humani nil a me alienum puto

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lundi 27 juillet 2020

foutus cocos

Le film pré puis post-confinement à ne pas rater est « L’ombre de Staline » (Mr Jones, en VO). Il n’est à l’heure actuelle (quasiment) plus diffusé, j’ai pu avoir l’une des dernières séances à l’Odéon, dernière salle parisienne à diffuser. La grande question reste donc de savoir si les petits cinémas d’art et d’essai de banlieue rouge vont en assurer le relai en décalé, comme cela arrive avec les films gauchistes/engagés. Je suis prêt à parier que non.

C’est que le biopic polono-britannico-ukrainien de la réalisatrice Agnieszka Holland sur un scénario d’Andrea Chalupa (100% féminin !), qui débute par la rédaction d’Animal Farm par Orwell (campé par Joseph Mawle), tape exactement là où ça fait mal. Il nous conte l’histoire de Gareth Jones (James Norton, parfait), que j’ai découvert moi-même assez récemment (impossible de retrouver le lien, à présent enterré par le film au-delà de la 12e page Google), justement comme influenceur d’Orwell ; ce dernier, encore plus que le journaliste, était pour le moins séduit par le système communiste, avant d’infléchir son opinion (restant socialiste et de gauche) contre le totalitarisme (et plus précisément le communisme) et rédiger Animal Farm, 10 ans plus tard, puis 1984. À l’époque, le doute pouvait être encore permis : la révolution russe avait une quinzaine d’années, la crise sévissait dans le monde occidental capitaliste. L’URSS affichait des résultats extraordinaires (et déjà bidonnés).

C’est justement parce que les chiffres ne collent pas bien que le jeune Gareth Jones, hyper doué, conseiller de Lloyd George, venant tout juste d’interviewer Hitler en compagnie de Goebbels dans un avion, alertant en vain de la seconde guerre mondiale qui arrivera moins de six ans plus tard, décide d’embarquer pour Moscou et de tenter d’y interviewer Staline. Il va assez rapidement comprendre qu’il est plus simple de se promener chez les Nazis que chez les cocos, ce qui n’est guère bon signe. On contrôle, on muselle et on assassine. Il comprend qu’il se passe des choses en Ukraine ; ça tombe bien, sa mère en vient (le film ne précise pas qu’il s’y était déjà rendu par le passé). En embrouillant la fierté d’un cadre, il s’y fait emmener, mais loin de se faire promener dans un village Potemkine, il s’échappe lors d’un arrêt et prend une correspondance pour la vraie vie.

Et là, c’est le choc. L’enfer. C’est que la population n’est pas seulement réduite en esclavage : elle crève littéralement de faim. C’est l’Holodomor. Des morts jonchent le sol, des cadavres dans les fermes, des orphelins partout. Il se fait voler par les uns, aide quelques autres qui l’invitent à déjeuner d’un bout de viande. D’où vient-il ? De Kolya. Qui est-ce ? Notre grand frère. Il chasse ? Regards gênés des enfants… L’avantage de l’hiver, c’est que ça fait congélateur géant en plein air.

Évidemment, une fois qu’on lui a mis la main dessus, ça ne se passe pas terriblement bien. Mais il s’en sort, et on le fait chanter — son silence contre la vie de sept ingénieurs compatriotes. Orwell, rencontré pour la première fois au retour, conseille de tout balancer. Il faudra une légion d’idiots utiles aussi corrompus qu’idéologisés, dont le Pulitzer Walter Duranty (Peter Sarsgaard) du NY Times, pour que les salopards de communistes fassent efficacement contre-feu. On est en 1933-1934. Les rapports de Malcom Muggeridge sont ignorés, les photos d’Alexander Wienerberger pas encore publiées. Ce seront les trois seules sources directes, in fine. Les communistes, ça a toujours été ça : pour certains aspects (politiques), ils sont d’une efficacité incroyable ; mais pour la gestion, ce sont des sombres merdes. À l’heure actuelle, ça débat encore pour savoir si Staline a explicitement voulu se débarrasser des paysans ukrainiens, faisant 2,8 à 7 millions de morts (avec une côte mal taillée à 3,5 — c’est ça la magie des totalitarisme, on n’est plus à un ou deux millions de morts près !), auquel cas c’est un génocide, ou si oups, pas fait exprès, désolé (surtout que bon, apparemment, ça a aussi tué un tiers des Kazakhs, et que pour la peine, il n’avait pas vraiment de grief contre eux). On est chez les fous, et il y a toujours, en 2020, une armée d’idiots utiles en France, et notamment plus précisément dans ma propre ville — où ils ne prennent même pas la peine de se cacher sous un autre nom, comme « EELV », non non, les purs descendants de ceux qui avaient affichés en 1955 une énorme bannière sur la mairie « merci maréchal Staline ».

Gareth Jones est un génie des langues et de la géopolitique, un homme vertueux, un journaliste extraordinaire. Il sera assassiné, lors d’un reportage en Mongolie, par les services secrets soviétiques en 1935, à pas même 30 ans.

950ème semaine

Premier véritable conseil municipal. J’ai toujours voulu y assister, mais j’avoue que je n’avais jamais pris le temps de me renseigner sur les dates et horaires. Ce n’est pas comme si mon emploi du temps n’était pas déjà bien trop chargé. Mais là, j’avais un rôle à jouer, alors ça valait le coup. D’autant que j’ai beaucoup bossé dessus.

Une tonne de documents à avaler en une semaine. Voilà comment ça marche, la démocratie locale : 400 pages de documents techniques essentiellement financiers, autant de morceaux d’AG pré-écrits où l’on en apprend des vertes et des pas mûres, noyé au milieu des trucs classiques et chiants de type nomminations à la tripotée de commissions diverses et variées. On y voit en action le plus pur clientélisme communiste et la gestion dans l’à peu près des finances publiques, avec une partie non négligeable qui ne doit pas être bien légale, mais comme il n’y a aucun contrôle, tout va bien. L’opposition réduite à peau de chagrin ne peut que faire dans le vaguement symbolique, et n’est souvent pas au niveau — d’un point de vue technique (connaissance, analyse et synthèse des données) que politique (synthèse et prise de parole percutante — déjà, prendre la parole tout court est un challenge hors de portée).

L’affaire est d’une diabolique efficacité dans l’inefficacité. 65 points discutés en 3 heures, dont 30 votés d’un seul coup. Des conseillers de la majorité qui ne comprennent rien et lèvent le bras quand on leur dit de le lever. Même quand il s’agit de voter sur la base de documents qu’ils n’ont pas vu (plusieurs centaines de pages à analyser en quelques minutes, un exemplaire pour 49 posé sur une table que personne n’a ouvert). La blague intégrale. L’argent s’envole ainsi. 50% du PIB bouffé par l’État : on lui donnerait 100%, à ce niveau, ça se démerderait pour être encore en déficit à la fin de l’année. Hallucinant. 180 millions d’euros fumés par des incompétents notoires, mais bêtes politiques nées.

Expédié c’est dépensé !

mardi 14 juillet 2020

949ème semaine

Intronisation des conseillers municipaux dont je n'avais aucune chance d'en être (même si on avait été élu, a priori : vraiment trop loin dans la liste, faite avec les pieds par ma tête de liste). Choix d'une grande salle... insuffisante, il faut être VIP pour pourvoir être dans le public intérieur, sinon c'est avec les familles, à l'extérieur (et là, c'est folklo...). Les VIP, c'est l'aristocratie coco. Tout le monde cherche Assa Traoré, mais elle s'est déjà tirée. Moment tout de même républicain. Geste républicain, à mon sens, de mon opposition — sauf la tête de liste qui n'a pas osé aller aussi loin : vote en faveur du seul candidat à s'être présenté, coco donc (pour un rempilement de mandat). Ça a fait son petit scandale dans nos rangs.

La question est intéressante. Les cocos ne sont pas des enfants de coeur. Certains leur refusent le titre de stalinien, mais je ne suis pas loin de penser qu'ils en héritent toujours directement. Ils peuvent avoir des propos et attitudes civilisées qui dérapent très rapidement ; mais surtout, leur structure incroyable hérite d'un savoir-faire catholique repris ensuite par les régime totalitaire, ils forment leur bataillon dès l'enfance, recrutent, formatent, se reproduisent. Il ne faut jamais sous-estimer un communiste, j'aurai au moins appris cela. De là à les considérer comme des ennemis de la nation, il y a cependant une marge. Il y a en tout cas plus extrémiste qu'eux — et je ne pense pas seulement au RN et autres fachos, mais à LO ou le NPA, dont les candidats chez nous ont encore fait un score misérable. Le coco vit du système, son combat est plus d'apparence qu'un véritable souhait révolutionnaire. Le coco français est avant tout français : mettre en place un goulag impliquerait de travailler, et travailler, c'est tout de même horrible. La réalité est que la CGT sabote le pays par flemme plus que par envie révolutionnaire — ça, c'est l'alibi. Et ce n'est pas pour rien qu'il s'entend fort bien avec le patronat tradi catho "social" : il a le même fonctionnement cérébral (le paternalisme lui va d'ailleurs extrêmement bien !). Il ne faut pas trop se perdre dans leurs contradictions : comme chez les cathos encore, tout est mélangé dans leurs cerveaux, donc il ne faut pas chercher de cohérence (en plus, ils n'ont pas de Jésuites. Faut dire que quand on les côtoie un peu, on se rend vite compte que le niveau est plutôt au ras des pâquerettes... Ça fait longtemps qu'il n'y a plus de tête pensante dans le bordel !).

Bref, ce n'est pas seulement parce que par le passé, j'ai moi-même voté coco que je trouve qu'il était inconcevable et horrible que d'avoir donné nos voix (deux) au seul candidat qui s'est présenté, de manière tout à fait républicaine. Il faut plutôt prendre acte que l'on a été manifestement très mauvais — 65% d'abstention. Et pas seulement à cause du choix de la tête de liste, qui a sur-personnifié la campagne, mais à cause d'une dynamique d'équipe qui n'a pas pris. Et du fameux contexte national aussi, à n'en pas douter (le test est plus qu'en double-aveugle, pour la peine : les villes avoisinantes, parfois avec candidate ou candidat bien plus brillants, se sont pris des tôles trois fois pires !). Mais cela appelle aussi à une grande réflexion sur la démocratie et la manière de faire campagne.

Un dernier mot sur ce point : personne n'a pas parlé finance. Hallucinant et révélateur.

mardi 7 juillet 2020

948ème semaine

Et voilà les élections municipales, 2e tour, enfin. À vrai dire, personne n’a vraiment rien branlé nulle part. J’avais plein d’idées, personnellement. D’autres aussi. Rien n’a percollé. Tout le monde s’est contenté de ne pas faire grand chose. Service minimal. Chez les électeurs aussi. J’ai tenu sur huit heures sans interruption, si ce n’est quelques minutes de permutation, trois bureaux de vote. C’était pas très épique. L’occasion de discuter un peu avec les cocos présents pour assesser — eux, ils sont vraiment légion. Ou de les entendre discuter. C’est étrange, le nombre de dissonance. Ça parle école, médecine, on est bien d’accord que rien ne va bien. Mais bon, ça doit être la faute à un bon dieu démiurge local, parce que sinon, aucun rapport avec le quasi-siècle de communisme local. Rien de rien. Il y a de ces mystères…

Ce qui est certain est qu’il n’y a pas d’opposition à la hauteur. Pour avoir vu d’un peu loin à quoi ça devrait ressembler, on n’y est pas. Et toujours cet amateurisme global, de l’à-peu-près, de la non-capitalisation, c’est assez effroyable. Bouts de ficelles partout. Pour gérer ce qui constitue in fine un pays complet. Ouch. On pouvait un peu s’en douter, mais le voir de près, si ce n’est encore de l’intérieur (pour l’instant, je serais plutôt à l’intérieur de la périphérie), c’est quelque chose, entre le fascinant et l’effroyable.

mardi 24 mars 2020

933ème semaine

Voilà une semaine riche en évènements. Une vraie charnière. Avant le week-end, j’ai suivi un cours extrêmement intéressant d’évaluation des entreprises : ça faisait longtemps (3 ans !) que je ne m’étais pas éclaté comme ça. Rencontre avec des DAF et autres financiers, des gens rationnels, ouverts, un vrai plaisir (et la moitié féminine !). On commençait à percevoir le problème coronavirus. Jeudi soir, ça n’a pas manqué. Effet sur l’école, notre formatrice, et évidemment moi-même, avec les cours prévu sur les trois semaines suivantes, dont le lundi même, avec seulement le vendredi pour s’organiser. Évidemment, c’était du grand nawak.

Dimanche, élections, tenue de bureaux de vote en assesseur suppléant. J’ai contrôlé des cartes de vote (1/3 qui n’en avait pas…), dit « a voté » (qu’une seule fois, snif !) et n’ai pas trop insisté pour faire signer le cahier d’émargement, parce que bon, 25 fois le gel hydroalcoolique dans la journée, ça va un peu…

Résultat des courses : partout une grosse prime au sortant, même avec des affaires judiciaires au cul ; et chez nos cocos, une extraordinaire organisation pour rameuter tous les électeurs (comprenant des limités d’esprit, des procurations d’EPAHD et des Rroms au kilomètre). Impressionnant. On s’est fait laminer. Le lendemain, c’était pugilat ouvert sur la liste Telegram — l’interdiction de réunion n’a pas beaucoup aidé. Je passe sur les aventures de la journée, j’y reviendrai beaucoup plus tard, peut-être…

Et lundi soir, comme on s’en doutait avec tous les bruits de hauts placés, confinement. C’est un peu comme la vie de tous les jours, mais en un peu plus pire, et avec du bordel à gérer sur les déplacements prévus (et donc sur le pognon). La suite des aventures au prochain billet, que je pourrais même espérer publier de nouveau sur le mercredi auquel il est normalement rattaché (au lieu d’avoir six jours de retard), avec sept concerts annulés dès jeudi soir et huit autres depuis…

mardi 17 mars 2020

932ème semaine

Dans le Sud de Paris, une liste anti-coco de centristes avec lesquels j’avais dîné il y a quelques semaines, des gens très bien, n’a pas pu se monter pour cause de parité. Concrètement : il manque des femmes.

Depuis que j’ai commencé à crapahuter dans les milieux politiques, ouverts à tous — et même très ouverts en général —, j’ai remarqué quelque chose : il y a épouvantablement peu de femmes. Pourtant, il n’y a aucune barrière à l’entrée. Preuve en est que plusieurs listes ont des têtes féminines et parmi les premières places on trouve des femmes des plus efficaces. Mais dans le gros des troupes, on remarque aussi deux choses : d’une, le nombre faible ; de deux, une implication dans les choses intellectuelles encore plus faible. Bref, on retrouve les problèmes usuels de la société : la concentration intellectuelle féminine est plus concentrée autour de la moyenne, ce qui engendre moins de talents exceptionnels (et je ne parle même pas encore du sous-ensemble encore plus rare des rationnelles, bien pratique pour tenir dans l’adversité) ; et le désir de pouvoir est probablement moindre (ou en tout cas, ce type de pouvoir).

Il y a dès lors une « prime » aux femmes qui fait qu’on va retrouver dans les premières places féminines des listes désormais obligatoirement paritaires, des femmes de bien moindre niveau que des hommes beaucoup plus éloignés — ou qui même ne pourront pas y figurer. Comme tous les membres de la liste ne seront pas élus, la sanction est simple : la moyenne baisse, on se prive de talents pour une « noble cause » décrétée. À mon avis, cela dessert : il existe (et j’en ai rencontré bon nombre) des femmes totalement exceptionnelles ; mais elles se retrouvent diluées dans une grande médiocrité discriminante (positive — promis). Réduire un individu à son sexe n’est jamais une bonne idée.

Mais le pire, c’est encore dans une ville de quelques petites dizaines de milliers d’habitants verrouillée par les communistes depuis tellement longtemps qu’il faut être armé de bien du courage, si ce n’est de la témérité, pour aller au casse-pipe. Une qualité que l’on trouve moins souvent chez les dames. Et se priver d’une concurrence démocratique sensée face à des communistes retors, pour une question aussi subalterne que d’alterner détenteurs de pénis et de vagins sur une liste de noms (j’ai vérifié, on n’a pas pu me déclarer de l’autre bord), c’est vraiment un luxe de l’absurde absolu. La démocratie est déjà assez malade pour ne pas se rajouter des contraintes de type bien-pensantes. Les bonnes intentions pavent de sacrés enfers…

mardi 10 mars 2020

931ème semaine

Dans la campagne assez bordélique de mes municipales (opération « dégager les cocos — mais sans les faire remplacer par d’autres rouges déguisés »), quelques évènements tombent au hasard, et c’est ainsi qu’on se retrouve à petit déjeuner avec une secrétaire d’État. En l’occurrence, une fort douée, au pédigrée de dingue, et qui a dû prendre récemment une décision des plus absurdes au dernier degré, de celles qui pour d’obscures raisons démagogiques dont on se serait cru enfin libérés avec un gouvernement tout de même prêt à se faire seppuku pour changer (enfin !) notre système absurde de retraites de rentiers ultra-inégalitaire. Et en plus, elle a dû tourner des vidéos ou autres communications pour expliquer que cette décision dangereuse était d’une parfaite logique. Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne, mais enfin la prostitution ne devrait-elle avoir des limites ? Tel n’était pas le sujet.

Alors pendant un peu moins d’une heure, on fait la liste comme au père Noël de tout ce qui chie dans la colle, dans le coin, et qu’on aimerait bien un jour voir résolu, par une règlementation avantageuse ou un coup de chéquier. Mais comme on est dans l’opération de communication dans toutes les mairies du coin, chez toutes les listes du cru, on en vient plutôt à raconter quelques banalités en souriant à la caméra (pour future publication sur les rézo-sociaux, en espérant que quelque futur électeur le voie…), surtout qu’il est assez impossible de maîtriser tous les sujets locaux, faut-il bien reconnaître. D’où quelques déclarations un peu rapides et aussitôt auto-censurées. Voilà comment un incendie pourrait naître.

Un esprit brillant, plein de monde de bonne volonté, un agenda serré, du zapping, il en sort donc un vague jus de chaussette (et une ou deux promesses dans le vent) dont tout un chacun se félicite, et évidemment quelques photos dont l’impact me laisse plus que dubitatif, mais participe à un grand flou de « on fait quelque chose, la preuve ». Ainsi va la politique. Pas étonnant que ça n’avance pas des masses, quand même…

dimanche 9 février 2020

927ème semaine

Depuis que je « fais de la politique », je suis partagé. Déjà, je n’ai pas l’impression de « faire de la politique », du moins pas plus qu’avant, quand j’étais de tous les rassemblements de feu la République des Blogs. Parce que je ne me suis pas maqué avec des fanatiques, probablement. Aussi parce que la liste est un agrégat d’îlots isolés qui ont eu marre de râler alors qu’on peut faire quelque chose : il suffit de se présenter (en théorie). Bref, c’est amateur, et en même temps, n’est-ce pas cela, la vraie politique, la non-professionnalisation ? C’est aussi le principal reproche adressé à notre gouvernement actuel : n’étant pas (forcément) des administratifs de l’ombre plus ou moins apparatchiks, dont on n’aurait donné le choix au citoyen que la promotion d’un tel sur tel autre, et étant une collection de gens de bonnes volontés mais pas si bien alignés par leurs intérêts ni leur idéologie, cela fait forcément un peu brouillon.

Parce qu’il y a quelque chose dans cette entrée sans en avoir eu l’impression — pas de rite de passage ! —, c’est qu’on est à la « vas-y comme je te pousse » entre gens de bonne volonté. Donc, d’un côté, c’est rassurant — combien de fois entends-je « oui mais la politique, tous les mêmes qui ne pensent qu’à leurs pommes » (archi-faux, le militant de base n’a généralement rien à y gagner directement, même si le débat peut devenir rapidement kantien — je pense cependant que les extrémistes sont câblés différemment. Quant aux barons, ce sont eux justement qu’ils faut évacuer sans en créer d’autres, donc en renouvelant les candidats, dont nous formons tous le vivre !).

De l’autre, c’est inquiétant. Comment lire un compte administratif de plus de 200 pages sans aucun manuel ? J’ai mis des heures à décortiquer la chose, puis à comparer avec d’autres villes. Les rapports des cours de comptes régionales ne tombent que tous les dix ans, et effleurent autant qu’un contrôle fiscal (ça va voir un compte mal positionné mais passer à côté d’une gestion immonde). Je pense sincèrement que même les élus ne savent pas exactement ce qu’ils font — j’en vois beaucoup qui sont loin d’avoir la formation et le niveau intellectuel. Il faut aussi se dire que l’administration est clé, mais comment être sûr d’avoir le bon personnel ? On gère plus de deux cent millions d’euros par an, chez moi, combien d’entreprises font un CA pareil ?? (Avec 1800 personnes : gigantesque !) Et ça devrait reposer sur une dizaine de personnes (très grand maximum) que l’on n’a pas choisi et qui jusqu’à présent ont participé à un système qui a fait de la merde et qu’on veut justement dégager ?…

Et puis on ne va pas demander à plus de 50 personnes « militantes » (même très peu idéologisées comme chez nous) d’avoir ce niveau d’expertise — le gros du boulot, c’est quand même de distribuer des tracts un peu partout, coller des affiches (une vraie aventure de tragédie des communs) et faire moult photos et vidéos (jusqu’au ridicule, un rituel de type « j’ai fait ceci, j’étais là, on se motive ! »). Le pire, c’est que pour faire un programme, on nage dans un bordel qu’on espère fécond, tout en étant incapable de pouvoir tout bien ficeler (comment avoir l’expertise d’autant de sujets divers sans même avoir accès non seulement aux experts, mais aussi aux comptes précis, au personnel, à l’historique, bref à toute la situation qui sera héritée ?! Le tout en un temps très serré). L’exercice est plus que contraint, il est perverti par nature. Et je ne vois pas comment il pourrait en être autrement, même en bossant pendant les échéances électorales (quel investissement ! Pour une issue qui ne dépendra pas forcément — euphémisme — de la capacité reconnue d’expertise. J’ai la grande impression qu’il vaut mieux être fort extraverti, d’ailleurs, avec tout le monde qu’il y a à rencontrer, sur les marchés ou en porte-à-porte…).

Ce travail de fond, justement, on pourrait espérer l’avoir dans les partis. Mais là, c’est aussi plutôt le grand bordel (avoir un agenda et un dropbox partagés est devenu mon grand fantasme). Si je veux par exemple accéder aux comptes administratifs d’une ville, je poste un truc sur le WhatsApp ou le Telegram (au choix de si je préfère qu’on soit espionnés par les Ricains ou les Russes) et j’espère que quelqu’un (parmi les quelques uns…) pourra accéder à la demande. Généralement pas, parce qu’en fait, ça n’intéresse pas forcément grand monde. Donc il y a des expertises locales sur certains sujets, parfois très fortes, mais personne qui n’a jamais réellement implémenté un truc de A à Z (on dirait l’entrepreneuriat en bien pire, puisque beaucoup moins de monde et sur des périodes plus courtes). Généralement, un joyeux maelström. Au moins ça permet de rencontrer des gens sympathiques, intelligents, de très bonne volonté, pas radicalisés dans une idéologie (l’avantage d’être au centre, et d’être dépourvu de grand leader à encenser — même si c’est aussi un gros handicap, encore un paradoxe !), mais pas bien structurés, pas bien formés, pas bien armés. Par rapport à ce que l’on voit dans les films américains, on est à des années lumière…

Et c’est ainsi que les tractages organisés à coup de Doodle se retrouvent annulés à la dernière minute faute de tracts, ou que je bloque des dîners sur mon agenda dont je suis souvent au courant de la véritable date qu’une journée ou trois heures avant… (En outre, ça coûte une blinde et bon sang, qu’est-ce que ça boit !!…) Bref, je suis mitigé. Je vois tout ce que l’on peut faire, mais je ne sais même pas si le jeu en vaut la chandelle. Pour se faire emmerder par des fanatiques, conspuer par les idiots ordinaires, gagner une misère (1er adjoint d’une ville de plus de 50k habitants et moins de 100k, c’est 1673€/mois BRUT, par exemple…), en n’étant même pas sûr que son long investissement pourra servir à quelque chose, il n’est pas surprenant, dans tous les cas, que seuls les plus motivés par le pouvoir (donc grosso modo les plus fous) soient le plus attirés. De temps à autre, on peut trouver un vrai philanthrope déjà riche (à la grecque) qui acceptera de se sacrifier, mais franchement, on comprend rapidement que ça ne sera pas tous les jours et qu’en cas de désespoir complet…

mardi 14 janvier 2020

923ème semaine

Donc, je n’ai le temps de rien faire de base, et me voilà engagé dans la campagne municipale. Et le pire, c’est qu’au début, je pensais que de toute façon, dans ma ville qui fut coco avant Marx, on n’avait pas une chance. Mais en fait pas du tout. Et le pire du pire, c’est que forcément, je suis bien câblé pour ces bêtises — le côté analyse, hein, pas le côté extraverti qui doit faire des papouilles à tout le monde. Bref, me voilà en campagne, en train de désosser des rapports financiers de centaines de pages, quand je n’avais déjà plus le temps de dormir. Pas bien raisonnable. Mais on va pas encore attendre six ans que la ville continue de se dégrader, en râlant que rien n’est fait. À un moment, il faut être cohérent et se retrousser les manches.

samedi 2 mars 2019

ramène le vice

Il n’y a que les Américains pour faire un truc comme ça… « Vice » est un OVNI cinématographique entre le documentaire et la fiction, mais pas vraiment comme ces programmes télé où l’on voit des acteurs entre les sessions de témoignage. C’est plutôt du biopic mâtiné de voix off pour expliciter la chose, des textes très libres à l’écran, des génériques au milieu, et même une fin alternative… Adam McKay, sorti du Saturday Night Live et de manière encore moins surprenant, de chez Michael Moore, s’amuse fort avec l’argent des producteurs Brad Pitt et Will Ferrel, et le talent de Christian Bale (quasi-méconnaissable) dans le rôle de Dick Cheney, Amy Adams pour sa femme Lynne Cheney (idem), Steve Carell en Donald Rumsfeld et Sam Rockwell en George W. Bush — ça donne le ton, et en même temps, on y croit immédiatement comme à une caricature des Guignols !

Ascension d’un loser total (intelligent mais branleur, un introverti certainement FJ…) jusqu’à ce que, essentiellement fasciné par le pouvoir, il devienne finalement le vice-président le plus puissant qui soit, véritable président-bis des USA, ce qu’il ne pouvait clairement pas être sur son nom propre, mais ce qu’il arrivera à s’approprier en suppléant l’incapacité du fils Bush. Un intrigant favori des temps modernes ? Un symptôme de ce que le casting démocratique fait ressortir comme profil ? Le génie politique et la bêtise absolue, à l’écran, sur quelques dizaines d’années. L’ambition qui sauve et dévore tout à la fois. Méandres des écuries de l’humanité. Pardon, du palais de la plus puissante des puissances mondiales. Mais si ce n’était que ça : à la fin, pour justifier le maintien au pouvoir, tous les sacrifices sont bons, y compris en se tirant une balle dans le pied sur le long terme (ou comment ISIS/EI a été créé par les gros sabots de la corruption et de l’ambition silencieuse).

Grinçant au possible. Tout en prenant soin de faire même sa (fausse) auto-critique en générique (« it’s liberal », traduit comme il se doit en « c’est de gauche », ce qui fait un peu rire quand même, chez nous, n’est-ce pas…). Le rire jaune dans un pur raffinement.

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