humani nil a me alienum puto

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dimanche 10 novembre 2019

hercule te prends

Pendant le concert précédemment chroniqueté, l’ami berlinois faisait quelque peu du commerce, et c’est ainsi que j’ai hérité d’une place pour Ercole amante à l’opéra comique pour le lundi suivant. À 6€ seulement, avec un positionnement propice au replacement ninja : et pour cause, s’il a fallu traverser la corbeille pour profiter des trous repérés en jardin, le staff est assez sympathique pour aider à se frayer un chemin. Bingo en côté de 3e rang de corbeille. On ne voit pas tout, mais l’essentiel est là, car la mise en scène est bien pensée pour que le fond de scène puisse être vu de partout.

Mais surtout, le travail de Valérie Lesort et Christian Hecq est à mourir de rire tellement il recèle de trouvailles en tout genre, qui fusent à un débit délirant. Notamment un bestiaire figurant un monstre échappé d’un Disney. Des héros assortis dans une sorte de cosplay. Et encore : un sous-marin (avec Neptune en barbe verte), un oiseau mécanique volant pour déesse, une montgolfière, un ballet de plongeurs, un hercule à gourdin… J’en passe et des meilleures. Évidemment, il y a une interaction régulière entre les chanteurs (très solides !  Avec Nahuel di Pierro, Anna Bonitatibus, Giuseppina Bridelli, Francesca Aspromonte, Krystian Adam, Eugénie Lefebvre, Giulia Semenzato, Luca Tittoto, Ray Chenez, Dominique Visse) et l’orchestre Pygmalion de Raphaël Pichon (dont le choeur est au début incrusté dans une grande étoile dorée : ça commençait très fort, juste après les cuivres derrière la corbeille !) — excellente interprétation qu’on oublierait presque, avec la mise en scène omniprésente.

Ça foisonne d’autant que le livret de Francesco Buti est un sacré bordel, où il est difficile de se retrouver, avec ces amour d’Hercules marié pour sa future belle-fille, alors que les dieux et les servants mettent leur grain de sel dans l’affaire. Pas sûr que cet opéra de Cavalli, avec son apéritif à la gloire de Louis XIV et de quelque mariage couronné, ait été conçu pour autant de rigolade. Surtout, c’est très long (1h55 + 1h10, soit 3h30 en tout avec l’entracte : on sort donc à 23h30…). Heureusement que le ton parodique est irrésistible, ce qui en fait clairement le spectacle du moment à ne pas rater !

papillon-san

Le retour du Puccini-Wilson à Bastille n’avait pas forcément attiré mon attention, mais un alignement de punaises et de deuil m’a fait récupérer une place de ninja au dernier moment. Une place bien située en 2e galerie, ce qui correspond à une hauteur de bas de second balcon, mais à une distance équivalente au 14ème rang. Ce n’était pas plus mal, même si rester en équilibre pendant 2h45 (moins l’entracte) n’était pas de tout repos. En effet, dans le rôle-titre de Madame Butterfly, Ana María Martínez, qui assurait la représentation du 30 octobre en alternance, a beau avoir une très belle tessitude, parfaite pour Cio-Cio-San (Tchotcho en VO, présume-t-on ?), elle ne passe pas le tiers de la salle en volume. C’est embarrassant. Voilà le genre de détail qu’on aurait pu vérifier pour le casting…

En revanche, Marie-Nicole Lemieux en Suzuki, Dmytro Popov pour Pinkerton et le toujours sûr Laurent Naouri en Sharpless, passent tout à fait bien. Aussi, il peut y avoir des moments fabuleux quand tout le monde s’y met correctement (surtout à la fin de chaque acte), et des moments tout à fait déséquilibrés devant la faiblesse de la soprano en chef.

Le plus stable de l’histoire, aussi parce que le seul des trois premiers rôles à ne pas alterner avec un double (de telle sorte qu’il y a 2^3 combinaisons, certaines n’arrivant qu’une seule fois…), c’est le chef Giacomo Sagripanti, fort inspiré, comme on dit. On connaît sinon bien la vieille mise en scène de Bob Wilson, qui divise le monde en deux catégories, entre ceux qui détestent et ceux qui adorent. On me range toujours entre les deux (mais plutôt du côté positif) : j’admets que la référence au théâtre no est pertinente, mais il y a quand même des moments de passion italienne où cela ne marche pas du tout ; dans l’ensemble, ça reste beau, et parfois même, extrêmement beau. 

Une bonne soirée, mais qui valait bien 15€, guère plus (clairement pas les 225€ d’une première catégorie, surtout si c’est pour se retrouver derrière (grosso modo) le 14ème rang (au premier balcon par exemple).

mardi 29 octobre 2019

sans filet

Pour Le Freischütz au TCE, il faut venir avec une binôme qui rime, c’est mieux. Facile de s’avancer de plusieurs rangs pour profiter de la mise en scène assez huée — selon une tradition parisienne —, pas forcément parce que Clément Debailleul et Raphaël Navarro (Cie 14:20) à la mise en scène, Valentine Losseau (Cie 14:20) pour la dramaturgie et Clément Debailleul à la coordination artistique, scénographie et vidéo (ça en fait du monde !!) ont eu la maladie commune de ceux qui oublient que dans un théâtre à l’italienne, beaucoup de monde est sur le côté et ne voit pas forcément le fond de la scène. C’est encore moins de chance quand on est côté jardin et que tout se passe là. C’est même profondément stupide.

Mais ce n’était pas si moche, surtout si l’on considère l’absence de nazis et de gens de tous nus (et de chiottes ou autre tondeuse à gazon). Le seul reproche qu’on peut vraiment faire est d’avoir choisi des costumes en grisaille, ce qui est non seulement triste mais surtout pénible pour reconnaître les personnages (non tout le monde n’est pas dans les dix premiers rangs !). Il semblerait aussi qu’il y avait quelques problèmes avec le suivi du livret, mais franchement, vu d’en haut, ce n’était pas le problème principal. C’est d’autant plus dommage qu’il y avait de bien jolies trouvailles, entre ombre et lumière (même si au bout d’un moment, les balles lumineuses — magiques ? — ont commencé à perdre leur effet de surprise…).

Max (Stanislas de Barbeyrac) doit gagner le concours de chasse pour gagner la main d’Agathe (Johanni Van Oostrum). Mais comme il n’est pas très bon, il décide de truander avec un maléfique complice (qui forcément essaie de le piéger). Ambiance chasse, péchés et nature. Opéra bouffe en Allemand avec une intro super connue fréquemment donnée en concert, la distribution (Chiara Skerath - Ännchen ; Vladimir Baykov - Kaspar ; Christian Immler - L’Ermite ; Thorsten Grümbel - Kuno ; Daniel Schmutzhard - Ottokar ; Anas Séguin - Kilian ; Clément Dazin - Samiel) était de fort bon niveau et la direction de Laurence Equilbey très bien, même si parfois, ça sonnait quand même trop ancien. En même temps, ambiance cor de chasse, aussi…

Une bien bonne soirée.

mardi 1 octobre 2019

Gergiev de rédemption

Le lendemain, donc, dimanche aprem (16h30, de quoi terminer vers 22h avec le retard légendaire du chef), il y avait toujours l’Orchestre et Choeur du Mariinsky, au très grand complet qui déborde de la scène de la Philharmonie, toujours Valery Gergiev à la direction sans estrade (mais avec partition, quand même), et c’était enfin le plat de résistance, Parsifal. Le Wagner de la fin, le plus mindfuck. Un peu zu viel pour mon binôme en pleine expérience d’élargissement culturel depuis le Ring par la même équipe, les deux saisons précédentes — on se serait plutôt attendu à un Tristan, d’ailleurs.

Une partie des chanteurs de la veille a été récupérée : Evgeny Nikitin en Klingsor, Alexeï Markov pour Amfortas, et la superbe Ekaterina Sergeeva, que je n’ai pas manqué d’immédiatement remarquer, en fille-fleur de Klingsor. Rayon filles-fleurs, j’ai aussi repéré Anna Denisova, qui faisait le zozio dans Siegfried ; les autres demoiselles fleuries (Oxana Shilova, Kira Loginova, Anastasia Kalagina, Angelina Akhmedova) étaient aussi miamesques et donc très convaincantes dans leurs rôles.

Revenons-en aux rôles titres : Mikhaïl Vekua pour Parsifal ; Yulia Matochkina en Kundry ; Yuri Vorobiev pour Gurnemanz ; et enfin, Gleb Peryazev en Titurel. Tout très bien. Du grand Parsifal dans l’ensemble. Il restait pas mal de place, ce n’était finalement pas la peine de se ruiner modérément pour un fond de parterre — David (http://fomalhaut.over-blog.org/) avait la place juste devant la mienne, mais il n’a pas encore publié son compte-rendu, pour une fois qu’on serait d’accord sur la qualité de la mise en scène.

feel-good opera

« Iolanta » est l’opéra de Tchaïkovski qui connaît une période de réhabilitation — après avoir été le jumeau pauvre de Casse-Noisette. Surprise : c’est à Aix que ça se passe, avec le Roi René, celui des calissons, sauf qu’il n’y a pas de calissons (ça manque). En revanche, il y a sa fille, Yolande, donc Iolanta, qui est aveugle (c’était une époque où l’on n’était pas encore une personne en état de non-vision), mais qui ne connait pas son état différent du commun des mortels ; et comme son père ne fait pas dans la fiction à moitié, on lui cache aussi son état de princesse.

À la philharmonie, il y a l’Orchestre et Choeur du Mariinsky, Gergiev au cure-dent (qui a la patate), des caméras un peu partout pour diffuser en live, et assez peu de public pour se replacer comme une fleur entre ninjas au sixième rang. Plein son.

Et justement, le cast envoie du beau décibel. Irina Churilova en Iolanta, Najhmiddin Mavlyanov (un Ouzbek) en Vaudémont, Alexeï Markov pour Robert, Stanislav Trofimov en René et Evgeny Nikitin pour l’efficace maure Ibn-Hakia (oh, et Ekaterina Sergeeva, qui a un petit rôle, mais quelle beauté !).

Iolanta a été promise au duc Robert qui aime en réalité une Mathilde (si mes souvenirs sont bons, mais de toute façon, il y a toujours une Mathilde quelque part à aimer). En se perdant dans la garrigue, avec son pote Vaudémont (comte de son état), ils tombent sur une fille qui n’émeut que le second, mais pas qu’un peu. Le truc, c’est qu’en voulant la séduire, il lui révèle qu’elle est la seule à ne rien voir. Mais elle est tellement gentille tout plein qu’elle n’y voit aucun soucis — et malgré quelques soucis juridiques de zigouillage intempestif, ça se termine dans l’allégresse. Et l’ovation du public, qui aura eu pendant 1h30 le samedi soir, son apéro pour le lendemain.

dimanche 7 juillet 2019

viva v.e.r.d.i.

Quel est donc cet acronyme sorti dans la mise en scène de Jean-Claude Auvray ? Peu importe, pour une fois (mais j’ai l’impression que ça devient plus récurrent), à Bastille, la mise en scène devient plus potable, mais bénéficie essentiellement de ce qu’elle manque : de bidets, de nazis, de gens nus, etc. Sinon, aucune inventivité outre mesure pour cette force du destin de Verdi, vendredi soir, avant-dernière représentation, au public très disparate malgré une promo à -50% sur les quatre premières catégories à tarif indécent — ce qui assure donc une belle soirée pour 5€, à condition de glander une heure trente le matin devant la billetterie.

Très beau casting à mélomane (aucune star) pour cette Forza dirigée par Nicola Luisotti, avec dans les trois rôles principaux Carlo Cigni (Calatrava), Elena Stikhina en Leonora (prenant le relai d’Anja Harteros, qui avait le rôle jusqu’à la mi-juin) et Željko Lučić (Vargas). Des chanteurs impressionnants complétés par d’excellents seconds couteaux. Cet opéra a deux particularités : beaucoup de relais de personnages qui ne trustent donc pas la scène, et une histoire qui s’étend sur huit ans et demi, de telle sorte que la chanteuse principale très sollicitée dans la première partie (1h20) disparait ensuite totalement lors de la seconde (60 minutes), qui marque en revanche le retour de son amant lors de la deuxième partie, et ne revient qu’à la fin de la troisième et dernière partie (40 minutes), histoire de se faire rapidement zigouiller parce que c’est la maledizionne.

Chez Verdi, il nous faut : des amants maudits ; un drame familial où ça s’occit pour un oui ou pour un non ; donc beaucoup d’honneur et de sang ; des processus classiques amitié express => trahison => trucidons-nous gaiment les uns les autres ; et une bohémienne. N’oublions quand même le vrai drame de l’affaire, qui est régulièrement rappelé : l’héroïne amourachée et déchirée par le destin est restée vierge tout le long. Moche.

Mon binôme a fait remarqué que deux siècles après le baroque, en restant sur les mêmes thèmes, c’est quand même pas le même traitement. Aspect technicolor. Opéra sépia ? C’est souvent drôle par le ridicule des situations exagérées. Il y a un moment où la coïncidence tue le drame. Il n’en reste pas moins une fort bonne soirée à pas cher, avec un excellent placement, avec peu de voisins tout autour (ce qui reste encore trop — les vieux sont une plaie).

vendredi 5 juillet 2019

petit Sellars rusé

Retour à la Philharmonie. Ça n’était plus arrivé depuis le 17 mai et le multi-récital de Philip Glass, qui s’était ponctué par la perte d’un humérus. Depuis, j’ai raté un Rake’s Progress par Barbara Hannighan, une messe en si, deux orchestre de Paris (dont un qui était la dernière de Harding), et au milieu de tout ça, un Lassus mis en scène par Peter Sellars — le tout étant formidable, magnifique, etc. Eh bien il y avait du Peter Sellars de rattrapage avec ce dernier concert de la saison, avec « La petite renarde rusée » de Janacek.

London Symphony Orchestra, London Symphony Chorus (placé en hauteur pour la 2e moitié) et Maîtrise de Radio France (dont une très mignonne fille chétive à tresse qui brûlait la scène !). Et Sir Simon Rattle à la direction. Si on ajoute Lucy Crowe en renarde et Gerald Finley pour le forestier, il ne fallait vraiment pas rater cette séance. un t-shirt par dessus un Dujarrier en lambeaux, et c’est parti pour le plus grand voyage depuis plus de six semaines…

La scène a été repoussée pour pouvoir placer un écran de vidéoprojection. De fait, avant même de pouvoir prendre un pot avec les Amis de la Philhar (2e activité dont je bénéficie depuis mars…), il a fallu échanger nos places — avec mon binôme Hinata-chan en pleine période excitante d’ouverture, tandis que la souris ne veut pas spoiler son souvenir de Bastille. On se retrouve ainsi en « EE », rang qui n’existe pas, et donc ça termine en JJ — côté couloir avec le bras gauche sans voisinage, par chance ! Rangs de chaises ajoutés, donc, tout devant la scène.

Et tout devant les hauts parleurs aussi. On ne pouvait pas rater leur petit bruit strident. Et puis lorsque ça chantait, on entendait trop bien (d’autant que ça chantait dans un peu toute les positions) ; gamines comprises. Ça fait penser à l’opéra d’Astana qui a coûté une fortune mais qui a une acoustique tellement naze qu’on est obligé de sonoriser l’orchestre… Voilà qui est bien dommage. Mais c’était plutôt bien fait, par exemple lorsque ça chantait depuis le parterre, on sentait bien que ça venait de derrière. Peter Sellars a parié sur une mise en espace, sans costume, augmenté de vidéos. C’est illustratif lorsqu’il s’agit de comprendre que tel chanteur est tel animal, mais franchement, on s’y perd un peu, d’autant que les chanteurs cumulent. Le point paroxysmique est lorsqu’on voit Lucy Crowe sur grand écran dévorer assez salement… des brochettes de poulet ! (Évidemment au moment de l’opéra où la petite renarde décime le poulailler qui ne la suit pas dans son communisme anti-patriarcal, car la petite renarde est une SJW).

Bon, clairement, on n’a pas la magie de Bastille. Ça fait toujours plaisir à entendre, mais la mise en scène/espace a plutôt tendance à distraire qu’à souligner ou accompagner. On a quand même bien applaudit. Peter Sellars portait sa plus belle houppette sur crâne semi-dégarni.

mardi 23 avril 2019

Warli MacBeth de Bastille

Cela faisait 10 ans que je n’avais vu ce grand Chostakovitch, dans le même opéra Bastille : Lady MacBeth de Mzensk. Vive le blog pour faciliter le souvenir ! J’avais dit à l’époque qu’il faudrait un carré rouge d’avertissement : opéra gore. 10 ans plus tard, je suis pris au mot : le site web de l’opéra prévient que « Certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes ainsi que des personnes non averties. » Il faut se méfier de ses bons mots, ils pourraient devenir réalité…

Il y a 10 ans, c’était du Kusej, et je faisais allusion à Krzysztof Warlikowski. Et là, c’est justement Warlinounet à la mise en scène. Ce blog aurait-il un épouvantable aspect prophétique ? Mille excuses. Comme il y a 10 ans, cela donne quelque chose de pas bien beau, qui ne rentre pas en conflit avec le livret violent des bas-fonds de l’humanité, mais peine à sublimer la riche partition dirigée par Ingo Metzmacher (qui n’est pas le génial Hartmut Haenchen, devenu extrêmement rare, mais qui a très bien fait le job !). Il y a 10 ans, c’était place de dernière minute ; depuis leur prix presque a doublé, et celle des différentes catégories aussi (quelques unes ont triplé, à vrai dire), il vaut mieux donc prendre à 5€ et se replacer assez facilement puisque cela attire toujours autant de monde (les plus mélomanes, en clair). Finalement, c’est moins cher. Sur la même 3e rangée de premier balcon, on retrouve tout ce que la conception nous offre de ninjas. J’étais de nouveau en couple, mais avec la souris ; à côté d’elle, David/Fomalhaut. La première a peu été impressionnée par les ondes amoureuses pour Warli du second. Au contraire, les décors et costumes de Małgorzata Szczęśniak lui ont plutôt piqué les yeux. Il faut bien avouer qu’il faut une certaine endurance pour ne pas être distrait par les choses hideuses qui peuvent se passer sur scène, entraînant naturellement une fâcheuse dissonance avec ce qu’il se passe en fosse.

Mais sur scène, il y avait aussi une fine équipe d’interprètes. Avant tout Aušrinė Stundytė, pour l’anti-héroïne Katerina Lvovna Ismailova. Elle évolue essentiellement, en première partie, dans un parallélépipède mouvant représentant un appartement ; à l’extérieur, l’entreprise familiale est une boucherie. On y trouve (seulement en première partie, le temps de se faire zigouiller) Dmitry Ulyanov pour le beau-père Boris Timofeevich Ismailov et John Daszak pour son fils Zinovy Borisovich Ismailov. L’amant Serguei (Pavel Černoch) est affublé d’un chapeau de cow boy et se retrouve fesses nues très régulièrement. Warli donne un rôle (muet) plus important à Aksinya (Sofija Petrovic), qui se retrouve donc plus souvent sur scène que pour la seule scène du viol, au bras de divers notables (à commencer par Boris).

En seconde partie, la scène du mariage redouble de kitsch qui pique, costumes rouges pour les mariés, et balourd bien miteux par Wolfgang Ablinger‑Sperrhacke (Krzysztof Baczyk pour le Pope qui se reconvertira en gardien ; Alexander Tsymbalyuk en chef de la police qui veut sa commission, et deviendra ensuite un vieux bagnard — il y a de la suite dans la distribution !). En prison, pour la dernière partie de l’oeuvre qui dure 3h25 avec son entracte, retour du parallélépipède (une cellule, vaguement) et Oksana Volkova dans le rôle de Sonietka qui finira aussi à la bâille, comme le spoilait déjà depuis un certain temps les vidéos projetées au fond.

Aušrinė Stundytė était heureusement remise de sa blessure (à l’orteil, dit-on, à cause des grilles de la mise en scène — elle était donc chaussée, cette fois), qui avait interrompu en plein milieu la représentation du mardi. Moralité : mieux vaut venir un samedi. En plus, comme les places sont plus chères, il y a encore moins de monde. On se retrouvera donc dans 10 ans pour la prochaine mise en scène de ce monument opératique — et on vérifiera s’il est bien traditionnel de positionner des cuivres dans les balcons latéraux !

vendredi 12 avril 2019

if I persist in gazing

Un nouvel Haendel ? Ciel ! Semele (Louise Alder, soprano) est une donzelle promise à un mariage avec Athamas (Carlo Vistoli, contre-ténor), qu’aime en réalité sa soeur Ino (Lucile Richardot, mezzo-soprano), alors qu’elle en bave pour Jupiter (Hugo Hymas, ténor), ce qui énerve fortement Junon (aussi interprétée par Lucile Richardot). Alors une fois enlevée dans les cieux pour être mieux culbutée, mais s’ennuyant fortement, provoquant le rapt de sa soeur pour lui tenir compagnie, Junon décide de prendre les traits de cette dernière (ce qui explique l’usage de la même chanteuse, en tenues différentes), afin d’attiser son péché mignon, la vanité, et provoquer sa chute. If I persist in gazing, myself I shall adore! (Ça me rappelle quelqu’un) Avec une cabriole mythologique on arrive quand même à un happy ending post-chamallow grillé.

Sir John Eliott Gardiner (Monteverdi Choir/English Baroque Soloists) aime bien les mises en espace. Ça donne du relief, et il s’amuse comme un fou. Ici on joue avec les tabourets, un fauteuil et un collier dans sa boîte. Et une bicyclette. Souvent, on se dit qu’il y a quelqu’un qui va se casser la gueule dans les escaliers des différentes estrades de la scène de la Philharmonie ou sur le public. Pas très safe.

Très bonne distribution, qui s’est améliorée au fil des 3h20 d’opéra (avec entracte), de telle sorte que l’anglais Lucile Richardot se fit plus précis (très beau jeu de scène, sinon), la voix de Carlo Vistoli plus portée (heureusement que la salle était moyennement remplie, ménageant des places dans les premiers rangs), et le jeu de Louise Alder, héroïne de la soirée, plus développé — petite ovation méritée. Mentions spéciale pour le basse Gianluca Buratto (Cadmus/Somnus) et le jeune charmant Jupiter Hugo Hymas (comme quoi, il n’y a pas que Macron) — j’ai suspecté mon binôme de vouloir se faire ravir dans les cieux. Très belle partition de Haendel, avec deux ou trois airs cannons.

Excellente soirée.

mardi 19 mars 2019

ce qui se passe au Met reste au Met

Un Rigoletto au Metropolitan Opera, why not. Il y a des places « à pas cher » (ceteris paribus). Si l’euro n’était pas si faible, après tout, ça ferait dans les trente balles. Pour ça, on se retrouve assez au fond, avec d’autres Français et des Ritals pénibles. En plus l’acoustique n’est pas top. Mais le MET a la même politique tarifaire débile que l’opéra de Paris, et se retrouve avec une salle à moitié vide : pour un Verdi aussi connu, ça mérite des applaudissements… Après replacement plus bas, c’est bien mieux.

Sur scène, c’est Vegas de la grande époque ! Ça n’est pas absurde, et même plutôt bien fait, entre la mise en scène de Christine Jones et les costumes seventies de Susan Hilferty (même si parfois ça pique les yeux : il y a même un avertissement sur les effets stroboscopiques de Kevin Adams). Sur les sous-titres de pupitres individuels, où le français n’est pas disponible (contrairement à l’allemand !), on se permet quelques fantaisies de transposition, et ça parle notamment de Cheikh et d’Arabe… C’est marginal mais osé…

Le programme ressemble à un magazine. On y trouve un peu de tout, outre l’oeuvre (il doit y avoir quinze pages de mécènes divers et variés — et ça ne monte pas si haut que ça dans les dons !). De toute façon, on connaît l’histoire. Dans la fosse, Nicola Luisotti, très bon boulot. Notre héroïne Gilda : Nadine Sierra ; pour Rigoletto, Roberto Frontali ; et dans le rôle du duc, Francesco Demuro. Aucune idée de qui ces braves sont (idem pour les deux rôles annexes, Maddalena par Ramona Zaharia et Sparafucile par Štefan Kocán). Comme quoi, on a beau être au Met, sur du méga-hit, on peut être un illustre inconnu. Mis à part le duc qui a fait quelques frayeurs — mais ça passe ! —, tout le monde a fort bien assuré son rôle. Rien d’exceptionnel, mais très bien.

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