humani nil a me alienum puto

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mercredi 26 septembre 2007

regards sur l'anorexie

Laurent m'envoyait hier un lien vers la campagne de No-l-ita en Italie "No-anorexia", qui a financé le photographe Toscani -- un habitué des campagnes chocs -- pour prendre quelques clichés et en assurer leur diffusion publique à grande échelle (double-page dans "la Repubblica", et grands panneaux dans le pays). Il se trouve que cela fait du bruit, beaucoup de bruit. Et si hier j'émettais des réserves par mail, je pense que l'on peut tirer quelque chose de tout ça. Dans l'absolu, cependant, l'on est en droit de s'interroger ; deux cas se présentent, déjà : soit l'on y connaît quelque chose, soit l'on n'y connaît rien.

Je trouve l'approche certes brutale, mais après tout il y a des photos encore plus violentes sur le net. Et je puis vous assurer qu'elles ont beau être connues des jeunes filles -- ma Grande Amie m'en a montré dans son TPE de terminale (que j'ai lu en sa compagnie, à l'hôpital ; elle a eu 20) --, ce n'est pas ça qui aura un impact. Parce que c'est une maladie psychiatrique (il ne faut pas avoir peur des mots, tout un chacun comporte son lot de névroses), et que si avoir connaissance de la maladie par la malade (et même par l'entourage), et la reconnaître, est déjà un grand pas (le déni est longtemps de mise), ce n'est pas cela qui entraînera de facto la guérison (mais parfois, oui). Mais surtout, elle pose mal le problème : l'anorexie n'est pas causée par l'industrie fashion, les cas sont beaucoup plus anciens que le médias, et pis encore, remontent à des temps où les cannons de beauté étaient bien en chair, sinon en graisse -- il est cependant difficile de chercher dans l'Histoire, à l'époque des famines, et de l'enfermement des femmes hystériques ou seulement victime de quelque névrose sérieuse. Il est certain cependant que la tendance actuelle de la minceur n'aide pas. Le mannequinat n'est que la partie la plus visible tant elle est caricaturale et excessive, avec ses filles qui n'ont pas même 16 ans, et à qui l'on promet (et qui l'obtienne, d'ailleurs) voyage, célébrité, fun, et sommes d'argents astronomiques, à condition de marcher et surtout d'avoir le poids requis -- en l'occurrence bien en-deçà de ce qu'il faudrait pour leur âge, et même pour vivre correctement tout court. Mais il suffit de regarder du côté de la presse féminine ; "perdre des kilos", etc, ça en donne la nausée. Alors c'est certain, ça n'aide pas ; bien des cas ont commencé par un "simple régime". Mais il ne faut pas oublier que l'on parle d'une maladie psychosomatique. À cet égard l'intitulé "no anorexia" est ambigu, et s'il vise à culpabiliser le monde de la haute-couture à l'utilisation et au déclenchement de la pathologie, il peut surtout être interprété comme étant une maladie contagieuse, que l'on peut éradiquer à la source, ce qui n'est certainement pas le cas (la source, dans le meilleur des cas, sera la société elle-même ; l'étude des cas anorexiques dans d'autres sociétés peut être éclairant, on sait par exemple que c'est largement inférieur, mais la difficulté et validité des recherche met en doute ces résultats).

Cependant, il n'y a qu'à voir les réactions de choc, voire outrées (l'imbécile de droite -- une femme noterons-nous -- qui qualifie les images de "pornographique"), pour comprendre que cela peut être l'occasion de mettre au grand jour, sans possibilité de détourner le regard, une pathologie affectant 5% des filles (et un tiers déclarant avoir au cours de sa vie eu des problèmes d'ordre psychologique avec la nourriture, ce qui comprend la boulimie par exemple), dont 15% mourront, soit la maladie psychiatrique connaissant le plus de décès ; et pour celles qui vivent, et leur entourage, l'enfer est quotidien, et à des sommets insoupçonnés. Poutant, malgré ces chiffres et situations alarmants, très peu de structures spécialisées existent en France (et dans le monde), les services de nutrition doivent se coordonner avec ceux psychiatriques (ce n'est pas un problème de nutrition à la base, mais le but est de faire vivre le patient en priorité ; et de le soigner ensuite ; ça marche peu, il faut se rendre à l'évidence, l'on va de sursis en sursis), et il faut attendre 3 mois pour avoir un lit, encore bien plus pour être interner dans les rares établissements spécialisés, les files d'attente ne cessent de s'allonger, et les plus "chanceuses" qui seront certaine d'être admises et traitées en priorité, sont en réalité les plus atteintes...

La recherche patine, on expérimente, on tâtonne dans le noir, on manque même de données de base pour étudier le phénomène et en identifier la source. Des jeunes filles -- et quelques jeunes hommes -- souffrent d'un mal-être profond, et la société désemparée ignore ou accumule les clichés -- comme celui, réducteur, sur les causes (uniquement ou principalement) télévisuelles. Alors pouquoi pas. Le Bureau de vérification de la publicité déconseille fortement d'afficher une personne "souffrant manifestement d'une pathologie" (il est vrai que l'on préfère mettre de faux cancéreux pour le tabac, ou la drogue, etc ; avec les résultats nuls que l'on connaît). Un avis médical serait plus intéressant, mais j'ai bien peur qu'ils ne soient pas plus avancés que moi. Isabelle Caro, la jeune (elle a 27 ans... Ça peut beaucoup vieillir) comédienne qui a accepté de poser, n'a pourtant pas eu de problème à publier des photos d'elle (et sans appel pro-ana, soyons clair) sur son CV en ligne qu'elle n'a pas visité depuis l'année dernière (si l'on y prête attention), et comporte bon nombre de photos personnelles et dénudées selon la mode du moment ; et comme on peut le voir, elle a une activité certaine -- Calista Flockhart et Mary-Kate Olsen aussi. Son blog laisse entrevoir une jeune fille comme toutes les autres. Mais ne nous trompons guère sur le caractère exhibitionniste souvent rencontré chez les malades, il ne faut pas oublier que c'est une maladie qui passe aussi (et principalement ? Nul ne sait) par le regard de l'autre, de par sa nature même. En ce sens la campagne pourrait être perçue comme une utilisation de la maladie (mais certainement pas comme une exhortation, elles sont assez grandes comme ça, et ça calmera peut-être quelques jeunes filles voulant perdre 10 kilos en un mois, qui sait) ; en réalité, peu importe, seul le résultat compte, et il est un peu tard pour se poser ces questions...

Alors voilà, si le sujet est mis sur la place publique, que l'on se pose de vraie question au lieu de détourner le regard, et que l'on met du pognon pour sauver la jeunesse alors qu'il semble qu'il faille à tout prix et prioritairement sauver les vieux d'Alzheimer (soyons cyniquement humaniste, si vous le permettez ; je pense que les 15% de mortes de crise cardiaque lors de vomissement, ou de suicide, à même pas 25 ans le plus souvent, auraient préféré perdre la mémoire à partir de 80 ans), c'est que tout cela aura servi à quelque chose. L'espoir fait vivre. En attendant, ce matin, en lisant, je ne savais toujours pas quoi dire, mais l'émotion était là (que penses-tu de tout cela, Calia ?) ; et j'ai pensé qu'il faudrait que j'appelle ma Grande Amie, j'ai indirectement ouï dire qu'elle allait faire un tour en centre, après deux hospitalisations et quatre ans de galère -- et croyez-moi, elle était plus jolie que bon nombre de mannequins, avant.

mardi 18 septembre 2007

de la perception de la sexualité féminine préadulte à travers les trois derniers siècles

En faisant quelques recherches sur de la contrepèterie il y deux ou trois semaines, je suis tombé sur ce billet d'un blog suisse. L'auteur s'y indigne qu'il serait possible de pratiquer pour une fille mineure la plus vieille profession du monde ; ou plus exactement, il existe(rait) des salons de "massage" (on sait bien ce que l'on finit par y masser) où les employées ont entre 16 et 18 ans -- ou plus, d'ailleurs, mais c'est cette tranche d'âge qui intéresse, ce qui me fait faire une première remarque : la discrimination de l'âge semble être capitale dans la réflexion commune, et en indépendance de toute considération de réelle maturité. Nous reviendrons plus tard sur l'ensemble du billet, entre son contenu et les commentaires associés.

Il se trouve que je venais juste de revoir "Naissance des pieuvres", où à un moment, Anne, qui n'est pas un cannon de beauté, se plaint auprès de Marie (qui tombe amoureuse d'une fille) du fait qu'avant, on mariait à 14 ans, et qu'"au moins, [elle] n'en serait pas là". 14 ans, et même avant, en fait. Comment cela se fait-il que l'Église mariait sans aucun problème des jeunes filles point encore pubère et tout droit sorties du couvent il y a 3 ou 4 siècles, tandis qu'à notre époque de "liberté sexuelle", l'on affiche des bimbos de 16 ans sur les murs d'un côté, et l'on crie à la pédophilie dès qu'une fille de moins de 18 ans ose avoir une vie sexuelle avec un individu majeur ?

Tout d'abord, rétrospective. La première à m'être venue à l'esprit, c'est Marie Duplessis ; cette fille issue d'un milieu pauvre a rapidement été "repérée" par son patron à l'âge de 15 ans, et dès ses 16 ans, elle était l'une des courtisanes les plus en vue de Paris ; à cette époque, d'ailleurs, les courtisanes avaient leur importance, certaines ont même déterminé les modes de villes entières !). Il se trouve qu'elle a été introduite dans la haute, qu'elle s'est énormément cultivé et enrichie (elle était la plus chère de la ville), qu'elle a vécu de manière heureuse, mais qu'elle est morte à 23 ans, de phtisie, presque abandonnée de tous. Cependant, c'est l'une des filles les plus connues au monde, à travers "la dame aux Camélias", adapté et réadapté tellement de fois que même "la Traviata" qui débute dans un mois à Garnier en est issu.

Et puis, à peu près à la même époque, il y a un exemple dont on aura peine à dire qu'elle a été exploitée : Marie-Anne Pierrette Paulze, aka madame Lavoisier, 13 ans au moment du mariage (en 1781, je l'ai déjà dit), décédée à 78 ans, grande savante. Si l'on considère que moins de 200 ans plus tard, Myra Gale Brown épousait à 12 ans son cousin Jerry Lewis, ce qui fracassa la carrière fulgurante de ce dernier, alors même qu'il n'était pas exceptionnel à l'époque, dans les états de la country américaine d'une telle union entre relatives ; l'affaire avait pris une telle proportion que ça avait calmé Elvis, tombé amoureux d'une fille de 14 ou 15 ans (et avec une différence d'âge bien supérieure), dont il attendra qu'elle ait la majorité avant de l'épouser. Certes, il faut préciser que Myra Gale était apparemment enceinte au moment du mariage (ils ne jouaient pas à la contrée, apparemment) ; et que l'on a dit qu'elle croyait encore au père Noël, ce qui même si cela était avéré, n'est pas grand problème selon, puisque la majorité des gens sur cette planète croient bien en Dieu après tout (et parfois même, en plusieurs, mais un seul suffit pour montrer le niveau ahurissant de naïveté).

Entre les deux, Virginia Eliza "Sissy" Clemm Poe, dont on reconnaîtra au dernier nom de famille qu'elle fut l'épouse d'Edgar Allan Poe, décédée prématurément de tuberculose, s'étant uni à son cousin de poète en grugeant quelques peu les dates, tous deux étant déclarés comme ayant 21 ans, alors qu'elle en avait 13 et lui 27... Cela avait fait jaser, mais c'était passé.

Ce ne sont que quelques exemples célèbres, mais il faut bien se rendre compte que la pratique courante est devenue de plus en plus mal vue. Au point d'être sévèrement punie par la loi, de nos jours -- et même plus encore, nous le verrons. Alors même que l'âge des premières règles -- et donc du début de l'adolescence -- ne cesse paradoxalement de baisser.

Il y a cependant un cas de prostitution plutôt récent de fille de cette tranche d'âge, dont je me suis souvenu : Christiane Felscherinow, connue sous le nom de "Christiane F.", qui a donné un livre ("Wir Kinder vom Bahnhof Zoo"), un film, et une chanson de Bowie ("Hero", tout bonnement) ; le "Kinderstrich" (zone des enfants) était à Berlin une zone près de la gare du Zoo où l'on trouvait des jeunes ados abandonnés, prostitués pour se payer de la drogue ; tout un programme, années 70-80. On sort évidemment du cadre précédent de consentement mutuel et de romantisme, tout autant que de l'époque où les courtisanes n'étaient pas bien vieilles lorsqu'elles débutaient. En fait, à l'écran, cela rapellerait "Taxi Driver" (et Jody Foster) ou "Pretty Baby" (Brooke Shields, qui partage aussi avec Jody le fait d'être d'une incroyable intelligence) de Louis Malle. Films cultes s'il en est, d'ailleurs.

Profitons-en pour nous pencher du côté des arts, toujours très révélateurs. Laissons peut-être de côté Sade et Apollinaire, leurs oeuvres ne leur ont pas forcément apporté une grand respect à leurs époques ; notons tout de même que l'on pouvait écrire bien des choses, et je ne saurais trop dire si c'est l'âge de certains protagonistes, le libertinage, les scènes meurtrières, ou le côté sulfureusement amoral qui leur attira le plus d'ennuis. Du côté du cinéma, "Black Moon", toujours de Malle, "L'empire des sens" d'Oshima, et plus récemment "Anatomie de l'enfer" de Breillat (adapté de son "Pornocratie") me semble être les seules oeuvres à ma connaissance montrant une anatomie prépubère à l'écran, et étrangement rien de supérieur à 12 ans n'a jamais été montré, puisque même Brooke Shields portait en réalité un collant couleur chair ; un peu comme s'il y avait bien moins de mal à montrer entièrement le corps non encore formé, que celui inférieur à l'âge fatidique de la majorité (qui elle est descendue de 21 à 18 ans, nous ne sommes plus à une contradiction près). Pour des corps de mineur(e)s simplement dénudés mais pas totalement (sous-vêtements), "Naissance des pieuvres" est la seule oeuvre qui me vienne à l'esprit ; Larry Clark mettant en scène des majeurs, si je ne m'abuse.

En photographie, en revanche, trois artistes principalement ont pris le parti de montrer tous les corps, quasi-exclusivement féminins d'ailleurs : Jock Sturges, Sally Mann, et David Hamilton. Le premier est essentiellement allé dans des camps naturistes (notamment en France), et a parfois suivi ses modèles sur 20 ans ; on peut apercevoir son travail par ici. La seconde s'est essentiellement concentrée sur ses propres enfants, aperçu de son travail par là. Le troisième a été à l'origine des recueils de photographies les plus vendus de tous les temps, bref aperçu sur le site officiel. Les trois n'hésitent pas un instant sur les poses lascives. Scandales évidemment garantis. Pourtant, buts tout à fait honnêtes et non ambigus.

Ce qui ne serait pas forcément le cas de celui de certains artistes, dont un sculpteur que ma mémoire défaillante ne me permet pas de retrouver. Mais si l'on en revient à la littérature, on se souvient du scandale qu'a provoqué "Lolita" de Nabokov, quoique le diminutif (d'un diminutif) soit devenu un nom commun à force de célébrité ; et lorsque l'on pense que l'adaptation par Kubrick au cinéma a provoqué un scandale sans précédent ayant conduit le réalisateur à s'exiler en Angleterre, et la jeune Sue Lyon, 15 ans, à ne pas avoir de regarder le film dans lequel elle tournait, y compris le jour de la première, pour cause d'interdiction aux moins de 16 ans, cela permet mieux de cerner l'apparition du pruritanisme, et de comprendre le mode de pensée qui s'y cache.

Car tout cela a un sens : il s'agit de déterminer une certaine évolution de la société à travers le sujet le plus épineux pour lui. La contradiction entre la chasse à tout ce qui peut se rapporter à une incitation de vie sexuelle des mineurs, fussent-il majeur sexuellement, sous l'appelation anglo-saxone de "child pornography", et d'un autre côté des pubs avec des filles de 15 ans qui remuent leurs postérieurs (toujours Brooke Shields, en 1980, pour la peine, et son Calvin Klein), ou des top models de 17 ans qui n'ont pas l'air bien farouche en mini-maillots de bains sur un yacht de Fashion TV, voire encore mieux, des "supermodels" de 14 ans (qui en font 6 de plus, certes) comme Pamela Bernier (dont je vous laisse admirer les positions de pose). D'un côté des mariages ou de la prostitution tout à fait acceptés dans la société il y a encore 230 ans (voire bien moins), de l'autre une perversion évidente de la "teen pornography", ces sites qui se vante de proposer des filles ayant les airs les plus jeunes possibles, tout en restant légaux. Le lolicon en vogue au Japon, et en passe d'être une offense pénale comme "made-up child porn" en occident.

Pourtant, le mouvement s'est amorcé bien avant le délire de la pédophilie et ses prédateurs, à une époque où ce sujet même était tabou et bien gardé sous secret, étouffé par la communauté pour les cas avérés. Il s'agit donc d'autre chose. Dans son "refus du féminin" (dont il faut toujours que je vous parle, il faut que j'arrive à bloquer quelques heures pour cela), Jacqueline Shaeffer évoque à un moment très rapidement de la "liberté sexuelle" avec les mêmes guillemets, en précisant que cela était bien illusoire -- mais qu'elle n'avait point le temps d'approfondir dans cet ouvrage. Il me semble que cette évolution de la perception du corps de l'enfant et de l'adolescent, ainsi que de sa sexualité -- pleinement affirmée pour l'adolescent, et la question de maturité a peu avoir avec des limites symboliques de 13, 15, 18, ou 21 ans selon les pays, majorité sexuelle qui n'a de cesse d'augmenter, et les intellectuels fustigent depuis bien longtemps --, est symptomatique du refus par la société d'accorder à la jeunesse le droit de penser librement, et de disposer de même de son propre corps.

Revenons-en à notre billet suisse du début : on y lit que les filles de 16 ans ne peuvent naturellement décider de se prostituer, et doivent subir des pression énormes et infâme. Tout le monde s'accorde pour dénoncer cette dégradation horrible. Cependant, ce genre de discours a peu à voir avec l'âge, il s'agit avant tout de la profession, et l'on assiste à l'heure actuelle à un mépris souverain du métier Ô combien très honorable de péripatéticienne. Les hommes conservateurs et névrosés, qui usent d'ailleurs souvent de leurs services, n'hésitent pas les traîner dans la boue et à faire voter des lois à leur encontre s'ils le peuvent ; bon nombre de femmes aussi montrent une hostilité farouche, digne de la plus pure jalousie (en ce sens, j'ai horreur du nom de l'association "ni putes ni soumises", qui pour faire passer son message de non-soumission a priori à l'homme -- dans la société uniquement ou aussi dans les rapports sexuels ? La question est psychanalytiquement d'importance, et l'intitulé est ambigu de par son allusion à la sexualité --, insulte cordialement les filles de joies et les masochistes ; ou comment dénoncer un fait social injuste en créant deux autres... Le seul vrai féminisme à mon sens est celui d'une Virginie Despentes, qui soutient sans faille le milieu de la prostitution comme de la pornographie, qu'elle connaît fort bien en outre).

Mais l'idée de base revient sans cesse : "trop jeunes". Trop jeunes pour comprendre, trop jeunes pour disposer, pour décider quoi faire de son corps. Nous sommes dans une société vieillissante, les babas cools d'hier dans leurs parthouse de Woodstock sont les vieux cons coincés d'aujourd'hui. Nous sommes donc rentrés dans une aire de responsabilisation extrême en matière pénale des infractions des mineurs (aux USA, on condamne même à mort, quel beau pays civilisé ; en France, on baisse juste les âges paliers de temps à autres, et on augmente les peines), tandis que la question sexuelle se trouve rejetée à des âges plus sages, réduite à des cours biologiques de plastiques à utiliser "sinon mort atroce et aussi lente que douloureuse" (comparée aux saloperies d'avant, on est pourtant largement plus chanceux de nos jours), la pornographie fustigée comme mauvais apprenstissage alors que les actrices ont rarement plus de 19 ans (et les consommateurs démographiquement ne sont pas les adolescents, en toute logique).

Névrose généralisée, "la perception de la sexualité féminine préadulte à travers les trois derniers siècles" comme le dit mon titre est en fait révélatrice d'un triste fait : la véritable liberté sexuelle n'existe pas, ce que nous vivons ces derniers temps n'est que pure illusion.


(edit: une interview de Sturges, ou comment je me suis rendu compte que l'on partageait le même avis, et le même amour de la beauté corporelle ; mais ce n'est pas une très grande surprise, après tout)

mercredi 25 juillet 2007

sombres abrutis

Je viens de voir un défilé de tas d'os, sur Fashion TV, à l'instant. Quasiment que des anorexiques, pas des filles (trop) minces, comme on le voit d'habitude (sauf pour les séquences "hot" le soir, étrangement), mais bien des os et bien trop peu de chair dessus, la tête proéminente, ça ne trompe pas ; ça m'a fait mal au coeur. J'ai attendu la fin pour savoir qui avait fait ça.

Les deux crétins designers qui se faisaient des papouilles, messieurs de chez Diesel, vous n'êtes que des connards. Marque à bannir.

Et moi, j'ai un bouquin à offrir.

dimanche 17 juin 2007

merci la TNT, ou l'énième manifestation de l'analité (semi-fécale) du moi aimant l'introjectif

Si vous voulez voir un monde où tous les garçons sont plus cons que leurs pieds, et les filles toutes des putes assumées, zappez donc sur NRJ12 ! La chaîne plus stupide et raccoleuse que TF1 et M6 ensemble, assez incroyable, mais vrai.

La question est : mais pourquoi regarder, alors ? (enfin, zapper dessus de temps à autre ; notons que d'autres chaînes de la TNT ont aussi de belles conneries à offrir, NT1 en tête)

Déjà, ça donne l'impression d'être carrément plus intelligent, pour pas cher. Ensuite, ça rend misanthrope, ce qui est très bien pour sa future carrière (qui doit passer par du commercial). Et puis, c'est un exutoire, car faute de pouvoir baffer les salopes (les féministes ont du boulot), et brûler les abrutis sur pattes, ont peut toujours bien rire de ces énergumènes mal définis, et ça fait toujours du bien. D'ailleurs, c'est ma soeur qui m'a fait découvrir ce monde merveilleux de la daube, entre jeux où une connasse doit choisir son prince charmant écervelé, ou au contraire un abruti consomme de la fille comme on va à la superette, ou une fille qui cherche le gay du groupe en roulant des pelles à tout le monde, sans compter le concours d'hystériques mal définies pour devenir une star de demain en rumuant fortement ses fesses, et j'en passe. Que du bonheur...


PS: la jolie fille de Vélizy bosse chez Télé2, mais mon pote qui était chez eux ne voit pas qui c'est ; quelqu'un bosserait-il chez ces sagouins par hasard ? (sinon, je prends un abonnement chez Télé2, et je dis que j'ai un problème, ce qui sera certainement la vérité au bout de même pas deux jours ; ça reviendrait financièrement moins cher que meetic, notez)

PPS:

La "féminité" est visible, elle fait bon ménage avec la problématique phallique, à laquelle elle répond en écho. Elle consiste en effet à valoriser, selon le même modèle, ce qui se voit, ce qui se montre et s'exibe, ce qui s'extériorise et a pour but de se rassurer l'angoisse de castration, celle des femmes comme celle des hommes.

Le "féminin" est intérieur, invisible, et son refus peut coïncider avec un refus profond de la différence des sexes et du sexe féminin, porteur de tous les fantasmes liés à son "ouverture" et à son appétence pulsionnelle.

La "féminité", de surface, peut être un "refus du féminin" visant à séduire l'homme, dans une visée de rassurance, dans le but de tester le désir de l'homme. Elle se manifeste alors par un jeu d'érotisation ou de provocation jalouse, celui de la relation hystérique chez la femme, qui provoque des réactions variables. Les hommes à sexualité génitale l'aiment, car son refus du féminin exprime un désir féminin. Ceux dont la sexualité est anale la négocie : elle leur inspire souvent souvent un certain mépris connoté de tendresse. Mais les hommes à sexualité "fécale" la haïssent et la répriment.

Si la féminité est séductrice coûte que coûte, elle vise à être elle-même l'effractrice, dans une "envie du pénis" qui peut avoir un effet castrateur de puissance de l'homme. Cette surexhibition de formes et d'attraits cache alors un invisible pénis incorporé.

Mais la "féminité" peut également être une plate-forme vers la promesse de féminin.

La protection du "féminin" peut également se manifester par un refus de "féminité".

                 (Jacqueline Schaeffer, "le refus du féminin", ed Puf, p.57, "refus de féminin et féminité")

mercredi 2 mai 2007

101ème semaine

Une semaine bien remplie, et donc très peu de billets. Une fin de formation au pas de course, du genre ouverture de crâne, bourrage, fermeture ; espérons qu'il en restera quelque chose -- une application serait bienvenue, je recode le driver de la webcam sur mon temps libre, de 3h à 4h du mat' ? Rostro est mort à 80 ans ; mon grand-père vient de fêter ses 83, toujours en pleine forme, espérons que ce soit héréditaire, cette santé.

On l'aura peut-être compris, j'étais à Marseille en ce week-end prolongé, à l'occasion du premier vrai jour de congé (anticipé) que je n'aie jamais posé de ma vie (séquence émotion bas de gamme). L'occasion de grouper l'anniversaire grand-paternel, une anticipation du paternel, et aussi, celui en décalé de ma Grande Amie. Une fête, tiens, objet étrange auquel je n'avais assisté depuis... tant d'années (en soirée, c'est le premier en tout cas). En comité réduit, c'est assez étrange -- mais plus sympathique. Heureuse retrouvaille avec une vieille amie (que je salue si elle passe par ici), mon éponge intellectuelle favorite (je n'ai jamais recontré d'individu autre qu'elle auquel on puisse parler de tout et savoir que tout est compris et assimilé ; ma Grande Amie et Fûûlion sont de très bonnes approximations, en revanche) ; seconde rencontre avec quelqu'une qui serait dans ma blogroll sur le côté si elle updatait plus souvent que tous les 5 mois ; retrouvaille aussi d'amies de mon Amie, que je croisais quand elles étaient en seconde, avec 20 cm et 4 tours de poitrines de moins, étrange, vraiment étrange (à tel point que je me présente, avant de me rendre compte que l'on se connaît) ; premières rencontre, aussi ; j'aime bien découvrir de nouveaux gens, et revoir quelques uns que l'on suivait de très loin, voir ce qu'ils sont devenus, à 20 ans ou presque. Mon Amie, comment dire... Elle est joyeuse, elle danse, elle rit, elle blague, elle râle aussi, elle est vivante. En même temps, physiquement, c'est de la mort dont elle est le plus proche. C'est dur ; à 50kg, elle faisait bien plus maigre que moi pour ce même poids, d'ailleurs elle était hospitalisée d'urgence ; deux ans plus tard et 10kg de moins, je me demande comment tout cela tient encore debout, vraiment ; en espérant très fort que le coeur tiendra (et le rein aussi). Mais tout va bien, en apparence ; à oublier que si l'on fête tout ça en mai, c'est que début avril, c'était dans une chambre d'hosto que je lui ai souhaité un vingtième joyeux anniversaire par téléphone -- cette fois-ci, pour déterminer quelles drogues antidépressives lui adminsitrer. Tout à l'heure, il y avait Justine, à la télé, l'ex-anorexique de 17 ans, elle est toute ronde à présent, là où l'année dernière elle aussi atteignait les 40kg (1m76 ; mon Amie, c'est 1m68, mais elle a une lourde ossature), et les bras de 10cm de diamètre ; elle a une maturité étonnante ; je vais peut-être pouvoir fêter le 83ème anniversaire de mon Amie, alors. De plus en plus de mal à être optimiste. Et si dr Dave écrit merveilleusement bien, je voudrais éviter de lui faire concurrence. Essayons de ne pas trop y penser (ou de faire semblant).

À Marseille aussi, j'ai rencontré des amis de p'tite soeur, après la rencontre avec la génération 1987, je demande la 1988. C'est assez amusant, en fait j'en connais déjà un certain nombre (quasiment tous, plus ou moins directement), il y en a peut-être même qui passent par ici de temps en temps. Entre le samedi soir et le dimanche, on remarquera l'énorme potentiel intellectuel féminin ; pourvu qu'il ne se saborde pas en vol. On pourrait en faire quelque chose, des marseillais, vraiment ; mais ce n'est décidément pas gagné. La constance chez les provinciaux, c'est l'inculture. C'est une plaie, une maladie. On parle ciné ; musique ; que sais-je encore ; mais on ne vit décidément pas sur la même planète. Il faut faire l'effort de s'en sortir, mais même parmi ceux qui viennent sur la capitale pour leurs études, peu vont franchir le pas, extrêmement peu. Souvent, ils repartent, d'ailleurs. Le fossé est énorme.

Il suffit de parler de politique. "Parler" est ici un bien grand mot ; ou plutôt, ne pas l'entendre dans son sens extensif. Petite Soeur a dépouillé, la dernière fois ; elle en est revenue assez dégoûtée, d'avoir mis autant de barres pour Sarko, et pour le Pen aussi. C'est la maladie du Sud. Mon cousin me sort tranquillement que je devrais de m'abstenir de voter plutôt que de donner ma voie à Ségo, qui veut faire entrer les Arabes, alors que Sarko veut au contraire les mettre dehors. Je lui rappelle qu'il est d'origine italienne sur trois générations ; on aurait de la peine à l'oublier, le jour de l'anniversaire de notre grand-père, non ? (la petite histoire veut que ce ne soit en réalité que son anniversaire officiel, et non la vraie date de sa naissance : la pauvreté du milieu rural sarde dans les années 20 a eu des effets assez étrange sur les circonstances de déclaration de naissance)

Le Marseillais est phocéen ; ou grec ; ou romain ; ou italien, arabe, arménien, portugais, que sais-je encore. Il n'y en a pas un seul qui puisse se targuer avoir plus de la moitié de sa famille sur la région, et même en France, depuis plus de trois générations. Et pourtant, on vote à droite ; l'imbécile de Gaudin, ou FN, Orange, Vitrolle, Marignane, le facho y est à l'aise. L'Italien n'aime pas l'Arabe, qui n'aime pas l'Arménien, qui abhorre le Portugais ; heureusement qu'il y a peu de centrafricains, et de Chinois (les Gitans, tout le monde les hait de toute façon) ; dans ce melting pot de bêtise animale précaire, ils se trouvent enfin un point commun, et votent avec plaisir pour leur auto-destruction. L'auto-détermination, une valeur de droite, ça, non ? (ou peut-être pas, ça dépend : faire passer tout un tas de lois restrictives absurdes ne dérange pas celui à qui ses intérêts en seront le mieux flattés ; on imagine mal le nombre de pirates de dvds qui votent pour ceux qui ont fait passer DADVSI ; et contrairement à moi, ils ne vont pas 4 fois par semaine au ciné, et n'ont pas une collection de la taille d'une bibliothèque, acquise pour fort cher ; et dans cette contradiction, l'électeur de droite ne se pose d'ailleurs aucune question, une bête histoire de niveau de réflexion).

Arrêtons-nous là. L'anthropologie marseillaise est une forme d'étude caricaturale du Français moyen. Parisien compris. Rien de très réjouissant. La nouvelle génération est la même que l'ancienne. Ça doit être génétique. En tout cas, il y a de l'espoir. Oui, j'aime décidément bien les causes désespérées.

mercredi 18 avril 2007

Anna M.

Y'a de la Isabelle, en Isabelle. Je veut dire : du Huppert, en Carré. Il m'étonne de ne voir nulle part (même pas ) une quelconque référence à "la pianiste". Parce que ce n'est pas seulement une très forte similitude physique que partagent nos deux héroïnes. D'ailleurs, si les situations de rapport à la mère se ressemblent beaucoup, "Anna M" débute comme le film d'Haneke se termine : un suicide raté, mais pas n'importe comment, un que l'on ne voit pas venir, comme ça, naturellement, mais pensé tout de même. Dans une vie réglée, minutée, sans excitation, habillée de manière bien asexuelle, et n'atteignant le plaisir que par la masturbation plus ou moins refoulée, notre héroïne est profondément malheureuse, alors qu'il en faudrait si peu, pour être "comme tout le monde" ; surtout qu'elle n'est pas moche, loin de là (Isabelle Carré est encore comme Huppert : le temps n'a aucun effet sur elle, toujours extraordinairement belle, à 36 ans).

On aurait tort de prendre ce film sur une érotomane, perdue dans sa névrose obsessionnelle, pour un thriller, ou tout autre chose qu'un drame psychologique. Cette maladie psychotique est extrêmement rare (mais touche évidemment quasiment que des femmes), et pourtant elle déjà été abordée à maintes reprises au cinéma ; c'est que le sujet est clairement intéressant, l'amour faux (mais le vrai existe-t-il ?), la paranoïa, l'obsession, la déviation, la "folie", de quoi en faire quelques opéras (étrange, il n'y en a pourtant pas, me trompé-je ?). Il semblerait que Michel Spinosa ait délibérément écrit et tourné son film en ce sens, et je ne peux que le remercier, surtout que j'ai un gros faible sympathique pour les filles névrosées (et pour les rousses aussi, hum) ; alors c'est avec grande attention que j'observe Anna sombrer, dans son délire ; au contraire de mes co-spectateurs qui préfèrent rire (nerveusement ? qu'importe !) des situations inextricables dans lesquelles elle va s'enfoncer...

D'un autre côté, j'aurais quelques reproches scénaristiques à faire, sur le traitement de fond de la maladie, qui me semble mélanger pas mal de choses ; l'aspect sexuel est très intéressant (c'est tout l'intérêt de "la pianiste"), mais wikipedia indique bien, comme je le pressentais, la distinction claire dans cette pathologie, et justement l'épisode sexuel abouti et soudain (qui aura certes son importance indirecte à la fin) sonne faux, notamment par rapport aux rapports fusionnels à la mère, et à l'enfance toujours recherchée (ça fait penser à l'anorexie, pour la peine, ce "jamais grandir", et l'attachement maternel). Concernant la police, ce n'est vraiment pas crédible du tout, surtout lorsque l'on sait à quel point il n'est pas compliqué de faire enfermer une personne (la simplicité de la démarche à ce niveau fait très peur), et lorsqu'on considère tout le crédit apporté a priori à un médecin. Du coup, le film n'est pas parfait, c'est dommage. Peut-être que ces aspects ont échappé à Spinosa de par son travail de recherche pure parti sur la simple jalousie, tandis que "la piansite" était le regard croisé de Haneke et de l'auteur Elfriede Jelinek (une femme, c'est toute la différence), prix Nobel 2004 au demeurant. L'interprétation d'Isabelle Carré reste impressionnante, parfaite, et il m'est avis que c'est avant tout dans ce genre de films que l'on explore la féminité, dans ce qu'elle a de plus obscur.

dimanche 25 mars 2007

des livres partout !

Je me souviens très bien de la première fois que j'ai mis les pieds au salon du livre, c'était il y a deux ans. Je comptais y aller, de toute façon, l'idée même d'un salon entier dédié au livre, d'une vraie manifestation culturelle ramenant celles de ma ville de la banlieue marseillaise à une bonne blague ridicule, cela me faisait évidemment très envie -- j'ai eu une vie antérieure de gros lecteur, à cette époque, c'était un livre par semaine environ. Et puis j'avais décidé le jour auquel j'y étais allé en fonction des dédicaces, et plus exactement, par rapport à la présence de Camille de Peretti, pour "Thornythorinx" ; parce que le titre du présent billet est de mémoire le début du mail que j'avais envoyé ce jour-là à mon Amie, celle-là même à qui j'avais fait dédicacer un exemplaire pour son anniversaire (tiens, j'ai repris ça comme début du billet de compte-rendu de la précédente session je me renouvelle peu...). L'année dernière, j'avais offert le livre de Guillemette Faure, d'ailleurs, c'était la première fois que je la rencontrais, mais j'avais déjà (mal) raconté ça l'année dernière. Et j'avais offert un Max Gallo à mon popo (en ayant courru comme un malade chercher du liquide ; cette année, tout pu payer par carte bancaire).

Alors cette fois-ci, je suis venu plus tôt, peu avant 14h. Parce que ce matin, je me suis rendu compte que j'avais bien choisi mon jour. Après avoir tourné en errant dans les allées (en évitant de trop rester devant les mangas : la tentation serait trop forte), il est 15h00, soit l'heure de la dédicace du professeur Marcel Rufo ; pour ceux qui ne sauraient pas qui il est, wikipedia pourra un peu vous aider, mais c'est surtout sur son activité principale, qu'il exerce à la maison Solenn (d'après Solenn Poivre d'Arvor) à présent, et qu'il menait à bien à Marseille auparavant, notamment en collaboration étroite avec le professeur Vialettes, qui m'intéressait ; étrangement, il n'a jamais écrit de livre directement sur l'anorexie, mais toujours sur l'adolescence en général, dans son domaine de la pédopsychiatrie. Alors j'étais bien embêté de ne pas savoir quoi lui faire signer, et en ayant parlé quelques instants, il me proposa de nous revoir après la séance de signature ("prendre un verre ensemble") ; vers 18h00 ; je crois qu'il s'est tout simplement trompé d'une heure, et de fait, nous nous sommes manqué, c'est la terrible déception de la journée, sa maison d'édition m'a proposé de leur téléphoner pour faire suivre mes coordonnées, je n'y manquerai pas.

Juste après avoir vu notre professeur (que j'avais attendu une bonne demi-heure, si ce n'est plus), Camille de Peretti arrivait juste derrière, pour une séance de dédicace de son dernier livre, "nous sommes cruels" (une correspondance d'ados à la "liaisons dangereuses", où l'on voit les personnages cruels et manipulateurs -- pour des ados, c'est tout à fait normal, j'en connais des tas -- grandir et murir) ; je lui ai montré le petit mot qu'elle m'avait mis la dernière fois, et s'est souvenu de moi, surtout que j'ai ajouté que cette fois-ci, je n'avais pas eu le temps de lire le livre avant son arrivée ; elle m'a avoué qu'un autre était en préparation, et qu'il sera encore plus gros (mais il ne parlera toujours pas de sa grand-mère, zut alors -- il faut avoir vu l'émission de Durand il y a deux ans pour comprendre, désolé) ; elle est (trop) maigre sur la photo, mais en vrai, elle est plus épaisse que moi, souriante, resplendissante, un couple de vieux derrière moi s'émerveille de tant de beauté (c'est pas une blague), et six ou sept photographes nous cassent les pieds (les photographes seront des plais tout le long, heureusement Roger Hanin finira par faire diversion). Bref, elle a l'air d'aller tout à fait bien. Il y a deux ans, je lui racontais que c'était pour mon Amie, à l'hosto depuis presque un mois ; elle s'est évidemment rappelé d'elle ; et ça me rend triste qu'Elle ne soit pas guéri, comme Camille, en train de sourire, émancipée dans la littérature...

J'ai vu les deux principales personnes que je voulais voir, alors je n'ai plus qu'à errer, bader à droite à gauche. Je repasse devant la Nothomb (yet another former anorexic, à 12 ans), avec un chapeau délirant (c'est sa marque de fabrique), la queue d'attente pour dédicace atteint à présent la quarainte de mètre ; pax vu Weber, cette année (d'habitude c'est lui que je vois à la tête de file pareille), mais il y avait un gars que je ne connais absolument pas, dont je n'avais jamais entendu parler nulle part, qui apparemment écrit de l'heroic fantasy qui va pas chercher loin avec une jeune fille comme héroïne, et qui était au bout d'une dizaine de mètre de filles adolescentes, et de pas un seul représentant du sexe masculin... Bref, tous ces machins commerciaux me fatiguent ; je vois un gars chez Broché qui est un peu tout seul, alors que ces collègues de droite tournent  plein régime ; qu'écrit-il ? "L'esprit de l'athéisme : Introduction à une spiritualité sans Dieu", de André Comte-Sponville. Aaahhh ouiii, oki je vois ; tiens, vais bouquiner un peu ; bon, ça ne m'apprend pas grand chose, à la rigueur je pourrais aller lui parler de spiritualité, késako, akoissasser, non franchement, je ne vois pas pourquoi une fois débarrasser de Dieu, je ne devrais pas mettre toutes les chimères bassement psychologique à la benne avec ; mais comme il était ensuite occupé, je n'ai pas osé l'aborder. Je passe devant google, l'année dernière c'était Firefox sous windaube, cette année c'est IE7, preuve que Dieu n'existe pas. Tiens, le philosophe Comte-Sponville a aussi écrit "le capitalisme est-il moral ?" (la réponse spoilé est : non), j'ai presque eu envie de lui demander ce que ça faisait d'être aussi un dangereux gauchiste à tendance crypto-communiste (mais comme il a écrit "l'amour la solitude", ode à la... solitude, je ne l'ai pas dérangé non plus).

Au détour du stand du CNRS, je tombe sur "l'informatique a-t-elle un sexe", d'Isabelle Collet (elle même chercheur à Paris X), qui a donné une conf' le matin sur le sujet, mais dont le livre n'était disponible que sous verre, il faudra donc que je me rende à la librairie de l'Harmattan (son éditeur) pour connaître la suite (pour les Parisiens, c'est sur la rue des écoles, en deux petits magasins, et c'est une mine d'or, notamment sur l'anorexie). De toute façon, je devais passer dans le coin (Eyrolles n'est pas bien loin) : strictement aucun livre technique n'était présent sur le salon (l'année derière, c'était déjà bien symbolique). Pourtant, niveau technologie, si le numérisateurs automatiques sont en très net recul, les tablettes de lecture électronique son présentes un peu partout (mais trop gadget pour l'instant, surtout avec un prix de 699€  -- mention spéciale quand j'ai demandé quel était le système informatique qui gérait la bestiole : ah mais non, monsieur, c'est tout électronique, c'est pas comme un PC ! -- ils n'ont pas semblé me croire, je crois que j'ai encore de longs jours d'évangélisation, "tout électronique", quelle blague...).

En face du CNRS se trouvait le stand de "Pour la science", et j'aperçois un dessin super drôle en couverture, "Vous reprendrez bien un peu de vérité ?", par Didier Nordon ; on parle un peu de science (ou dois-je dire d'épistémologie légère ?), je lui réponds à un moment que j'ai fait une prépa MP à Thiers, et là, ça fait tilt : mon prof de maths de MPSI était l'un de ses collègues de l'ENS Cachan (voilà qui donnera de quoi alimenter ma dédicace) ; je lui demande s'il ne connaîtrait pas aussi l'un de mes amis qui a lui aussi dans les 58 ans (vous savez, l'expert avionique dont je vous parle de temps à autre), mais il ne connaît que son frère qui a fait l'X (je lui avoue que mon ami justement déteste absolument son frère, qu'il perçoit comme un "sale capitaliste mafieux"...). N'empêche que pendant tout ce temps, je bouquine, et décidément, j'adore son humour, à notre bonhomme.

Toujours dans les dépenses, mais plus lourde cette fois-ci, je passe devant Britannica-Universalis (ça a totalement fusionné, j'apprends alors), et comme les livres sont beaux, on me présente toute la collection ; j'avoue que l'encyclopédie complète est très belle, mais prends trop de place, et wikipedia est d'aussi bonne qualité et a plus d'articles (j'ai quelques collègues ingénieurs qui complètent dans des domaines de compétence très particuliers, le truc impensable à imprimer sur papier). Côté encyclopédie de l'art, ou des philosophes, ou des idées et notions, ça fait gros résumé trop synthétique, pas l'ombre d'un pré-raphaëlite dans le (lourd et beau) volume sur l'Art, par exemple. Non, je repars juste avec "l'inventaire de l'Opéra", qui apparemment est tiré à assez peu d'exemplaire, extrêmement beau (décidément, ils aiment les livres), pour une cinquantaine d'Euros après beaucoup de remises, pour 500 et quelques pages d'histoire, et d'explications de l'Opéra en général, de quoi compléter mon "mille et un opéras" acheté l'année dernière sur le salon ; je repars aussi en ayant la certitude, maintenant qu'ils ont mes coordonnées, que je serai contacté dès qu'ils rééditeront le Littré, pour la fin de l'année normalement, en 7 volumes et un complément (les nouveaus mots ajoutés sont à part, très bonne initiative), qui devrait tourner entre 700 et 1000€ (tout dépend si la couverture sera en cuir, s'il y aura des enluminures), et tiré en peu d'exemplaires (cette manie...).

Après la "déception Rufo" de 18h, je tombe par hasard sur le livre de Virginie Despentes, "King Kong theorie", depuis le temps qu'il fallait que je l'achète, hop c'est embarqué (on m'offre un livre d'illustrations de Cocteau, au passage, sympa chez Grasset). Je bave un peu sur la Pléiade au presque grand complet chez Gallimard (quel âne je fais, même pas capté que c'était eux, ces magnifiques ouvrages), je bavarde alors un peu avec le vendeur, qui avait justement une place pour le Kabuki de la veille, mais n'avait pu y assister pour cause de salon (il est tout de même heureux que j'aie pu potentiellement récupérer sa place). Et pour finir, alors que tous les espoirs semblaient perdus, je tombe enfin sur le livre recherché toute l'après-midi pour p'tite soeur, un bon gros ouvrage sur les mythologies grèques et romaines (on a les mêmes gouts à ce niveau, c'est dingue, pas moi qui l'ai directement influencé sur ce coup...), chez Larousse, tout simplement (48€, ça doit faire entre 400 et 500 pages).

Voilà, cette année j'étais beaucoup moins freiné par le porte-monnaie, alors autant se faire plaisir, j'en ai les mains laminées par les sacs plastiques trop lourds, et je vais certainement avoir des crampes aux bras. Faut souffir pour être cultivé :).

mercredi 14 mars 2007

nul ni échappe (a priori)

(edit: arg, merdoyé, je reprends donc le billet que j'avais mis en "non publié" puisque pas fini du tout, et écrit le soir, pas à 7h36 du mat'...)

Ce soir, je vois que je me suis fait avoir : "moins de 3% de matières grasses", qu'il y a de marqué, sur l'emballage. Pour une fois que je mange chez moi autre chose qu'un tas de sucreries avant un spectacle, j'en suis réduit à faire les frais de la parano alimentaire ambiante. Ça ne va pas trop arranger mes affaires, ça. Parce que si je bois du coca (beaucoup, mais je coupe avec d'autres sodas maintenant, pour diminuer l'addiction à la cafféine), et des gâteaux, des biscuits, des nounours (oh la jolie boîte de 1kg à côté moi...), le tout entre les repas (pas très bien définis, d'ailleurs, et souvent à base de pizza), je pèse toujours 52kg. Enfin, il y a cinq ans, j'en faisais 54, mais je mangeais comme quatre, j'habitais encore avec ma momon. Pendant ce temps, j'ai du mal à appuyer sur la touche d'envoi d'appel, c'est bête, mais maintenant que j'ai le téléphone fixe gratuit, j'ai peur d'appeler... Chacun sa névrose, hein (et puis, on n'est jamais sûr, mais comme je n'ai aucune date de retour sur Marseille, ça devrait en théorie pas trop mal se passer...).

52kg, soit un IMC de 17, un truc dans ce genre (ok, 16,97). En dessous de 17,5, c'est considéré comme "très maigre" ; évidemment, la masse de l'ossature entre en jeu, mais j'ai a priori plus d'os, puisque plus grand ; je veux dire, par rapport aux filles, parce qu'à cet IMC-là, c'est aménorrhée assurée. Ou peut-être pas. Parce que niveau santé, pour ma part, tout va très bien. Et ce poids-là, je l'ai sans vomir, sans me priver, je mange quand j'ai faim (et je ne mange pas quand je n'ai pas faim, sauf si ça fait trop longtemps), je mache longtemps (très important, mais c'est un truc que j'ai fait depuis longtemps), et je fais des maths, que dis-je, de la physique. Les anorexiques ont ce travers-là : compter les calories dans tous les sens ; prenez un aliment simple, demandez-lui combien il y a de calories, vous aurez la réponse dans la seconde ; un aliment trop compliqué étant considéré comme incalculable caloriquement, sera tout bonnement écarté (avec tout un tas de subterfuges pour éviter d'y toucher, et le reste finira de toute façon où l'on sait). Pour ma part, c'est très simple : E=m.c² (classique), conservation de la matière ("qui mange une pizza de 250g prend un poids de 250g"), et puis la doctrine "le sucre c'est bon, mangez-en plein", de toute façon le foi en fait très bien son affaire, et dans le pire cas, ça sera transformé en graisse (bon, y'a pas ça, chez moi). Le tout dans un but de surveillance passive, histoire de me dire de temps en temps "oups, ça fait longtemps que je me suis pas pris un shoot de protéines, allez hop, de la viande !". Alors évidemment, il faut bien que ça passe quelque part, mais pour ça, on a les mitochondries, c'est génial ces trucs. Suffit de bouger, de réfléchir, et hop, toute la pizza de 250g disparaît en quelques heures ; c'est chiant, parce qu'après il faut en racheter (et que je n'ai pas de freezer ; pas grave, le reste de la semaine, c'est Pleyel, donc gâteau au chocolat avant). J'ai un scoop pour toutes les demoizelles en détresse : elles aussi ont des mitochondries ! Les anorexiques le savent bien, d'ailleurs : au bord de la crise cardiaque, ça fait du sport sans problème (ou se vante d'avoir parcouru 15km aller/retour... En ayant mangé une pomme...), en plus y'a un truc stupide dans le cerveau qui fait croire qu'on est en forme quand on souffre de famine (en fait, à la base, c'est utile : ça permet de redonner un peu de courage à homo sapiens pour abattre un mammouth et ne pas crever de faim ; il n'était pas prévu un tel détournement...).

Bref, je soupçonne souvent la fausse excuse de la perte de poids de cacher énormément plus, dès le départ (qui est toujours "un petit régime", officiellement ; et c'est sincèrement pensé), parce que sinon, rester maigre, ce n'est pas bien compliqué. Surtout quand on a une telle volonté, tenir trois jours avec un verre d'eau le matin, il faut le faire... Mais la thèse de l'autodestruction est de toute manière à écarter, en l'état, ce n'est qu'un effet de bord. Il n'empêche : pour sortir de l'hôpital (la première fois), mon amie devait peser 54kg ; soit un poids supérieur au mien, pour 7 cm de moins (mais une ossature bien plus lourde, autant je parais trop maigre, autant elle faisait peur à voir) ; une bonne occasion de rire (et puis comme disais ma mère lors de la seule visite autorisée en 3 mois -- pour son anniversaire --, "fais attention à ce qu'ils ne te gardent pas, là-bas" -- d'autant plus que j'arrivais du train, avec ma valise). Je me rappelle aussi qu'en sortant de l'hosto, elle était resplendissante -- ça n'aura pas duré un mois...

Alors dès que j'entends des soupçons de superficialité enfouie au fond de ces jeunes filles malades, évidemment, je ne peux que prendre leur défense. Non, elles ne sont pas idiotes non plus (comme j'ai pu l'entendre quelques fois). Et pour prouver à la fois que le sujet reste tabou (et de facto incompris), et absolument répandu partout, quoi de mieux que de citer la récente prise de parole du couple présidentiel (discrète tout de même) à propos de leur fille, Laurence, malade depuis 1974, c'est-à-dire lors de ses 15 ans, qui a connu des périodes à 27kg (peu en reviennent, à ce niveau : à 13,5 d'IMC, c'est la mort assurée en théorie), et qui vit à présent recluse sous assistance dans un grand appart' parisien : "Le couple Chirac se livre à des confidences intimes sur France 2", "Bernadette Chirac évoque la maladie de sa fille Laurence: 'je ne gère pas bien'".

Notons que l'on ne meurt pas très souvent de faim (voire même jamais), tandis qu'il s'agit de la maladie mentale ayant le plus de mortalité (15%) -- les taux augmentant pour celles qui ont déjà été hospitalisées, avant de rechuter --, mais de crise cardiaque, de suicide, ou d'infection. Ana Carolina Reston, cette magnifique fille qui aurait pu être vraiment jolie avec quelques kilos de plus, morte à 21 ans d'infection urinaire, avec son annorexie tellement visible, en sait quelque chose (comment va le rein de mon amie, d'ailleurs, celui qui risquait de lâcher il y a quelques mois ?...). Reste à savoir si les gens émus ici, ici, ou , posent vraiment les bonnes questions. Ou si ceci est vraiment la bonne méthode (il n'y a donc pas de médecine du travail, chez les modèles ?), en voyant les réactions, qui ne seront que de la poudre aux yeux dans le meilleur des cas (au moins, la maladie ne sera-t-elle pas exploitée ; voire même pas déclenchée, mais les danseuses ne sont par exemple pas en reste ; mais citons aussi Camille de Peretti, qui confiait "n'avoir jamais autant vu d'anorexiques que lorsqu'[elle] avait passé les ENS" -- et elle-même n'était pas encore malade, à cette époque...).

lundi 26 février 2007

contamination névrotique

"Bug", de William Friedkin, essentiellement connu pour "l'exorciste". Au début, je croyais que ça allait parler d'informatique ; non, je rigole, je croyais que ça allait être fantastique, je sais pas, à chaque fois qu'il est question d'insectes, c'est un peu ça qui ressort. Et puis non, pas du tout. Ce serait plus à rapprocher de "a scanner darkly", pour rester dans le récent ; quoi qu'au début, on croirait  du "Lemming", en fait. Et puis, c'est bizarre, parce que ces deux références ne collent pas trop, mais je n'en vois de meilleure là tout de suite, alors que je suis certain d'avoir vu ce genre d'histoire quelque part, et que je ne connais absolument pas la pièce de théâtre de Tracy Letts dont s'est issu... C'est que ça doit être réussi, alors (tiens, oui, ça me fait penser à "Pi", aussi).

Dans le rôle principal se trouve Ashley Judd que j'aime tant, avec des tas de kilos en plus, et des poches sous les yeux, dans l'absolue elle est mochifiée, et pourtant il reste toujours une sorte d'essence, enfin, faut voir quoi ; magnifique dans un rôle totalement nouveau pour elle (et donc forcément, je ne m'attendais pas du tout à la suite de l'histoire). Michael Shannon garde le même rôle que dans la pièce, et Harry Connick Jr, Lynn Collins, et Brian F. O'Byrne viennent compléter le casting ; tout le reste ne sont que des figurants (ou assimilés) pour même pas trois scènes... Certes, c'est une pièce de théâtre, mais comme hier il y avait plus de 30 acteurs pour Cyrano, l'explication n'est pas là : il s'agit tout simplement d'un huis clos, afin d'accentuer encore plus l'aspect névrotique obsessionnel et paranoïaque qui va se développer durant 1h40, jusqu'au final, nous réservant nombre de scènes insupportables à regarder.

On retiendra aussi que Agnes, à la base, paraît assez bien équilibrée dans sa vie de merde, et qu'il aura suffit d'un petit rien pour que tout bascule...

lundi 5 février 2007

Sonate des guten Menschen

"Das Leben der Anderen". Ce film de Florian Henckel-Donnersmarck ne peut décemment pas laisser indifférent (quoique dans la salle, beaucoup sont repartis comme si de rien n'était, dingue). Preuve en est deux billets cinématographiques de Phersu et Zvezdo, ce qui n'arrive pas tous les jours, loin s'en faut. Il y a deux regards à porter sur cette oeuvre, selon moi. Politique, et psychologique pure. Les deux étant étroitement liés, une question de point de vue microscopique ou macroscopique, certainement. Nous sommes dans des temps troubles en Allemagne de l'Est, en cette année 1984 (date évidemment pifométrique), proche a posteriori de la fin d'un régime totalitaire, mais les protagonistes ne le savent pas encore. Pour l'instant, le monde se divise en deux catégories : ceux qui espionnent "la vie des autres", et puis, ces autres, ces gens qui parfois essaient de se rebeller, sont étouffés, cassés, et toujours espionnés. Sans le savoir, tout dans l'opacité d'un pouvoir qui s'avèrent être loin d'être vertueux, mais tout simplement humain, avec des intérêts personnels plus "qu'idéalement" politiques. C'est ce que va découvrir l'agent de la redoutable Stasi Hauptmann Gerd Wiesler (Ulrich Mühe), dont le travail de dissection de la vie de ses concitoyens lui tient réellement à coeur pour assurer la sécurité du parti ; toujours dans une ambiguité de voyeurisme et de sadisme basique. Ayant hérité pour des raisons obscures de la surveillance de l'écrivain Georg Dreyman (Sebastian Koch), la relation psycho-politique va évoluer sur des terrains que l'on n'aurait pu soupçonner.

Finalement, prenant le parti de sublimer les actions et réactions artistiques et psychologiques des personnages (comme le fait remarquer Zvezdo), Florian Henckel-Donnersmarck s'éloigne du message purement politique de "l'aveu" de Costa-Gavras pour nous mener vers une analyse de la psychée de l'un des 100.000 agents de l'époque, qui va dans un contexte de fausse idéalisation politique, s'éveiller peu à peu, peut-être au début par un syndrôme de Stockholm inversé (quoique, qui est réellement prisonnier, dans cette affaire ?), pour devenir un guten Menschen (oups, je spoile ou bien ?).

Moi à la fin, j'avais fusionné avec mon siège, c'est pour l'instant le meilleur film de l'année.

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