humani nil a me alienum puto

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dimanche 4 septembre 2016

748ème semaine

Début de mon Executive MBA. Il y a un tout petit moins de quatre ans, je dévoilais mon plan d’évasion sociale mis en place déjà deux ou trois bonnes années auparavant.

Ce plan impliquait des ressources financières assez importantes pour présenter un risque élevé de devoir ensuite faire le trottoir chez McKinsey ou au BCG, à raconter de la merde à des cons, pour pouvoir rentrer dans mes frais. Je m’en suis bien aperçu avec un ami qui a fait l’EMBA global de LBS (le Saint-Graal qui m’a refusé in extremis en début d’année, dans d’étranges circonstances, mais peut-être pour mon plus grand bien de 170K$ — sans compter les frais annexes, environ 30K), obligé d’aller cachetoner dans des boulots de merde — en même temps, s’obliger de rester en France pour sa famille, quelle idée, je vous jure.

Changement de plan, donc, mais à peine. Un EMBA aussi original que ma personne : pas mal noté, assez pour être vraiment valable, pas assez pour me titiller sur des détails (du GMAT à l’équipe que je ne dirige toujours pas vraiment — comme tous mes potes startupers, notons !), à un prix de base imbattable, surtout que grâce à la petite astuce qui me coûtait jusqu’à présent un inutile bras — me faire salarier par moi-même —, ça devrait même me coûter zéro. Et c’est ainsi que le plan s’exécute bien.

Et le contenu, alors ? Eh bien : quel régal. En une semaine, des loupiottes s’allument partout dans mon cerveau qui ne demandait que ça. Et notamment, j’ai découvert que je suis INTP. Le test MBTI annonçait tout d’une tarte à la crème, et les manants du consulting cheap post-MBA, prompt à faire du pré-mâché pour un peu de finance, peuvent dévoyer cela avec délectation. Mais les perspectives ouvertes par cette grille de lecture des manières d’être et penser a mis le doigt sur d’importantes caractéristiques que je n’arrivais pas si bien à nommer. Introspectif, intuitif, rationnel et perceptif, je suis pour la première fois de ma vie une vraie caricature à 100%, un archétype parfait. Ironiquement, cela fait plaisir : représentant exacerbé d’une toute petite minorité, ce que j’avais du mal à exprimer s’est tout à coup tenu sur une fiche de personnalité comme une évidence. La prochaine fois qu’on me posera des questions difficiles, qu’il y aura un conflit larvé d’incompréhension, je dégainerai mon : #jeSuisINTP. Et du coup, j’ai déjà ma biographie sur Wikipedia. C’est beau.

jeudi 19 janvier 2012

une méthode dangereuse

"A dangerous method" (titre non-traduit !) est un film hautement intéressant à plusieurs égard. Déjà, la réalisation de David Cronenberg mérite, comme toujours, beaucoup de louanges. Les jeux des acteurs principaux est absolument remarquable : Michael Fassbender (que l'on voit partout ces temps-ci, et on ne va pas s'en plaindre ! Il est polymorphe ce type), Keira Knightley (habituées aux tourments de jeune fille de Jane Austeen, ici bien plus épaisse psychologiquement) et Viggo Mortensen (qui a toujours eu quelque chose me rappelant Fassbender — ou plutôt l'inverse).

Mais c'est surtout le sujet du film qui place très haut la barre, surtout en 1h40 : la genèse de la psychanalyse à travers les personnages (respectivement) de Carl Jung, Sigmund Freud et leur patiente Sabrina Spielrein. Celle-ci est l'élément déclencheur du film : hystérique comme on n'en fabriquait qu'à cette époque du début du XXe siècle, elle est prise en charge par Jung, qui la fait parler selon la méthode de Freud, qu'il na pas encore rencontré. On explore la psyché et à travers elle une société de nantis aux troubles peu avouables, pétris de réprobations sexuelles.

De Sabrina, surtout après l'intervention quelque peu nihiliste de Otto Gross (Vincent Cassel) — un coup de fouet et ça repart ! —, on se concentre sur la relation inter-psychanalystes. Au programme : sur-interprétons-nous, divergeons sur nos pensées doctrinales et enfin... tuons le père. Tout un micromonde d'intellectuels (ou la juiverie revêt un aspect particulièrement important), explorant le monde inconnu (ou non nommé ? Ou plutôt : non objet de soin) de l'esprit et de ses tourments.

Le film a bien des mérites, à nous montrer les relations entre ces trois personnages extrêmement riches. J'en attends avec impatience quelques commentaires d'éclairé(e)s sur ces sujets et leur traitement. Pour ma part, j'ai totalement adhéré : fin, intelligent, pertinent, original. Du très bon cinéma.

jeudi 17 février 2011

299ème semaine

Cette semaine, j'ai fait découvrir de l'intérieur le monde des bac+5 à la souris. C'est que depuis le temps que je lui en parle, il fallait bien que je le lui prouve. Par exemple, cette semaine, j'ai relu les slides les plus horribles que je n'ai jamais vu (pire que celles qu'on a nous en interne) : blindés de longues phrases de haut en bas écrits en police rouge vif et en mauvais français, tableaux énormes où l'on ne comprend rien, classification des idées mélangeant tout et n'importe quoi, c'est simple, pour un sujet qui relève de ma spécialité, en trente planches, je n'ai rien compris. C'est triste.

Mais encore, là, c'est juste du travail (donc de l'activité fictive : au final, c'est toujours l'État qui paie des projets qui rament à de grosses boîtes -- et au moins eux, ils n'ont pas de problème de budget de CE). Mais dès qu'il s'agit de politique, on atteint rapidement les sommets de l'indigence intellectuelle. Et ce chez des personnes qui sont même de très grands amis, des gens très bien sous tout rapport. Très polis (même s'il peut arriver de sortir avec un flingue, sait-on jamais), très ouverts (sauf avec les Arabes en général, mais même avec tous les Arabes connus -- qui eux sont très bien, contrairement "aux autres" --, ce qui inclut des petites amies -- oui oui), et même quelque peu cultivé (la référence implicite à Hammourabi n'est en revanche pas perçue, faut pas abuser).

Des gens qui sont des scientifiques, à fond, qui ont fait des maths et tout. Mais qui n'arrivent pas à tenir un seul raisonnement cohérent qui ne se contredise pas toutes les trois lignes. Qui ne peuvent apporter aucune source sérieuse étayant leurs dires, même s'ils sont certains de ce qu'ils avancent. Qui préfèrent attaquer sur la forme (accusée d'être péremptoire, ou trop longue [!!] ou trop documentée) que sur le fond face à des arguments irréfutables. Qui préfèrent vivre dans un monde fantasmé, et accuser les réalistes d'être eux dans le rêve et le déni de réalité. Et j'en passe.

Bref, la caricature d'un débat sur la laïcité (déjà caricatural en soi). Mais ça ferait certainement du bien, pour en revenir à ce débat, de lire les mails que je reçois (et la souris aussi, à présent, fiat lux), qui fleurent fortement la haine raciale. Parce que c'est vers cela, et précisément vers cela que l'on tend. Quand on entend "échec du multiculturalisme", assertion sans aucun fondement sérieux, il faut prévoir la "mission-débat" sur l'intégration des musulmans décidée dans la foulée. L'hypocrisie est toujours le premier ennemi.

Qui plus est, ce mouvement extrémiste s'accélère visiblement : visitez les commentaires du Figaro, du Point, et de quelques autres encore. Réagissant à la pétition de l'institut pour la justice (un nouveau groupement de fachos victimistes très actif), en avançant les véritables faits, la véritable biographie du suspect, etc, et concluant qu'on n'allait tout de même pas mettre a priori des innocents en prison par suspition d'un éventuel acte horrible, je me suis fait qualifier de... criminel ! C'était d'ailleurs avant le rapport officiel, qui passé à la moulinette journalistique (que n'arrange pas Google : les premières réponses sont toujours le Figaro, le Point et le Nouvel Obs) devient une série de défaillance alors même que tous les magistrats sont mis hors de cause. Les penseurs concernés s'étranglent et reprennent les fondamentaux.

Ce lundi, Méluche était opposée à Marine sur BFM tv. Un vrai débat politique : Le Pen assène, Mélanchon note et réplique argument par argument, sans rien oublier, avec de formuler ses contre-propositions. Au-delà même de savoir si l'on n'est d'accord ou pas avec Méluche (et avec le personnage, les deux étant toujours à distinguer), on est bien loin des questions de terroir (Jacob vs DSK) ou autres conneries. On est dans une opposition entre le préjugé et l'argumentation. Toujours est-il que l'argumentation, c'est-à-dire la réflexion, ne touche absolument pas le politisé de base.

Pourquoi ? La raison est bassement psychologique. Il s'agit de remettre en cause son système de pensée. Ce qui a l'air simple est en réalité à la base d'une évolution de l'humanité à pas de fourmis. Prenez, dans les sciences, un grand mathématicien tel que Hilbert : jamais n'a-t-il pu admettre que Gödel avait raison. Parmi les philosophes, c'est même la caractéristique de base -- ce qui permet la construction de théories fumeuses et contradictoires entre elles sur des fondations quasi-inexistantes. Les physiciens font un peu plus d'efforts, puisque leurs théories sont régulièrement remplacées de fond en comble -- c'est ce qui leur a permis aussi de ruiner la philo sur leur domaine. Les économistes se cherchent, mais les vrais, pas les rigolos (même bac+18), ont toujours une méthode clairement exprimée (obédience universitaire oblige). Les sociologues sont attaqués, mais ils ne s'en sortent pas mal du tout.

Toujours est-il que l'immense majorité de la population, ou des spécialistes pris en dehors de leurs domaines, ou des politiciens (spécialistes en rien, généralistes en quelque peu) sont incapables de sortir de leurs schémas irrationnels. Mais il reste de l'espoir pour les plus intelligents. Ce que j'aimerais, avec ma provoc' et mon air hautement "pédant" (je cite), c'est d'arriver à insuffler cela : arriver à remettre en cause son système de pensée, si l'on n'y trouve pas de base solide, s'extraire de ses préjugés. La forme n'est peut-être pas idéale, mais après quelques millénaires d'échec (lisez Confucius : tout y est, sauf nous), on peut essayer autre chose, non ? Je suis sûr que vous pouvez comprendre.

Tenez, un bout de Confucius pour la route : Le Maître dit : « Étudier sans réfléchir est une occupation vaine ; réfléchir sans étudier est dangereux. » (II.15)


add: billet d'Eolas sur les rapports en question ; malheureusement probablement trop long pour les simplistes, qui préfèreront toujours appeler à la peine de mort.
add2: Telos, du multiculturalisme et de nos propres errements.
add3: Marine LePen remercie l'UMP et ses "débats" sur l'Islam (avec un peu de chance, elle fera 25% au lieu de 15 grâce à eux, dit-elle)
add4: exemple d'expression de haine (not. raciale) pure, sur un billet qui justement la dénonce, avec mon commentaire dedans en réponse aux excités

lundi 9 mars 2009

la femme phallique

C'est par là...

(quant à cette femme qui pense, c'est déjà trop tard)

dimanche 8 mars 2009

de la plus pure forme de maternité (et de paternité aussi)

J'entends des conservateurs coincés (catholiques ou non, mais ceux-là sont toujours les meilleurs) s'insurger contre les propos de Carla Bruni, qui disait que "l’adoption est peut-être la forme la plus pure de la maternité", en rapport avec son désir tardif de nouvel enfant, qui serait biologiquement contraire à la nature. Comprendre que les femmes artificiellement enceintes à 60 ans souffrent plutôt de délire psychologique plus qu'elles n'ont envie de transmission inter-générationnelle. Et que réduire la filiation non pas à une opération biologique d'engrossement (pardon : un papa, une maman, un mariage pour la vie -- ce sont les mêmes) mais à un amour inconditionnel du prochain dans son apprentissage est "pur" : mot à connotation très difficile depuis 60 ans, rappelons-le, il faudrait plutôt parler "d'essence".

Car si je vous dit "l'adoption est l'essence même de la paternité", voilà qui au moins enlève tout risque de me reprocher de ne pas vouloir sacrifier mes fines jambes et ma taille de jeune fille. Il y a un nombre impressionnant d'enfants malheureux, abandonnés, miséreux, orphelins, à quoi bon en créer d'autres ? En fait, c'est très simple : le désir d'enfant est profondément égoïste, on le sait déjà, mais bien plus lorsqu'il s'agit de vouloir reproduire son nez, ses oreilles, et la couleur de ses cheveux. Ça, c'est biologique, reproduction de l'espèce dans ce qu'il y a de plus commun au niveau animal, pas la peine de s'en cacher, aucune notion de "bien" ou de "mal" derrière cela (le hobby préféré du coincé, bipolariser le monde). Que l'on prenne le temps d'y penser, et de transformer ce désir pour faire d'une pierre deux coups en permettant à un être humain destiné au malheur (parce que nous sommes dans un monde égoïste, là encore : moi, ma famille, mon village, ma nation, et peut-être les autres s'il me reste du temps) d'accéder à un autre niveau d'existence, n'est-ce pas là, intellectuellement, la meilleure des filiations ?

Au lieu de déformer les propos des "bobos", les bien-pensants feraient mieux de penser tout court. D'autant qu'ayant déjà eu un fils par voie "normale", la Bruni pouvait être dédouannée a priori de toute pensée malsaine. "Impures" correspondraient plutôt à ces critiques de névrosés que je lis ou entends.

jeudi 18 décembre 2008

la nouvelle joyeuse idée : censurons le net

Encore une affaire, c'est terrible : un ado de 15 ans, voulant imiter une vidéo sur le net s'est tué avec un sac en plastique. Première remarque : on n'a pas attendu le net pour se suicider plus ou moins volontairement avec un sac en plastique (il y a même eu un warning sur les sac de grandes surface pendant longtemps, vous souvenez-vous de la chouette ?). Mais là, c'est inédit : on a voulu imiter une vidéo youtubesque. Le premier qui dit qu'il y a quelques années (oh, une bonne dizaine, il y a prescription) deux couillons s'étaient fait exploser avec une poubelle en voulant refaire McGyver sort.

Donc, il faut réagir. On a déjà tenté d'interdire l'adolescence (dit "âge bête") sans succès. On a déjà voulu interdire le suicide (des catholiques aux Anglais) : sans succès non plus. On a tenté d'interdire la bêtise, mais ça aurait fait trop de chômage parmi les politiques (et pour un plan de reclassement, ça va être trop difficile, la grande majorité n'a jamais travaillé dans une vraie entreprise, en fait ils ne savent pas faire grand chose mais il ne faut pas le dire). On est en train d'interdire les sacs en plastique (un début de réponse ?). Mais ce n'est pas suffisant, il faut agir, l'avenir de nos adolescent influençable est en danger : c'est à cause d'internet !

Eh oui, le suicide est la seconde cause de mortalité chez l'adolescent, juste après les accidents de la route ou avant l'anorexie (dont on ne parle que chez Delarue -- ah non, pardon...), mais celui-ci est de trop : un contrôle s'impose sur cette loi de la jungle, cette zone de non droit qu'est le média de masse obscur(e) Internet, ou nos enfants risquent tous de périr. C'était l'avis des deux chroniqueurs de ce matin (Marianne et le Point, me semble-t-il) sur i>télé, reprenant l'avis des autres journalistes tout aussi cons unanimes. Mais il y a eu mieux, ensuite.

Il y a eu Frédéric Lefebvre. Une chère avec une étiquette de droite aurait pu se faire élire dans les Hauts-de-Seine, mais Lefebvre, ça... (on se consolera en se disant qu'en réalité il était second sur la liste après Santini et a juste pris sa place, mais quand même) Et donc il était l'invité politique de ce matin, juste après les deux chroniqueurs. Et il nous a montré tout son talent d'orateur, qui heureusement est limité à ce qu'il a raconté comme ânerie trois jours auparavant, de telle sorte qu'il est plus aisé de retracer ses paroles :

L’absence de régulation financière a provoqué des faillites. L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ?

Oui, quand même. Et ce type est payé par nos impôts... Bref, il a réitéré (c'est un multi-récidiviste) son soutien d'un contrôle de censure par le CSA du contenu d'Internet, sans rire. En fait, il pense peut-être à un grand pare-feu à la Chinoise -- c'est cool, il n'y a qu'à leur racheter, en plus ça nous fera de bonnes relations, on s'entend toujours entre néo-fascisants. Quand je pense que l'on cherche à réduire le nombre de fonctionnaires pour alléger la dépense de l'État... (en tout cas, le gouvernement a raison sur un point : il faut vraiment écrémer)

Outre la connerie intrinsèque de nos "élites", qui me gène juste un peu (ah, mais la liberté d'expression...), c'est surtout le symptôme d'une société repliée sur ses névroses qui m'inquiète. Cet ado n'était pas mal dans sa peau, nous dit-on, c'est vraiment parce qu'il a vu cette vidéo, et qu'à 15 ans, vous savez, ça fait deux (et pas trois) ans que l'on peut être jugé pénalement responsable et aller en zonzon, mais on n'est pas capable de savoir que l'on peut s'étouffer en se mettant un sac en plastique sur la tête. Et l'on revoit ces temps-ci notre spot publicitaire (qui ne passera plus sur France télévision ?) gouvernemental sur les dangers d'Internet, qui outre le fait d'insinuer qu'un robot destructeur de jeu vidéo transformera votre fils en tueur en série au collège, ou le fait que votre garnement voie des nichons est très mal pour sa santé mentale, nous "rappelle" que votre petite fille de 10 ans se fera certainement violer par un pédophile "prédateur", à force se surfer sur le net.

Bon, le seul petit problème, c'est qu'il n'y en a pas vraiment. On a eu des adolescentes (ah, décidément, l'âge bête) qui ont fugué avec des éphébophiles, et n'ont pas même été violée. On a eu des vidéos, qui avant circulaient sur VHS sous le manteau et maintenant sur le net, mais une vidéo n'a jamais violé personne (hint : il n'y a pas de marché de la pédophilie sur vidéo comme il y en a un de la pornographie, surtout lorsque lesdites vidéos sont accusées de circuler sur des circuits de diffusion P2P gratuits ! De même, prétendre que ça "inspirerait" des pédophiles en sommeil va non seulement à l'encontre des études montrant qu'au contraire cela sert de défouloir à pulsion, mais est aussi insulter l'intelligence qui devine que les relations sexuelles mêmes perverses existent depuis bien avant l'invention de la vidéo). Et puis c'est tout. Dutroux n'avait pas le net (et il ne téléchargeait pas les gamines). Et en oubliant que la grande majorité de viols de petites filles sont en fait de l'inceste (et ça c'est du tabou !), en prenant le soin à la place d'accuser un média de transmission (parmi d'autres, avait-on tenté d'interdire les VHS lorsque les vidéos clandestines circulaient comme cela ? Et les appareils photos avant ?), sous prétexte que celui-ci est bidirectionnel (le "prédateur" à l'affut derrière son clavier guette les petits nenfants sur les chan de discussion "dessins-animés" de Caramail, c'est bien connu), je ne suis pas vraiment bien convaincu que l'on règle le problème de ces petites filles (et garçons, n'oublions pas la parité), qui pendant qu'un Lefebvre essaie de justifier des lois d'Albanel puantes sans le dire, souffrent quant à eux réellement -- et les instrumentaliser ainsi ne relève pas de la plus haute vertu, on le devine.

En attendant, trois adolescents se suicident aussi par jour, et personne n'en parle aux JTs ni au Parlement. Sauf lorsqu'ils l'ont annoncé sur leur skyblog.

lundi 1 septembre 2008

thérapie de groupe pour démetteur en scène®

Je pique évidemment l'expression à Lea Ariana, que j'ai de nouveau le droit de linker ("c'est compliqué"©). Il ne s'agissait pas de Kušej, mais de Stefan Herheim : porte-jarretelles au rendez-vous tout de même. Ca devient commun, à force. Hier soir sur Arte, après un Visconti dont la suite sera ce soir même, la soirée Thema était consacrée à Wagner, avec en seconde partie un reportage sur Bayreuth (que je ne suis pas arrivé à retrouvé sur Arte+7). Et l'on y voyait la dernière mise en scène à la mode (elle n'a changé que huit fois depuis la création, apprend-on) de Parsifal. On se souviendra du tollé à Bastille de la mise en scène commise par Warlinounet (vaut mieux s'en souvenir, parce que Youtube s'est mis en mode "sourde oreille" maintenant, la bonne nouvelle c'est que les commentaires sous la vidéo en question n'ont pas été supprimés, c'est juste que je n'y ai plus accès). Voilà donc l'arrivée, pour ce festival 2008, que dis-je, l'invasion dans le sein des seins non seulement des porte-jarretelles, des nazis, des ailes d'anges noires, des talons haut rouges (ah, c'est un homme évidemment qui porte tout ça), des putes de bordel pour les filles-fleurs, et de l'uniforme d'écolier règlementaire pour Parsifal.

"N'ayez pas peur" (©Jean-Paul). Quand on sait qu'il faut attendre au moins neuf ans pour avoir une place (peut-être moins maintenant, avec le papy boom, mais c'est pas sûr, c'est de plus en plus résistants les vieux, surtout les riches), ça ne donne plus trop envie tout à coup (à moins de vouloir se faire tirer le portrait gratis -- on dirait Cannes, au secours !). L'AFP titre : Avec "Parsifal", Bayreuth applaudit à la rédemption de l'Allemagne (RTL et bien d'autres reprennent la dépêche par copier-coller). Et ça n'a pas l'air de choquer outre mesure qui que ce soit...

En fait, de plus en plus, la (dé)mise en scène, ça ressemble à de la thérapie de groupe dans un théâtre ; il n'y a qu'à voir le peu de cas qui était fait de l'interprétation de l'oeuvre wagnérienne lors de l'interview pour le reportage. "Bonjour, je m'appelle Stefan, et je suis un démetteur en scène" -- "Halo Stefan !".

lundi 30 juin 2008

non, ce n'est pas la minute schopy

Il y a quelque chose qui m'insuporte au plus haut point avec les femmes au boulot : le côté maternel. Je n'en ai rien à faire dans l'absolu que mon collaborateur ait un pénis ou un vagin, mais à chaque fois, le problème revient, tôt ou tard. Ça faisait longtemps que je n'y avais été confronté. Chez les hommes, on vous prend pour la bonne poire, le petit jeune, c'est surtout la raison pour laquelle j'ai quitté ma précédente société ; j'aime bien être pris au sérieux (ce qui est le cas actuellement, et aussi dans l'école dans laquelle j'enseigne, à un niveau très surprenant, même, et tout se passe pour le mieux). Mais chez les femmes, il y a toujours cette dimension, plus ou moins latente et exprimée (parfois au quotidien, surtout au milieu d'un parc à geek, qui ne savent tellement pas se gérer, c'est à se demander comment ils ont si bien réussi leur ascension sociale, pense l'assistante de direction).

Tout à l'heure, faisant face à une mini-crise d'hystérie au téléphone de la RH (forcément féminine, c'est une des lois universelles de la nature), et alors que je m'agaçais un peu de ce qui m'était dit (l'inorganisation, c'est bien lorsque chacun l'a dans son coin, pas quand on fait chier les autres avec), en essayant de le prendre légèrement (surtout avec l'excitation de l'autre côté du fil), j'ai eu droit à un "ça ne me fait pas rire", qui m'a beaucoup rappelé ma maman dans ses grandes heures, sur le ton et sur la forme.

La phrase-type. Je me suis débarrassé du combiné, puisqu'on me l'a demandé, à mon chef direct qui a dû gérer la crise, et surtout renvoyer dans les cordes (c'est un misogyne total, mais il s'est retenu). L'effet ne s'est fait sentir que plus tard, pour ma part. C'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup, ma RH, mais j'ai déjà assisté à ce genre de comportement à mon égard, du genre "mon fils c'est pas bien ce que tu fais, je te gronde un peu" (c'est d'autant plus désagréable quand on a une position sociale plus importante, au final, parce qu'on a perdu l'habitude de se faire traiter ainsi). La prochaine fois, il faudrait que je pense à envoyer chier. Je ne suis pas son gamin, pas même son subordonné. C'est que ça blesse l'honneur, ce genre de comportement. Et l'instinct maternel, j'en ai rien à foutre, j'ai déjà dû supporter ma maman, ça ira comme ça.

Je pense très sincèrement qu'avec le comportement chipie (à opposer au comportement timide maladive, plus rare, mais j'en ai un exemplaire juste à côté -- une technique, pas une communicative, évidemment), c'est exactement le genre de chose qui cantonnent les femmes dans l'entreprise à des tâches très précises et encadrées (l'excuse du non-contrôle de la natalité était déjà bien limite avant, il est éculé depuis bien 40 ans à présent !). Et pour le coup, même en relation humaine, ça a péché grave. Je ne suis pas rancunier, mais cette petite phrase, mine de rien...

mercredi 9 avril 2008

hasard du calendrier

Alors que ma Grande Amie réapparaît, et apparemment pleine de vie (si tu passes par ici : branche ton téléphone ! :)  ), Roselyne Bachelot, ministre de la santé, prend le problème de l'anorexie à bras le corps. Si si, on s'est rendu compte qu'il existait quelques filles (oh, quelques unes, on donne les chiffres de 30 à 40.000 concernées en France -- "surtout jeunes", c'est être bien optimiste --, j'ai plutôt lu du 5% de la population féminine, depuis le temps que je m'y intéresse, et d'ailleurs j'en connais au moins trois parmi mes lectrices, qui ne sont pas forcément plusieurs milliers s'il faut respecter les proportions d'un tirage aléatoire), qui rencontraient quelques malheurs de ce côté. Il était temps ! Rappelons que la recherche sur le sujet pâtine quelque peu (on sait surtout qu'on ne sait pas grand' chose), qu'il n'y a aucune solution miracle et "automatisable" (traiter cas après cas, ok, mais combien de centres lorsqu'il faut plusieurs hospitalisations de plusieurs mois ?), et qu'entre soins psychiatriques (parfois lourds -- drogage aux anti-dépresseurs --, voire même délirants, on s'en rappelle), et soins nutritionnels, c'est toujours le nutritionniste qui mène la guérison -- il est certes plus apte à pallier le principal problème à courte échéance, à savoir la dégénérescence corporelle, mais rechutes après rechutes, il est plus qu'évident que la réelle solution passe par le mental !

Et donc, que pensez-vous que le ministère de la santé nous ait sorti ? Des centres adaptés ? (qui pour l'instant se comptent sur les doigts d'une main, le principal spécialisé étant privé, fondé par PPDA après le suicide de sa fille) Des fonds pour la recherche ? Une armée de thésards interdisciplinaires déployés sur le sujet ? Que nenni.

Une loi !! Qui interdit le "pro-ana", l'apologie de l'anorexie (souvent, pour ne pas dire tout le temps, menée par des anorexiques elles-mêmes), à l'image des lois contre l'apologie au génocide, ou contre leur négation pour un certains nombres d'entre eux (et dont on connaît à la fois le pendant philosophique douteux, et les effets plus que nuls). C'est le summum du crétinisme absolu. C'est n'avoir rien compris à la question, ou s'en foutre éperdument. On qualifie ça de "bonnes intentions", tout en rajoutant que :

Y a-t-il un lien entre les images de jeunes Russes «size zero» (soit une taille 30 ou 32) et l’anorexie ? Les psychiatres s’accordent à dire que non. Stéphane Clerget, un pédopsychiatre qui a soigné des mannequins, rappelle que l’anorexie «est une maladie mentale très ancienne qui existait bien avant l’imprimé, les blogs et les défilés de mode ; l’époque valorise le fait d’être mince et les femmes suivent de plus de plus de régimes, soit ; mais jamais je n’ai vu d’anorexique l’être devenu par imitation. Les causes sont plus complexes : analytiques, neurobiologiques, peut-être même génétiques.»

Tu parles ! C'est prendre les filles malades pour des débiles profondes que de croire que c'est en voyant trois images de mannequins pas bien épaisses (j'ai remarqué à quel point Fashion TV les films tout le temps en train de manger, des pommes, des salades, des glaces, juste avant les défilés, on dirait qu'ils exorcisent quelque chose à force), peut-être sur des magazines féminins qu'elles ne lisent pas (si vous voulez voir un joli défilé d'anorexiques, ce sera au concours d'entrée de l'ENS, section littéraire), que tout à coup, elles se mettent en tête de ressembler à ce "canon de beauté" imaginaire (info : les garçons préfèrent les filles bien en chair -- parfois même carrément en surpoids --, et se fouttent au passage de la taille de la poitrine aussi, quoique l'expérience tendrait à montrer que les petites tailles ont plus de succès). C'est "un peu rapide", comme on dit. N'importe quoi. Et bientôt, l'interdiction pour les mannequins trop maigres de défiler (c'est un peu comme s'en prendre aux putes, et pas au proxénètes, pour atteindre ces derniers, en somme). A quand une loi pour interdire l'anorexie tout court, histoire de s'en débarrasser définitivement ? J'attends la prochaine réaction sur un autre sujet majeur ignoré du bon ministère (et pourtant, le Président en est quelque peu atteint) : la migraine ; je propose une loi pour interdire l'apologie des céphalées, ça ne peut plus durer ainsi !


edit: et une charte aussi ! Comme c'est original... Entre publicitaires et promoteurs de la mode, n'importe quoi ! Si je recroise Roselyne à l'opéra, je lui en toucherai un mot...

mercredi 26 septembre 2007

regards sur l'anorexie

Laurent m'envoyait hier un lien vers la campagne de No-l-ita en Italie "No-anorexia", qui a financé le photographe Toscani -- un habitué des campagnes chocs -- pour prendre quelques clichés et en assurer leur diffusion publique à grande échelle (double-page dans "la Repubblica", et grands panneaux dans le pays). Il se trouve que cela fait du bruit, beaucoup de bruit. Et si hier j'émettais des réserves par mail, je pense que l'on peut tirer quelque chose de tout ça. Dans l'absolu, cependant, l'on est en droit de s'interroger ; deux cas se présentent, déjà : soit l'on y connaît quelque chose, soit l'on n'y connaît rien.

Je trouve l'approche certes brutale, mais après tout il y a des photos encore plus violentes sur le net. Et je puis vous assurer qu'elles ont beau être connues des jeunes filles -- ma Grande Amie m'en a montré dans son TPE de terminale (que j'ai lu en sa compagnie, à l'hôpital ; elle a eu 20) --, ce n'est pas ça qui aura un impact. Parce que c'est une maladie psychiatrique (il ne faut pas avoir peur des mots, tout un chacun comporte son lot de névroses), et que si avoir connaissance de la maladie par la malade (et même par l'entourage), et la reconnaître, est déjà un grand pas (le déni est longtemps de mise), ce n'est pas cela qui entraînera de facto la guérison (mais parfois, oui). Mais surtout, elle pose mal le problème : l'anorexie n'est pas causée par l'industrie fashion, les cas sont beaucoup plus anciens que le médias, et pis encore, remontent à des temps où les cannons de beauté étaient bien en chair, sinon en graisse -- il est cependant difficile de chercher dans l'Histoire, à l'époque des famines, et de l'enfermement des femmes hystériques ou seulement victime de quelque névrose sérieuse. Il est certain cependant que la tendance actuelle de la minceur n'aide pas. Le mannequinat n'est que la partie la plus visible tant elle est caricaturale et excessive, avec ses filles qui n'ont pas même 16 ans, et à qui l'on promet (et qui l'obtienne, d'ailleurs) voyage, célébrité, fun, et sommes d'argents astronomiques, à condition de marcher et surtout d'avoir le poids requis -- en l'occurrence bien en-deçà de ce qu'il faudrait pour leur âge, et même pour vivre correctement tout court. Mais il suffit de regarder du côté de la presse féminine ; "perdre des kilos", etc, ça en donne la nausée. Alors c'est certain, ça n'aide pas ; bien des cas ont commencé par un "simple régime". Mais il ne faut pas oublier que l'on parle d'une maladie psychosomatique. À cet égard l'intitulé "no anorexia" est ambigu, et s'il vise à culpabiliser le monde de la haute-couture à l'utilisation et au déclenchement de la pathologie, il peut surtout être interprété comme étant une maladie contagieuse, que l'on peut éradiquer à la source, ce qui n'est certainement pas le cas (la source, dans le meilleur des cas, sera la société elle-même ; l'étude des cas anorexiques dans d'autres sociétés peut être éclairant, on sait par exemple que c'est largement inférieur, mais la difficulté et validité des recherche met en doute ces résultats).

Cependant, il n'y a qu'à voir les réactions de choc, voire outrées (l'imbécile de droite -- une femme noterons-nous -- qui qualifie les images de "pornographique"), pour comprendre que cela peut être l'occasion de mettre au grand jour, sans possibilité de détourner le regard, une pathologie affectant 5% des filles (et un tiers déclarant avoir au cours de sa vie eu des problèmes d'ordre psychologique avec la nourriture, ce qui comprend la boulimie par exemple), dont 15% mourront, soit la maladie psychiatrique connaissant le plus de décès ; et pour celles qui vivent, et leur entourage, l'enfer est quotidien, et à des sommets insoupçonnés. Poutant, malgré ces chiffres et situations alarmants, très peu de structures spécialisées existent en France (et dans le monde), les services de nutrition doivent se coordonner avec ceux psychiatriques (ce n'est pas un problème de nutrition à la base, mais le but est de faire vivre le patient en priorité ; et de le soigner ensuite ; ça marche peu, il faut se rendre à l'évidence, l'on va de sursis en sursis), et il faut attendre 3 mois pour avoir un lit, encore bien plus pour être interner dans les rares établissements spécialisés, les files d'attente ne cessent de s'allonger, et les plus "chanceuses" qui seront certaine d'être admises et traitées en priorité, sont en réalité les plus atteintes...

La recherche patine, on expérimente, on tâtonne dans le noir, on manque même de données de base pour étudier le phénomène et en identifier la source. Des jeunes filles -- et quelques jeunes hommes -- souffrent d'un mal-être profond, et la société désemparée ignore ou accumule les clichés -- comme celui, réducteur, sur les causes (uniquement ou principalement) télévisuelles. Alors pouquoi pas. Le Bureau de vérification de la publicité déconseille fortement d'afficher une personne "souffrant manifestement d'une pathologie" (il est vrai que l'on préfère mettre de faux cancéreux pour le tabac, ou la drogue, etc ; avec les résultats nuls que l'on connaît). Un avis médical serait plus intéressant, mais j'ai bien peur qu'ils ne soient pas plus avancés que moi. Isabelle Caro, la jeune (elle a 27 ans... Ça peut beaucoup vieillir) comédienne qui a accepté de poser, n'a pourtant pas eu de problème à publier des photos d'elle (et sans appel pro-ana, soyons clair) sur son CV en ligne qu'elle n'a pas visité depuis l'année dernière (si l'on y prête attention), et comporte bon nombre de photos personnelles et dénudées selon la mode du moment ; et comme on peut le voir, elle a une activité certaine -- Calista Flockhart et Mary-Kate Olsen aussi. Son blog laisse entrevoir une jeune fille comme toutes les autres. Mais ne nous trompons guère sur le caractère exhibitionniste souvent rencontré chez les malades, il ne faut pas oublier que c'est une maladie qui passe aussi (et principalement ? Nul ne sait) par le regard de l'autre, de par sa nature même. En ce sens la campagne pourrait être perçue comme une utilisation de la maladie (mais certainement pas comme une exhortation, elles sont assez grandes comme ça, et ça calmera peut-être quelques jeunes filles voulant perdre 10 kilos en un mois, qui sait) ; en réalité, peu importe, seul le résultat compte, et il est un peu tard pour se poser ces questions...

Alors voilà, si le sujet est mis sur la place publique, que l'on se pose de vraie question au lieu de détourner le regard, et que l'on met du pognon pour sauver la jeunesse alors qu'il semble qu'il faille à tout prix et prioritairement sauver les vieux d'Alzheimer (soyons cyniquement humaniste, si vous le permettez ; je pense que les 15% de mortes de crise cardiaque lors de vomissement, ou de suicide, à même pas 25 ans le plus souvent, auraient préféré perdre la mémoire à partir de 80 ans), c'est que tout cela aura servi à quelque chose. L'espoir fait vivre. En attendant, ce matin, en lisant, je ne savais toujours pas quoi dire, mais l'émotion était là (que penses-tu de tout cela, Calia ?) ; et j'ai pensé qu'il faudrait que j'appelle ma Grande Amie, j'ai indirectement ouï dire qu'elle allait faire un tour en centre, après deux hospitalisations et quatre ans de galère -- et croyez-moi, elle était plus jolie que bon nombre de mannequins, avant.

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