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lundi 20 janvier 2020

Rossini sous acide

« On dirait du Mozart sous acide ». Mon fidèle binôme de TCE aura ainsi tout simplement résumé avec la perspicacité cinglante qui la caractérise. Déjà, le livret de L’Italienne à Alger de Rossini est un peu perché : un sultan local en ayant mare d’avoir une femme trop docile décide de la refiler à son esclave italien en échange de sa liberté, tandis qu’il rêve d’une femme caractérielle, qu’il va effectivement trouver en l’amante dudit Italien. On rajoute encore quelques rôles et péripéties pour le bordel, et l’affaire est dans le sac. Avec un Jean-Christophe Spinosi surex, bondissant et survolté à la direction de son Ensemble Matheus — et Choeur de chambre Mélisme(s). 

Très bon cast dans l’ensemble : Margarita Gritskova (Isabella), Veronica Cangemi (Elvira), Peter Kálmán (Mustafà), Maxim Mironov (Lindoro), Christian Senn (Taddeo), Rosa Bove (Zulma), Victor Sicard (Haly). Et une mise en espace costumée qui est finalement bien meilleure que beaucoup de mises en scène, avec un humour omniprésent bien adapté à la pièce légère mais néanmoins solide de Rossini.

mardi 17 décembre 2019

Lully hors série

Le TCE a programmé un Lully peu connu, « Isis ». Seul le public le plus baroqueux est présent, c’est-à-dire, comme le résume mon binôme féminin usuel, « que des vieux et des gays » — nous appartenons évidemment à la seconde catégorie. La salle est assez vide ; pour cause grève ? On se replace au second balcon de face. Il y fait chaud. Pendant la première demi-heure, le librettiste Quinault insiste sur les références royales de l’époque — il s’agit en fait de Louis XIV qui las de se taper la Montespan (Junon) va badiner de Ludres (Isis). Il paiera cela de deux ans de bannissement et moi d’un certain ennui qui invite à somnoler quelque peu. En plus, c’est assez fouillis, et le fait que les chanteurs peuvent interpréter un nombre déraisonnable de rôles n’aide pas (surtout chez les hommes : Robert Getchell pour Apollon, le premier triton, Pirante, la Furie, la Famine, l'Inondation, deuxième Parque, premier Berger ; Fabien Hyon pour le deuxième triton, Mercure, deuxième berger, premier conducteur de Chalybes, les Maladies languissantes ; Philippe Estèphe pour Neptune, Argus, troisième Parque, la Guerre, l'Incendie, les Maladies violentes).

Première partie pas très trépidante malgré le talent de Christophe Rousset et ses Talens Lyriques (Chœur de chambre de Namur en renfort), mais on sent que l’originalité pointe. Et ainsi, après s’être replacé au tout premier rang du parterre, la seconde partie fut bien meilleure ! D’une grosse heure aussi (si ce n’est pas une heure trente, en fait : timing totalement atomisé pour terminer vers 23h malgré un début à 19h30, ce qui est peu heureux avec la grève), le festival commence rapidement par un air du froid qui a inspiré Purcell (King Arthur) nous révèle le programme (bon, qui parle aussi d’époque « pré-#meToo »…). Et il y a d’ailleurs, après ce choeur qui grelotte, un air du chaud dans les forges dont on se demande si cette fois il n’aurait pas inspiré Wagner (Siegfried). Absolument génial, en tout cas.

Il faut reconnaître aussi un vrai talent aux interprètes. Eve-Maud Hubeaux en Io (future Isis, et aussi Thalie parfois) est une chanteuse rafraichissante en robe blanche à fleurs et couronne de fleurs dans les cheveux. Ambroisine Bré, qui joue Calliope (et : Iris, Syrinx, Hébé, premier Parque), est une mezzo pleine de charmants appas aussi agréable à écouter qu’à regarder (surtout de près). Enfin, Bénédicte Tauran (quels prénoms, on comprends vite qui peut chanter…), pour La Renommée, Melpomène, Mycène, et surtout Junon, paraît aussi caractérielle que ce dernier rôle ou que mon binôme. Cette dernière s’inscrirait bien dans la liste des conquêtes de Jupiter, ou tout du moins d’Edwin Crossley-Mercer Jupiter (qui fait aussi Pan : il y a une logique).

Finalement, la soirée se termine très bien avec un très beau finale, qui ne nous a pas fait regretter non seulement d’avoir coché cette soirée un peu à l’aveuglette, mais aussi d’avoir bravé les éléments parisiens.

mardi 10 décembre 2019

Figaro en niveau de Gray

Seulement trois Noces de Figaro en 14 ans : je n’aurais pas cru si peu ! D’autant que l’air du mariage me trotte souvent dans la tête. Sur les trois, il y en avait deux avec mon binôme usuel : on peut donc incrémenter ces statistiques à quatre et trois.

Cette fois, après Bastille et Pleyel, c’était au TCE. Et avec une mise en scène : par chance, la représentation est tombée avant les grèves ; par malchance, un dimanche, soit la période la plus envahie par les mioches et les spectateurs (shootés) en général (mais de fait, j’ai revu un ami !). Difficile de voir correctement lorsqu’on a une place à 15€ ; c’est d’autant plus dommage que James Gray a prouvé avoir autant de goût à l’opéra qu’au cinéma. Mais il a la maladie courante du problème de latéralisme en théâtre italien, et pour la peine il a tout misé sur l’impair — et justement, nous étions côté jardin, donc du même côté que le principal de l’action… Le départ des deux voisins de droite à l’entracte fut salutaire pour mieux profiter de la deuxième partie (dont ce dernier acte qui n’est jamais bien passionnant : usuellement il arrive après deux heures trente, et on a sommeil, mais là ça commençait en fin d’après-midi…).

Cette mise en scène était dans la lignée des classiques à l’ancienne (donc pas de nus, pas de nazis, pas de bidets, pas de plastique, pas de moche). De très beaux décors, de beaux costumes (en reconstitution historique ? Christian Lacroix, vois-je à présent !), un jeu de scène intelligent et drôle (pour ce qu’on peut en voir en se tortillant), un usage intelligent de l’espace. Grâce à des escaliers montant depuis la fosse et une passerelle pour communiquer avec le parterre, les personnages passent parfois par le public, par exemple lors que Barbarina recherche son épingle (hum), avec une lanterne. Mais tout un chacun pourra profiter de cela puisque France TV s’est amené avec autant de camions à l’extérieur que de caméras à l’intérieur.

Tout comme du très bon casting, sous la direction de Jérémie Rhorer (avec son Cercle de l’Harmonie dans la fosse).

Anna Aglatova - Suzanne
Robert Gleadow - Figaro
Stéphane Degout - Le Comte Almaviva
Vannina Santoni - La Comtesse Almaviva
Eléonore Pancrazi - Chérubin
Carlo Lepore - Bartolo
Jennifer Larmore - Marceline
Florie Valiquette - Barberine
Mathias Vidal - Basilio
Matthieu Lécroart - Antonio
Rodolphe Briand - Curzio

Du grand Figaro ! Et du grand Mozart, évidemment.

dimanche 10 novembre 2019

hercule te prends

Pendant le concert précédemment chroniqueté, l’ami berlinois faisait quelque peu du commerce, et c’est ainsi que j’ai hérité d’une place pour Ercole amante à l’opéra comique pour le lundi suivant. À 6€ seulement, avec un positionnement propice au replacement ninja : et pour cause, s’il a fallu traverser la corbeille pour profiter des trous repérés en jardin, le staff est assez sympathique pour aider à se frayer un chemin. Bingo en côté de 3e rang de corbeille. On ne voit pas tout, mais l’essentiel est là, car la mise en scène est bien pensée pour que le fond de scène puisse être vu de partout.

Mais surtout, le travail de Valérie Lesort et Christian Hecq est à mourir de rire tellement il recèle de trouvailles en tout genre, qui fusent à un débit délirant. Notamment un bestiaire figurant un monstre échappé d’un Disney. Des héros assortis dans une sorte de cosplay. Et encore : un sous-marin (avec Neptune en barbe verte), un oiseau mécanique volant pour déesse, une montgolfière, un ballet de plongeurs, un hercule à gourdin… J’en passe et des meilleures. Évidemment, il y a une interaction régulière entre les chanteurs (très solides !  Avec Nahuel di Pierro, Anna Bonitatibus, Giuseppina Bridelli, Francesca Aspromonte, Krystian Adam, Eugénie Lefebvre, Giulia Semenzato, Luca Tittoto, Ray Chenez, Dominique Visse) et l’orchestre Pygmalion de Raphaël Pichon (dont le choeur est au début incrusté dans une grande étoile dorée : ça commençait très fort, juste après les cuivres derrière la corbeille !) — excellente interprétation qu’on oublierait presque, avec la mise en scène omniprésente.

Ça foisonne d’autant que le livret de Francesco Buti est un sacré bordel, où il est difficile de se retrouver, avec ces amour d’Hercules marié pour sa future belle-fille, alors que les dieux et les servants mettent leur grain de sel dans l’affaire. Pas sûr que cet opéra de Cavalli, avec son apéritif à la gloire de Louis XIV et de quelque mariage couronné, ait été conçu pour autant de rigolade. Surtout, c’est très long (1h55 + 1h10, soit 3h30 en tout avec l’entracte : on sort donc à 23h30…). Heureusement que le ton parodique est irrésistible, ce qui en fait clairement le spectacle du moment à ne pas rater !

papillon-san

Le retour du Puccini-Wilson à Bastille n’avait pas forcément attiré mon attention, mais un alignement de punaises et de deuil m’a fait récupérer une place de ninja au dernier moment. Une place bien située en 2e galerie, ce qui correspond à une hauteur de bas de second balcon, mais à une distance équivalente au 14ème rang. Ce n’était pas plus mal, même si rester en équilibre pendant 2h45 (moins l’entracte) n’était pas de tout repos. En effet, dans le rôle-titre de Madame Butterfly, Ana María Martínez, qui assurait la représentation du 30 octobre en alternance, a beau avoir une très belle tessitude, parfaite pour Cio-Cio-San (Tchotcho en VO, présume-t-on ?), elle ne passe pas le tiers de la salle en volume. C’est embarrassant. Voilà le genre de détail qu’on aurait pu vérifier pour le casting…

En revanche, Marie-Nicole Lemieux en Suzuki, Dmytro Popov pour Pinkerton et le toujours sûr Laurent Naouri en Sharpless, passent tout à fait bien. Aussi, il peut y avoir des moments fabuleux quand tout le monde s’y met correctement (surtout à la fin de chaque acte), et des moments tout à fait déséquilibrés devant la faiblesse de la soprano en chef.

Le plus stable de l’histoire, aussi parce que le seul des trois premiers rôles à ne pas alterner avec un double (de telle sorte qu’il y a 2^3 combinaisons, certaines n’arrivant qu’une seule fois…), c’est le chef Giacomo Sagripanti, fort inspiré, comme on dit. On connaît sinon bien la vieille mise en scène de Bob Wilson, qui divise le monde en deux catégories, entre ceux qui détestent et ceux qui adorent. On me range toujours entre les deux (mais plutôt du côté positif) : j’admets que la référence au théâtre no est pertinente, mais il y a quand même des moments de passion italienne où cela ne marche pas du tout ; dans l’ensemble, ça reste beau, et parfois même, extrêmement beau. 

Une bonne soirée, mais qui valait bien 15€, guère plus (clairement pas les 225€ d’une première catégorie, surtout si c’est pour se retrouver derrière (grosso modo) le 14ème rang (au premier balcon par exemple).

mardi 29 octobre 2019

sans filet

Pour Le Freischütz au TCE, il faut venir avec une binôme qui rime, c’est mieux. Facile de s’avancer de plusieurs rangs pour profiter de la mise en scène assez huée — selon une tradition parisienne —, pas forcément parce que Clément Debailleul et Raphaël Navarro (Cie 14:20) à la mise en scène, Valentine Losseau (Cie 14:20) pour la dramaturgie et Clément Debailleul à la coordination artistique, scénographie et vidéo (ça en fait du monde !!) ont eu la maladie commune de ceux qui oublient que dans un théâtre à l’italienne, beaucoup de monde est sur le côté et ne voit pas forcément le fond de la scène. C’est encore moins de chance quand on est côté jardin et que tout se passe là. C’est même profondément stupide.

Mais ce n’était pas si moche, surtout si l’on considère l’absence de nazis et de gens de tous nus (et de chiottes ou autre tondeuse à gazon). Le seul reproche qu’on peut vraiment faire est d’avoir choisi des costumes en grisaille, ce qui est non seulement triste mais surtout pénible pour reconnaître les personnages (non tout le monde n’est pas dans les dix premiers rangs !). Il semblerait aussi qu’il y avait quelques problèmes avec le suivi du livret, mais franchement, vu d’en haut, ce n’était pas le problème principal. C’est d’autant plus dommage qu’il y avait de bien jolies trouvailles, entre ombre et lumière (même si au bout d’un moment, les balles lumineuses — magiques ? — ont commencé à perdre leur effet de surprise…).

Max (Stanislas de Barbeyrac) doit gagner le concours de chasse pour gagner la main d’Agathe (Johanni Van Oostrum). Mais comme il n’est pas très bon, il décide de truander avec un maléfique complice (qui forcément essaie de le piéger). Ambiance chasse, péchés et nature. Opéra bouffe en Allemand avec une intro super connue fréquemment donnée en concert, la distribution (Chiara Skerath - Ännchen ; Vladimir Baykov - Kaspar ; Christian Immler - L’Ermite ; Thorsten Grümbel - Kuno ; Daniel Schmutzhard - Ottokar ; Anas Séguin - Kilian ; Clément Dazin - Samiel) était de fort bon niveau et la direction de Laurence Equilbey très bien, même si parfois, ça sonnait quand même trop ancien. En même temps, ambiance cor de chasse, aussi…

Une bien bonne soirée.

mardi 1 octobre 2019

Gergiev de rédemption

Le lendemain, donc, dimanche aprem (16h30, de quoi terminer vers 22h avec le retard légendaire du chef), il y avait toujours l’Orchestre et Choeur du Mariinsky, au très grand complet qui déborde de la scène de la Philharmonie, toujours Valery Gergiev à la direction sans estrade (mais avec partition, quand même), et c’était enfin le plat de résistance, Parsifal. Le Wagner de la fin, le plus mindfuck. Un peu zu viel pour mon binôme en pleine expérience d’élargissement culturel depuis le Ring par la même équipe, les deux saisons précédentes — on se serait plutôt attendu à un Tristan, d’ailleurs.

Une partie des chanteurs de la veille a été récupérée : Evgeny Nikitin en Klingsor, Alexeï Markov pour Amfortas, et la superbe Ekaterina Sergeeva, que je n’ai pas manqué d’immédiatement remarquer, en fille-fleur de Klingsor. Rayon filles-fleurs, j’ai aussi repéré Anna Denisova, qui faisait le zozio dans Siegfried ; les autres demoiselles fleuries (Oxana Shilova, Kira Loginova, Anastasia Kalagina, Angelina Akhmedova) étaient aussi miamesques et donc très convaincantes dans leurs rôles.

Revenons-en aux rôles titres : Mikhaïl Vekua pour Parsifal ; Yulia Matochkina en Kundry ; Yuri Vorobiev pour Gurnemanz ; et enfin, Gleb Peryazev en Titurel. Tout très bien. Du grand Parsifal dans l’ensemble. Il restait pas mal de place, ce n’était finalement pas la peine de se ruiner modérément pour un fond de parterre — David (http://fomalhaut.over-blog.org/) avait la place juste devant la mienne, mais il n’a pas encore publié son compte-rendu, pour une fois qu’on serait d’accord sur la qualité de la mise en scène.

feel-good opera

« Iolanta » est l’opéra de Tchaïkovski qui connaît une période de réhabilitation — après avoir été le jumeau pauvre de Casse-Noisette. Surprise : c’est à Aix que ça se passe, avec le Roi René, celui des calissons, sauf qu’il n’y a pas de calissons (ça manque). En revanche, il y a sa fille, Yolande, donc Iolanta, qui est aveugle (c’était une époque où l’on n’était pas encore une personne en état de non-vision), mais qui ne connait pas son état différent du commun des mortels ; et comme son père ne fait pas dans la fiction à moitié, on lui cache aussi son état de princesse.

À la philharmonie, il y a l’Orchestre et Choeur du Mariinsky, Gergiev au cure-dent (qui a la patate), des caméras un peu partout pour diffuser en live, et assez peu de public pour se replacer comme une fleur entre ninjas au sixième rang. Plein son.

Et justement, le cast envoie du beau décibel. Irina Churilova en Iolanta, Najhmiddin Mavlyanov (un Ouzbek) en Vaudémont, Alexeï Markov pour Robert, Stanislav Trofimov en René et Evgeny Nikitin pour l’efficace maure Ibn-Hakia (oh, et Ekaterina Sergeeva, qui a un petit rôle, mais quelle beauté !).

Iolanta a été promise au duc Robert qui aime en réalité une Mathilde (si mes souvenirs sont bons, mais de toute façon, il y a toujours une Mathilde quelque part à aimer). En se perdant dans la garrigue, avec son pote Vaudémont (comte de son état), ils tombent sur une fille qui n’émeut que le second, mais pas qu’un peu. Le truc, c’est qu’en voulant la séduire, il lui révèle qu’elle est la seule à ne rien voir. Mais elle est tellement gentille tout plein qu’elle n’y voit aucun soucis — et malgré quelques soucis juridiques de zigouillage intempestif, ça se termine dans l’allégresse. Et l’ovation du public, qui aura eu pendant 1h30 le samedi soir, son apéro pour le lendemain.

dimanche 7 juillet 2019

viva v.e.r.d.i.

Quel est donc cet acronyme sorti dans la mise en scène de Jean-Claude Auvray ? Peu importe, pour une fois (mais j’ai l’impression que ça devient plus récurrent), à Bastille, la mise en scène devient plus potable, mais bénéficie essentiellement de ce qu’elle manque : de bidets, de nazis, de gens nus, etc. Sinon, aucune inventivité outre mesure pour cette force du destin de Verdi, vendredi soir, avant-dernière représentation, au public très disparate malgré une promo à -50% sur les quatre premières catégories à tarif indécent — ce qui assure donc une belle soirée pour 5€, à condition de glander une heure trente le matin devant la billetterie.

Très beau casting à mélomane (aucune star) pour cette Forza dirigée par Nicola Luisotti, avec dans les trois rôles principaux Carlo Cigni (Calatrava), Elena Stikhina en Leonora (prenant le relai d’Anja Harteros, qui avait le rôle jusqu’à la mi-juin) et Željko Lučić (Vargas). Des chanteurs impressionnants complétés par d’excellents seconds couteaux. Cet opéra a deux particularités : beaucoup de relais de personnages qui ne trustent donc pas la scène, et une histoire qui s’étend sur huit ans et demi, de telle sorte que la chanteuse principale très sollicitée dans la première partie (1h20) disparait ensuite totalement lors de la seconde (60 minutes), qui marque en revanche le retour de son amant lors de la deuxième partie, et ne revient qu’à la fin de la troisième et dernière partie (40 minutes), histoire de se faire rapidement zigouiller parce que c’est la maledizionne.

Chez Verdi, il nous faut : des amants maudits ; un drame familial où ça s’occit pour un oui ou pour un non ; donc beaucoup d’honneur et de sang ; des processus classiques amitié express => trahison => trucidons-nous gaiment les uns les autres ; et une bohémienne. N’oublions quand même le vrai drame de l’affaire, qui est régulièrement rappelé : l’héroïne amourachée et déchirée par le destin est restée vierge tout le long. Moche.

Mon binôme a fait remarqué que deux siècles après le baroque, en restant sur les mêmes thèmes, c’est quand même pas le même traitement. Aspect technicolor. Opéra sépia ? C’est souvent drôle par le ridicule des situations exagérées. Il y a un moment où la coïncidence tue le drame. Il n’en reste pas moins une fort bonne soirée à pas cher, avec un excellent placement, avec peu de voisins tout autour (ce qui reste encore trop — les vieux sont une plaie).

vendredi 5 juillet 2019

petit Sellars rusé

Retour à la Philharmonie. Ça n’était plus arrivé depuis le 17 mai et le multi-récital de Philip Glass, qui s’était ponctué par la perte d’un humérus. Depuis, j’ai raté un Rake’s Progress par Barbara Hannighan, une messe en si, deux orchestre de Paris (dont un qui était la dernière de Harding), et au milieu de tout ça, un Lassus mis en scène par Peter Sellars — le tout étant formidable, magnifique, etc. Eh bien il y avait du Peter Sellars de rattrapage avec ce dernier concert de la saison, avec « La petite renarde rusée » de Janacek.

London Symphony Orchestra, London Symphony Chorus (placé en hauteur pour la 2e moitié) et Maîtrise de Radio France (dont une très mignonne fille chétive à tresse qui brûlait la scène !). Et Sir Simon Rattle à la direction. Si on ajoute Lucy Crowe en renarde et Gerald Finley pour le forestier, il ne fallait vraiment pas rater cette séance. un t-shirt par dessus un Dujarrier en lambeaux, et c’est parti pour le plus grand voyage depuis plus de six semaines…

La scène a été repoussée pour pouvoir placer un écran de vidéoprojection. De fait, avant même de pouvoir prendre un pot avec les Amis de la Philhar (2e activité dont je bénéficie depuis mars…), il a fallu échanger nos places — avec mon binôme Hinata-chan en pleine période excitante d’ouverture, tandis que la souris ne veut pas spoiler son souvenir de Bastille. On se retrouve ainsi en « EE », rang qui n’existe pas, et donc ça termine en JJ — côté couloir avec le bras gauche sans voisinage, par chance ! Rangs de chaises ajoutés, donc, tout devant la scène.

Et tout devant les hauts parleurs aussi. On ne pouvait pas rater leur petit bruit strident. Et puis lorsque ça chantait, on entendait trop bien (d’autant que ça chantait dans un peu toute les positions) ; gamines comprises. Ça fait penser à l’opéra d’Astana qui a coûté une fortune mais qui a une acoustique tellement naze qu’on est obligé de sonoriser l’orchestre… Voilà qui est bien dommage. Mais c’était plutôt bien fait, par exemple lorsque ça chantait depuis le parterre, on sentait bien que ça venait de derrière. Peter Sellars a parié sur une mise en espace, sans costume, augmenté de vidéos. C’est illustratif lorsqu’il s’agit de comprendre que tel chanteur est tel animal, mais franchement, on s’y perd un peu, d’autant que les chanteurs cumulent. Le point paroxysmique est lorsqu’on voit Lucy Crowe sur grand écran dévorer assez salement… des brochettes de poulet ! (Évidemment au moment de l’opéra où la petite renarde décime le poulailler qui ne la suit pas dans son communisme anti-patriarcal, car la petite renarde est une SJW).

Bon, clairement, on n’a pas la magie de Bastille. Ça fait toujours plaisir à entendre, mais la mise en scène/espace a plutôt tendance à distraire qu’à souligner ou accompagner. On a quand même bien applaudit. Peter Sellars portait sa plus belle houppette sur crâne semi-dégarni.

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