humani nil a me alienum puto

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dimanche 8 avril 2018

le Bell Joshua

Joshua Bell était en duo avec Sam Haywood au piano. Il commence par un Mozart jovial, Sonate pour violon et piano en si bémol majeur K 454, que mon binôme philharmonique trop en retard doit suivre sur la téloche du hall, ce qui n’arrange pas son humeur déjà plutôt précaire en temps normal. Post regroupement familial, on continue sur un Strauss romantico-héroïque, Sonate pour violon et piano en mi bémol majeur op.18, apparemment fort rare.

Mais c’est surtout post-entracte que l’on a un Schubert romatico-magnifique qui nous magnifie aussi, qui nous rend bien et Bell, avec une Fantaisie en ut majeur pour violon et piano, op. 159, D. 934. Fabuleux.

Le programme nous annonçait qu’il y aurait une suite, et Joshua fait des annonces explicites. Il ne doit pas beaucoup aimer les surprises… Danse hongroise n.1 d’après Johannes Brahms, revigorant. Puis Schumann (qu’attendait impatiemment Hinata-chan), mais… Clara ! Trois romances pour violon et piano (n.1). Et enfin, un violoniste inconnu au bataillon, Henri Wieniawski, pour une polka punchy, et sans la partition cette fois : « Polonaise brillante ».

Bell et brillant.

play Bach

Ce programme du dimanche « Bach fest » était dans le week-end « flash Bach ». Je vous jure que je n’y suis pour rien. Bref, c’était de l’orgue, comme l’an passé à la Philharmonie, mais pas le même organiste : Bernard Foccroulle. Le programme était aussi fort différent. On sort de la messe pour aller dans les préludes, fugues, fantaisies, passacailles, choraux, bref, tout ce qui flatte l’ouï d’un son riche (Hinata-chan s’est demandée à un moment s’il n’appuyait pas un peu partout sur toutes les touches pour le plaisir).

Prélude et Fugue en mi mineur, BWV 533
Fantasia sopra « Christ lag in Todesbanden », BWV 718
Cinq chorals extraits de l’Orgelbüchlein, BWV 617, 621, 622, 628, 625
Passacaille et Fugue en ut mineur, BWV 582
Quatre chorals du recueil Schübler, BWV 645, 646, 648, 649
Vor deinen Thron tret’ ich hiermit, BWV 668
Fantaisie et fugue en sol BWV 542

Quel plaisir, mais quel plaisir ! De l’orgue comme j’aime, qui décrasse en profondeur. Enlève les peaux mortes, retour de l’être aimé.

lundi 26 mars 2018

un ange passe

Après le vendredi Messiaen, le dimanche aprem ! Pour un hommage (rapide, quand même) à Messiaen. Mais une fois ré-installés de face, au 1er balcon (on avait assez largement le choix…), ça ne le fait pas. L’orgue souffre en effet d’un cornement… numérique : une note joue toute seule. On ne sait plus à quel saint se vouer, pour réparer le coiiiiiiiin gênant. Finalement, la méthode de Kévin débloque la situation : reboot de la bête. Encore un peu et on devait reformater. C’est l’occasion pour Vincent Warnier de nous expliquer que ces choses-là arrivent (mais Serendipity nous avait déjà briefé), sur cet étrange instrument qu’est l’orgue à tuyaux. Et de nous annoncer le Livre d’orgue. Que je ne connais trop point. Qui commence par « de l’aride » (concède le petit programme papier) : c’est le moins qu’on puisse dire. Même les chants d’oiseaux introduits dedans par la suite sont plus mélodieux. Dans l’ensemble, c’est très geek du contempo. Et comme le son est à fond (bah oui, c’est de l’orgue, quoi), la souris à côté souffre et maudit. Surtout que c’est assez long. Il y a eu un bis, La Nativité du Seigneur, 1/14 : IX. Dieu parmi nous, toujours Olivier Messiaen (merci le CM de la Philhar…). Beaucoup plus écoutable.

Et puis la deuxième partie n’a rien à voir, avec le « quatuor pour la fin des temps », qui s’il fait de temps en temps la part belle à du cuicui à piano (Eric Le Sage) ou clarinette (Paul Meyer), possède quelques uns de ces moments de grâce infinie dont seul Messiaen avait le secret, en exploitant des cordes mystérieuses (Daishin Kashimoto au violon, Henri Demarquette au violoncelle). En fait, il faudrait en faire du bestof Messiaen débarrassé de ses lubies exploratoires… Ça remplirait un peu plus les salles, serait joué plus fréquemment, et éviterait le vieux de devant qui demande régulièrement « c’est bientôt fini ? » — on n’a pas assez fini de leur augmenter la CSG, à ceux-là…

Et à la fin des temps, un ange passe.

lundi 26 février 2018

ist für solchen Ehrgeiz diese Erde nicht zu klein?

Le Studio de la Philharmonie, je n’y avais mis les pieds que pour l’annonce de l’ouverture, et il fallait presque mettre un casque. On passait par l’extérieur, et il n’y avait pas de gradins. À présent qu’il y a des sièges, on se rend compte qu’il n’y a qu’une centaine de places à tout casser dans la petite salle sous-oxygénée, à laquelle on accède au rez-de-chaussée côté jardin, à côté du bar — et l’insonorisation n’étant pas bien faite, on entend les talkie-walkie dans le hall… Il n’empêche que la salle est finalement plus agréable, car très en pente avec de la place pour les jambes. Un luxe, à Paris. C’est aussi le volume idéal pour le chant avec piano, où cela résonne pile ce qu’il faut — en bonus, côté-titrage double de l’allemand. Dusapin a utilisé des poèmes de Nietzsche, et le premier, « Oh Mensch! », qui donne le titre global de l’oeuvre, nous rappelle initialement furieusement la 3e de Mahler. Mais on s’en détache rapidement, et le dédicataire de l’oeuvre, Georg Nigl, est exploité dans tout son talent d’artiste. Non seulement il a une voix impressionnante, surtout à une telle distance et acoustique, mais il sait en plus jouer de sa personne pour interpréter ce qui dépasse le simple chant. Il se fait accompagner de Sébastien Vichard, remplaçant l’initiale Vanessa Wagner, et torturant parfois du piano pour changer les notes dans le grave et nous faire encore plus vibrer ; il assure aussi seul les 4 interludes qui ponctuent les 19 chants. Un voyage multi-thématique, où l’on se demande assez malicieusement si l’orgueil n’est pas trop grand, ou la Terre trop petite. C’est ce qui sera d’ailleurs repris en bis.

mardi 20 février 2018

c’est donc ton Freire

Il est vrai qu’on se dit, à se galérer sous la neige, à risquer sa vie (ou son menton) sur les pavés glissants, pourquoi diable avoir pris cette place. Certes, c’est Nelson Freire, mais est-ce si original que cela ? À la Philharmonie, replacé un peu haut mais assez idéalement (d’autant que les pianistes en récital ont tendance à être bruyant), l’accueil est au paiement du programme papier — production piano 4 étoiles, service 1 étoile. On découvre donc au fur et à mesure, en aveugle.

Et puis tout à coup ce son rond et envoutant, dès les Bach remixés (Prélude pour orgue BWV 535 par Alexander Siloti, Ich ruf' zu Dir, Herr Jesu Christ et Komm, Gott Schöpfer, heiliger Geist par Ferrucio Busoni, et Jésus que ma joie demeure par Dame Myra Hess), puis avec la Fantaisie op.17 de Schumann. On a bien fait de venir, finalement.

Dans l’éclectique, on enchaîne sur Vier Klavierstücke op. 119 de Brahms. Puis sur du Debussy : La plus que lente et Children's Corner VI, Golliwog's Cakewalk. On zappe : Evocación et Navarra d’Isaac Albéniz. Ça annonce le bis du même : Tango op. 165 n°2. Et pour le second, on prend totalement autre chose : 6 Pièces Lyriques « Weddig day at Troldhaugen », de Grieg. Et pour finir, la transcription favorite de Nelson Freire pour les rappels, la Mélodie d’Orphée et Eurydice de Gluck.

Une sorte de best of, en somme.

lundi 12 février 2018

Khatia-noisette

Khatia Buniatishvili nous fait aimer le piano sensuel et charnel. Comment fait-on pour être de ces places juste derrière, le piano, où les effluves devaient caresser doucement les narines ? Avec des tarifs tout à fait acceptables, la salle était bien pleine, mais on pouvait tout de même trouver un petit trou idéalement placé — centre légèrement jardin, pour tout voir. Au programme de la première partie : Sonate n° 3 de Brahms. Et après l’entracte, une retranscription par Mikhaïl Pletnev (ah ?) de Casse-Noisette de Tchaïkovski. Il manquait des flocons pour parfaire le tableau, alors que la neige commençait à tomber au dehors. Enchainement sur son chouchou Franz Liszt, avec la Mephisto-Walz n° 1 puis la Rhapsodie espagnole. On est dans du khatiesque, jusqu’aux deux derniers rappels : Rhapsodie Hongroise de Liszt et Clair de lune de Debussy. Clair de Khatia.

mardi 30 janvier 2018

Brahms-Brahms

Duos et duos de duos de Brahms à la Philharmonie : c’est deux pour le prix d’un ! On a d’abord du piano à quatre mains (Valses pour piano à 4 mains op. 39), puis aux quatre mais se joignent quatre chanteurs, en mode deux fois deux. Ça nous fait donc :

_ Philippe Cassard : piano (de Besançon, précise mon binôme) ;
_ Cédric Pescia : piano ;
_ Natalie Dessay : soprano (sur le retour) ;
_ Karine Deshayes : mezzo-soprano (étrangement employée aussi) ;
_ Werner Güra, ténor émérite du Lied ;
_ Laurent Naouri : baryton-basse, fourni en binôme.

Au programme :  Liebeslieder Waltzes op. 52, puis Neue Liebeslieder op.65

Bon, il n’y a que Werner Güra qui sache chanter du Lied. Production « les grandes voix », ça remplit la salle avec une belle affiche sur le papier, mais il ne faut pas être trop demandeur côté rendu. Le plus improbable étant Dessay, toujours en fin de course (et qui a sûrement retardé la fin de l’entracte comme l’attestait quelque toux ostentatoire), qui donne dans le lyrique maniéré, et non dans le Lied : mais pourquoi ? On lui pardonne quand même, parce que c’est elle. Qu’on l’aime. Et que c’est du chant d’amour après tout.

Bref, c’est un peu tape à l’oeil dans l’ensemble, mais bon, plaisant tout de même, si on fait abstraction du vibrato et du yaourt germain. En somme, plus du divertissement que du Lied. Mais à ce niveau, le spectacle était bien assuré, jusqu’au bout, avec ces deux bis dont un de dos, pour l’arrière-scène (étrangement on n’entend alors pas si mal : cette salle est bizarrement fichue…).

lundi 19 juin 2017

rétrospective tharaudienne

Alexandre Tharaud a ce toucher léger et poétique qui sied particulièrement au programme best-of concocté pour le Théâtre des Champs Élysées. Cinq sonates de Scarlatti suivis des Impromptus op. 90 D. 899 de Schubert en première partie, puis les si poétiques Gnossiennes 4, 5 et 1 de Satie, que j’affectionne si particulièrement (je me souviens comme si c’était hier du week-end de la Cité de la Musique où j’avais découvert notre pianiste national, que j’avais fait dédicacer…). Et enfin Ravel, Miroirs, avant quelques bis tout aussi délicieux, le Valse en la mineur n°17 (opus posthume) de Chopin, encore du Scarlatti et les sonates en ré mineur K. 141 puis K. 32 et finalement, pour réellement terminer, tout autre chose, The Man I love de Georges Gershwin. Délicieux, le mot qui convient le mieux à la soirée, en clôture de la saison musicale.

mardi 11 avril 2017

récital Yo-Yo

Les moments musicaux à la Philharmonie se succèdent mais ne se ressemblent pas. C’était le grand retour de Yo-Yo Ma — avec sa pianiste fétiche, pour ne pas dire complice, Kathryn Stott. Il était assez complexe de se replacer : pourtant la salle avait été remplie avec des tarifs assez prohibitifs — 110, 90 et enfin 75€ pour la 3e catégorie… Heureusement, il y a des désistements parfaits, en l’occurrence parterre couloir central pair, pas loin devant la place de la veille, mais encore mieux positionné pour apprécier le violoncelle de Yo Yo dont je me souvenais bien qu’il portait assez peu — et je me demande ce que le public de l’arrière-scène, de côté et d’en haut a pu entendre… (D’ailleurs à l’entracte ma nouvelle voisine faisait du ninja par désespoir auditif)

J’ai été confusionné par le programme, et par l’enchaînement des premières pièces, qui avait deux Ave Maria de bout en bout, de telle sorte qu’arrivé à la fin, j’ai cru qu’on était à peine au début… En démêlant l’écoute, il y avait donc pour constituer cette "Arc of Life" Suite : l’Ave Maria de Bach arrangée par Charles Gounod, le « Was it a dream ? » (op. 37, n° 4) de Jean Sibelius que je n’ai pas vu passer, avant le Tango Jalousie de Jacob Gade que j’ai repéré, suivi du Claude Debussy, « Beau Soir », tout aussi court et qui m’a échappé avant le finale Ave Maria, mais cette fois-ci de Schubert (D. 839). Et c’était d’autant plus déséquilibré que j’ai cru à une sorte de pot pourri avant d’attaquer, après applaudissements, le vrai programme dans l’ordre, qui était en fait la Sonate pour violoncelle et piano op. 40 de Dmitri Chostakovitch, aussi longue si ce n’est plus que toutes les pièces précédentes ensembles. Paumé, vous dis-je, paumé…

Après l’entracte et le miracle de conservation de la place, c’était de nouveau une pièce courte très originale, suivie d’une longue grand classique du genre (quoique) : Giovanni Sollima, « Il bell'Antonio » (oui oui, d’après le film !) ; puis César Franck, Sonate pour violon et piano en La Majeur (transcription pour violoncelle et piano de Jules Delsart). Un grand plaisir, continué de trois rappels, parce que « il n’y a pas de Brexit » : Salut d’amour d’Elgar (très beau !), Cristal de Yo Yo Ma himself (ça explique l’originalité) et un magnifique cygne de St Saëns.

dimanche 19 février 2017

le chant de Goerne

Il est manifestement de coutume de donner trois pièces pour piano de Schubert avant d’attaquer le plus court et composite Schwanengesang.

Cette fois, on a gagné au change avec le très remarquable Leif Ove Andsnes, dont la qualité de jeu a été extraordinaire toute la semaine. Au programme, la D. 946. Et puis la fin de cette semaine exceptionnelle de triplet Matthias Goerne/Schubert, qui de nouveau était peu courue, en tout cas a permis de se replacer facilement. Pourtant, dans mes mémoires, je ne vois sinon qu’en 2010 une interprétation par Dietrich Henschel. Bref, c’est pas tous les jours !

Et là, je retrouve le morceau qui me court dans la tête depuis des jours, la fin où l’on frissonne de partout, toute la qualité de l’alliance de deux superbes interprètes, Matthias Goerne, ahurissant, et Leif Ove Andsnes, magnifique pianiste. Ça aurait valu de leur déclarer notre amour en face, mais pour la première fois, pas de séance dédicace : on a trop repoussé en croyant avoir le temps. Le drame de nos vies.

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