humani nil a me alienum puto

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mardi 14 novembre 2017

Hokusai romain

On voit le Museo dell'Ara Pacis quand on traverse le pont en venant depuis la plazza di Spagna vers la place derrière le palais de justice. Manifestement, il recèle beaucoup d’autres choses (on entendait clairement un concert…) que ce que l’on observe directement depuis le pont. Il n’empêche que c’est depuis ce point de vue que l’on a aperçu, avec la souris, la mostra Hokusai. Aller à Rome et voir du Hokusai, c’était tentant. Surtout que c’était franchement vide — mais 11€, quand même, parce qu’à Rome la culture est toujours chère, afin d’assurer certainement que le très nombreux touristes préfèrent rester dehors.

Hé bien elle était fort belle et agréable, cette expo ! Bien agencée, belle scénographie, cartons lisibles, on peut circuler, rien à voir avec Paris. En bonus, la femme du pêcheur — en livre, mais je commence à me demander si elle existe réellement en estampe… Les classiques, de belles vagues, de beau monts Fuji, des cerisiers et des jolis de demoiselles, et puis du Keisai Eisen, son apprenti, mais qui est plus grossier dans les traits. On insiste moins sur sa vie et sa fille, c’est un peu dommage. Mais le contenu est là et sérieux, fort bien agencé. Un grand bain d’ukiyo-e.

mardi 31 janvier 2017

ceci n’est pas une expo

Jolie expo Pompidou avec plein de Magritte dedans, même s’il en manquait quelques uns majeurs. Il y a des cartels traditionnellement écrits en police 8 par un(e) normalien(ne)/charteux(se) sous exta, mais parfois on se demande si ce n’est pas du 3e degré. Une hypothèse est qu’ils n’ont pas tous été écrits par la même personne, et qu’il y en a une qui a parodié l’autre. Parce que Magritte, de son côté, n’était pas la moitié d’un idiot, et s’il n’a pas fait montre d’un talent technique particulier, ce qui le rend singulier est plutôt l’illustration par l’absurde, le vocabulaire, le surréalisme à divers degrés (il y a dispute sur la pureté de tout cela, le surréaliste est une bande à part d’intégristes, comme les autres). Parfois on ne comprend pas, mais souvent on rit et on se dit que c’est génial. Dans le public de l’expo, il y avait beaucoup de gens tristement très sérieux ; ont-il bien saisi le fond ironiquement pertinent de la pensée de tout cela ?…

mardi 13 décembre 2016

Hopper de Rome

Une expo Hopper au Complesso del Vittoriano qui était bien différente de celle du Grand Palais, certes sans les greatest hits (on compte tout de même : South Carolina Morning [1955], Second Story Sunlight [1960], New York Interior [1921], Le Bistro or The Wine Shop [1909] et Summer Interior [1909]), mais qui a largement déshabillé le Whitney Museum de New York (il est fermé, ou bien ?), avec une muséographie sympa, des cartons lisibles, un audioguide compris dans le prix prohibitif bien fichu, soixante oeuvres bien rangées, finalement il n’y a que la clim qui n’allait pas, dans l’histoire (et une souris enrhumée, une ! Ça faisait longtemps. Fille sensible).

Une chouette expo qui paraît-il tourne un peu partout, et qui jusqu’en février fait un bon alibi pour traverser la Méditerranée plutôt que l’Atlantique. Surtout que les horaires sont assez étendus. Il ne manque plus qu’un billet jumelé avec l’autre expo Star Wars de l’entresol, pour que ce soit parfait.

Rome contempo

Le GNAM (Galleria Nazionale d'Arte Moderna) est un peu paumé en périphérie de la villa Borghèse, qui n’a vraiment de villa que le nom, puisque c’est un grand jardin avec quelques bâtisses, et finalement la plus grande est ce très beau bâtiment aux volumes intérieurs impressionnants, d’autant qu’ils sont remplis de vide. Mon oeuvre préférée, c’était ce chiotte couché, en plein milieu d’une salle : au moins, il annonçait la couleur et le foutage de gueule… Il y a quand même deux ou trois choses à sauver, dans cette resucée d’un affreux Palais de Tokyo. On va dire que 90% servirait bien à faire du compost, 8% pas mal du tout, 2% de chef d’oeuvre. Dont un Klimt, les 3 âges. On se demande comment il a atterri ici, le pauvre, dans un coin obscur d’une énième belle salle (car il y a 1100 oeuvres dans 55 salles ! Mais il ne faut pas trop se laisser abuser du name dropping : de Rodin, il n’y a qu’un dessin préparatoire, par exemple).

Heureusement, en ce premier dimanche du mois, le prix était à la hauteur : c’était gratuit !

mardi 6 décembre 2016

bébêtes infernales

« Le mystère Jérôme Bosch » est un documentaire d’1h26 pour amateurs du genre, qui se penchant sur le Jardin des délices, tout ce qu’on en sait (on a vite fait le tour), tout ce qu’on en ignore (ça part vite en cacahuète) et tout ce qu’on peut en penser (des artistes ou des [pseudo-]philosophes ou autres : on part vite dans l’exégèse en free style), se révèle finalement bien meilleur dans le traitement du détail contemplatif que dans le délire interprétationnel. Même Hinata-chan, spécialiste ès-exégèse à l’Occidentale, a trouvé que non, ça allait trop loin rendait le tout finalement plus médiocre. Cependant, grâce à quelques astuces malignes, et notamment un Saint-Mathieu au générique, c’est la première fois que je la vois rester jusqu’à la toute fin.

mardi 1 novembre 2016

musée Botero

Accolé au musée de la banque tout aussi gratuit, le musée Botero de Bogota ne compte qu’un seul étage, disposé autour d’un patio, à l’espagnole. La moitié — si ce n’es plus — des oeuvres exposées est constituée de Botero. Heureusement, il y a aussi des impressionnistes et des contemporains (pas trop moches : les machins à la Palais-de-Tokyo sont au musée de la Banque). Dans la salle des impressionnistes, un ou deux Renoir, Pissaro, Sissey, etc., mineurs mais sympas, histoire qu’il y en ait au moins un de chaque. Idem pour la salle rassemblant du Picasso, Ernst, Braque, and co. Et puis il y a une salle avec Balthus, un très beau dessin d’une jeune fille (seul un sein dénudé se devinant) et un dessin préparatoire (astuce aussi mise en oeuvre pour avoir un Klimt syndical) de la leçon de guitare.

Il y a aussi quelques statues, intéressantes, un Dali avec baguette de pain sur la tête, et surtout du Ernst sympathique. Mais décidément trop, beaucoup trop de Botero, qui a envahi toute la Colombie — on retrouve une place pleine d’énormes statues à Medellin, la deuxième ville du pays. Pas étonnant que les moustiques et les cocos soient vénères, ensuite, dans le coin…

lundi 10 octobre 2016

Rembrandt de salon

Au musée Jacquemart André, il y avait du Rembrandt. Il faut avouer que j’aurais certainement raté l’expo s’il n’y avait pas eu une motivation féminine (je m’en veux surtout d’avoir manqué Araki Nobuyoshi à Guimet — il faudra donc acheter le catalogue). “Rembrandt intime” : il faut dire qu’avec les salles minuscules et le nombre de visites groupées simultanées, on sent beaucoup l’intimité… De fait, il faut un peu lutter pour voir quelque chose : je conseillerais d’arriver en fin de journée, une fois que le gros est passé.

Il n’y a que des portraits et des Christ en croix. La plupart viennent en réalité du Louvre ou de Berlin, il n’y a donc que peu de tableaux ou encres fortes que je n’avais déjà vus, mais les voir dans un ordre chronologique est fort intéressant.

mardi 9 août 2016

Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

Voici un musée qui souffle le chaud et le froid : les salles sont très étrangement climatisé, et si l’architecture est très agréable, le climat l’est beaucoup moins. La muséographie est aussi fort étrange, avec ses salles planquées. Alors qu’on est essentiellement sur un seul niveau, on peut passer à côté du tiers du musée en salles aux portes quasi-dérobées, numérotées bizarrement, et c’est ainsi qu’au deuxième passage j’ai découvert quelques Poussin (sous une grande verrière, où il n’y avait personne — il n’y avait déjà pas grand monde dans le reste du musée), et au troisième passage les impressionnistes.

Les collections sont fort belles, avec les vieux christ du XVème-XVIème (dont un Dürer au Christ déprimé), des chefs d’oeuvres de temps à autre, des découvertes surprenantes comme ce Joos van Craesbeeck, Versuchung des heiligen Antonius, digne d’un Jérôme Bosch.

On finit par découvrir les dernières salles planquées au sous-sol, derrière les lockers. Tellement cachées d’ailleurs qu’en premier lieu, on était sorti, pour faire un tour à l’Orangerie — dont l’entrée même n’est pas si évidente que cela. L’Orangerie, c’est du contemporain, il y a donc à boire et à manger — évidemment, la majorité des croutes présentées sont affreuses. On y trouve un peu son bonheur tout de même, dans un très beau bâtiment aussi (beaucoup plus simplement aménagé).

Voilà un musée qui mériterait d’être plus mis en valeur, et avec son entrée payante, pour finalement quelques très rares visiteurs (à vue de nez, en deux heures, on a dû en compter une dizaine grand maximum), alors que les pars avoisinants étaient assez remplis de monde, un mercredi, il vaudrait mieux rendre gratuit et profiter des quelques dons. Il n’y a apparemment qu’à Londres qu’on ait compris cela — l’organisation allemande offre tout de même des abonnements nationaux fort intéressants, qu’on est infichus de mettre en place à Paris.

mardi 26 janvier 2016

aller aux putes

Aller aux putes en faisant la queue et en public, c’était permis jusqu’à il y a peu au musée d’Orsay. L’expo Courtisanes, c’est dans la lignée des autres putasseries que nous a offert le musée Orsay depuis quelques expos. Avec toujours Robert Carsen pour la jolie scénographie, qui souffre toujours d’une exiguïté incroyable, avec la traditionnelle police 6 pour les commentaires fournis.

Au début de l’expo, on est dans un mode : “toutes des putes”. Si seulement ! Las, on se demande si telle fille de boutique ou tel modèle s’adonnait réellement à un hobby lucratif certes très couru à cette belle époque par les filles plus ou moins jeunes et fermes. C’est mal de nous donner ainsi de faux espoirs. Heureusement, rapidement, on arrive à de la vraie jambe légère : les danseuses. Quelques oeuvres qui mettent l’eau à la bouche, entre deux citations moralisantes de mal-baiseurs.

Et puis une grande partie porno, enfin, mais forcément moins picturale — ici, les tableaux sont photographiés ou filmés, mode gonzo, plusieurs possibilités et agencements, même homosexuels et à trois, corps lambdas rarement excitants, imagination fertile. Les salles sont noires de monde, on a du mal à mater son porno vintage tranquille (perdu la souris et Melendili à ce moment-là, juste avant pour être précis, dans la salle où il y avait les cartes de visite de massage suédois, médical et autres). Il y a plein de jolies filles dans les salles. C’est cool de mater des ginettes se faire trousser dans le jardin en compagnie de mignonnes bourgeoises apprêtées.

C’est ensuite qu’on a Olympia (qui a servi de support à nudité IRL par une artiste qui n’a pas froid aux yeux, mais on en a eu que le vacarme généré, déception — comme la 3D est encore très choquante, seule la 2D N&B étant devenue acceptable en attendant que Katsuni et Rocco n’entre au musée dans 70 ans, l’artiste qui avait déjà montré son origine du monde s’est rapidement faite dégager), et d’autres courtisanes bien réelles, mes préférées, celles qui étaient à l’origine d’une grande bulle spéculative de la chair (d’autant qu’une bonne partie d’entre elles étaient franchement banales… Mais très salopes, donc super-héroïnes). Quelques reliques immobilières (notamment un meuble pour le Prince de Galles, décidément un grand homme même nu). Et des registres — du lourd avec les courtisanes de luxe, du médical outré avec la collection de saloperies transmissibles.

On termine avec encore un peu de porno autorisé, en noir et blanc, et des peinturlures modernes qui font mal aux yeux, où l’on se demande… où sont les putes ?? (Cubistes) Pas mal, mais l'Enfer ou la Mondaine étaient de meilleures expos.

lundi 18 janvier 2016

reine Élisabeth

Je ne sais plus quand est-ce que j’ai découvert Élisabeth Louise Vigée-Le Brun, mais je suis tout de suite tombé amoureux d’elle. Parce qu’elle peint des femmes avec un tel naturel qu’on a envie de les embrasser. Et ça, c’est extraordinaire. C’est louable.

Il est assez incroyable de voir qu’alors que la marie de Paris se creuse la tête pour trouver d’illustres inconnues pour nommer les rues du quartier BNF/Grands Moulins et les stations de tramway, rien n’est nommé d’après notre plus grande peintre, totalement ignorée. D’ailleurs, c’est la première rétrospective qu’on lui dédie en France (et elle vient après une seule autre à New York, il y a des années, de mémoire). On sent le délit de sale gueule parce qu’elle peignait les grands aristos de ce monde, dont elle était tout de même assez proche (notamment de Marie-Antoinette), elle la fille d’un dessinateur et d’une coiffeuse, épouse (plutôt par hasard) d’un marchand d’art aisé mais finalement ruiné. Et encore, l’expo est-elle dans la petite aile du Grand Palais, prise d’assault, trop petite donc hyper encombrée (encore plus pratique avec la police 6 employée partout), tandis que les salles principales sont prises par l’imbécile exposition autour de Picasso, vide — pas même le clarinettiste ne s’y est trompé.

Ça n’empêche pas de se taper des violons féministes à deux balles sur le fait qu’EVLB était déconsidérée parce que c’était une femme, et que c’est d’ailleurs pour cela qu’elle a eu du mal à entrer à l’Académie (où elle a dû se faire coopter par la famille royale, au premier rang de laquelle Marie-Antoinette — ciel, une femme ?). Juste avant qu’on nous dise qu’en fait, c’était parce qu’elle n’était pas d’assez noble extraction. Puis qu’on apprenne (avec tableaux exposés à l’appui, de grande qualité), que sa concurrente de l’époque, Adèle Romany, que l’histoire a certainement tout aussi injustement peu retenue (une noble, pensez-vous !), était entrée en même temps à l’Académie des beaux arts. Manifestement sans problème. Faudrait savoir…

En bas, on a la période de sa jeunesse. La cour française, la famille, les ami(e)s, les inspirateurs, les disciples et les rivales (sur les tableaux ou en tant que peintres). Pratique ces artistes qui ont une chronologie thématique. Parce qu’en haut, c’est l’exil européen après la révolution (dont Elisabeth était peu friande, et je me souviens d’une citation sur le machisme des révolutionnaires et le recul de la place des femmes qui fort étrangement n’a point été mentionné dans cette histoire décidément réécrite par les vainqueurs au stylo rose — une du genre, par exemple : “Les Femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées.”). Elle va en Italie, en Autriche, en Russie, et essaime les chefs d’oeuvres et les commandes, plus ou moins appréciés des têtes couronnées, mais à des tarifs qui lui permettent de mener bon train. C’est une femme indépendante.

Elle avait fait des autoportraits dans sa jeunesse, qu’elle avait laissé un peu partout dans un très grand feeling de self-branding, extrêmement douée qu’elle était pour communiquer et se vendre. Puis on ne sait plus trop à quoi elle ressemble. De toute façon, elle avait aussi un don pour flatter juste assez, que ce soit reconnaissable mais en masquant les défauts. Il semble aussi qu’elle a embelli avec les ans. Et qu’elle a toujours de belles dents — certainement la première à le montrer sur un tableau, une de ses astuces avec le travail en vernis en surimpression (le glacis), les ombres, les joues au blush, la chevelure étonnamment naturelle, l’habillement usuel (même pour la reine, scaaaaandale ! — Faudrait savoir, là aussi… Jamais contents, ces Français).

Mon amour pour Élisabeth Vigée Le Brun n’a pas été démenti par cette exposition que j’attendais depuis longtemps, mais que je n’avais pu aller voir jusqu’à présent, avec mon agenda de fou et tous mes déplacements. Il manquait quelques oeuvres majeures, mais devant toutes celles de collections particulières, on se dit surtout qu’un p’tit Vigée Le Brun dans son salon, ça doit quand même bien claquer…

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