humani nil a me alienum puto

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samedi 12 avril 2014

danse avec les juifs et les arabes

Pierre Dulaine a un rêve : faire danser des enfants israéliens et palestiniens de sa ville natale de Jaffa. À presque 70 ans, celui qui a brillé sur les pistes de danse en couple enseigne à New York, mais veut réaliser ce dernier rêve. Il se fait accompagner pendant plusieurs mois par la caméra de Hilla Medalia, pour un témoignage d'1h24 : "Dancing in Jaffa".

Tout n'est pas simple : il faut convaincre des écoles de mettre en place des cours. Des juives, des musulmanes (où toucher le sexe opposé pose problème), et enfin une mixte. Les échecs à surmonter, coute que coute. Puis il faut marier les écoles entre elles. Et enfin... organiser un concours, où chaque couple est constitué d'un petit garçon et d'une petite fille, l'un palestinienne ou palestinienne, l'autre israélien ou israélienne, les parents mélangés dans le public.

La vision est idyllique, et l'on ne saurait trop s'attarder sur les enfants qui, refusant, sont plus ou moins chassés : le but à tout prix, la paix à tout prix, la vision d'un monde réconcilié par l'exercice politique de la danse à tout prix. Il est difficile de résister à ces belles scènes de partage entre des peuples qui s'ignorent royalement sur un territoire en tension de génération en génération. Pierre Dulaine lui-même, avec son nom pourtant très français, descend d'un irlandais et d'une palestinienne, chassés lorsqu'il était enfant — il parle cependant l'arabe. Sans ressentiment, prenant la mesure de ce qu'il faudra bien que les deux peuples apprennent à vivre ensemble, son projet se veut salvateur.

Évacuer l'aspect politique de la danse, voilà qui en dit un peu plus long — alors même que j'avais en poche "Le désir d'être un autre", de Pierre Legendre, qui ne traite que de cela. Pourquoi diable, à la fin, organiser un concours ? Tout l'occident y est : et finalement, entre ces deux peuples qui se haïssent car ils sont strictement les mêmes, mais en différent, qui ne veulent pas se connaître parce qu'on leur a toujours dit de ne pas se connaître, la troisième voie est celle-là même qui a conduit (mais on a oublié, déjà), à la catastrophe (apogée historique commémorée par les deux peuples le même jour : les uns pour se recueillir du sacrifice fondateur, les autres du martyre de leur désespoir actuel). La troisième voie, ce sera l'occidentalisation. Et l'on s'amuse à voir, parmi les scènes de ces enfants comme tous les autres, qui réagissent comme tous les autres (l'autre n'est pas en premier lieu musulman ou juif : il est garçon ou fille), les particularités des familles protagonistes, comme cette blondinette qui n'a pas de père, sauf que contrairement à la petite palestinienne (dont la mère s'est convertie), qui l'a perdu, son alter-ego israélienne est issue de la banque du sperme. Le multiculturalisme comme solution : seule l'école mixte pouvait remporter le concours.

Il faut se méfier de l'avalanche de bons sentiments : d'un particularisme, ne point faire une généralité. Mais il y a quelque chose de transcendant, qui réussit : on veut y croire. Sans trop se laisser avoir, non sans une certaine amertume de la réalité.

samedi 1 mars 2014

coucou populiste

"L'expérience Blocher" nous apprend déjà quelque chose de fondamental que nous ignorions tous : il se passe des choses en Suisse. Du moins il s'en est passé. Et à l'image du reste du continent, qui plus est, ce qui laisse tout loisir d'étudier ce petit laboratoire. Il s'y est passé Christoph Blocher. Son compatriote francophone (les autres suisses du film massacrant joyeusement l'allemand), Jean-Stephane Bron, nous en livre un portrait rapproché d'1h40, monté de façon assez complexe (pour compenser ?), où les confidences sont racontées en voix off, tout comme les pensées du reporter qui, ne partageant pas le moindre avis avec son sujet, explore cette face janusienne de son propre pays, avec comme vision plus large une parabole pour l'Europe toute entière, en proie à la montée du populisme. Il montre ainsi beaucoup de choses intéressantes, mais échoue à en tirer une analyse correcte, ou du moins en comprendre les ressorts profonds. Ce n'est pas grave, nous pouvons y pallier ; cependant, dans la lignée de "le Président" (avec George Frêche), ce reportage est moins bon, alors que son sujet politique était meilleur. Voilà pour la forme.

Blocher, 73 ans, est passionnant car ses paradoxes sont le miroir même de l'Europe (de l'occident) moderne. Il est né nécessiteux et immigré ; il a appris sur le tas, se faisant remarquer à la ferme puis comme ouvrier, avant de poursuivre des études de droit ; il était doué, il est entré dans les petits papiers de personnes qui lui ont permis, au moment opportun, de se lancer dans les affaires. Il y a excellé, à 40 ans il a fait une fortune faramineuse. Il a profité du néolibéralisme des années 90, il a vendu le savoir faire industriel aux chinois. Il est l'exemple type, l'incarnation même, de ce que le libéralisme économique tend à produire. Et pourtant, d'un point de vue moral, il prend totalement le contre-pied.

Il s'est opposé à la communauté européenne contre toutes les élites de son pays ; et il a gagné, car le peuple pensait comme lui. Sa renommée est allé grandissante, et il a développé son discours, patriotique, anti-immigration, défensif. Il est conspué par tous les autres partis politiques, se fait qualifier d'extrême droite (dont il rallie assurément les membres), les activistes de gauche en veulent (physiquement) à sa personne, il est victime d'un coup fourré à l'assemblée qui lui fait perdre son poste au gouvernement. Bref, il est refoulé. Le peuple, lui, le suit toujours. Et lorsqu'il est en recul, comme récemment, le culte de la personnalité marchant aussi moins bien dans ses vieux jours, on se demande si tout simplement, il n'a pas gagné en réalité : ses idées "réactionnaires" se sont propagées à tous, on retrouve son idéologie distillée dans les discours de ses opposants. Voilà qui nous rappelle des choses, chez nous !

Blocher n'est pas intelligent. Il est malin. C'est un filou, qui sait exploiter naturellement la nature humaine. Il a su mettre à profit son don. Mais au fond, même multi-millionnaire, il reste un homme du peuple (et qu'on ne vienne pas me reprocher d'utiliser "peuple" comme une insulte : "populiste" est un cache-sexe ! Le véritable problème de l'hypocrisie démocratique, et en Suisse on donne fréquemment dans le référendum...). Dans son château au bord du Rhin, il fait venir des chanteurs d'opéra pour pousser la chansonnette (du Rossini, Figaro, ironique !) : le moment burlesque frise le grotesque ; le mégalomane dans toute sa splendeur. Il aime les choses simples, c'est un bonhomme qui a quelques goûts, qui s'est forgé, qui a du caractère. Mais certainement pas un penseur. Il va à l'instinct, en suivant une idéologie qui lui semble la bonne, mais qui est totalement en contradiction avec son mode de vie. Cela, il ne le voit pas.

En face de lui, malheureusement, on ne s'y attarde pas, mais en réalité on pourrait trouver les mêmes problèmes. L'élite politique n'a aucune pensée profonde, use et abuse du prêt-à-penser moderne. Il est "pour", il est "contre", il prend posture. Blocher au moins est une figure paternaliste, contre la simple figure technocrate. Mais au fond, il faudrait montrer que ces gens sont les mêmes, et que c'est bien pour cela qu'ils se détestent, et qu'à force de se côtoyer depuis des années et l'adversité (et quand on voit ce qui s'est passé en UE ces dernières années), à présent, ils se ressemblent de plus en plus.

Blocher est de ces émanations de l'histoire politique qui parfois ont donné des moments cruciaux et destructeurs. Mais il en reste au stade de l'opérette parce que le monde s'est affaibli de son creuset idéologique même : un réactionnaire faisant fortune par l'argent débridé du libéralisme, par le capitalisme exacerbé des acquisitions et des démantèlements d'entreprises, par les outils sophistiqués du management, cela ramollit. C'est une de ces fausses menaces actuelles de l'extrême droite posée en épouvantail. On rate un point : le paradoxe des libéraux est le symptôme d'une maladie dans la pensée depuis 150 ans. Le reportage donne du matériel pour cela, mais échoue à le voir. Dommage ! Reste le portrait d'un homme (que l'on voudrait détestable, pour la bonne morale, mais qui ne l'est point) assez fascinant.

lundi 18 novembre 2013

vieille godasse sur le retour

"Quai d'Orsay" m'a rappelé "L'exercice de l'État". Mais là où le film de 2011 était une tragédie, le film de Bertrand Tarvernier est une comédie grinçante et parodique de cet État boursoufflé français qui rame avec ses moyens dérisoires et datés. Des conservateurs de musées malgré eux courant après le temps. Bref, ça m'a rappelé la comparaison de la France avec une vieille godasse.

Le film réjouit, parce qu'il sous-entend. J'ai mis un bout de temps à comprendre que l'on parlait bien de Villepin (sous les traits de Thierry Lhermitte ! Qui avait d'ailleurs déjà joué un ministre dans une autre comédie grinçante du genre, "Promotion canapé"), mais à force d'Ourse Cannelle obnubilant le Président, de ministre de l'Intérieur qui agace, de poésie à tout bout de champ, du jogging et autres références (la plus amusante à mon sens étant l'apparition en caméo du vrai Bruno Le Maire, qui a commencé sa carrière dans la soupente du ministère des affaires étrangères à ce moment précis, si je ne m'abuse), on commence à se douter — les dates ne peuvent en revanche totalement coïncider avec la réalité. Le point d'orgue reste la toute fin du film, le fameux discours à l'ONU, dont on peut suivre tout l'accouchement difficile par son véritable principal rédacteur, Raphaël Personnaz, le petit nouveau dont on se dit assez rapidement qu'il doit être le scénariste aussi (et pour la peine, la BD que je ne connaissais point a en effet été réalisée par un ancien jeune nouveau du ministère à cette époque-là : ça sentait trop le vécu).

Dérision et impertinente pertinence, quand les papiers volent, que le stabylo est maître — même sur un écran d'ordinateur, chose fort étrange pour un ministre —, que l'on se fait des coups fourrés entre collègues, que le ministre divague et que le chef de cabinet nettoie, gère, persuade, agit dans l'ombre, fait marcher tout le bordel. On ne sait plus trop, assez rapidement, s'il faut en rire ou en pleurer. Tout ce beau monde qui s'agite dans son vieux bocal dérisoire, avec une érudition forte, et une action misérable. On choisit d'en rire, momentanément. Mais on peut suspecter la réalité d'être pire...

vendredi 2 novembre 2012

448ème semaine

Cette semaine, je me suis inscrit pédagogiquement à la fac. Décidément, la fac est le royaume du grand n'importe quoi. Déjà, deux inscriptions, c'est profondément stupide. Il n'y a que les universités franchouillardes pour inventer un tel bordel administratif. Mais pire encore : l'énergie déployée à tout complexifiée est totalement irréelle. Ainsi, il faut déjà savoir par soi-même que l'agenda est publié "quelque part" : en effet, on trouve dans un sous-sous-onglet d'un des sites du cursus une image jpg avec dessus LA SEULE journée où il faut se rendre pour s'inscrire, en pleine semaine, avec seulement quelques horaires possibles (trois le matin, deux l'après-midi). Je rappelle être dans un cursus spécial pour personnes qui travaillent : je vous le donne dans le mille, la grande majorité des gens présents étaient des étudiants en double-cursus et des mères au foyer reprenant leurs études (j'ai aussi vu une mère inscrire sa fille, si j'ai bien compris).

D'ailleurs, je commence à comprendre pourquoi au cours du samedi précédent (oui, les premiers cours étaient AVANT l'inscription, donc la remise des documents : seul un quart de la salle — soit la quantité exacte de redoublants !! — en étaient donc munis, comme on a pu s'en apercevoir au petit sondage de la prof de droit administratif, suite à l'air déconfit de l'assistance, après l'injonction "suivez sur votre voisin" ; ce qui ne l'a pas empêché de continuer à analyser une décision de quatre pages que quasiment personne n'avait sous les yeux), la moitié de la salle avait avoué ne pas avoir fait la L1 du même cursus ! Il en est ainsi d'une femme qui a passé sa L1 il y a 20 ans. Ne me demandez pas ce qu'elle en a retenu, depuis. Toujours est-il que la moitié des matières ont changé, et que la question se pose de savoir ce qu'elle aurait à repasser (et on voit ça le jour de l'inscription, avec le peuple qui s'inscrit). J'ai aussi pu constater que si pour la L1, j'avais fait une bonne heure de queue, avec un monde fou, cette fois, il y avait vingt à trente personnes par slot horaire, soit environ 200 au total en visant un peu large (estimation cohérente aussi avec le monde présent dans l'amphi samedi dernier). Comprendre que non seulement on aurait perdu facilement deux tiers des étudiants, mais en plus, si la moitié vient d'un autre cursus, et un quart redouble... ça veut dire que très peu de monde est passé de la L1 à la L2 du même cursus. Ça laisse songeur (évidemment, aucune statistique communiquée : on n'est pas là pour faire du résultat, à la fac, que diable !).

Bref, j'arrive à 11h et me fait un peu jeter parce que je suis hors-slot horaire. Mais ma question était : d'où sort donc la liste affichée sur la porte où il y un nombre délirant de bidules à apporter sous peine de refus de dossier ? Eh bien sur le site web, pardi ! C'est vrai que j'ai que ça à fiche dans ma vie : éplucher en permanence le site web ! Évidemment, je suis furax en retournant chez moi, pour trouver les conneries demandées. Liste : deux photocopies (pas une, hein, DEUX) du certificat de scolarité délivré par l'université elle-même ; deux photocopies du relevé de notes délivré par l'université elle-même ; deux photos qui sont les mêmes que chaque année (et j'ai déjà dû en envoyer une pour l'inscription administrative — qui m'a été renvoyée, donc elle est manifestement numérisée quelque part) ; une petite enveloppe timbrée, parce que 400€ d'inscription ne permettent pas de se payer une enveloppe avec un timbre dessus (sans adresse, notons : allez savoir à quoi elle va servir, mais je préférais encore payer 402€ mon inscription !). C'est un peu comme Pôle Emploi qui m'a demandé des certificats de l'URSSAF alors que c'est la même caisse. C'est la France. C'est la merde.

Alors une fois qu'on a toutes ses gentilles pièces, et qu'on est prêt à être infantilisé dans une salle à la chaîne avec trois fois le même papier à remplir (enfin non, le jaune et le bleu sont sensiblement différents), la population administrative surabondante (ma favorite, c'est la "Gestionnaire aux inscriptions administratives et du suivi des étudiants de Mayotte et de Grèce") qui ne répond pourtant jamais au téléphone (un peu comme le greffe et les impôts...), devient assez serviable et même aimable, jusqu'à un certain point. En fait, ces gens sont des robots : il faut rester dans le chemin qu'ils se sont tracé (ou qu'on a tracé pour eux : demander de remplir le formulaire stupide qu'on a déjà, trouver qu'on exagère de se plaindre d'un retard silencieux de six mois alors qu'ils sont dé-bor-dés — la faute aux 25 heures ! —, traiter une liste de juifs à bourrer dans des trains, etc.), tout va bien ; mais faut pas venir les déranger en demandant d'utiliser autre chose que le cerveau reptilien, ah ça non ! Malheur à qui ose !

À la fin de ce taylorisme vécu (infligé) de l'intérieur, je me retrouve au même point qu'après une entrevue avec l'inspection du travail — un des summums du guignol-et-compagnie à la française. L'administration est le centre du pouvoir dans un État bureaucratisé — c'est la Rome mourante qui a mis au point le système, pour tenter de se sauver (un indice est caché dans ce bout de phrase...). Administrer, c'est gouverner. L'administration est, en l'état, indispensable. Pourquoi ? Parce que le citoyen (français, mais le mal est partout, allons voir en Inde pour rire...) est infichu de se prendre en charge : il veut se faire materner par l'État (il n'a plus d'Église pour ça). Il ne suffit pas d'être ultra-libéral et de cracher sur toute cette paperasse objectivement totalement inutile : le problème est intrinsèque au fonctionnement psychologique du français. Notre administration stupide, inutilement complexe au mieux, est le miroir de notre être profond.

Il est impossible, actuellement, de gouverner sans l'administration : qui oserait alors expliquer à cet avatar de middle management public grotesque, composé de personnes forcément psychologiquement orientés pour ce genre de taches (pas n'importe qui peut être un robot !), que ça en est trop, qu'il va falloir en mettre un sur deux au chômage (et à titre personnel, je suis prêt à payer pour que les nuisibles ne travaillent pas — on ne peut tout de même pas les mettre au goulag, et puis de toute façon c'est trop cher ce genre de camps), qu'il va falloir réellement travailler au lieu de brasser du vent ? Gérer des dossiers inutiles, c'est un art français : par exemple, un entrepreneur paie beaucoup trop de charges, c'est un fait, mais il va avoir la chance extraordinaire de pouvoir remplir des dossiers pour bénéficier d'une des 70 manières de ne pas en payer (ou de se faire rembourser) une bonne partie. Ce qui fait vivre plein de gens au passage : inspecteur des impôts, pseudo-experts devant traiter traiter les dossiers, et évidemment, sous-traitants pissant ce genre de dossiers au kilomètre. Justement, un de mes amis fait cela, pour le CIR. Sa société de conseil bien connue charge 1000€ de l'heure. Oui, de l'heure (et ça va être les mêmes qui vont m'expliquer que mon travail de haute expertise est trop cher pour ce même tarif à la journée). Pour une production à la valeur ajoutée totalement nulle, puisqu'il s'agit au final de compenser des charges trop lourdes, en fabricant des dossiers plus ou moins pipotés, revus par des incompétents tels que n'importe quel bout de code va être vu comme une innovation, même par une SSII qui ne possède aucun employé dans ses locaux (ce qui est le cas d'autres amis, en l'occurrence). Au final, c'est comme creuser des trous d'un côté et les reboucher de l'autre : ça crée de l'activité et du PIB. Mais aucune valeur ajoutée : ça on s'en fiche, on est en France. Ça crée même des emplois. La LOLF et la RGPP, c'est quand même de la grosse blague : on ne change pas une civilisation avec des lois.

Alors imaginons qu'un président d'université soit tout à coup un non-croulant couillu (oui, ça fait beaucoup, déjà, parce qu'un président ressemble toujours forcément à son électorat — regardez les nôtres, à la République : plus mous, inefficaces ou simplement crétins, est-ce bien possible ?), ira-t-il se mettre à dos ce qui lui permet de diriger son paquebot ? Évidemment que non : la relation hiérarchique sur un groupe soudé est un mythe que même McKinsey n'avale pas (spécialistes ès-rapports qui flattent le middle management tout en ne donnant aucune véritable solution au management de haut niveau — mais de belles notes d'honoraires, en revanche). Nous voilà donc coincés. La seule solution serait de simplifier en douce (par exemple en informatisant tout le merdier, ce qui donne l'occasion de rationaliser : ainsi, Paris I pourrait envoyer le certificat de scolarité à Paris I sans passer par la case "étudiant") ; et d'attendre le départ à la retraite des gens inutiles (ils ne faisaient rien avant, de toute façon ; au pire on pourra créer des "chargés des inscriptions de Saint-Pierre et Miquelon"). Autant dire que ça va prendre quelques années.

Mais qui se lancerait dans une "conduite du changement" (comme aiment le dire les managers hypes) qui ne donnera de résultats qu'au bout de plusieurs années ? Et je ne parle même pas du problème épineux : informatiser, ça veut dire avoir des compétences en informatique. Il n'y a qu'à voir comment marchent Sésame et Apogée, pour faire des choses simplissimes (base de données et relevé de notes, essentiellement, dans une espèce de CRM...), pour se rendre compte qu'on n'est pas sorti de l'auberge. De toute façon, le DSI, que ce soit dans l'État ou dans les grandes entreprises, est toujours le plus incapable des imbéciles impotents (allez, j'ai quelques exceptions en tête tout de même — mais ils ne sont pas restés DSI très longtemps non plus, le poste doit être maudit). Partant de là, on est toujours assez sûr que les mauvais choix seront pris, avec les mauvais sous-traitants, des recettes foirés, des mises en productions repoussées ad vitam eternam (mention spéciale pour Chorus).

Bref, le problème est noué sur plusieurs couches profondément ancrées. Et là, je me dis : bon sang, faut-il se battre pour ça ? C'est une vraie question : l'état de ce pays est inacceptable, une plaie intolérable. Soit on tente d'améliorer les choses (fortes chances d'échec, et au moins tout ce qu'il y a écrit ci-dessus comme obstacles à surmonter), soit on émigre dans un pays plus civilisé (qui a des chances de parler anglais ou allemand, ou une langue nordique...). Et comme d'habitude, on en vient à la conclusion que si ailleurs on avait le même niveau de beauté féminine et de bouffe, il n'y aurait plus beaucoup de questions à se poser — le sacrifice philanthropique a des limites.

dimanche 15 juillet 2012

432ème semaine

La semaine passée, j'ai vu deux émanations geeks péri-informatiques. De type "geek powaaaa".

Le jeudi, Japan expo. Cela faisait quelques années que je sautais l'évènement, et la possibilité d'y aller la première journée, pour moins cher ("seulement" 9€), avec moins de monde (tout est relatif...) m'a assez motivé pour aller faire le tour au parc des expos avec ma carte Navigo illimitée. Déjà, dans le RER, il y avait du geek pure race, déguisé en blanc (et en fille ?? Pas reconnu les persos), du genre à bronzer devant son écran (air maladif garanti). Sur place, déferlement de geekitude extrême.

On pourrait faire de l'ethnologie, j'ai pensé que je devrais y emmener la souris, pour lui montrer. C'est amusant de voir que la population est de plus en plus mixte, et que pas mal de gamins (ados-rebelles) sont déjà dans le trip. L'éventail des référence n'est pas pourtant extrêmement large, on reconnaît plusieurs types de population, dirais-je, et il ne faut pas forcément se fier au déguisement. La Japan expo, c'est un Japon magnifié avec certaines lunettes, qui feraient dire à ma vieille amie japonaise qu'elle n'y reconnait rien de son pays. Très manga, déjà ; des reproductions d'armes qui vont du katana au fusil militaire (le rapport avec le Japon ??) ; et la calligraphie quelques fois repoussée dans les coins. On y trouve un club français de ninjas où pas un seul n'a l'oeil bridé, tandis que le jeune hallucine devant les oreilles de chats révolutionnaires qui tournent automatiquement en fonction des ondes cérébrales captées (joie, mélancolie, etc.) — moi j'ai surtout bavé sur la petite japonaise qui faisait la démo, et ce n'était pas les oreilles qui frétillaient.

Mais la puissance du truc, quoi ! Impressionnant. Monde fou. J'en suis reparti avec de vieux mangas auparavant introuvables, et à présent à prix réduits. Mais même en ayant mis la main sur Basilisk, on peut toujours rêver pour Tekhnolyze. Un espèce de mélange improbable, où l'on peut très bien croiser un parterre de gens en train de karaoker sur... le roi lion. Et pourtant, tout un tas de petites merveilles introuvables le reste de l'année. Mais cette population, quoi ! (le samedi/dimanche est-il moins jeune ?)

Le vendredi, c'était la fabrique de la loi. Ou quand les geeks rencontrent les politologues. Alchimie remarquable, l'évènement aura permis de découvrir des geeks citoyens qui donnent dans l'étude politique (sans trop savoir où mettre les pieds), des universitaires qui s'essaient à la manipulation technique (avec plus ou moins de succès), des politiques (administratifs) qui tentent de s'y mettre, et surtout des initiatives naissantes entre geeks et universitaires qui ouvrent tout un champ formidable. Et l'on ouvrit le Parlement — travail en cours, c'est plutôt malgré lui.

Il faut bien se rendre compte des impacts qu'ont eu des Hadopi en France ou des ACTA dans le monde. Don't fuck with the geek. Avec sa connexion Internet, son diplôme d'ingénieur et sa persévérance, le geek décide d'aller démonter cette machine appelée État qui essaie de l'embêter. Comment s'est fichu cette bête-là ? Passe-moi la clé de 12 ! Le boulot de Regards Citoyens est au-delà du remarquable, et s'affine de plus en plus ; à présent, un partenariat fort avec Science Po (qui accueillait l'évènement international — et vraiment international !! L'Écossais a failli en tuer quelques uns) pérennise en France un mouvement que les vieux universitaires gâteux (je pense à mon prof de sociologie politique, le fameux...) ne voient absolument pas venir. Mais le mouvement est là ! (soyons précis : les plus impliqués seront les geeks, ce qui en profiteront seront les politologues — ce qui élargit déjà grandement le champ des experts impliqués, avec rebond journalistique possible pour le broadcast — ; nul grand public là-dedans, même si la transparence le concerne).

Épatant de voir cette force vive "populaire", y compris des jeunes filles (parfois toutes frêles et jeunes mais über-mignonnes), sur la vague de l'opendata et de l'opengovernement, s'attaquer à un bastion de la rente, la politique, avec des armes de pur savoir. Rafraichissant !

vendredi 11 mai 2012

423ème semaine

Le changement, c'est maintenant ! Alors du coup, dimanche soir, je me suis dit que je pouvais bien me faire un burger. Et puis c'est pas tous les jours que je vois Damien (qui a un nouveau blog, mais c'est Aymeric — aussi présent, avec toute la famille ou presque — qui me sert de fil RSS), Emmanuel de Ceteris Paribus, Eolas, et puis Versac, Dirty Denys (là ça va, on s'était revu pas très longtemps auparavant :)   )... Et donc, à minuit, on a décidé d'aller voir par nos yeux la foule sur Bastille (y'avait de très jolies jeunes filles, d'ailleurs).

Forcément, le gauchiste que je suis est fort heureux, quoique quelqu'un de moins couille-molle m'aurait plus bien d'avantage — mais il ne faut pas être naïf : c'est un tel bordel pour être élu, surtout qu'une bonne partie de la population est assez inculte pour voter populiste de base quelle que soit la chèvre présentée, qu'il valait peut-être mieux rester flou (et l'autre couillon en face, dans la fange, a simplement sacrifié toute morale pour le seul but du pouvoir pour le pouvoir : en arriver là, c'est moche, au XXIème siècle, quand même).

Bref, il y a une image qui m'a beaucoup plu : François Hollande faisant son premier discours à Tulle (impossible de le placer sur une carte avant, et encore je pourrais bien me planter de 50km facilement encore maintenant...), passant dans ces ruelles étroites anti-journalistes (un grand moment de ridicule, même si les courses-poursuites à moto sont indépassables de connerie brute), arrive sur la scène dressée sur la grand place, c'est-à-dire devant la cathédrale.

Je suis en train de lire du Pierre Legendre. Un type de quatre-vingt balais, qui est passé sous les radars d'un peu tout le monde, ça en est assez extraordinaire, surtout avec les sommes intellectuelles qu'il a écrite (et qui sont évidemment passablement introuvables). Coup de bol, j'ai commencé par celui-là même sue Pierre Assouline conseille — billet à lire pour savoir de quoi il en retourne. Et voilà donc une rencontre totalement hasardeuse (le conseil d'un nouvel ami — qui est en fait un ami d'amis, mais je ne le savais pas du tout avant ! —, au détour d'un buffet de free food à l'assemblée nationale — non, je ne vous ai pas raconté ça, mon aventure au pays des cultureux, faut suivre mes live-tweets !), qui est en train de changer beaucoup de ma perception.

Et notamment les aspects religieux profondément ancrés dans la politique, dans les cultes républicains, dans... notre laïcité. Bref, Hollande devant une cathédrale pour une grand messe de sacre, c'était croquignolesque, surtout pour quelqu'un qui veut patcher la constitution pour rajouter une dose de laïcité — à la française. J'espère que tout le monde est bien allé au culte dimanche...

mardi 22 novembre 2011

la gymnastique et l'effort de l'État

"L'exercice de l'État" est un film singulier que j'aurai plaisir à compter dans ma dvdthèque. Après un cours de droit constitutionnel, quoi de mieux, un samedi soir, que de rattraper son retard cinématographique par un film qui entre dans la mécanique du pouvoir ? Pierre Schoeller ne manque pas de ressources ni de surprises — un film produit par les abominables frères Dardenne, et dont il compose aussi une BO de type très contemporain. On commence par une scène de rêve surprenante, qui annonce un symbolisme que l'on retrouve tout le long du film. Des kurokos mettent en place le cabinet ministériel, où une femme nue et offerte se jette dans la gueule d'un crocodile géant. Voilà qui invite à l'interprétation.

La principale, à mon sens, est l'opéra auquel doit assister le ministre, pour l'anniversaire de sa femme, à contre-coeur : le crépuscule des Dieux. Mais l'opéra est annulé, grève à Bastille (petite erreur de réa sur l'heure de début, au passage) : dans ce pays, même le crépuscule marche de travers. Pendant ce temps-là, au cabinet, le directeur parle avec un subordonnée, lui aussi sorti du "sérail" (de l'ENA ou du corps des mines, on comprend) : il fait part de ses doutes, devant "la vieille godasse qui prend l'eau partout" qu'est devenu l'État, et le pouvoir véritable, avec les finances pourries et la perte de souveraineté ; il a donc fait un choix : passer au privé, s'en prendre aux intérêts du ministre (et du ministère ?) sur la privatisation des réseaux ferrés auxquels ils rechignent.

Oui, ce film sonne vrai. C'est un sacré exploit : montrer comment s'articulent les relations au sein du cabinet ministériel, mais aussi entre les ministres, sous Matignon, le tout piloté par la présidence, dans l'ombre. Comment les clashs naissent et se gère, comment fait-on les rois (sur un trône, évidemment — comprendre que notre héros apprend la nomination qui le sauve d'une position politique insoutenable sur la cuvette des chiottes, toujours le symbole). On pourrait se dire que c'est incroyable, ces histoires. Comment se sauve-t-on ? En assassinant un gênant qui brigue le poste-parachute ; oui mais par quelle méthode ? En lui donnant un poste de très haut fonctionnaire qu'il ne peut pas refuser. Toute cette cuisine (puante, lorsqu'on considère les responsabilités et le financement sur fonds publics) dont nous parle Authueil ; qui a adoré.

La performance d'Olivier Gourmet, dans le rôle du ministre des transports, est extraordinaire (on sait depuis longtemps que j'adore cet acteur, qui a un côté goernien d'ailleurs). On le suit quasiment en caméra subjective. Que peut-il faire ? Un accident grave : il doit se déplacer, avec une mise en oeuvre de moyens onéreuse, dans un état de fatigue déplorable, pour finalement ne servir à rien sur le fond de l'histoire. Celle qui ne le quitte jamais : son assistante de communication (Zabou Breitman). Celui qu'il a toujours au bout du fil, son ancrage, dans la tranquillité relative des ors de la République : son indispensable dir de cab (Michel Blanc).

Schoeller décide de jouer sur deux tableaux : la mécanique de l'État, de l'exercice du pouvoir, de la politique, à travers la privatisation dont le ministre ne veut pas, mais pour laquelle il doit avaler son chapeau, renier ses convictions, renier lui-même, renier ses amis, ses proches, sa crédibilité ; et le côté humain, essentiellement avec l'histoire du chômeur longue durée réhabilité comme chauffeur. Car notre ministre est humain, il se recueille, il cherche le contact avec la base ; mais la base est détachée, elle ne comprend plus ce pouvoir qui ne fait jamais ce qu'il faut, ce qu'ils veulent, pire, ce qu'ils disent ; la base est en colère, elle ne cherche même plus à communiquer, elle agresse, elle attaque. Aucune solution n'est trouvée. Dans les transports, notre chauffeur finit (littéralement) broyé ; notre ministre, qui tel le tigre affamé, attaqué, préparait une contre-offensive sanglante, est miraculé. Le court épisode de la fausse-route, lorsque le ministre a failli s'étouffer entre deux dossiers traités à des heures tardives avec son équipe de jeunes renards, trouve là son apogée. Moment humain (discours personnel prononcé à voix basse durant un choeur sarde d'une grande émotion) ; puis retour, bandé mais en vie, dans la fosse dorée du pouvoir. Bataille permanente où l'on n'est jamais sûr des amitiés, de tous les côtés, malgré les invitations. Profondeur psychologique tourmentée des tenants du pouvoir.

On pourrait faire quelques reproches, à ce film, mais son ensemble est tellement d'une bonne tenue, d'une documentation et d'une communication travaillées, pour un véritable traitement original qui ne montre pas des arcanes stéréotypées, qu'on ne peut que le saluer. Un film à voir et à revoir.

samedi 3 septembre 2011

327ème semaine

Il y a une caractéristique essentielle de l'Irlandais (mais que je n'ai pas pu vérifier outre-mesure) dont j'ai oublié de parler : il est très honnête. Le retour en France rappelle que ce pays, coincé entre les latins et les nordistes, est tout de même classés 25ème (sur 178), devant l'Italie. En formation de délégués CE, on en apprend de bien bonnes. Les leviers de corruption ordinaire (non politique) sont nombreux pour les puissants : montages financiers connus, détournements, magouilles, on croit rêver. Mais il faut bien se rendre compte d'une chose : la corruption peut concerner tout le monde. Un peu de pouvoir, et les cas de harcèlement (y compris sexuels) apparaissent. Une gestion de millions d'Euros, et c'est un CE, chapeauté par un syndicat bien connu, qui se retrouve trempé dans des affaires hyper-louches ; connus des politiques, c'est un moyen de pression, notamment dans le dossier des retraites. Nulle réflexion, volonté de bien faire, de bien être des citoyens, seulement un jeu de pouvoir et de chantage. La France.

Mais alors que nous parlons, je me rends compte de quelque chose : tout cela concerne tout le monde, c'est seulement l'échelle qui change. Obtenir des extraits gratuits, connaître un tel qui a la possibilité d'acheter moins cher, piquer dans les réserves avec discrétion, et même... militer pour abaisser la TVA sur (au hasard) les parcs d'attraction. Les plus attentionnés, vertueux, s'y font prendre à force (y compris moi : combien de fois ai-je payé mes six entrées à Disney ? Aucune, mais une seule fois offert, donc payé). Dynamique de groupe.

Et là encore, inculture économique. Mais que voulez-vous, sauver Mickey (déjà multi-milliardaire), c'est extrêmement important pour permettre à des familles pouvant dépenser 40€ x 4 personnes l'entrée le WE (ça ne me semble pas concerner les habitants de Bobigny). Le Président a même eu une très sérieuse discussion à ce sujet avec un ancien premier ministre ; alors même que le parlement a passé beaucoup de temps dessus.

C'est vrai que c'est le problème #1 en ce moment.

mardi 24 mai 2011

généraaaaation ygrèqueue

J'ai longuement hésité : "Ariodante" au TCE marquait trois points (Joyce Donato, Ariana -- X -- Hinata -- Y), mais finalement c'était archicomplet ; "pirate des caraïbes" avait aussi l'air de posséder un bon potentiel hétérosexuel X, comme plan de secours ; mais définitivement, j'aurais préféré pouvoir entrer au théâtre du Vieux-Colombier. 300 places, je me disais que ce serait largement suffisant, pas la peine de s'inscrire ; surtout que j'étais toute la journée avec mon client fétiche (un baby boomer, et un jeune-X aussi), de telle sorte que j'ai vidé prématurément ma batterie de portable ; mais c'est comme ça que j'ai vu, sur tweeter, que le soir il y aurait le premier colloque de la fondation ADN.

Une fondation, voilà qui est étrange, d'ailleurs, quand on sait toutes les démarches qu'il faut entreprendre pour en être (à commencer par être de bien public -- en France, il faut s'affiler à la fondation de France) ; avec une création le 18 mai, ça me semble être un peu fantaisiste. Ils ont en tout cas un membre qui fait particulièrement envie. Non, pas RDDV (il est encore vivant ??). NKM ! NKM, de la génération X ; moi, de la génération Y ; c'est beau.

Parce qu'évidemment, il faut bien une aussi belle paire de jambes pour m'attirer avec un sujet aussi crétin. Et galvaudé. "L'entreprise aux mains de la génération Y". Mais c'était aussi une occasion de live-tweeter comme les grands, avec mon mac sur les genoux ; parce que finalement, on a bien voulu me faire entrer en surnuméraire, avec quelques autres (bah ouais, ma foi, faut toujours garder un quota pour les derniers-minutards, ce qui évite aussi d'avoir des gens peu sûr qui s'inscrivent et bloquent inutilement des places !). Me v'là donc plutôt mal équipé, n'ayant pas prévu une telle soirée : habillé plutôt décontracté (Emling-Armani-Givenchy, quand même), un portable presque à plat pour faire relai WiFi-3G, et un tweeter qui se connecte en mode mobile, pas génial pour avoir la complétion -- du coup, j'ai écorché @Nk_m en @N_km, comment pouvait-elle recevoir tous mes messages énamourés ?

Il y avait un hashtag, mais je l'ai raté pour les mêmes raisons ; c'est bête, parce que le compte officiel n'a fichu grand chose, et les autres étaient consensuels à pleurer. Pas d'amis de la RdB connus, un public assez varié en qualité, mais résolument de droite, avec même des pulls sur les épaules. Gore. Évidemment, avec un début à 18h, on pouvait se demander qui pourrait réellement venir. Parce que bon, d'habitude, à cette heure-là, je bosse, quand même (mais mon client fétiche-qui-paie-très-cher finit à 17h30 maxi). Peu de jeune, et aucun invité à la table-ronde, mis à part l'animateur, qui a conclut comme il a commencé : tout cela n'existe pas. Merci de votre participation !

Avec quelques RH, un super-chef-d'entreprise fort éclairé (Xavier Fontanet, auteur de "Si on faisait confiance aux entrepreneurs : Les entreprises françaises et la mondialisation"), pour la première table-ronde, puis un général (hum !), le PDG d'Ikoula, un chercheur et un prof (évidemment de ESCP, Science Po, Assas, etc.) pour la seconde table-ronde, on pouvait se demander comment on allait faire le tour des poncifs. Et finalement, le débat a été intéressant. Même si par ma foi, on n'a pas totalement mis les pieds dans le plat -- mais le Fontanet a été brillant sur bien des points, en prenant à contre-courant (c'est pourtant un vilain de droite, il aime à le rappeler, même si je le trouve plutôt centriste au final). Pas un seul intervenant "Y" (autre que quelques types du public et une intervention théâtrale résolument stéréotypée, finalement très bon dans l'ironie pour montrer l'absurdité du propos -- était-ce le but ?), et il aura fallu attendre une question à la toute fin pour s'intéresser aux non-bac+5 (avec une grande question "qui sont-ils ?" -- ça sent la vraie vie, tout ça, pas du tout le microcosme). On pouvait se douter que ça allait tourner un peu à la farce.

Finalement, on est parti d'un sujet couillon de grand n'importe quoi, pour en tirer des idées pertinentes et des pensées sur notre management bidon à revoir ; on n'aura pas avancé d'un demi-pouce, mais on n'a pas perdu notre temps en écoutant bien. Dans le public, les interventions sont diverses ; certaines nous laissent songeur parce qu'on n'y a rien compris (même avec un pull sur les épaules, après avoir fait X/HEC/MBA/affiche ton pédigrée -- mais côté réflexion, tu fais juste illusion coco), d'autres sont allumées, mais la majorité est tout de même assez intéressante. On est en tout cas assez loin des gauchistes (à qui j'ai trouvé d'ailleurs un point commun avec les féministes : impossible de discuter, d'argumenter, tout est posture et agression). En plus, la free food est très bonne, et la bourgeoise charmante. Certes on rencontre des collants incroyables (ils sont partout !), mais cette petite bourgeoisie bon teint est assez fascinante d'un point de vue ethnologique ; et les filles y sont jolies (on connaît mon faible pour la jeune bourgeoise bien sapée).

Prochaine rencontre annoncée par NKM (dans le discours de clôture aussi long que celui d'ouverture, deux minutes) : l'économie politique des sexes. Pas de la blague. Dans sa belle robe blanche-grise, laissant entrevoir de superbes jambes minces. Oh... En revanche, elle fume un peu ; et ça, c'est mal.

samedi 21 mai 2011

aiming for the top

C'est l'histoire d'un type qui veut la place du chef. Il ne fait rien comme les autres, il ne ressemble en rien aux autres, il a des manières de rustre, un langage approximatif, une attitude approximative, mais il sait y faire mieux que personne, avec son équipe (d'abord sa femme, puis de joyeux drilles qui lui ressemblent), pour aller là où l'on ne l'attend pas, déverser des flots de démagogie ciblée pour atteindre son but, par tous les moyens, y compris en affrontant les chefs de meute. Il zigzague, il tire à découvert, fait mouche par une espèce de talent insensé, un sens politique extraordinaire pour quelqu'un qui n'a pas l'air si intelligent que ça -- mais malin, ça c'est sûr.

Ce type, c'est Nicolas Sarkozy au cinéma, dans "la conquête". Xavier Durringer a réalisé un film qui n'a strictement rien à voir avec "le promeneur du champ de Mars" : ça tombe bien, ce n'est pas le même bestiau non plus. Et puis,un biopic du vivant du président, en plein exercice, quatre ans après la fin des faits (on suit l'élection en fil rouge de la rétrospective depuis 2002), fallait le faire ; le parti-pris est donc humoristique, léger mais acide ; à l'image de cette étrange bande-son burlesque, une musique de cirque, médiatique, politique. L'amusement public.

L'improbable président a les dents longues et il l'affiche. Denis Podalydès campe à merveille un Sarkozy sans même avoir recours à du maquillage ; il en est de même des autres personnages (Bernard Lecoq en Chirac, Florence Pernel en Cécilia, Hippolyte Girardot en Claude Guéant, Samuel Labarthe en Villepin, etc.) : avec la coiffure, l'allure générale et la manière de s'exprimer, l'imitation est parfaite, et l'on reconnaît les personnages au premier coup d'oeil -- il vaut mieux, car on en appelle un certain nombre par leurs prénoms seulement.

Le film instruit à charge et à décharge, mais sans en paraître. Ceux qui s'en prennent plus dans la gueule sont certainement les journalistes, laquais comme au temps de Louis XIV. On étudie un mécanisme d'ascension totalement original puisque sans retenue (aller à gauche ? Hop, à gauche. À l'extrême droite ? Hop, à l'extrême droite) ; Villepin à Chirac : ce ne sont pas des positions, ce sont des postures ; le président : impostures, plutôt. Certes, mais il utilise leurs mêmes travers, en art martial. Le jeu politique.

Film très intéressant, enrichissant, amusant, distrayant même (et pourtant, c'est grave... Dédramatisation), éclairant (Cécilia, Henri Guaino -- c'est tout de même fou qu'un homme politique ne sache plus écrire seul un discours, tout de même), et qui s'en sort très bien malgré une esthétique de téléfilm (à Cannes ??). À voir.

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