humani nil a me alienum puto

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lundi 2 mars 2020

victoroncelle

Pour la 2e session du Grand week-end violoncelle au TCE, la nouvelle étoile montante Victor Julien-Laferrière, précédemment entendu assez difficilement sous une chaleur étouffante et un soleil brulant au parc floral. Cette fois, dans une salle peu remplie où l’on pouvait se replacer assez aisément avec sa souris, c’était plus agréable.

Au programme, quatre pièces. D’abord, Beethoven, Douze variations pour piano et violoncelle, sur un air super connu… de Mozart ! Que je n’avais point reconnu, un morceau de Flûte. Ça alors ! Puis Mendelssohn, Sonate pour violoncelle et piano n° 2 op. 58, c’est plus sérieux, mais aussi moins passionnant — reposant, dira-t-on. Justin Taylor, au piano vintage (pianoforte ? Pas totalement sûr), laisse alors place à Jonas Vitaud, sur un piano Steinway plus classique. Plus invisible : Victor a aussi échangé son violoncelle, passant des boyaux au cordes modernes.

Et c’est ainsi qu’on attaque la seconde partie intéressante, avec Britten, Sonate pour violoncelle et piano op. 65 : très beau et d’une grande originalité, qui n’est dépassée que par Thomas Adès, Lieux retrouvés, pour violoncelle et piano. Un feu d’artifice d’inventivité, avec un mouvement désynchronisé, suivi d’un mouvement qui chuchote à peine… Une sacrée découverte !

En bis, une pièce avec violoncelle et piano à quatre mains, dont je crois me souvenir que c’était du Brahms, mais je ne retrouve l’information nulle part et j’ai oublié de noter… Au dehors, dans le hall, une petite exposition de violoncelles — mode luthier en kit — et d’archets, et puis notre héros qui signe. Je ne doute pas qu’avec nos connaissances communes, je finisse bien par pouvoir lui demander quelle était cette dernière pièce du programme.

lundi 17 février 2020

princesse Iveta Organa

Je n’avais initialement pas percuté que j’avais déjà eu l’occasion d’entendre Iveta Apkalna, accompagnant un orchestre, et non en solo. La titulaire estonienne de l’orgue de la philhar de Hambourg était de retour un samedi soir à la philhar de Paris. Une, voire deux fois par saison, l’orgue est pleinement exploité. Malgré un programme Bach-Glass, la salle est largement moins remplie qu’avec Latry derrière la console, mais ce n’est pas mal du tout.

L’alternance commence par Johann Sebastian Bach : Fantaisie BWV 572. Puis Philip Glass, Music in Contrary Motion. Encore Bach, Passacaille et Fugue BWV 582 (qui est en train de devenir ma préférée, ai-je l’impression). Encore Glass, Dance no 4. Tout cela est excellent, et comme je n’ai rien immédiatement noté de mes impressions, on se reposera sur la souris, exceptionnellement venue par l’odeur du programme alléchée.

Iveta, c’est une robe dos nu en première partie, et une sorte de queue de pie stylisée sur-mesure extraordinaire — qu’elle avait déjà portée la fois précédente — post-entracte. Et puis elle a toujours une coiffure de dingue, en mode Princesse Leia. Leia Organa. Iveta Organa ?

On reprend : Bach, Toccata, Adagio et Fugue BWV 564 ; Glass, Satyagraha. Act III – Conclusion (arrangement de Michael Riesman, et c’est beaucoup moins répétitif que d’habitude !) ; et le méga-hit de Bach, Toccata et Fugue BWV 565. En bis, un Bach qui fait l’entre-deux (et qui annonce de l’orgue à la Vierne ou Lefébure-Wely, je trouve) : cantate BWV 208 « Schafe konnen sicher wieder ». Sehr sehr schöne!!

dimanche 26 janvier 2020

Yuja Wanger

En fait, Yuja Wang est wagnérienne : elle est un spectacle total. Robe bleue nuit asymétrique, bretelle à gauche, dos nu avec deux lanières en travers, petit triangle de chair sur le devant, traîne à l’arrière et découpe jusqu’au dessus de la cuisse gauche. Une tuerie, mais un inconvénient : pour le public qui n’était pas à l’arrière, au mieux du mieux pouvait-on apercevoir un magnifique mollet droit, parfois le genou. On espère que la caméra placée en fond de scène aura pu capturer d’émouvants moments de pédale.

La salle est pleine, on peut se replacer, mais ce n’est pas aisé. J’arrive à la place exacte que j’avais samedi : la position par rapport au piano était donc validée. Troisième siège en partant du couloir, derrière la barrière, côté impair évidemment. Dans l’axe fin où l’on pouvait admirer Yuja. Parce qu’un peu plus à gauche, c’était Gautier Capuçon qui aurait gâché la vue, avec son violoncelle. Il faut bien cela pour jouer des sonates piano-violoncelle. Et pour remplir une salle française, assurément (quoique, il semble que Yuja ait bien la côte à présent !).

Le voisin de derrière a une horloge au poignet qui fait plus de bruit que big Ben ; la vieille voisine ninja de gauche déclare trop tard qu’elle est semi-mourante, et effectivement, après quelques minutes, elle crache ses poumons (heureusement sans récidive, mais j’ai senti que je perdais en point de vie). La Philharmonie en hiver est un sport de combat.

Yuja et Gautier commencent par du César Franck. C’est assez rare pour être noté, même si cette Sonate pour violoncelle et piano (transcription de Jules Delsart de la Sonate pour violon et piano) est probablement la pièce la plus connue du répertoire, du moins pour le premier mouvement (le public a applaudit après le deuxième, en pleine moitié, alors qu’il était pourtant annoncé 25 minutes d’oeuvre — on a commencé comme à l’accoutumée avec presque 10 minutes de retard). Puis un Chopin assez court, Introduction et Polonaise brillante en ut majeur op. 3.

À l’entracte, j’entends un monsieur ébahi par la robe de Yuja. Lorsque je retourne à ma place empruntée (avec petit décalage opportun d’un siège plus central, ce qui évite miasmes et montre diaboliques, mais rend la vue plaisante un peu plus complexe), une dame devant devise avec moi des chûtes de rein (je cite) des nouvelles pianistes glamour (Khatia, évidemment). La discussion s’étend aux spectateurs autour, mais il faut reprendre les choses sérieuses. Encore du Chopin, encore 25 minutes, Sonate pour violoncelle et piano.

C’est très joli, tout ça, et brillamment exécuté. Yuja feu d’artifice fait place à une maturité romantique, elle se refait une réputation. Mais devant l’acclamation du public, le premier rappel, Le Grand Tango de Piazzolla, est de nouveau un sacré spectacle, pendant une petite douzaine de minutes (c’était prémédité : l’éclairage rouge en ronds était fort adapté et préparé). Elle est très jazzy, en fait, Yuja. M’étonnerait pas qu’à un moment elle explore pleinement cette voie pétillante qui sied à son caractère. Toujours le sourire. Re-saluts avec Gautier, qui fait la même taille (certes Yuja est perchée sur des talons de 14 ou 16 cm). Et LA mort du Cygne de Saint-Saëns en dernier bonus, cinq petites minutes de triste bonheur, pour terminer en beauté et sur le même thème vaguement mélancolico-romantique.

Ah, Yuja !

mardi 14 janvier 2020

Bach-au-piano

Ce n’est pas parce que Sir András Schiff a 66 ans qu’il est à la retraite. En revanche, si l’on considère que se rendre à la Philharmonie est un petit challenge, en repartir après 2h25 de récital, peu après 23h, est la meilleure assurance d’arriver très, très tard chez soi (ou presque).

La salle est cependant bien remplie, mais il reste facile de se frayer un chemin assez près de la scène, côté cour (donc sans clavier — ce qui ne gêne pas trop mon binôme qui déguste essentiellement les yeux fermés). Bach au piano (et plus exactement Piano**** comme le révèle le programme payant), je pratique de plus en plus, dans une attitude d’assagissement — peut-être que les nombreux animés en usant et abusant ont fini par me convertir. Même si souvent, le clavecin me manque. Mais bon.

Concerto italien en fa majeur BWV 971 ; Ouverture à la française BWV 831 ; entracte et Variations Goldberg. Excusons du peu. Du très grand piano, où les notes coulent naturellement, où tout semble en place au bon endroit, naturellement. Un régal. Finalement, on en redemande, du Bach-au-piano.

mardi 26 novembre 2019

Khatia appassionata

Les retours de Khatia Buniatishvili sont de plus en plus prisés : son plan comm’ à la télé a pour effet de ramener un public aussi nombreux que pour les très grands noms mondiaux du piano, même si je doute fort que cette stratégie remplisse autant à l’étranger. Ce serait peut-être d’ailleurs une bonne idée pour retrouver une écoute apaisée. Car les ventes de billets à la Fnac ramènent certes du monde jusque sur la scène de la Philharmonie (de quoi admirer notre héroïne de très près), et limitent le replacement à quelque trou opportun en fond de parterre (j’étais fort heureux des places libres à droite et à gauche, quelle aubaine !), mais que c’est bruyant… Passons sur le voisin de gauche qui respire naturellement en ronflant et celui de derrière avec sa doudoune synthétique maléfique qu’il tripotait trop régulièrement. Toussements, téléphones, bips divers, et ce bruit de fond pénible et incessant, qui donnait l’impression d’être en AAD (voire AAA).

La Philharmonie me semble vraiment peu adaptée au piano. Lorsque Khatia pousse et commence à taper le piano, ça peut aller, mais quand elle veut faire dans la dentelle (comme sa robe rouge flamboyante, assortie à sa tignasse toujours magique), on entend mal. Pour être poli. Et donc, pour des Beethoven romantiques tout doux tout mous, pianissimo, l’écoute était au delà du bof. Il faut attendre la fin de la Sonate n°17 « Tempête » (un hit) pour que ça décolle enfin. Khatia tempétueuse. Khatia à la pédale, aussi, qu’il paraît — la robe empêche de vérifier.

Au programme, c’était un best of de Beethoven. Suivait ainsi la Sonate n°14 « au Clair de lune ». Khatia lunaire. Mais clairement, c’est quand ça commence à décoller d’une manière générale qu’elle devient bien plus intéressante que dans les mouvements romantico-éthérés, qui donnent une impression nuageuse, floue, pas bien définie… La suite, post-entracte (pendant lequel la précieuse relique du bout de robe rouge froufroutant arraché sur un pied de tabouret a disparu) était du même goût pas très convainquant. Sonate n°8 Pathétique puis Sonate n°23 Appassionata. J’en vois dans le public qui remue la tête de désapprobation. Standing ovation. Hhhmmm…

En bis, on a d’abord la Rhapsodie n°2 de Liszt (arrangement Horowitz), et c’est carrément plus sa tasse de thé : explosif ! Puis l’Impromptu n°3 de Schubert, en mode fleur-jupon, des bisous et coeur sur le public (à moitié parti, à moitié en stand up ovation). Clairement plus son répertoire. Beethoven, qui paraît pourtant plus mainstream, c’est pas ça ; je ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai eu un sentiment encore plus confus que la dernière fois. Le star system, c’est bof. « C’était mieux avant ».

lundi 4 novembre 2019

cocktail Trifonov

Daniil Trifonov est explosif, le jeu de mot est facile. La Philharmonie est archi-blindée, il y a même du monde sur la scène. Quelques sièges sont libres par-ci par-là, certainement les malades et les morts. Les ninjas galèrent, je rejoins ma place tout en haut, parmi les meilleures du second balcon cour — seuls d’autres amis mélomanes ont eu une brochette de places meilleures que la mienne, mais comment font-ils au juste ? Trifonov a remporté toutes les compétitions récentes — Chopin, Rubinstein et Tchaikovsky. Et il n’hésite manifestement pas à faire rajouter un leaflet dans tous les programmes pour annoncer le rajout de Poème tragique de Scriabine et de la Petite suite de Borodine : 20 minutes de plus, soit une fin annoncée à 20h40 !

La soirée commence par un Scriabine jeune et plaisant, en enchaînant successivement Étude op. 2 n°1, Deux Poèmes op. 32, Huit Études op. 42, Poème tragique op. 34 et Étude op. 8 n°12. Puis une pause (quand même), un petit aller-retour en coulisse, et de nouveau Scriabine, Sonate n°9 op. 68. Le découpage de la soirée est un peu étrange, l’idée étant d’enchaîner deux sonates, puisque celle de Beethoven suivait immédiatement, en bloc. On est un peu perdu, je trouve, sans compter l’applaudisseur précoce qui n’a pas senti venir l’entourloupe.

Bref, Scriabine âgé est plus difficile, atonal, trop de notes, écoeurant. Ça m’a rappelé que j’avais failli le blacklister après l’Acte préalable, et que j’avais ensuite été très agréablement surpris par ses symphonies. Les quêtes mystiques, ça n’a pas que du bon. Quand la de Beethoven arrive avec la Sonate n°31 op.110, on est soulagé. Mais cet enchaînement m’a perturbé, et je ne suis pas sûr d’avoir bien pu profiter de l’oeuvre.

Entracte, cocktail des Amis de la Philharmonie, petits fours, le dirlo est là, petit pamplemousse de remontant, on maudit Jean Nouvel de l’asymétrie de la salle qui rend le passage du second balcon pair au bar Ouest une aventure fantastiquement pénible malgré l’ascenseur (170 millions de dommages et intérêts me semblent fort peu). Arrivé essoufflé, un sympathique Borodine (extraits de Petite Suite — n°1 "Au couvent" / n°2 "Intermezzo" / n°6 "Sérénade ») remonte le moral. Mais encore une fois, un enchaînement sauvage me perd, et ça passe sur la Sonate n°8 op. 84 de Prokofiev, qu’il joue à la kalash (d’ailleurs ça annonçait une demi-heure pour le seul Prokofiev tandis que j’ai minuté 25 minutes pour l’intégralité de la seconde partie !). Trop fatigué ? Pas assez de jambes dénudées et de chevelure magique chez ce pianiste à pénis ? Toujours est-il que toutes ces notes ont eu du mal à pénétrer mes oreilles.

Trifonov finit en zébulon, en sautant du piano pour saluer immédiatement après la dernière note tambourinée. Explosif, disions-nous. En bis, il enchaîne deux Rachmaninoff mignons tout plein, Vocalise et Choral Symphony, The Bells, deux transcription pour piano par lui-même. On finit mine de rien vers 23h, et si on ne peut pas lui enlever quelque chose, c’est bien sa générosité ! Il n’en demeure pas moins, de mon côté, un sentiment en demi-teinte. J’ai l’impression qu’il convient aux geeks du piano en offrant quelque chose hors des sentiers battus (je crois avoir lu ça aussi d’un autre pianiste une semaine avant, que je n’ai pas encore testé). Ce n’est pas forcément ce que je recherche.

mercredi 28 août 2019

Laferrière en fleur

Victor Julien-Laferrière est l’étoile montante du violoncelle et ça tombe bien parce qu’il est français. On ne tarit pas d’éloge à son égard dans le petit monde musical, mais je ne l’avais jamais entendu en live, et vaguement d’une manière générale — à tel point que ça ne percutait pas beaucoup à son nom quand j’ai été convié au parc floral pour le concert estival du dimanche. Il était accompagné de Théo Fouchenneret au piano, qui ne démérite pas mais ne génère pas autant d’attraction — d’autant que Laloum la veille avait paraît-il été hyper-exceptionnel, dans la catégorie bébé-étoiles dont-on-entendra-parler.

Au programme du duo, d’abord un Mendelssohn, Sonate pour violoncelle et piano n°2 en ré majeur op. 58, sous un Soleil de plomb, parce que l’ingénierie française doit quand même tenir sa réputation, c’est-à-dire faire des choses très belles et très compliquées totalement inutiles car mal pensées. En l’occurrence, le protège-soleil est tellement mal orienté qu’il ne protège de pas grand chose, et à 16h, on cuit. Sinon, c’était du Mendelssohn — la souris dirait que c’était aussi assommant que le Soleil.

Ensuite, Stravinsky, Suite Italienne pour violoncelle et piano, et c’est autre chose. Une demi-heure aussi, grosso modo. Une partie du public a fondu, mais les survivants sont plus attentifs. Ça gesticule moins dans les rangs. Plus personne assis par terre à l’ombre, dans le couloir. On se sent bien pour attaquer la dernière pièce, une magnifique sonate pour violoncelle et piano de Grieg, avec plein d’auto-citation. Problème : le Soleil continue de tourner, et alors qu’on avait conquis un trou laissé post-Mendelssohn, on cuit à nouveau. Dur.

À tel point qu’on se demande s’il est raisonnable de rester pour le bis, mais l’annonce du Silence de la forêt de Dvorak fait rester attentif. À la fin, on a perdu 10 litres d’eau, on a frôlé l’insolation, mais on est un peu heureux. L’acoustique est moins mauvaise que les jours de vent d’avant, mais c’est au prix d’une sonorisation qui brise forcément la qualité de l’écoute. Bref, il faudra se refaire ça dans une vraie salle.

Est ré-annoncée qu’il y aura une conférence-écoute « en allée 13 ». Évidemment, il n’y a aucun plan nulle part. C’était en fait sous les arbres, derrière. Le temps de faire un bon détour (par des bonsaïs, charmant !) avec un ami (et sa mie russe), on se retrouve par terre (tragédie des communs des transats) à écouter une interview journalistiques de notre héros Laferrière le jeune (29 ans ?), qui nous raconte ses aventures au concours de la Reine Elisabeth qu’il a remporté avec le Concerto pour violoncelle n° 1 de Chostakovitch qui tétanise les membres (pas un truc de bras cassé) ; mais pas que (petit retour sur son court parcours post-bac+9 par morceaux, de ses origines familiales pan-musicales, etc.). Manque de casques, pas d’écoute pour nous. Apparemment, il fallait là encore attendre les désistements, d’après le débrief de B#4 qui était planquée avec sa progéniture. Damned. Apparemment, ça ne s’improvise pas, ces activités gratos de plein air…

mardi 28 mai 2019

piano de verre

Une intégrale des études pour piano de Philip Glass à la Philharmonie, encore plus quand le maestro lui-même est présent, ça attire du monde ! Même la souris, ce qui n’est pas peu dire. On trouve quand même à se replacer au fond du parterre.

Philip Glass a peut-être 82 ans, il joue encore régulièrement du piano. Et c’est en toute logique que ce petit grand monsieur est venu ouvrir le bal, et est resté pour les saluts presque trois heures plus tard. Il y a 20 études, numérotées de 1 à 20, divisées en deux parts égales autour de l’entracte, réparties par paires successives à différents pianistes, quelques uns s’aidant de partitions, disposant chacun d’un tabouret pré-réglé. Lesdits tabourets ayant été positionnés tout autour de la scène, la succession des pianistes a été entrecoupée d’un machiniste venu faire les interversions de siège ; mépris pour un interprète, la running joke de la soirée a été de l’ovationner comme tel.

Avec deux études chacun, la liste de pianistes est la suivante : Aaron Diehl, Timo Andres, Célimène Daudet, Thomas Enhco, piano ; Maki Namekawa (en kimono !), Nicolas Horvath, Anton Batagov, Marielle Labèque, Katia Labèque (vendues par paire aussi).

Et c’était fort bon, parce que les thèmes répétitifs minimalistes enivrants de Glass sont ainsi qu’on peut difficilement y résister (et mal l’interpréter ?). Il y a quelque chose d’universel, de fascinant, de l’ordre de la transe. On pourrait taxer cela de facilité, et pourtant, c’est probablement ce qu’il y a de plus compliqué à faire, la facilité. Il faut savoir gouter son plaisir et les joies simples dans le laisser-aller ou le laisser-voguer.

lundi 1 avril 2019

Khatia et le star system

Encore une fois, le public était placé sur la scène de la Philharmonie. Mais cette fois, c’était pour approcher un peu plus encore Khatia Buniatishvili et sa divine chevelure. La salle était par ailleurs très pleine. Peut facile de trouver un replacement. Finalement, une belle place plein centre, le rang juste devant celui de JoPrincesse (et à côté de Christine Angot qui n’est pas restée pour les bis ?). Idéal. On peut tout voir de Khatia. Sauf les pieds, sous la trop longue robe sur laquelle elle a failli plusieurs fois trébucher.

Mais pourquoi tant de monde ? Seuls les pianistes les plus hypes (Lang Lang et Martha Argerich) rassemblent autant de public. C’est que Khatia, apprends-je, passe souvent à la télé, et même plusieurs fois récemment à Quotidien. D’où un public de n00bs, qui ne sait pas se tenir pendant les 45 minutes de D960 de Schubert. Un choix assez étonnant de Khatia étant donné son néo-public, faut-il dire (mais ce mouvement lent, quelle merveille…). Entracte, puis quelque chose qui sied mieux à la soirée : un Schubert méga-hits by Litsz, avec Ständchen, Gretchen am Spinnrade et Erlkönig.

Pour les deux dernières pièces Khatia fait monter la sauce, grâce à deux Franz Liszt. Elle sort d’abord son spécial jutsu aux vingts doigts, pour exécuter brillamment l’étude d'exécution transcendante n° 4 "Mazeppa", qui nous aura autant transcendé qu’une chevelure magique. Puis la Rhapsodie hongroise n°6, en feu d’artifice. Là encore, les doigts vont trop vite pour le Shannon oculaire. Khatia est une fille très digitale. C’est aussi une fille nouvellement adulée. Certes, comme toujours, elle n’attend pas le silence ou la fin des applaudissements pour commencer à jouer ; et elle se débarrasse sans ménagement, auprès du premier venu, du bouquet qu’on vient de lui remettre.

Elle alterne rapidement deux rappels, entre entre le flamboyant à chevelure, et le romantique-tout-plein : Rhapsodie Hongroise n°2 de Liszt (arrangement by herself), Impromptu op. 90 n°3 de Schubert. Schubert-Liszt-Schubert-Liszt, et une salle debout et en liesse entre chaque pièce supplémentaire. Comme s’ils n’avaient jamais entendu un seul pianiste de leur vie. Certes Khatia nous réserve (souvent) le meilleur (et parfois la pédale, disent quelques peureux), mais à voir tout ce monde n’y connaître pas grand chose et débarque de manière bien opportuniste (NOUS on l’a repérée depuis des années, depuis Pleyel !), je me pose la question : va-t-on gâcher Khatia ?

plus mieux que Bach-

Dans le WE « Orgues » à la Philharmonie, qui sert chaque année à le décrasser un peu, il n’y a pas que des pièces de moins d’une demi-heure : il y a aussi Olivier Latry qui vient jouer une fois l’an ! Cette fois-ci, replacement au parterre pour cet après-midi dominical « Bach+ ». Pourquoi « + » ? Parce qu’il y a plus de public jusque sur la scène autour de l’orgue ? (Comment a fait Serendipity, pas tout compris… Mais je préfère encore voir l’organiste s’exciter avec tous ses membres sur l’instrument, façon poulpe musical) Ou encore parce que deux bis ? (BWV 565 toccata et fugue, acclamé par le public ; puis Wir danken die, Gott, BWV 29, Sinfonia)

Que nenni. L’idée est de collectionner les B.A.C.H. et autres hommages, entrecoupés de Bach A.O.C. Voyons : Robert Schumann, 1ère fugue sur B.A.C.H (je ne savais même pas que Schumann avait écrit pour l’orgue !). Suivi de Johann Sebastian Bach (original), Choral "Schmücke dich, o liebe Seele ». Et alors deux mix (feat.) : avec Franz Liszt pour la Fantaisie et fugue en sol mineur ; avec Charles-Marie Widor pour Marche du Veilleur de nuit. Avant de revenir vers Prélude et fugue sur B.A.C.H., cette fois de Franz Liszt  et Jean Guillou (en son hommage, car on apprend qu’il vient tout juste de mourir à presque 90 ans).

Il faut dire que les organistes sont de sacrés remixers. La platine de D.J., c’est eux ! Les duos improbables en supermégamix, c’est eux aussi ! Les impros endiablées, c’est toujours eux ! Alors après l’entracte, on continue : Johann Sebastian Bach / Eugène Gigout, Choral de la Pentecôte ; Robert Schumann, de nouveau, pour 4ème et 5ème fugue sur B.A.C.H. Et pour finir, avant les bis, Passacaille et Fugue en ut mineur, BWV 582, du vrai Bach.

Wir danken die, Olivier.

(Ainsi que la souris pour le titre du billet, même si ce n'était point mon accompagnatrice sur ce récital)

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