demander qui se fait vraiment duper, dans l’histoire !).

lundi 9 juillet 2018

Boris soirée en scène

Il y a quatre ans, un Boris Godounov première version de 1869 avait déjà été donnée, à Pleyel. Pourquoi donc raconter partout que c’était une première parisienne, à présent ? Probablement parce qu’à l’opéra de Paris, et plus particulièrement à Bastille, cela n’avait jamais été donné. C’est donc le Modeste Moussorgski version originale en 2h10 que Vladimir Jurowski  a eu à diriger, même s’il aurait encore plus préféré un best of, révéla-t-il dans une grande interview respirant l’intelligence de bout en bout.

Il y avait une sacrée distribution, même si parfois, maladie bastillenne, surtout à la première apparition d’un chanteur, certains ont pu être écrasés.

Boris Godounov           Ildar Abdrazakov
Fiodor                           Evdokia Malevskaya
Xenia                            Ruzan Mantashyan
La nourrice                   Alexandra Durseneva
Le prince Chouiski        Maxim Paster
Andrei Chtchelkalov      Boris Pinkhasovich
Pimène                          Ain Anger
Grigori Otrepiev            Dmitry Golovnin
Varlaam                        Evgeny Nikitin
Missaïl                          Peter Bronder
L'aubergiste                  Elena Manistina
L'innocent                     Vasily Efimov
Mitioukha                      Mikhail Timoshenko
Un officier de police      Maxim Mikhailov
Un boyard, voix dans la foule   Luca Sannai

Le point faible était très clairement la mise en scène de Ivo van Hove, comme démoulée trop tôt, usant de trois bouts de ficelle et d’un escalier pour économiser et investir dans de la vidéo qui n’était pas en temps-réel, réussissant mieux les effets de foule, à court d’idée sur les costumes (alors que la scène du couronnement est à l’inverse très belle, et très costumée). C’est vraiment dommage de se rater à ce point. Un peu comme la commercialisation : assez facile de se replacer avec une place à 5€, un bon quart de la salle étant inoccupée. Paris, c’est l’art de faire les choses à moitié. Au moins, c’était une très bonne moitié — et la principale, au demeurant.

lundi 25 juin 2018

opéras immoraux au second degré

C’est la fin de saison, les salles sont plutôt vides, mais pour ce diptyque L’heure espagnole de Ravel et Gianni Schicchi de Puccini, Bastille était particulièrement vide, et les ninjas ont pu exercer leur art en toute sérénité — quoique concurrencés par les spectateurs lambdas ! Une très bonne critique, un air hyper connu au programme, une excellente double mise en scène de Laurent Pelly, une distribution top, un super Maxime Pascal à la baguette, et l’Opéra de Paris arrive à se tirer une balle dans le pied avec des tarifs inabordables. Heureusement qu’il y a encore quelques places à 5€ ! C’était la dernière, le dimanche aprem.

L’heure espagnole, c’est le classique vaudeville de l’amant dans le placard (ou plutôt : dans l’horloge). La mise en scène foutraque est géniale, avec ses tours de magie (hop, dans la boîte !) et ses petits détails drôlatiques (le squelette qui salue à la fin, perdu dans le bordel côté jardin). Le livret de Franc-Nohain est écrit en langue châtiée, parsemé de références espagnoles folkloriques, pour donner une comédie très assumée. Concepcion (Michèle Losier) a le feu aux fesses : une fois débarrassée de son fade mari horloger Torquemada (Philippe Talbot), elle est rejointe par son stupide amant poète Gonzalve (Stanislas de Barbeyrac), ayant auparavant occupé le client muletier Ramiro (Thomas Dolié) dans le transport interne d’horloge ; le caché-croisé se complique encore plus avec l’arrivée du lourd Don Inigo Gomez (Nicolas Courjal), qui fait la cour à la belle volage. Au bout de 55 minutes, elle préfèrera évidemment les biceps de l’efficace muletier ! Savoureux.

Entracte. Quasiment une heure aussi : une chute de spectateur, nous apprend-on finalement… Il ne valait mieux pas que ce soit plus grave, avec ce temps d’intervention là. La souris s’impatiente. Mais elle aurait eu bien tort de rater Gianni Schicchi, cette fois un vaudeville sur le classique testament. Une famille unie autour d’un mort qu’elle détestait de son vivant mais qui avait de l’argent, beaucoup d’argent… qu’il a légué aux moines. Comment se dépêtrer de ce malheur ? Rinuccio (Vittorio Grigolo), amoureux de Lauretta (Elsa Dreisig), propose d’appeler du très détesté mais malin Gianni (Carlo Lepore) ! Qui finira par tous les rouler, évidemment, mais les amoureux (qui cumulent toute la panoplie des clichés) pourront convoler. Encore le placard, mais cette fois pour y stocker le cadavre. Inspiration de chez Dante (à qui il est fait allusion dans la morale finale, d’une même manière que l’opéra court précédent), mais en mode cynique à souhait et à la limite de l’auto-parodie permanente. La famille infernale nécessite beaucoup plus de chanteurs que l’opéra précédent de Ravel, composé sept ans plus tôt (1911 contre 1918). Le second degré y est aussi totalement assumé, et Laurent Pelly trouve une mise en scène toute aussi simple et efficace, qui marche impeccablement bien (dans les mêmes tons, pour garder l’homogénéité).

On en redemande !

cendres opératiques

Je crois que c’est bien la « Cenerentola » de Rossini qui a été interdite d’Opéra de Paris pendant bien des années. J’avais raté sa programmation sous la nouvelle ère de direction (je ne pense pas me tromper), mais pour cette représentation unique et de concert mis en espace au TCE, j’avais mon binôme — et un replacement assez facile. En fait, c’est de l’opéra porno : l’histoire est franchement grotesque, et on pourrait dire très 4ème degré, mode théâtre de boulevard assumé. De la Cendrillon, il ne reste plus grand chose. À côté, Hollywood ou Disney, ce sont des conservateurs très sages. Chercher à comprendre est vain, il faut se laisser porter — mais l’opéra souffre de n’aligner aucun hit.

Le chef de l’Orchestre National d’Ile-de-France (et Ensemble Aedes), Enrique Mazzola, était brillant. Littéralement. Comprendre veste noire à paillettes, effet disco. C’est qu’il fait partie de la fête, tout comme le claveciniste, totalement intégrés à l’action. C’est malin, drôle, savoureux. Plus tard, lors d’une file d’attente à Bastille, j’entendais des lyricomanes louer ce procédé, plutôt que d’avoir des mises en scène vilaines et chères. Là, on va dans l’économique : le peignoir de bain cache tant bien que mal les robes à paillettes pour le bal. Et finalement, tant que ça chante bien, et qu’on se permet un selfie de groupe final, tout le monde est heureux.

Karine Deshayes Angelina (Cenerentola)
Peter Kálmán Don Magnifico
Cyrille Dubois Don Ramiro
Vito Priante Dandini
Luigi de Donato Alidoro
Hasmik Torosyan Clorinda
Alix Le Saux Tisbe

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