humani nil a me alienum puto

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lundi 20 juillet 2020

musées masqués

Le musée Marmottan est à l’autre bout du monde connu, du côté des très riches parisiens, on a l’impression de prendre un tunnel spatiotemporel et de se retrouver dans un univers différent, captivant et inquiétant. Alors on n’y va pas beaucoup. Je n’ose regarder depuis combien d’années… Il faut dire aussi que ce n’est pas donné — même au chômage. Au moins, avec ces histoires de masques et de covid, on a l’assurance qu’il n’y a pas grand monde. À Marmottan, on trouve de la vieillerie d’empire (dont des séries de mini-portraits accrochés au mur qui donnent envie de jouer à « Qui est-ce ? ») et évidemment les impressionnistes (surtout au sous-sol) qui ont fait la renommée du lieu.

L’exposition temporaire « Cézanne et les maîtres. Rêve d’Italie » aurait déjà dû s’achever, mais finalement elle durera presqu’un an. Le problème que j’ai avec cette partie des impressionnistes, c’est qu’il peignent chez moi. Alors la vue de Sainte-Victoire, ma soeur avait la même dans sa maison provisoire post-inondation, ça m’impressionne guère. Il y a un élément trop familier. Le côté italien n’aide guère : en fait Cézanne n’y a jamais mis les pieds. On y met donc en regard du « Tintoret, Le Greco, Ribera, Giordano, Poussin, et pour les modernes Carrà, Sironi, Soffici, Pirandello sans oublier Boccioni et Morandi ». Bref, ça fait partie de ces expos qui ont un scénario encore plus mince qu’un porno ; mais ce qui n’empêche pas de prendre son pied en matant le festival (comme un porno aussi).

En redescendant la rue de l’Assomption du 16ème arrondissement, qui s’appellerait rue Lénine dans un univers parallèle plus en banlieue rouge, curiosité ethnographique à elle seule, on se retrouve à la Maison de Balzac. J’étais quelque fois passé devant, sans y entrer. Normalement, il faut réserver, mais il n’y a pas foule pour les visites. Encaissé en contre-bas, ce qui laisse voir la Tour Eiffel qui n’existait pas encore, et permettant surtout encore plus bas, depuis une sorte de souplex, de pouvoir s’échapper de ses créanciers, la maison n’est pas très grande, pas très éclairée, mais dispose d’un joli jardin. La décoration est vieillotte, c’est dans son jus. Il y a des citations sur les murs qui font bien rire. Des manuscrits originaux, et le bureau sur lequel ils ont été produits. La myriade de corrections avant le 3e BAT (ça sent le fichier en « version finale 42 », la terreur des éditeurs).

Bref, travaux à prévoir, on fera peut-être une offre.

samedi 4 janvier 2020

Dominikos l’extravagant

J’ai véritablement découvert El Greco (Domínikos Theotokópoulos) il y a quelques années, en remarquant son style tout à fait différent de ce que l’on trouve sur la période XVIème-XVIIème dans différents musées où ses toiles ne sont pas forcément mises en valeur. Cet aspect brossé est tout bonnement fascinant, surtout à cette époque. On reconnaît toujours un Greco au premier coup d’oeil, et quand on tombe dessus au détour d’une salle, on est toujours happé. Il y a une modernité, une présence, une interprétation artistique radicale et fascinante de la réalité (déformée), dont une exposition-rétrospective complète au Grand Palais vient éclairer la genèse avec curiosité et plaisir.

Car évidemment, on ne vient pas immédiatement à un style aussi unique et radical d’un seul coup. Les premières oeuvres sont souvent conservées sur du bois qui a plus ou moins bien vieilli. Au fil des pérégrinations méditerranéennes de notre héros grec, passé par l’Italie (où il vénère Titien mais tue le père Michel-Ange) et enfin bien établi en Espagne (Tolède), on suit l’évolution du trublion dont on ne sait pas forcément grand chose, sinon qu’il ne mâchait pas ses mots. Arrogant ? Peut-être. Génial ? Sûrement. D’ailleurs on reconnaît les génies à ce que leur époque n’y comprend rien ou pas grand chose (il meurt ruiné, fort vieux faut-il dire à 73 ans, à une époque où le système de retraite n’est pas encore au programme), mais que des siècles plus tard, la réputation grandissante, les inspirés (tel Picasso) se multipliant, la légende s’installant, on leur consacre l’attention et la vénération méritée.

La scénographie de l’exposition (qui dure jusqu’à fin février — la période post-grève rallongera certainement plus la file d’attente qui ne paraissait pas si grande, mais à force d’interruptions, a duré une bonne heure le premier janvier férié glacial) hésite entre le chronologique et le thématique. C’est que la tentation est grande d’accoler des portraits, des traitements religieux (qui rappellent franchement Bosch, au début), des séries de saints Jean et Paul, de barbus, de marchands du temple (dont on voit de fait l’évolution sur les quatre traitements successifs !), etc. Trône aussi le fabuleux Cardinal Fernando Niño de Guevara (vers 1600, période des meilleures oeuvres), vu et revu au MET, dont des étuis à lunette ont été merchandisés.

Généralement, l’essentiel y est — dont quelques pièces de collections particulières, décrochés du salon. Une centaine d’oeuvre, il me semble, que l’on peut admirer en une heure quinze ou trente pour 14€ (le tout à 15% près). Évidemment, ça vaut le détour.

dimanche 19 août 2018

impressionnistes à gauche

Le Petit Palais organise l’une des deux expos parisiennes de l’été dont j’ai connaissance (c’est dire si la période est creuse !), mais n’a pas fait cela au rabais, pour ces Impressionnistes à Londres : les oeuvres présentées, leur nombre et la muséographie sont d’une qualité peu courante, surtout pour le dernier point. Serait-ce l’effet anglais ? Le thème est l’exil à Londres d’une bonne partie des impressionnistes ; à cause de la Commune, de Napoléon 3, du succès qui ne vient pas, les raisons sont diverses. La période couverte va de 1870 à 1904. La première partie de l’exposition traite donc du contexte politique, avec des oeuvres peu communes qui illustrent la Commune, aussi bien que la jolie scénographie de ruines — chose difficilement imaginable que ces bâtiments en ruine en plein Paris, autant les Tuileries, la mairie de Paris ou encore la rue de Rivoli.

On passe ensuite la Manche (en bateau depuis le Havre, arrivée directement à Londres). Nos héros vont y connaître succès ou le plus souvent désillusion — en fait il semble qu’il vaille mieux être connu avant de s’exiler. Ils en reviendront quasiment tous, sauf James Tissot auquel une ou deux salles complètes lui sont réservés — mon accompagnatrice d’être émerveillée de ces intrigues qu’on y devine, à travers le positionnement des personnages et les jeux de regard principalement. Certaines oeuvres étaient déjà de l’expo sur les impressionnistes et la mode à Orsay. On trouve : Daubigny, Legros (bof), Pissarro (encore vert), Sisley. Et quelques autres (dont des trucs moche sur la fin de l’expo).

Il y a aussi bon nombre de Carpeaux, et une salle dédiée au Parlement de Monet, en demi-ellipse, venus des quatre coins du monde (aussi émouvant qu’une rencontre de bottes de foin, un congrès de cathédrale ou un meetup de nénuphars) (jouer aux sept erreurs). Il y a des oeuvres qu’on est allé chercher dans des collections un peu paumées ; ce sont aussi souvent celles qu’on ne peut pas photographier, et la milice interne veille scrupuleusement et avec zèle à ce que la loi féodale locale soit bien appliquée. Résultat : je n’ai pas retenu le nom de l’obscure galerie londonienne qui a prêté quelques Tissot des plus intéressants. C’est bête. J’ai noté une très belle statue de MILF par Jules Dalou — le bonhomme est doué, il est bien représenté. Les cartons sont très intéressants, on peut suivre les petites rivalités et les amitiés, on comprend l’articulation de tout ce petit monde. Après vérification : c’est bien co-organisé par le Tate. Il n’y a pas à dire, c’est un autre niveau. Jusqu’au 14 octobre.

mardi 14 novembre 2017

Hokusai romain

On voit le Museo dell'Ara Pacis quand on traverse le pont en venant depuis la plazza di Spagna vers la place derrière le palais de justice. Manifestement, il recèle beaucoup d’autres choses (on entendait clairement un concert…) que ce que l’on observe directement depuis le pont. Il n’empêche que c’est depuis ce point de vue que l’on a aperçu, avec la souris, la mostra Hokusai. Aller à Rome et voir du Hokusai, c’était tentant. Surtout que c’était franchement vide — mais 11€, quand même, parce qu’à Rome la culture est toujours chère, afin d’assurer certainement que le très nombreux touristes préfèrent rester dehors.

Hé bien elle était fort belle et agréable, cette expo ! Bien agencée, belle scénographie, cartons lisibles, on peut circuler, rien à voir avec Paris. En bonus, la femme du pêcheur — en livre, mais je commence à me demander si elle existe réellement en estampe… Les classiques, de belles vagues, de beau monts Fuji, des cerisiers et des jolis de demoiselles, et puis du Keisai Eisen, son apprenti, mais qui est plus grossier dans les traits. On insiste moins sur sa vie et sa fille, c’est un peu dommage. Mais le contenu est là et sérieux, fort bien agencé. Un grand bain d’ukiyo-e.

mardi 31 janvier 2017

ceci n’est pas une expo

Jolie expo Pompidou avec plein de Magritte dedans, même s’il en manquait quelques uns majeurs. Il y a des cartels traditionnellement écrits en police 8 par un(e) normalien(ne)/charteux(se) sous exta, mais parfois on se demande si ce n’est pas du 3e degré. Une hypothèse est qu’ils n’ont pas tous été écrits par la même personne, et qu’il y en a une qui a parodié l’autre. Parce que Magritte, de son côté, n’était pas la moitié d’un idiot, et s’il n’a pas fait montre d’un talent technique particulier, ce qui le rend singulier est plutôt l’illustration par l’absurde, le vocabulaire, le surréalisme à divers degrés (il y a dispute sur la pureté de tout cela, le surréaliste est une bande à part d’intégristes, comme les autres). Parfois on ne comprend pas, mais souvent on rit et on se dit que c’est génial. Dans le public de l’expo, il y avait beaucoup de gens tristement très sérieux ; ont-il bien saisi le fond ironiquement pertinent de la pensée de tout cela ?…

mardi 13 décembre 2016

Hopper de Rome

Une expo Hopper au Complesso del Vittoriano qui était bien différente de celle du Grand Palais, certes sans les greatest hits (on compte tout de même : South Carolina Morning [1955], Second Story Sunlight [1960], New York Interior [1921], Le Bistro or The Wine Shop [1909] et Summer Interior [1909]), mais qui a largement déshabillé le Whitney Museum de New York (il est fermé, ou bien ?), avec une muséographie sympa, des cartons lisibles, un audioguide compris dans le prix prohibitif bien fichu, soixante oeuvres bien rangées, finalement il n’y a que la clim qui n’allait pas, dans l’histoire (et une souris enrhumée, une ! Ça faisait longtemps. Fille sensible).

Une chouette expo qui paraît-il tourne un peu partout, et qui jusqu’en février fait un bon alibi pour traverser la Méditerranée plutôt que l’Atlantique. Surtout que les horaires sont assez étendus. Il ne manque plus qu’un billet jumelé avec l’autre expo Star Wars de l’entresol, pour que ce soit parfait.

Rome contempo

Le GNAM (Galleria Nazionale d'Arte Moderna) est un peu paumé en périphérie de la villa Borghèse, qui n’a vraiment de villa que le nom, puisque c’est un grand jardin avec quelques bâtisses, et finalement la plus grande est ce très beau bâtiment aux volumes intérieurs impressionnants, d’autant qu’ils sont remplis de vide. Mon oeuvre préférée, c’était ce chiotte couché, en plein milieu d’une salle : au moins, il annonçait la couleur et le foutage de gueule… Il y a quand même deux ou trois choses à sauver, dans cette resucée d’un affreux Palais de Tokyo. On va dire que 90% servirait bien à faire du compost, 8% pas mal du tout, 2% de chef d’oeuvre. Dont un Klimt, les 3 âges. On se demande comment il a atterri ici, le pauvre, dans un coin obscur d’une énième belle salle (car il y a 1100 oeuvres dans 55 salles ! Mais il ne faut pas trop se laisser abuser du name dropping : de Rodin, il n’y a qu’un dessin préparatoire, par exemple).

Heureusement, en ce premier dimanche du mois, le prix était à la hauteur : c’était gratuit !

mardi 6 décembre 2016

bébêtes infernales

« Le mystère Jérôme Bosch » est un documentaire d’1h26 pour amateurs du genre, qui se penchant sur le Jardin des délices, tout ce qu’on en sait (on a vite fait le tour), tout ce qu’on en ignore (ça part vite en cacahuète) et tout ce qu’on peut en penser (des artistes ou des [pseudo-]philosophes ou autres : on part vite dans l’exégèse en free style), se révèle finalement bien meilleur dans le traitement du détail contemplatif que dans le délire interprétationnel. Même Hinata-chan, spécialiste ès-exégèse à l’Occidentale, a trouvé que non, ça allait trop loin rendait le tout finalement plus médiocre. Cependant, grâce à quelques astuces malignes, et notamment un Saint-Mathieu au générique, c’est la première fois que je la vois rester jusqu’à la toute fin.

mardi 1 novembre 2016

musée Botero

Accolé au musée de la banque tout aussi gratuit, le musée Botero de Bogota ne compte qu’un seul étage, disposé autour d’un patio, à l’espagnole. La moitié — si ce n’es plus — des oeuvres exposées est constituée de Botero. Heureusement, il y a aussi des impressionnistes et des contemporains (pas trop moches : les machins à la Palais-de-Tokyo sont au musée de la Banque). Dans la salle des impressionnistes, un ou deux Renoir, Pissaro, Sissey, etc., mineurs mais sympas, histoire qu’il y en ait au moins un de chaque. Idem pour la salle rassemblant du Picasso, Ernst, Braque, and co. Et puis il y a une salle avec Balthus, un très beau dessin d’une jeune fille (seul un sein dénudé se devinant) et un dessin préparatoire (astuce aussi mise en oeuvre pour avoir un Klimt syndical) de la leçon de guitare.

Il y a aussi quelques statues, intéressantes, un Dali avec baguette de pain sur la tête, et surtout du Ernst sympathique. Mais décidément trop, beaucoup trop de Botero, qui a envahi toute la Colombie — on retrouve une place pleine d’énormes statues à Medellin, la deuxième ville du pays. Pas étonnant que les moustiques et les cocos soient vénères, ensuite, dans le coin…

lundi 10 octobre 2016

Rembrandt de salon

Au musée Jacquemart André, il y avait du Rembrandt. Il faut avouer que j’aurais certainement raté l’expo s’il n’y avait pas eu une motivation féminine (je m’en veux surtout d’avoir manqué Araki Nobuyoshi à Guimet — il faudra donc acheter le catalogue). “Rembrandt intime” : il faut dire qu’avec les salles minuscules et le nombre de visites groupées simultanées, on sent beaucoup l’intimité… De fait, il faut un peu lutter pour voir quelque chose : je conseillerais d’arriver en fin de journée, une fois que le gros est passé.

Il n’y a que des portraits et des Christ en croix. La plupart viennent en réalité du Louvre ou de Berlin, il n’y a donc que peu de tableaux ou encres fortes que je n’avais déjà vus, mais les voir dans un ordre chronologique est fort intéressant.

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