humani nil a me alienum puto

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dimanche 7 juillet 2019

viva v.e.r.d.i.

Quel est donc cet acronyme sorti dans la mise en scène de Jean-Claude Auvray ? Peu importe, pour une fois (mais j’ai l’impression que ça devient plus récurrent), à Bastille, la mise en scène devient plus potable, mais bénéficie essentiellement de ce qu’elle manque : de bidets, de nazis, de gens nus, etc. Sinon, aucune inventivité outre mesure pour cette force du destin de Verdi, vendredi soir, avant-dernière représentation, au public très disparate malgré une promo à -50% sur les quatre premières catégories à tarif indécent — ce qui assure donc une belle soirée pour 5€, à condition de glander une heure trente le matin devant la billetterie.

Très beau casting à mélomane (aucune star) pour cette Forza dirigée par Nicola Luisotti, avec dans les trois rôles principaux Carlo Cigni (Calatrava), Elena Stikhina en Leonora (prenant le relai d’Anja Harteros, qui avait le rôle jusqu’à la mi-juin) et Željko Lučić (Vargas). Des chanteurs impressionnants complétés par d’excellents seconds couteaux. Cet opéra a deux particularités : beaucoup de relais de personnages qui ne trustent donc pas la scène, et une histoire qui s’étend sur huit ans et demi, de telle sorte que la chanteuse principale très sollicitée dans la première partie (1h20) disparait ensuite totalement lors de la seconde (60 minutes), qui marque en revanche le retour de son amant lors de la deuxième partie, et ne revient qu’à la fin de la troisième et dernière partie (40 minutes), histoire de se faire rapidement zigouiller parce que c’est la maledizionne.

Chez Verdi, il nous faut : des amants maudits ; un drame familial où ça s’occit pour un oui ou pour un non ; donc beaucoup d’honneur et de sang ; des processus classiques amitié express => trahison => trucidons-nous gaiment les uns les autres ; et une bohémienne. N’oublions quand même le vrai drame de l’affaire, qui est régulièrement rappelé : l’héroïne amourachée et déchirée par le destin est restée vierge tout le long. Moche.

Mon binôme a fait remarqué que deux siècles après le baroque, en restant sur les mêmes thèmes, c’est quand même pas le même traitement. Aspect technicolor. Opéra sépia ? C’est souvent drôle par le ridicule des situations exagérées. Il y a un moment où la coïncidence tue le drame. Il n’en reste pas moins une fort bonne soirée à pas cher, avec un excellent placement, avec peu de voisins tout autour (ce qui reste encore trop — les vieux sont une plaie).

vendredi 5 juillet 2019

petit Sellars rusé

Retour à la Philharmonie. Ça n’était plus arrivé depuis le 17 mai et le multi-récital de Philip Glass, qui s’était ponctué par la perte d’un humérus. Depuis, j’ai raté un Rake’s Progress par Barbara Hannighan, une messe en si, deux orchestre de Paris (dont un qui était la dernière de Harding), et au milieu de tout ça, un Lassus mis en scène par Peter Sellars — le tout étant formidable, magnifique, etc. Eh bien il y avait du Peter Sellars de rattrapage avec ce dernier concert de la saison, avec « La petite renarde rusée » de Janacek.

London Symphony Orchestra, London Symphony Chorus (placé en hauteur pour la 2e moitié) et Maîtrise de Radio France (dont une très mignonne fille chétive à tresse qui brûlait la scène !). Et Sir Simon Rattle à la direction. Si on ajoute Lucy Crowe en renarde et Gerald Finley pour le forestier, il ne fallait vraiment pas rater cette séance. un t-shirt par dessus un Dujarrier en lambeaux, et c’est parti pour le plus grand voyage depuis plus de six semaines…

La scène a été repoussée pour pouvoir placer un écran de vidéoprojection. De fait, avant même de pouvoir prendre un pot avec les Amis de la Philhar (2e activité dont je bénéficie depuis mars…), il a fallu échanger nos places — avec mon binôme Hinata-chan en pleine période excitante d’ouverture, tandis que la souris ne veut pas spoiler son souvenir de Bastille. On se retrouve ainsi en « EE », rang qui n’existe pas, et donc ça termine en JJ — côté couloir avec le bras gauche sans voisinage, par chance ! Rangs de chaises ajoutés, donc, tout devant la scène.

Et tout devant les hauts parleurs aussi. On ne pouvait pas rater leur petit bruit strident. Et puis lorsque ça chantait, on entendait trop bien (d’autant que ça chantait dans un peu toute les positions) ; gamines comprises. Ça fait penser à l’opéra d’Astana qui a coûté une fortune mais qui a une acoustique tellement naze qu’on est obligé de sonoriser l’orchestre… Voilà qui est bien dommage. Mais c’était plutôt bien fait, par exemple lorsque ça chantait depuis le parterre, on sentait bien que ça venait de derrière. Peter Sellars a parié sur une mise en espace, sans costume, augmenté de vidéos. C’est illustratif lorsqu’il s’agit de comprendre que tel chanteur est tel animal, mais franchement, on s’y perd un peu, d’autant que les chanteurs cumulent. Le point paroxysmique est lorsqu’on voit Lucy Crowe sur grand écran dévorer assez salement… des brochettes de poulet ! (Évidemment au moment de l’opéra où la petite renarde décime le poulailler qui ne la suit pas dans son communisme anti-patriarcal, car la petite renarde est une SJW).

Bon, clairement, on n’a pas la magie de Bastille. Ça fait toujours plaisir à entendre, mais la mise en scène/espace a plutôt tendance à distraire qu’à souligner ou accompagner. On a quand même bien applaudit. Peter Sellars portait sa plus belle houppette sur crâne semi-dégarni.

mardi 23 avril 2019

Warli MacBeth de Bastille

Cela faisait 10 ans que je n’avais vu ce grand Chostakovitch, dans le même opéra Bastille : Lady MacBeth de Mzensk. Vive le blog pour faciliter le souvenir ! J’avais dit à l’époque qu’il faudrait un carré rouge d’avertissement : opéra gore. 10 ans plus tard, je suis pris au mot : le site web de l’opéra prévient que « Certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes ainsi que des personnes non averties. » Il faut se méfier de ses bons mots, ils pourraient devenir réalité…

Il y a 10 ans, c’était du Kusej, et je faisais allusion à Krzysztof Warlikowski. Et là, c’est justement Warlinounet à la mise en scène. Ce blog aurait-il un épouvantable aspect prophétique ? Mille excuses. Comme il y a 10 ans, cela donne quelque chose de pas bien beau, qui ne rentre pas en conflit avec le livret violent des bas-fonds de l’humanité, mais peine à sublimer la riche partition dirigée par Ingo Metzmacher (qui n’est pas le génial Hartmut Haenchen, devenu extrêmement rare, mais qui a très bien fait le job !). Il y a 10 ans, c’était place de dernière minute ; depuis leur prix presque a doublé, et celle des différentes catégories aussi (quelques unes ont triplé, à vrai dire), il vaut mieux donc prendre à 5€ et se replacer assez facilement puisque cela attire toujours autant de monde (les plus mélomanes, en clair). Finalement, c’est moins cher. Sur la même 3e rangée de premier balcon, on retrouve tout ce que la conception nous offre de ninjas. J’étais de nouveau en couple, mais avec la souris ; à côté d’elle, David/Fomalhaut. La première a peu été impressionnée par les ondes amoureuses pour Warli du second. Au contraire, les décors et costumes de Małgorzata Szczęśniak lui ont plutôt piqué les yeux. Il faut bien avouer qu’il faut une certaine endurance pour ne pas être distrait par les choses hideuses qui peuvent se passer sur scène, entraînant naturellement une fâcheuse dissonance avec ce qu’il se passe en fosse.

Mais sur scène, il y avait aussi une fine équipe d’interprètes. Avant tout Aušrinė Stundytė, pour l’anti-héroïne Katerina Lvovna Ismailova. Elle évolue essentiellement, en première partie, dans un parallélépipède mouvant représentant un appartement ; à l’extérieur, l’entreprise familiale est une boucherie. On y trouve (seulement en première partie, le temps de se faire zigouiller) Dmitry Ulyanov pour le beau-père Boris Timofeevich Ismailov et John Daszak pour son fils Zinovy Borisovich Ismailov. L’amant Serguei (Pavel Černoch) est affublé d’un chapeau de cow boy et se retrouve fesses nues très régulièrement. Warli donne un rôle (muet) plus important à Aksinya (Sofija Petrovic), qui se retrouve donc plus souvent sur scène que pour la seule scène du viol, au bras de divers notables (à commencer par Boris).

En seconde partie, la scène du mariage redouble de kitsch qui pique, costumes rouges pour les mariés, et balourd bien miteux par Wolfgang Ablinger‑Sperrhacke (Krzysztof Baczyk pour le Pope qui se reconvertira en gardien ; Alexander Tsymbalyuk en chef de la police qui veut sa commission, et deviendra ensuite un vieux bagnard — il y a de la suite dans la distribution !). En prison, pour la dernière partie de l’oeuvre qui dure 3h25 avec son entracte, retour du parallélépipède (une cellule, vaguement) et Oksana Volkova dans le rôle de Sonietka qui finira aussi à la bâille, comme le spoilait déjà depuis un certain temps les vidéos projetées au fond.

Aušrinė Stundytė était heureusement remise de sa blessure (à l’orteil, dit-on, à cause des grilles de la mise en scène — elle était donc chaussée, cette fois), qui avait interrompu en plein milieu la représentation du mardi. Moralité : mieux vaut venir un samedi. En plus, comme les places sont plus chères, il y a encore moins de monde. On se retrouvera donc dans 10 ans pour la prochaine mise en scène de ce monument opératique — et on vérifiera s’il est bien traditionnel de positionner des cuivres dans les balcons latéraux !

vendredi 12 avril 2019

if I persist in gazing

Un nouvel Haendel ? Ciel ! Semele (Louise Alder, soprano) est une donzelle promise à un mariage avec Athamas (Carlo Vistoli, contre-ténor), qu’aime en réalité sa soeur Ino (Lucile Richardot, mezzo-soprano), alors qu’elle en bave pour Jupiter (Hugo Hymas, ténor), ce qui énerve fortement Junon (aussi interprétée par Lucile Richardot). Alors une fois enlevée dans les cieux pour être mieux culbutée, mais s’ennuyant fortement, provoquant le rapt de sa soeur pour lui tenir compagnie, Junon décide de prendre les traits de cette dernière (ce qui explique l’usage de la même chanteuse, en tenues différentes), afin d’attiser son péché mignon, la vanité, et provoquer sa chute. If I persist in gazing, myself I shall adore! (Ça me rappelle quelqu’un) Avec une cabriole mythologique on arrive quand même à un happy ending post-chamallow grillé.

Sir John Eliott Gardiner (Monteverdi Choir/English Baroque Soloists) aime bien les mises en espace. Ça donne du relief, et il s’amuse comme un fou. Ici on joue avec les tabourets, un fauteuil et un collier dans sa boîte. Et une bicyclette. Souvent, on se dit qu’il y a quelqu’un qui va se casser la gueule dans les escaliers des différentes estrades de la scène de la Philharmonie ou sur le public. Pas très safe.

Très bonne distribution, qui s’est améliorée au fil des 3h20 d’opéra (avec entracte), de telle sorte que l’anglais Lucile Richardot se fit plus précis (très beau jeu de scène, sinon), la voix de Carlo Vistoli plus portée (heureusement que la salle était moyennement remplie, ménageant des places dans les premiers rangs), et le jeu de Louise Alder, héroïne de la soirée, plus développé — petite ovation méritée. Mentions spéciale pour le basse Gianluca Buratto (Cadmus/Somnus) et le jeune charmant Jupiter Hugo Hymas (comme quoi, il n’y a pas que Macron) — j’ai suspecté mon binôme de vouloir se faire ravir dans les cieux. Très belle partition de Haendel, avec deux ou trois airs cannons.

Excellente soirée.

mardi 19 mars 2019

ce qui se passe au Met reste au Met

Un Rigoletto au Metropolitan Opera, why not. Il y a des places « à pas cher » (ceteris paribus). Si l’euro n’était pas si faible, après tout, ça ferait dans les trente balles. Pour ça, on se retrouve assez au fond, avec d’autres Français et des Ritals pénibles. En plus l’acoustique n’est pas top. Mais le MET a la même politique tarifaire débile que l’opéra de Paris, et se retrouve avec une salle à moitié vide : pour un Verdi aussi connu, ça mérite des applaudissements… Après replacement plus bas, c’est bien mieux.

Sur scène, c’est Vegas de la grande époque ! Ça n’est pas absurde, et même plutôt bien fait, entre la mise en scène de Christine Jones et les costumes seventies de Susan Hilferty (même si parfois ça pique les yeux : il y a même un avertissement sur les effets stroboscopiques de Kevin Adams). Sur les sous-titres de pupitres individuels, où le français n’est pas disponible (contrairement à l’allemand !), on se permet quelques fantaisies de transposition, et ça parle notamment de Cheikh et d’Arabe… C’est marginal mais osé…

Le programme ressemble à un magazine. On y trouve un peu de tout, outre l’oeuvre (il doit y avoir quinze pages de mécènes divers et variés — et ça ne monte pas si haut que ça dans les dons !). De toute façon, on connaît l’histoire. Dans la fosse, Nicola Luisotti, très bon boulot. Notre héroïne Gilda : Nadine Sierra ; pour Rigoletto, Roberto Frontali ; et dans le rôle du duc, Francesco Demuro. Aucune idée de qui ces braves sont (idem pour les deux rôles annexes, Maddalena par Ramona Zaharia et Sparafucile par Štefan Kocán). Comme quoi, on a beau être au Met, sur du méga-hit, on peut être un illustre inconnu. Mis à part le duc qui a fait quelques frayeurs — mais ça passe ! —, tout le monde a fort bien assuré son rôle. Rien d’exceptionnel, mais très bien.

mardi 23 octobre 2018

Jordi triomphant

Voici un bien étrange horaire : 19h30, à la Philhar. Ça annonçait un Vivaldi de cinq heures. Que nenni : à peine trois ! Jordi Savall avait-il décidé de se coucher tôt ? Pendant un certain temps, la question était de savoir le niveau de remplissage de la salle. Ma binôme de baroque, peu joueuse et stressée de nature, poussa à la prudence. En réalité, malgré les légions de retardataires, non seulement il y avait de la place, mais bien encore plus post-entracte — où nous passâmes simplement de la droite de la vieille dame obèse à grelots autour du poignet, qui notait bruyamment force commentaires sur son programme au crayon, à sa gauche… « Judith triomphante » devrait ainsi nous inspirer dans l’art de la décollation des pénibles — et notamment de ceux qui font tomber des objets lourds et bruyants en plein solo émouvant.

Après deux petites pièces symphoniques de hors d’oeuvre, que Jordi a programmé pour respecter à moitié la tradition (faute de savoir quelles oeuvres exactement étaient réellement jouées), l’oratorio de Vivaldi (seul de ses quatre du genre a avoir survécu) met en scène la tranchante Judith (« alter-ego castratrice » de ma gente accompagnatrice dans un accès de réalisme), Marianne Beate Kielland, face à Holopherne (Marina De Liso), entre leurs conseillers (Rachel Redmond, Vagaus ; Lucia Martin-Cartón, Abra ; Kirstin Mulders, Ozias). Que de la meuf.

Le Concert des Nations et la Capella Reial de Catalunya complètent ce très beau casting pour cette confrontation amoureuse entre une Judith contondante et sa future victime assaillante et charmée. Pourtant, cette Judith sonne très chrétienne, avec ses histoire d’âme immortelle et beaucoup de chasteté. Ça ne l’empêchera pas de débouchonner sec, de manière assez expéditive par ailleurs — cela étant suivie de beaucoup de joie (et d’un appel à la vengeance de la part de l'autre bord).

Une très belle découverte, encore une fois.

cool Raoul

Les Huguenots ont été donnés plus d’un millers de fois à Garnier (la millième en 1936, soit une moyenne autour de 10/an), qui sentant la saturation arriver, fila une statue à Giacomo Merbeyeer qui tomba dans le plus total anonymat. Bastille tenait donc là un revival après plusieurs dizaines d’années ! Le pitch : des catholiques, des protestants, de l’amour, du sang. Scribe à la manoeuvre : c’est souvent pas simple de s’y retrouver, malgré les efforts de Tanja Hofmann sur les magnifiques costumes (notamment des soutanes bicolores à hauteur de genou extraordinaires : je veux les mêmes !). En fait il fallait comprendre que les protestants sont très peu nombreux dans l’oeuvre et habillés sobrement (bleu marine) alors que les rouges et violets sont les cathos (se subdivisant entre nobles, gens d’armes et que sais-je encore). Il faut dire qu’il y a beaucoup, beaucoup de personnages. Vingt-un chanteurs solistes, le choeur et des extras.

Parmi eux, le héros, Raoul de Nangis — Yosep Kang (très typé : pratique !). Raoul a de la morgue, il veut la paix avec les cathos, mais pensant que la fiancée qu’on lui promet et dont il rêvait après l’avoir sauvée (Valentine — Ermonela Jaho, qui n’en voudrait ?) est en fait maquée avec un autre (le sympa Comte de Nevers — Florian Sempey —, avec qui elle finira donc quand même), alors qu’elle vient d’obtenir la dissolution de cet engagement pour justement retrouver son Raoul qui la sauva, faisant intervenir la reine elle-même (Marguerite de Valois —Lisette Oropesa, pré-déclarée souffrante, reine Margot oblige, elle a même un look très Adjani), et contre son père (le chaud bouillant Comte de Saint-Bris — Paul Gay), il (Raoul) va foutre la merde dans le royaume. Keep cool, Raoul ! J’avais bien dit que Scribe et Émile Deschamps avaient été un peu torturés sur les deux premiers actes (105 puis 50 minutes), que je spoile ainsi, avant de zigouiller tout le monde dans le troisième acte de la Saint-Barthélémy (75 minutes).

Il y a de l’intrigue, et les deux personnages de second plan, Urbain (formidable Karine Deshayes) et Marcel (formidable Nicolas Testé, qui nous chante avec un aplomb parfait un « moi, Marcel » qui a fait rire le public) parachèvent une splendide distribution dont « même Télérama en dit du bien » (dixit le voisin bavard-bruyant de derrière). Ce Grand Opéra en français, parfois alambiqué, qui est parsemé d’actions abruptes quand ça commence à ronronner, comporte de nombreux très beaux passages — mais aucun hit qui ne lui assure définitivement une place au panthéon.

La bien jolie mise en scène d’Andreas Kriegenburg, sous forme de plateformes en hauteur pour les premier et troisième acte, et d’un beau bassin à pucelles pour l’acte central, réserve du lubrique pour maintenir l’attention du spectateur (du boob ! Par des demoiselles qui n’étaient point du choeur, donc spécialisée en la matière exhibitionniste). Non que le chef (était-ce Michele Mariotti ou Łukasz Borowicz ?) ne fusse assez bon pour nous captiver à lui seul. Mais les décors de Harald B. Thor relevaient intelligemment le tout. C’est assez rare, par les temps qui courent, pour ne pas être noté. Tout est bien fichu, très blanc immaculé, avant de terminer dans les projections sanguinolesques — car la Saint Valentine se terminera bien en carnage de la Saint Barthélémy.

Beaucoup d’applaudissements, un Raoul un peu hué par quelques uns, avant que les bravos ne reprennent le dessus : on a peut-être encore frôlé un affrontement sanglant à Bastille.

lundi 15 octobre 2018

Barbarénice

Pas grand chose au ciné ? Pourquoi un p’tit opéra contempo bien aride ? C’est qu’il y a Barbara Hannigan. Pardon : Barbaraaaa !!!  <3

Michael Jarrell, sur commande de l’opéra de Paris, a autant écrit la musique que le livret de Bérénice. L’idée : des trilles infinies aux cordes, des phrases musicales hyper courtes (ça sonne comme un déjà vu !) et par dessus, un chant trèèèèèèès allongé. Si le texte original est bien de Racine, il est forcément réduit pour que ça rentre dans un timing de 1h30, même en superposant les scènes et les chants — ce qui aide plutôt à rendre l’oeuvre encore moins intelligible. Bref, c’est franchement aride.

Pourtant, tout y est pour la réussite : Philippe Jordan, qui décidément est partout, fait de sacrés efforts avec l’orchestre. La mise en scène de Claus Guth est jolie, avec les décors classiques de Christian Schmidt, type intérieur d’hôtel particulier (ils se tapent un délire aqueux, mais on leur pardonne).

Il y a aussi une très bonne distribution. Bo Skovhus (Titus), Ivan Ludlow (Antiochus), Alastair Miles (Paulin), Julien Behr (Arsace), Rina Schenfeld (Phénice). Et évidemment, l’immense Barbara Hannigan dans le rôle-titre, toujours aussi exceptionnelle, dont on abuse toujours en la faisant chanter dans tous les sens. Mais à la fin, on reste sur le sentiment d’une oeuvre assez moyenne, avec rien de bien neuf. Ça s’oublie très facilement.

lundi 8 octobre 2018

le retour de Tantris

Il y a des opéras qui sont de la rediff de la rediff, mais que pourtant on va revoir encore et encore (quatrième fois en 15 ans ?). Tristan und Isolde en fait partie, et comme on connaît à présent par coeur les vidéos de Bill Viola et la mise en scène complexe à base de mouvements subtils de canapé carré par Peter Sellars, ça ne surprend tellement plus, qu’on peut un peu plus se concentrer sur le texte. Comme c’est aussi de plus en plus cher, la salle présente d’assez larges zones de replacement, et en l’occurrence au premier balcon sur les rangs de devant, on pouvait y transformer sa citrouille à 15€. En plus, c’est idéal pour la stéréophonie : le choeur se place dans le couloir côté cour à mètre (entrée plutôt discrète, sortie très ninja) ; et surtout Matthiaaaaaas se poste plusieurs fois dans la galerie juste en face, créant un moment de communion intense — avec ma voisine.

Les seconds couteaux étaient d’ailleurs superbes : Matthias Goerne pour Kurwenal et Ekaterina Gubanova pour Brangäne, excusons du peu ! Avec un René Pape en König Marke, tant qu’à faire. Côté troisièmes couteaux, ça s’en sort fort bien aussi : Nicky Spence (Ein Hirt / Ein Junger Seemann), Neal Cooper (Melot) et Tomasz Kumiega (Ein Steuermann). Finalement, les deux héros, Andreas Schager pour Tristan et Martina Serafin pour Isolde, s’ils ont assuré les 5h20 (en comptant les grosses entractes), sans faiblir (contrairement à d’autres représentations où j’ai assisté — le dimanche après-midi peut aussi aider ?), sont ceux que j’ai peut-être le moins apprécié, à cause de leurs tessitures respectives. Pas fan. Mais passer par dessus l’orchestre sans pitié de Philippe Jordan qui envoie la sauce (orchestre qui par ailleurs reste assez longuement applaudir au grand complet), voilà qui relève d’un sacré exploit, tout de même.

Et Wagner. Aaaah, Wagner ! (C’est à se demander, une semaine après Siegfried, pourquoi tout le monde boit n’importe quelle potion, quand même ! Quelle fâcheuse habitude ! Même si ça nous fait de sacrés opéras)

dimanche 30 septembre 2018

suite-demi-ring : épisode 3

Si la veille on avait tenu le timing de cinq heures pour Siegfried, commencer le dimanche 16h30 pour le Götterdämmerung a mené vers les 22 heures du soir. Bien plus de monde dans la salle, cette fois. Un simple décalage de places au second balcon de côté, bien sage, et de plus en plus central au fil des entractes et des départs — résolvant le problème de savoir quel surtitrage regarder —, a révélé un étrange phénomène : on entend mieux au dessus des tubas wagnériens que depuis des places bien plus chères. Avec les nouveaux réflecteurs, l’équation est encore plus complexe pour connaître a priori les places (probablement plus nombreuses qu’avant) où l’on entend bien, dans cette salle diabolique…

On retrouve évidemment le Mariinsky et Gergiev (avec son cure-dent de circonstance). Il y a encore du mercato sur la distribution : on retrouve la Brünnhilde originale, Tatiana Pavlovskaya (qui déplaît quelque peu à mon binôme découvreuse de Wagner à cause de son yaourt, mais il faut bien avouer qu’elle a un sacré coffre !), et celle de la veille, Elena Stikhina, devient Gutrune : quelque part, en considérant le scénario et le duo amoureux de la veille, ça a du sens… Puisqu’on en est aux chaises musicales, Evgeny Nikitin devient Gunther, Mikhaïl Petrenko prend le rôle de Hagen. Il est vrai que dans le Crépuscule des Dieux, il n’y a déjà plus aucun rôle de Dieu ! On retrouve en revanche les trois Nornes filles du Rhin (Woglinde/Wellgunde/Flosshilde : Zhanna Dombrovskaya, Irina Vasilieva et Ekaterina Sergeeva). Roman Burdenko est le plus stable dans son rôle d’Alberich, et il me semble que c’était aussi déjà Olga Savova en Waltraute.

On retrouve surtout Mikhaïl Vekua en Siegfried, qui n’a pas du tout la tête du rôle (petit chauve) mais le tient très bien. On sent parfaitement l’hubris du succès qui l’amène, un peu simplet qu’il est, à se faire promener par Gunther et Hagen comme une buse. On soupçonne de plus en plus Brünnhilde d’être une INFJ, ce qui expliquerait par ailleurs qu’elle finisse par tout brûler — elle comprise, et même son pauvre canasson qui n’a rien demandé à personne.

C’était formidable.

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