humani nil a me alienum puto

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mardi 24 mars 2020

933ème semaine

Voilà une semaine riche en évènements. Une vraie charnière. Avant le week-end, j’ai suivi un cours extrêmement intéressant d’évaluation des entreprises : ça faisait longtemps (3 ans !) que je ne m’étais pas éclaté comme ça. Rencontre avec des DAF et autres financiers, des gens rationnels, ouverts, un vrai plaisir (et la moitié féminine !). On commençait à percevoir le problème coronavirus. Jeudi soir, ça n’a pas manqué. Effet sur l’école, notre formatrice, et évidemment moi-même, avec les cours prévu sur les trois semaines suivantes, dont le lundi même, avec seulement le vendredi pour s’organiser. Évidemment, c’était du grand nawak.

Dimanche, élections, tenue de bureaux de vote en assesseur suppléant. J’ai contrôlé des cartes de vote (1/3 qui n’en avait pas…), dit « a voté » (qu’une seule fois, snif !) et n’ai pas trop insisté pour faire signer le cahier d’émargement, parce que bon, 25 fois le gel hydroalcoolique dans la journée, ça va un peu…

Résultat des courses : partout une grosse prime au sortant, même avec des affaires judiciaires au cul ; et chez nos cocos, une extraordinaire organisation pour rameuter tous les électeurs (comprenant des limités d’esprit, des procurations d’EPAHD et des Rroms au kilomètre). Impressionnant. On s’est fait laminer. Le lendemain, c’était pugilat ouvert sur la liste Telegram — l’interdiction de réunion n’a pas beaucoup aidé. Je passe sur les aventures de la journée, j’y reviendrai beaucoup plus tard, peut-être…

Et lundi soir, comme on s’en doutait avec tous les bruits de hauts placés, confinement. C’est un peu comme la vie de tous les jours, mais en un peu plus pire, et avec du bordel à gérer sur les déplacements prévus (et donc sur le pognon). La suite des aventures au prochain billet, que je pourrais même espérer publier de nouveau sur le mercredi auquel il est normalement rattaché (au lieu d’avoir six jours de retard), avec sept concerts annulés dès jeudi soir et huit autres depuis…

mardi 17 mars 2020

932ème semaine

Dans le Sud de Paris, une liste anti-coco de centristes avec lesquels j’avais dîné il y a quelques semaines, des gens très bien, n’a pas pu se monter pour cause de parité. Concrètement : il manque des femmes.

Depuis que j’ai commencé à crapahuter dans les milieux politiques, ouverts à tous — et même très ouverts en général —, j’ai remarqué quelque chose : il y a épouvantablement peu de femmes. Pourtant, il n’y a aucune barrière à l’entrée. Preuve en est que plusieurs listes ont des têtes féminines et parmi les premières places on trouve des femmes des plus efficaces. Mais dans le gros des troupes, on remarque aussi deux choses : d’une, le nombre faible ; de deux, une implication dans les choses intellectuelles encore plus faible. Bref, on retrouve les problèmes usuels de la société : la concentration intellectuelle féminine est plus concentrée autour de la moyenne, ce qui engendre moins de talents exceptionnels (et je ne parle même pas encore du sous-ensemble encore plus rare des rationnelles, bien pratique pour tenir dans l’adversité) ; et le désir de pouvoir est probablement moindre (ou en tout cas, ce type de pouvoir).

Il y a dès lors une « prime » aux femmes qui fait qu’on va retrouver dans les premières places féminines des listes désormais obligatoirement paritaires, des femmes de bien moindre niveau que des hommes beaucoup plus éloignés — ou qui même ne pourront pas y figurer. Comme tous les membres de la liste ne seront pas élus, la sanction est simple : la moyenne baisse, on se prive de talents pour une « noble cause » décrétée. À mon avis, cela dessert : il existe (et j’en ai rencontré bon nombre) des femmes totalement exceptionnelles ; mais elles se retrouvent diluées dans une grande médiocrité discriminante (positive — promis). Réduire un individu à son sexe n’est jamais une bonne idée.

Mais le pire, c’est encore dans une ville de quelques petites dizaines de milliers d’habitants verrouillée par les communistes depuis tellement longtemps qu’il faut être armé de bien du courage, si ce n’est de la témérité, pour aller au casse-pipe. Une qualité que l’on trouve moins souvent chez les dames. Et se priver d’une concurrence démocratique sensée face à des communistes retors, pour une question aussi subalterne que d’alterner détenteurs de pénis et de vagins sur une liste de noms (j’ai vérifié, on n’a pas pu me déclarer de l’autre bord), c’est vraiment un luxe de l’absurde absolu. La démocratie est déjà assez malade pour ne pas se rajouter des contraintes de type bien-pensantes. Les bonnes intentions pavent de sacrés enfers…

mardi 10 mars 2020

931ème semaine

Dans la campagne assez bordélique de mes municipales (opération « dégager les cocos — mais sans les faire remplacer par d’autres rouges déguisés »), quelques évènements tombent au hasard, et c’est ainsi qu’on se retrouve à petit déjeuner avec une secrétaire d’État. En l’occurrence, une fort douée, au pédigrée de dingue, et qui a dû prendre récemment une décision des plus absurdes au dernier degré, de celles qui pour d’obscures raisons démagogiques dont on se serait cru enfin libérés avec un gouvernement tout de même prêt à se faire seppuku pour changer (enfin !) notre système absurde de retraites de rentiers ultra-inégalitaire. Et en plus, elle a dû tourner des vidéos ou autres communications pour expliquer que cette décision dangereuse était d’une parfaite logique. Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne, mais enfin la prostitution ne devrait-elle avoir des limites ? Tel n’était pas le sujet.

Alors pendant un peu moins d’une heure, on fait la liste comme au père Noël de tout ce qui chie dans la colle, dans le coin, et qu’on aimerait bien un jour voir résolu, par une règlementation avantageuse ou un coup de chéquier. Mais comme on est dans l’opération de communication dans toutes les mairies du coin, chez toutes les listes du cru, on en vient plutôt à raconter quelques banalités en souriant à la caméra (pour future publication sur les rézo-sociaux, en espérant que quelque futur électeur le voie…), surtout qu’il est assez impossible de maîtriser tous les sujets locaux, faut-il bien reconnaître. D’où quelques déclarations un peu rapides et aussitôt auto-censurées. Voilà comment un incendie pourrait naître.

Un esprit brillant, plein de monde de bonne volonté, un agenda serré, du zapping, il en sort donc un vague jus de chaussette (et une ou deux promesses dans le vent) dont tout un chacun se félicite, et évidemment quelques photos dont l’impact me laisse plus que dubitatif, mais participe à un grand flou de « on fait quelque chose, la preuve ». Ainsi va la politique. Pas étonnant que ça n’avance pas des masses, quand même…

dimanche 9 février 2020

927ème semaine

Depuis que je « fais de la politique », je suis partagé. Déjà, je n’ai pas l’impression de « faire de la politique », du moins pas plus qu’avant, quand j’étais de tous les rassemblements de feu la République des Blogs. Parce que je ne me suis pas maqué avec des fanatiques, probablement. Aussi parce que la liste est un agrégat d’îlots isolés qui ont eu marre de râler alors qu’on peut faire quelque chose : il suffit de se présenter (en théorie). Bref, c’est amateur, et en même temps, n’est-ce pas cela, la vraie politique, la non-professionnalisation ? C’est aussi le principal reproche adressé à notre gouvernement actuel : n’étant pas (forcément) des administratifs de l’ombre plus ou moins apparatchiks, dont on n’aurait donné le choix au citoyen que la promotion d’un tel sur tel autre, et étant une collection de gens de bonnes volontés mais pas si bien alignés par leurs intérêts ni leur idéologie, cela fait forcément un peu brouillon.

Parce qu’il y a quelque chose dans cette entrée sans en avoir eu l’impression — pas de rite de passage ! —, c’est qu’on est à la « vas-y comme je te pousse » entre gens de bonne volonté. Donc, d’un côté, c’est rassurant — combien de fois entends-je « oui mais la politique, tous les mêmes qui ne pensent qu’à leurs pommes » (archi-faux, le militant de base n’a généralement rien à y gagner directement, même si le débat peut devenir rapidement kantien — je pense cependant que les extrémistes sont câblés différemment. Quant aux barons, ce sont eux justement qu’ils faut évacuer sans en créer d’autres, donc en renouvelant les candidats, dont nous formons tous le vivre !).

De l’autre, c’est inquiétant. Comment lire un compte administratif de plus de 200 pages sans aucun manuel ? J’ai mis des heures à décortiquer la chose, puis à comparer avec d’autres villes. Les rapports des cours de comptes régionales ne tombent que tous les dix ans, et effleurent autant qu’un contrôle fiscal (ça va voir un compte mal positionné mais passer à côté d’une gestion immonde). Je pense sincèrement que même les élus ne savent pas exactement ce qu’ils font — j’en vois beaucoup qui sont loin d’avoir la formation et le niveau intellectuel. Il faut aussi se dire que l’administration est clé, mais comment être sûr d’avoir le bon personnel ? On gère plus de deux cent millions d’euros par an, chez moi, combien d’entreprises font un CA pareil ?? (Avec 1800 personnes : gigantesque !) Et ça devrait reposer sur une dizaine de personnes (très grand maximum) que l’on n’a pas choisi et qui jusqu’à présent ont participé à un système qui a fait de la merde et qu’on veut justement dégager ?…

Et puis on ne va pas demander à plus de 50 personnes « militantes » (même très peu idéologisées comme chez nous) d’avoir ce niveau d’expertise — le gros du boulot, c’est quand même de distribuer des tracts un peu partout, coller des affiches (une vraie aventure de tragédie des communs) et faire moult photos et vidéos (jusqu’au ridicule, un rituel de type « j’ai fait ceci, j’étais là, on se motive ! »). Le pire, c’est que pour faire un programme, on nage dans un bordel qu’on espère fécond, tout en étant incapable de pouvoir tout bien ficeler (comment avoir l’expertise d’autant de sujets divers sans même avoir accès non seulement aux experts, mais aussi aux comptes précis, au personnel, à l’historique, bref à toute la situation qui sera héritée ?! Le tout en un temps très serré). L’exercice est plus que contraint, il est perverti par nature. Et je ne vois pas comment il pourrait en être autrement, même en bossant pendant les échéances électorales (quel investissement ! Pour une issue qui ne dépendra pas forcément — euphémisme — de la capacité reconnue d’expertise. J’ai la grande impression qu’il vaut mieux être fort extraverti, d’ailleurs, avec tout le monde qu’il y a à rencontrer, sur les marchés ou en porte-à-porte…).

Ce travail de fond, justement, on pourrait espérer l’avoir dans les partis. Mais là, c’est aussi plutôt le grand bordel (avoir un agenda et un dropbox partagés est devenu mon grand fantasme). Si je veux par exemple accéder aux comptes administratifs d’une ville, je poste un truc sur le WhatsApp ou le Telegram (au choix de si je préfère qu’on soit espionnés par les Ricains ou les Russes) et j’espère que quelqu’un (parmi les quelques uns…) pourra accéder à la demande. Généralement pas, parce qu’en fait, ça n’intéresse pas forcément grand monde. Donc il y a des expertises locales sur certains sujets, parfois très fortes, mais personne qui n’a jamais réellement implémenté un truc de A à Z (on dirait l’entrepreneuriat en bien pire, puisque beaucoup moins de monde et sur des périodes plus courtes). Généralement, un joyeux maelström. Au moins ça permet de rencontrer des gens sympathiques, intelligents, de très bonne volonté, pas radicalisés dans une idéologie (l’avantage d’être au centre, et d’être dépourvu de grand leader à encenser — même si c’est aussi un gros handicap, encore un paradoxe !), mais pas bien structurés, pas bien formés, pas bien armés. Par rapport à ce que l’on voit dans les films américains, on est à des années lumière…

Et c’est ainsi que les tractages organisés à coup de Doodle se retrouvent annulés à la dernière minute faute de tracts, ou que je bloque des dîners sur mon agenda dont je suis souvent au courant de la véritable date qu’une journée ou trois heures avant… (En outre, ça coûte une blinde et bon sang, qu’est-ce que ça boit !!…) Bref, je suis mitigé. Je vois tout ce que l’on peut faire, mais je ne sais même pas si le jeu en vaut la chandelle. Pour se faire emmerder par des fanatiques, conspuer par les idiots ordinaires, gagner une misère (1er adjoint d’une ville de plus de 50k habitants et moins de 100k, c’est 1673€/mois BRUT, par exemple…), en n’étant même pas sûr que son long investissement pourra servir à quelque chose, il n’est pas surprenant, dans tous les cas, que seuls les plus motivés par le pouvoir (donc grosso modo les plus fous) soient le plus attirés. De temps à autre, on peut trouver un vrai philanthrope déjà riche (à la grecque) qui acceptera de se sacrifier, mais franchement, on comprend rapidement que ça ne sera pas tous les jours et qu’en cas de désespoir complet…

mardi 14 janvier 2020

923ème semaine

Donc, je n’ai le temps de rien faire de base, et me voilà engagé dans la campagne municipale. Et le pire, c’est qu’au début, je pensais que de toute façon, dans ma ville qui fut coco avant Marx, on n’avait pas une chance. Mais en fait pas du tout. Et le pire du pire, c’est que forcément, je suis bien câblé pour ces bêtises — le côté analyse, hein, pas le côté extraverti qui doit faire des papouilles à tout le monde. Bref, me voilà en campagne, en train de désosser des rapports financiers de centaines de pages, quand je n’avais déjà plus le temps de dormir. Pas bien raisonnable. Mais on va pas encore attendre six ans que la ville continue de se dégrader, en râlant que rien n’est fait. À un moment, il faut être cohérent et se retrousser les manches.

samedi 2 mars 2019

ramène le vice

Il n’y a que les Américains pour faire un truc comme ça… « Vice » est un OVNI cinématographique entre le documentaire et la fiction, mais pas vraiment comme ces programmes télé où l’on voit des acteurs entre les sessions de témoignage. C’est plutôt du biopic mâtiné de voix off pour expliciter la chose, des textes très libres à l’écran, des génériques au milieu, et même une fin alternative… Adam McKay, sorti du Saturday Night Live et de manière encore moins surprenant, de chez Michael Moore, s’amuse fort avec l’argent des producteurs Brad Pitt et Will Ferrel, et le talent de Christian Bale (quasi-méconnaissable) dans le rôle de Dick Cheney, Amy Adams pour sa femme Lynne Cheney (idem), Steve Carell en Donald Rumsfeld et Sam Rockwell en George W. Bush — ça donne le ton, et en même temps, on y croit immédiatement comme à une caricature des Guignols !

Ascension d’un loser total (intelligent mais branleur, un introverti certainement FJ…) jusqu’à ce que, essentiellement fasciné par le pouvoir, il devienne finalement le vice-président le plus puissant qui soit, véritable président-bis des USA, ce qu’il ne pouvait clairement pas être sur son nom propre, mais ce qu’il arrivera à s’approprier en suppléant l’incapacité du fils Bush. Un intrigant favori des temps modernes ? Un symptôme de ce que le casting démocratique fait ressortir comme profil ? Le génie politique et la bêtise absolue, à l’écran, sur quelques dizaines d’années. L’ambition qui sauve et dévore tout à la fois. Méandres des écuries de l’humanité. Pardon, du palais de la plus puissante des puissances mondiales. Mais si ce n’était que ça : à la fin, pour justifier le maintien au pouvoir, tous les sacrifices sont bons, y compris en se tirant une balle dans le pied sur le long terme (ou comment ISIS/EI a été créé par les gros sabots de la corruption et de l’ambition silencieuse).

Grinçant au possible. Tout en prenant soin de faire même sa (fausse) auto-critique en générique (« it’s liberal », traduit comme il se doit en « c’est de gauche », ce qui fait un peu rire quand même, chez nous, n’est-ce pas…). Le rire jaune dans un pur raffinement.

lundi 16 avril 2018

bande d’idiots utiles

La mort de Staline (« The Death of Stalin ») est un film complètement génialement barré sur le soviétisme par le réalisateur Armando Iannucci, d’après une BD française. En pleine purge, le premier cercle du dictateur général prend le relai à la mort de celui-ci. Épisode de l’Histoire entre Nikita Khrushchev (Steve Buscemi) et Beria (Simon Russell Beale) où le pouvoir suprême est en jeu. Mais surtout, affrontement au sein d’une bande d’idiots utiles au sein d’un système qui marche totalement sur la tête. L’humour est noir, le rire jaune. Nageons joyeusement dans l’absurde hyper violent. Jubilatoire. Évidemment les cocos seront choqués et trouveront le tout vulgaire, alors que c’est certainement le meilleur film sur le soviétisme jamais réalisé. Creuset délirant de la raison, comme dirait Pierre Legendre. L’humour tuera-t-il le soviétisme au-delà de Staline ?

lundi 19 mars 2018

de la vertu de l’homme qui ne pardonne pas

« L’insoumis » est un documentaire de Gilles Perret qui n’est pas bien resté longtemps à l’affiche, mais reste diffusé dans le cinéma gaucho-coco-engagé de l’espace Saint-Michel. Ça nous parle de Jean-Luc Mélenchon pendant la dernière campagne présidentielle. J’ai voté Mélenchon. Mais certainement pas pour les dernières présidentielles. Et les deux raisons se trouvent dans ce film pourtant assez clairement pensé pour être hagiographique, subjectif en creux, jusqu’à omettre certains « détails » grossiers (notamment post-campagne avec la position sur le FN et le comportement indigne de Mélenchon et de la France insoumise en général, mais aussi avec la disparition étrange de Garrido — qu’on entraperçoit rapidement qu’une ou deux fois — et l’effacement général de Corbière, que l’on voyait pourtant partout à l’époque).

Des nombreux moments croustillants du personnage, on retient par exemple cette saillie sur les anciens Trotskystes devenus les nouveaux vegans. Il faut dire que l’équipe de campagne, c’est la team bonnes consciences, avec beaucoup de jeunes (& jolies) filles. Ça fait quand même un peu asso de la buvette, à faire des plans autour de l’assiette de conté, et à un moment on se demande comment diable s’organise la machine qui gère les salles de meetings (plusieurs en même temps, avec les hologrammes), les bateaux et autres manifs — en fait quand il y a de l’orga de guerre, ça mange du faux japonais à emporter, avec des tables en rond : c’est comme ça qu’on fait la distinction.

D’une manière générale, transparaît la sympathie inhérente du personnage, drôle, plutôt attachant, fort instruit, mu d’une vraie volonté, avec un sentiment sincère, non feint, toujours entier, amateur de lait fraise (ah !) mais toujours intransigeant. Et pourtant apparaît aussi la colère, qui le mène à la haine même, et c’est là le côté obscur d’un personnage qui n’aime finalement réellement que des gens qui l’aiment, ou une certaine idée des gens qu’il se fabrique. Ceci est ainsi particulièrement vrai des journalistes, dont il a raison de relever l’indigence générale et particulière, mais qu’il conspue d’une manière détestable même lorsqu’ils sont, en fait, dans leur rôle de miroir — certes biaisé. Cet immense mépris auquel se résume sa réponse est peu à propos pour les fonctions qu’il vise. Déjà parce qu’il n’incarne pas, ni ne cherche vraiment à rassembler — il en est de même lorsqu’il se plaint des réactions qu’il a pourtant cherché à déclencher, par exemple en voulant la révolution économique bolchévique à lui tout seul, puis à voir que les journaux spécialisés s’alarment. Un Macron, qu’il conspue par son hypocrisie du système-anti-système, se montre à l’inverse beaucoup incisif et machiavélique dans sa gestion des médias (ce qui est largement plus le signe d’un homme de pouvoir). Mélenchon, c’est surtout un sentimental émotif ; il faut se méfier des émotifs au pouvoir comme de la peste.

Et ainsi, lorsqu’on parle de sa bibliographie ou de sa pensée (très NIH, un peu du Kant remâché), on se surprend à parler de vertu peu après avoir évoqué l’absence de pardon pour tout un tas de faits. Il y a des choses comme cela qui coincent, et il ne se rend même pas compte, trop occupé à regarder ce que l’on pense de lui. Et ce n’est pas la moindre contradiction pour celui qui assume avoir « été surpayé » comme parlementaire durant de nombreuses années, et avoir tout mis de côté (se moquant au passage à juste titre de Fillon, car il est un très bon commentateur — mais un stratège assez médiocre) : il a une certaine conception de l’économie qui ne semble pas avoir beaucoup de relation avec le réel, même dans sa propre vie privée (dont on ne saura absolument rien du tout)… Mais le plus fort reste sur la nature de ses adorateurs, sur lesquels on se penche peu : il parle beaucoup du peuple, dont il se veut le tribun (référence connue par coeur qu’il recase souvent), mais ce n’est pas les « nigauds » qui iront voter pour lui après être allé se fourvoyer chez Fillon, car le peuple de base vote en réalité extrême droite. Impensé total, tant chez LFI en général que dans le documentaire. La lutte des classes, en réalité, ce sont des fonctionnaires intellectuels un peu déclassés qui se rachètent une conscience sociale à peu de frais (et qui n’ont rien appris des « révolutionnaires » du passé, par un aveuglement typique — idiots utiles ?). Les ouvriers ne mangent pas bio et encore moins végan.

Le documentaire échoue totalement dans cette analyse. Il assume à moitié sa subjectivité, s’essayant à une sorte d’objectivité en concédant une part d’ombre du personnage — et encore, on se demande si c’est bien volontaire. En cela, les incisifs « Le Président », « L’expérience Blocher », ou même « Edouard mon pote de droite » étaient bien plus pertinents, parce que réalisés de l’autre côté, par des réalisateurs curieux de ce qui se passe de l’autre bord de leurs pensées ou valeurs. Gilles Perret est beaucoup trop à gauche pour s’insoumettre lui-même. Dommage, il y était presque. Il n’empêche que ça vaut d’être vu pour tout amateur de l’anthropologie politique.

mardi 16 mai 2017

785ème semaine

Macron ! Macron ! C’est fait ! Le geste fertile ? Il n’y a plus que les ultra-gauchistes pour ne pas voir le trou économique, l’impasse de développement totale dans laquelle la France s’est enfoncée. Mais à droite, les solutions sont absurdes et souvent pires que le mal. On a raté Juppé, qui avait eu, quand le cancer était loin des métastases généralisées actuelles, le tort d’avoir eu raison trop tôt et d’avoir eu la délicatesse d’un gros bourrin. Macron, il a de la chance, mais quand on est un entrepreneur, qui crée son parti ad-hoc au lieu de tergiverser pour récupérer l’existant plein de dettes, il en faut, et surtout ça se travaille : la chance, c’est surtout dû au talent. Et du talent, Macron en a : on observe à vue d’oeil l’apprentissage extrêmement rapide où les erreurs des autres sont intégrées et évitées, et ses erreurs propres corrigées immédiatement. Il a le profil psychologique idéal, d’extraverti (car maintenant il faut l’être, monde médiatisé oblige) porté sur la vie intellectuelle. Concrètement, sur nos temps modernes, avec notre constitution, on ne pourra pas avoir mieux — et comme il sait bien s’entourer, comme un entrepreneur qui connait ses propres limites et est assez malin pour le reconnaître et y pallier, il nommera des gens plus portés sur l’intellect qui suppléeront à merveille — le Messie n'existe pas, mais les dream teams oui.

On pourrait peut-être sauver le malade. On ne voyait pas qui pouvait le faire, il y a peu encore. Si ça n’arrive pas, c’est que, je pense, il était déjà effectivement trop tard.

dimanche 30 avril 2017

783ème semaine

Macron, Macron, petit patapon ! Serait-ce le « geste fertile » que l’on attendait ? Un mec qui ne doit presque rien à personne, qui est globalement apprécié en tant qu’être humain, et qui arrive à faire la synthèse de la chèvre et le chou (en tant qu’INTP, j’approuve) tout en arrivant à ne pas se prononcer à la hâte et se rendre prisonnier de ses propres tractations et promesses, et à ne jamais rien dire de foncièrement idiot ? Certes il a la tête (et surtout l’équipe !) des jeunes arrogants premiers de la classe au bachotage, sans vraiment d’intelligence propre, souvent extravertis et dotés de capacités d’engrangement titanesques, ces beaux-amis-Rastignacs science-poteux qui composent une noblesse d’État abrasive pour le parquet. Mais après la succession de parfaits idiots dignes de la 3e République, quel soulagement d’avoir un cerveau — mais pas un intellectuel per se, certes, en a-t-on jamais eu au pouvoir ? Eh puis il a la hargne, et épouse sa prof de Français. On approuve.

Le problème, c’est qu’il y a une division de plus en plus forte du pays, peu importe les discours méthode Coué : la parfaite idiotie populaire prend des proportions intenses, aidée par la parfaite idiotie intellectuelle (surtout des gauchistes sociaux) qui ne savent pas faire la différence entre un certain libéralisme responsabilisant (mais avec toujours des gardes-fous, ce n’est pas Thatcher ou — pouvait-on le supposer — Fillon !) et les Nazis. Soupçonné de vouloir être à la botte du Grand Capital, qui sait-on jamais pourrait nous mener vers la croissance économique et user notre bon système soviétique pan-étatique tellement efficace et prometteur de jours heureux au chômage (ce que l'on appelle aussi : "accroitre les inégalités", car tout le monde ne serait alors plus joyeusement au fond du même trou), Macron est vomi par une partie de la population qui préfère le doux visage du fascisme, à la vacuité abyssale et la vulgarité impressionnante, représentant tout ce qui est honni à travers le même discours contradictoire (parlons corruption, tiens…).

Alors, je dirais que les temps sont troubles : tapis ? Une chance sur deux ? Si Le Pen passe, au moins la pulsion de mort sera exaucée — et ce sera sans moi, immédiatement. Si Macron passe, ce qui est plus probable, sauf si le nombre de crétins continue d’augmenter, pourra-t-il cependant faire quoi que ce soit (avec cette constante hypothèse qu’il veuille bien faire quelque chose, évidemment, mais je lui prête quelqu’honnêteté intellectuelle et morale) avec une population de tire-au-flancs qu’il faut entièrement ré-éduquer, tellement ils ont été lobotomisés pour entrer dans le modèle soviétique assisté ? La France, c’est le pays où tu vis jusqu’à 83 ans, mais où à partir de 50 ans tu ne peux plus rien apprendre, et tu n’es plus embauchable car trop proche de la retraite 10 ou 15 ans plus tard — ce qui d’une part assure 20 années devant soit à être improductif d’une part, avec un ratio hallucinant de un vieux à charge pour deux employés en activité, et d’autre part laisse dubitatif sur la notion « négligeable » de ce que représente dix années d’activité, c’est-à-dire mon expérience professionnelle actuelle (deux emplois d’ingénieur cadre, un livre, deux sociétés, on peut en faire des choses !), alors même qu’une entreprise standard ne voit pas à plus de trois mois devant elle quand elle a de la chance (mais « entreprise », en France, ça veut dire machin-étatique-obèse géré par une oligarchie unique au monde — sauf là où je suis actuellement, au Kazakhstan, peut-être…). La vérité, c'est que bossouiller 35h/semaine avec pléthore de vacances, ça convient finalement très bien à tous les employés du CAC40 et les fonctionnaires qui crachent à moitié dans la soupe quand ça les arrange. Et c'est toujours à quelqu'un d'autre de payer, évidemment. Le vrai problème sur les-grands-patrons-qui-s'en-mettent-plein-les-fouilles, c'est la corruption, et ça tout le monde s'en fout (tiens, au Kazakhstan, Fillon fait 60%. Ils ont bien pris encore plus le pli !).

Bref, au moins avec Macron on sera fixé : si rien ne change, c’est que définitivement le pays était bel et bien en phase terminale. Parfois, il faut reconnaître qu’il n’y a plus rien à faire, et débrancher. Allez, achetons cinq années d’espoir, au moins…

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