humani nil a me alienum puto

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mardi 14 mars 2017

à la recherche de Pénélope

« Il Ritorno d'Ulisse in patria », ça donne toujours l’occasion d’un petit pèlerinage Monteverdi. Avec peu de replacement, mais assez pour apprécier la mise en scène Mariame Clément, totalement délirante, qui m’aura fait bien rire. Si rien ne va trop avec rien, c’est assumé et certaines trouvailles font oublier le côté un peu cheap.

Ulisse doit retrouver Penelope, et ça se comprend, parce que loin d’être fictive, c’est Magdalena Kožená. Ulisse en a bavé, et on comprend que Rolando Villazón ait parfois un peu du mal, surtout vers la fin. Outre Emmanuelle Haïm à la baguette (avec son son concert d'Astrée), le reste de la compagnie était de fort bon niveau — Katherine Watson (Giunone), Kresimir Spicer (Eumete), Anne-Catherine Gillet (Amore/Minerva), Isabelle Druet (La Fortuna/Melanto), Maarten Engeltjes (L’Humana Fragilità/Pisandro), on va arrêter là le name dropping parce que la distribution est une véritable armée.

Une armée de prétendants, d’ailleurs. Mais au final, le meilleur des prétendants est celui qui bande le plus. Ulisse massacre (un moment BD-Lichtenstein très bien trouvé), on sort à pas d’heure, mais heureux.

lundi 13 février 2017

Lohengrin vanupied

Cela faisait bien longtemps qu’il n’y avait eu un Lohengrin à Bastille, et celui avait bonne presse. Face A, Jonas Kaufmann ; face B, Stuart Skelton. Et plein d’autres combinatoires encore : à peu près personne n’a pu écouter deux fois la même distribution — un anti-mauvaises-critiques-potentielles ? Martina Serafin en Elsa, Tomasz Konieczny pour Telramund et Michaela Schuster en Ortrud, en comptant bien. Philippe Jordan dans la fosse.

Ce n’était donc pas une distribution à faire venir les foules pour la somme modique de 210€. L’occasion de se retrouver, pour 35€, au rang des stars, avec une souris éduquée (enfin !) au Wagner. Il y avait la belle mise en scène dépouillée de feu Nikolaus Lehnhoff, il y aura la mise en scène très oubliable Claus Guth. Je ne vois pas à quoi ça sert de refaire les choses en moins bien. Rien à fiche de la modernité de l’ancien ou je ne sais quoi : c’est très bof, et même ça vire rapidement au carrément pauvre, notamment avec l’absurde arrivée et départ de Lohengrin en position couchée, faute de pouvoir nous sortir au moins un schwann à roulettes. Bordel, ça parle de cygnes et le mieux qu’on a, c’est une marre au canard où Telramund va finir par se faire assommer à coup de buche par notre Lohengrin bidonnant pied nus dans l’eau. Flop flop. On voit pas trop ce qui est compliqué dans l’affaire. Ils feraient mieux de m’embaucher, à l’opéra de Paris ; je suis sûr d’être moins cher, en plus.

Notre brave ténor, un peu faible à la fin, était très convenable dans l’ensemble et a bien assuré le rôle, comme ses collègues. Il n’avait cependant pas la tête de l’emploi, et c’est sûr que comparé à Kaufmann, quitte à claquer deux journées de salaire d’ingénieur, on comprend que le public air préféré ce dernier. Mais Lohengrin, c’est bien et bon.

mardi 7 février 2017

Barbe-Bleue à l’orgue

La philharmonie, on a de cesse de le dire, est une déception architecturale de premier plan. C’est ainsi qu’on a à présent quelques agents (type pompiers) qui font la circulation devant les escalators, à cause du tournant de la mort, où les personnes s’entassent mollement et finissent par se chevaucher violemment. Il faut dire aussi que l’intelligence aurait commandé de mettre les deux petits escalators post-tournant en mode ascensionnel, afin d’écluser le petit vieux mou au plus vite. Mais rien d’intelligent ne peut être aperçu Porte de Pantin (ni vraiment ailleurs, quand on y pense…).

Première mission : se repositionner de face. Cette fois, et pour une représentation ex-cep-tion-nel-le, avec la souris. L’ami berlinois a eu peine à masquer sa surprise — nous croyait-il donc divorcés ? C’est que le programme, voyez-vous, attirait tous les désespérés du classicisme, et en ce samedi soir, la salle était étonnamment remplie, surtout au parterre (où quiconque a déjà testé l’acoustique auparavant sait qu’il valait mieux acheter).

Ligeti, Kurtag, Bartok. Avec les accents : György Ligeti, György Kurtág, Béla Bartók. Full hongrois par les as. Jusqu’au clap de fin, Ligeti nous promène à San Francisco (Polyphony) et son vallonnement. On voit du paysage. Kurtag opte dans Stele (ΣΤΉΛΗ) pour les vagues sonores qui nous emportent, toujours avec le gros orchestre d’un ensemble intercontemporain boosté aux petits jeunots du conservatoire — dirigé par Matthias Pintscher, qui malheureusement a placé les contrebasse côté cour et fusionné les premiers et seconds violons, mauvaise habitude qui avaient tendance à disparaître ces derniers temps. Et puis le Chateau de Barbe bleue…

Tiens, une console d’orgue ! Il y a un orgue ? Les machins sur haut parleur, ça ne laissait pas beaucoup de souvenir. Mais là, Michelle de Young, John Relyea (quelle grosse voix !), l’orchestre vrombrissant et l’orgue de la Philharmonie qui souffle — ou l’inverse, ou les deux —, on a les cheveux en arrière et les oreilles débouchées pour longtemps. On n’entend pas cela tous les jours — faut dire que sinon, bonjour les acouphènes, peut-être. Ouch. Une sacrée expérience…

mardi 31 janvier 2017

Haendel en trois actes incompréhensibles

Rodelinda est un opéra en trois actes aussi long qu’incompréhensible de Haendel. Parfois on se dit qu’il faut être un p’tit vieux surentraîné à Santa Barbara pour pouvoir suivre du baroque, avec ses intrigues hyper compliquées à tiroirs, avec des personnages aux noms alambiqués, et l’absence de mise en scène aide autant que le fait d’être placé de côté (donc on ne sait pas trop qui chante, parfois). Si les microbes n’avaient eu raison d’Hinata, partie se réfugier dès la première quinte de toux non maîtrisable, je pense qu’elle aurait achevé une boîte d’aspirine. J’ai pris le pari de suivre à moitié, de me replacer de face pour la seconde moitié, de tenter de raccrocher les wagons, et finalement, ça se termine de manière assez compréhensible — et seul un mécréant est occis, sinon ça aurait été compliqué pour le choeur final. On remarque que David DQ Lee (Unulfo) a une super jolie veste sur mesure très asymétrique, et ventilée sur les manches. C’est probablement ce qui marquera le plus de la soirée, même si la direction de Maxim Emelyanychev depuis son clavecin d’Il Pomo d’Oro, et les prestations des chanteurs (Karina Gauvin en Rodelinda, son mari Bertarido par Marie-Nicole Lemieux, Romina Basso pour Eduige, Konstantin Wolf en Garibaldo à ne pas confondre avec Grimoaldo par Juan Sancho) étaient aussi au niveau.

Un jour il faudra que je fasse un bingo-Haendel pour voir si je les ai bien tous cochés…

mardi 13 décembre 2016

tournez-DG

Cette mise en scène de Stéphane Braunschweig a frappé dès le début mon binôme. Alors que moi, j’ai mis plus de temps pour m’en souvenir. Effet classique de l’un biais cognitif : le passé médiocre est inconsciemment occulté. Don Giovanni tournez-manège. Une nouveauté : Claire Tran dans les demoiselles de petite vertu (oh oui !) ; mais je l’ai su trop tard, et elle était tout le temps masquée… Chez les chanteurs, seul Robert Gleadow, en Leporello, a été recyclé. Cette fois, c’était Jean-Sébastien Bou en Don Giovanni, Myrtò Papatanasiu en Donna Anna, Julie Boulianne (Donna Elvira), Julien Behr (Don Ottavio), Anna Grevelius (Zerlina), Marc Scoffoni (Masetto) et Steven Humes (Le Commandeur). Les femmes étaient le meilleur de cette distribution. Et comme la fois précédente, Jérémie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie (avec le choeur de Radio France en renfort). Ça fit le job.

Et puis, une remarque de mon binôme m’a laissé pensif. Et je me suis dit que c’est comme la mise en scène : c’est pas faux, mais ça me semble à côté. Rater l’essentiel. Et du coup, je me suis dit qu’il était p’têtre temps de relire Ariana (remember…). Alors je suis allé sur web-archive, fouiller le passé (12 février 2007…). Et j’ai retrouvé, les deux billets sur Haneke. Et là, lumière ! Comme quoi, tout est une question de timing.

mardi 22 novembre 2016

enlèvement du récitant

Au TCE, dimanche soir, il y a eu un enlèvement au Sérail de conoisseurs — ie salle à moitié vide. Ça ressemble à l’équipe des remplaçants, mais c’est plutôt l’équipe-des-chanteurs-qui-vaudront-très-très-chers-bientôt — alors autant en profiter tant qu’ils sont jeunes et abordables.

Olga Peretyatko - Constance
Pavol Breslik - Belmonte
Claire de Sévigné - Blonde
Michael Laurenz - Pedrillo
Nahuel di Pierro - Osmin

Le chef Maxim Emelyanychev avec l’orchestre réputé Orchestra La Scintilla Zurich (secondé du Chœur supplémentaire de l’Opéra de Zurich, qui n’a pas beaucoup à chanter) a probablement eu l’idée étrange d’ajouter à la mise en espace un récitant dans le rôle du Pacha Selim — Sam Louwyck. D’autant plus bizarre que le texte semblait très ad hoc (un peu d’humour, pourquoi pas…), mais pas forcément bien prononcé. Bizarre, bizarre. Hinata s’est difficilement retenue de descendre le chasser de la scène.

Mais au final, c’était très bien !

dimanche 13 novembre 2016

quelle erreur, quelle folie de ne point venir

L’horaire de cet Armide de Lully à la Philharmonie était étrange : 19h00. Il arrive parfois d’avancer une longue représentation d’une heure, mais de plus que cela, c’est extrêmement rare (un Crépuscule ou un Saint-François, à la rigueur). Et donc, c’était bien 19h30. Merci pour l’information. Les spectateurs (heureusement minoritaires) non au courant errent dans les grands halls étroits sans sièges. Quelle horreur.

Il y avait pourtant un beau divan confortable en cuir, mais il était sur la scène, ustensile de la mise en espace. Comme Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre avec le Choeur de l'Opéra de Bordeaux. Alors que les ninjas, eux, formaient une belle grappe au dernier rang du parterre. Il est vrai que l’acoustique y est particulièrement agréable, grâce au mur réflecteur de derrière, et à la profondeur faible du balcon au dessus. J’aurais dû être accompagné, mais l’horaire encore a empêché cela — et le nombre de places libres dans la salle a confirmé les difficulté de revente de la place en extra. Pour compenser l’absence préjudiciable de jolies jambes, l’Univers a prévu cependant celles, sur scène, d’une jolie blonde venue du choeur et opportunément cinquième soliste non créditée et non fleurie (quoique présente aux saluts avec les autres artistes).

La distribution était particulièrement excellente. J’oublie sans cesse cet opéra, où la sorcière orientale Armide (Gaëlle Arquez, très convaincante en meuf invivable) ne sait pas trop où elle a mal face au croisé Renaud (Stanislas De Barbeyrac, envouté). Il y a pourtant des moments extraordinaire, comme ce

« Ah ! Quelle erreur, quelle folie
De ne pas jouir de la vie !
C'est aux Jeux, c'est aux Amours,
Qu'il faut donner ses beaux jours ! ».

Mais j’en retiens toujours un assez bon sentiment pour reprendre une place d’une fois à l’autre. Cette soirée le méritait : très grosse ovation finale pour tous les artistes.

Pretty of Lammermoor

Il fallait aller voir cette Lucia di Lammermoor de Donizetti. Ou plutôt, aller l’entendre. Et plus précisément encore, Pretty Yende. Tout le monde était unanime, c’est un phénomène. Qu’en dire de plus ? Elle est formidable, fantastique, extraordinaire, sublime.

Après une attente pour les places de dernières minutes, sans soucis mais non-immédiate pour cause d’horaire exceptionnel à 20h, et après s’être installé au 11ème rang un peu de côté du parterre, le levé de rideau m’avait malheureusement déçu : encore la mise en scène d’Andrei Serban. C’est d’autant plus osé, pour du réchauffé (57ème représentation !!), que les tarifs ont doublé. Incroyable. Et voilà comment on se retrouve avec des places vacantes au parterre. L’opéra Bastille a un peu amélioré le confort des spectateurs, en échange, avec un surtitrage de côté (enfin !), sauf que c’est écrit dans une police minuscule, en deux langues (français et anglais. Ils auraient dû tenter de rajouter la VO italienne, tant qu’à y être). Idem pour le surtitrage en hauteur, qui certes m’a l’air plus large qu’avant, évitant l’écrasement des polices, mais franchement difficile à lire malgré l’usage de deux couleurs. Il faut dire qu’à présent, comme seuls les touristes et le 16ème arrondissement, minoritaire, peut se payer des places à l’opéra, il faut traduire en néo-lingua franca.

En même temps aussi, ce n’est pas comme si ce qu’il y avait à voir sur scène méritait une énorme concentration. Que c’est bruyant, en plus ! Une orgie paysanne dans le foin après l’entracte, une construction de château de charbon pendant la scène de la folie, mon voisin n’en pouvait plus. Heureusement, la distribution était brillante (Piero Pretti pour Edgardo, lui aussi en alternance, Enrico de Artur Ruciński, Arturo par Oleksiy Palchykov et Rafal Siwek en Raimondo), sous la baguette de Riccardo Frizza, mais surtout, Pretty Yende : le choc. Elle n’a pas forcément la tête de l’emploi (pas vraiment frêle… Et puis a-t-elle le même père que son frère, il y a un petit problème de couleurs), mais quelle voix, et puis un très beau jeu aussi (avec la mise en scène acrobatique d’un Serban déchaîné, quelle horreur absurde — mais on voit tellement de choses atroces qu’en comparaison, on est presqu’heureux). Pretty Yende, à un moment, j’ai hésité à la demandé en mariage — mais ça n’a pas l’air d’avoir trop réussi à sa Lucia. En tout cas, où elle ira j’irai !

lundi 10 octobre 2016

baroque mortel

Le TCE, ou peut-être Christophe Rousset à la direction de Les Talens Lyriques et au clavecin, a eu l’idée assez brillante de réunir au cours d’une même soirée deux mini-opéras d’une heure : le français Actéon de Marc-Antoine Charpentier puis  Didon et Enée (Dido and Æneas) de Henry Purcell.

De fait, la brillante distribution alternait les rôles :

Cyril Auvity  Actéon  / Un marin
Vivica Genaux  Junon / Didon 
Daniela Skorka  Diane / Belinda 
Anat Edri  Daphné, Aréthuze / Première sorcière, deuxième femme  
Valérie Gabail  Hyale / Deuxième sorcière
Mathieu Montagne  haute-contre
Paul Cremazy   ténor
Jean-François Novelli  un esprit
Yair Polishook   Enée 
Etienne Bazola  Une magicienne

C’est d’abord Acteon qui doit faire les frais d’être au mauvais moment au mauvais endroit, à savoir près d’une fontaine où se baignait Diane. Facilement énervée, il y passe, et salement. Puis c’est Didon la caractérielle — décidément, une constante féminine ? — qui cette fois se suicide parce qu’Énée a dû un moment penser vite fait de déménager. Ces gens ont de sérieux problèmes — mais ils ne sont pas les seuls. Cela permet de repérer que dans Dido, on fait référence à Actéon.

Bizarrement, ces deux pièces sont rarement données. C’est pour cela que la nuit blanche fut noire — sinon, la Philharmonie fournissait un programme pianistique des plus intéressants.

lundi 6 juin 2016

retour du kavalier

Une rediffusion du superbissime Rosenkavalier de Herbert Wernicke !

L’un des meilleurs moments d’opéra. Au début, j’ai cru que c’était une autre production qui était donnée. Ensuite, j’ai confondu cette mise en scène avec une autre (je visionne bien des miroirs et une salle/scène de bal — pour les miroir, j’étais bon, mais avec quoi confonds-je ?…). Mais dix ans plus tard, j’avais toujours dans l’oeil la rose d’argent, les costumes blancs, l’escalier qui s’avance, le lit au milieu… Quel bonheur. Avec ses tarifs absolument ahurissants, Bastille a réussi le tour de force d’avoir une salle franchement vide — apparemment 15 à 20%, mais surtout sur les places les plus chères ! En dernière minute, l’accueil était exécrable et les tarifs incroyables (35€ pour les jeunes, 50 pour les vieux !). L’opéra a tenté de réagir en inondant d’offres promotionnelles (que je ne pense pas avoir reçu), ce qui a eu comme effet positif notable de me faire revoir B#4 (ah !…). Mais cette fois, j’étais surtout accompagné de la souris : profitant de la revente d’un ninja, replacement au premier balcon, parfait pour lire tout le texte de Hugo von Hofmannsthal de ce Chevalier à la rose sans se casser le cou et tout en profitant de Philippe Jordan dans la fosse — comme il y a dix ans !

Je n’aurais de cesse de dire à quel point j’adore Richard Strauss à l’opéra. Il reste mon compositeur préféré. Avec une bonne équipe, l’alchimie emmène vers des sommets. C’était clairement le cas pour cette dernière — malheureusement, mon emploi du temps était totalement incompatible avec toutes les autres représentations. Michaela Kaune pour Die Feldmarschallin, Peter Rose en Baron Ochs et surtout, pour incarner Octavian, Stéphanie Houtzeel qui remplaçait Daniela Sindram pour cette seule date, superbe — dans tous les sens du terme, de la Deutsche Qualität made in USA!

Très belle soirée d’opéra, que je retrouvais pourtant sans plaisir (les salles parisiennes rivalisent vraiment pour dégouter les spectateurs de venir, c’est incroyable).

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