humani nil a me alienum puto

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mardi 29 mars 2016

l’homme parfait

“Cet homme parfait a même fait une thèse de littérature”, me souffle Hinata qui est toute chose. La souris a déserté pour une place plus proche — elle a un bavoir pour ne pas déranger l’idole des jeunes. Ian Bostridge met tout le monde d’accord. Surtout les filles. Je ne peux pas lui en vouloir : il est extrêmement bien habillé. Certes, il toise Christophe Rousset alors que celui-ci est sur l’estrade : à cette taille, avec cette maigreur, on est obligé de passer par le sur-mesure, ce qui est chose plus aisée en Angleterre. Mais voilà : l’homme a la classe. Et les demoiselles quelques goûts communs prononcés.

Le ténor était donc accompagné des Talens Lyriques pour une soirée baroque de charme. “One charming night”. Si si.

Lully  Ouverture, « Bois épais, redouble ton ombre », Chaconne, extraits d’Amadis 

« Plus j’observe ces lieux et plus je les admire », air extrait d’Armide

Purcell Ouverture, « Come away, fellow sailors », The Triumphing dance, extraits de Dido and Aeneas

« One charming night », « See, see my many colour’d fields », Dance for Chinese men and women, extraits de The Fairy Queen

Rameau  Ouverture, « Fatal amour, cruel vainqueur », Ballet, « Règne, Amour, fais briller tes flammes », extraits de Pygmalion

Haendel  Ouverture, «Hide thou thy hated beams », « Waft her, angels, through the skies », extraits de Jephtha

Ouverture, Gavotte, «I must with speed amuse her », extraits de Semele

Il brille clairement plus dans l’anglais que dans le français, où l’on peine à le comprendre, et puis Lully est quand même moins fun. Mais il pense à nous faire plaisir — même en bis. Les scolaires (collège Balzac : aucun blanc) massés en fond de second balcon furent même charmés. C’est dire. L'homme parfait existe-t-il ? Les demoiselles n'ont pas voulu briser leur fantasme à la séance de dédicace (où il attendait le public avant même que celui-ci sorte de la salle !).

mardi 22 mars 2016

kiss in

Chaque année, il faut faire un pèlerinage Kissin — sauf quand on le rate, pour cause d’agenda compliqué ou de disparition soudaine de places. Le lieu de pèlerinage était le TCE (ça alternait avec Pleyel, dans le temps, mais on ne lui en voudra pas d’avoir fui la Philharmonie).

La salle était fort pleine, comme prévu. Mozart, Sonate n° 10 K. 330, pour se mettre en jambe, fort jolie. Beethoven, Sonate n° 23 « Appassionata », ça faisait longtemps, certainement l’une des meilleures interprétations qui soit. Entracte pour s’en remettre. Brahms, Trois Intermezzos op. 117, parce que c’est beau. Albeniz, Granada, Larregla : Pièces espagnoles, qui m’ont rappelé quelques souvenirs plusieurs fois, ça sent quelque chose entendu en bis sûrement.

Des bis, Evgeny Kissin n’en est jamais trop avare. Il me semble me souvenir qu’il n’y en a eu cependant que deux (ou trois ?), dont je ne trouve pas les référence (n’y avait-il pas un Brahms ? Je devrais noter ces choses-là…). Le tout était bien propre, bien doux, bien souple. Du piano thaumaturge.

mardi 26 janvier 2016

Julia de retour

Comme on sait, Julia Fischer, l’amour de ma Liebe, n’arrête pas de me faire des enfants dans le dos avec son mari. Dur. À force, elle prend un peu de l’épaisseur, et pas que de la poitrine (ciel !!). Mais elle joue toujours aussi bien, avec son pianiste préféré, Igor Levit (car Julia sait tout faire, mais toujours pas en même temps), et en trois séances elle a fait l’intégrale des sonates de Beethoven au TCE (en tournée européenne). J’étais à la seconde session.

Sonate n°5 op. 24 "Le Printemps"
Sonate n° 6 op. 30 n° 1
Sonate n° 7 op. 30 n° 2
Sonate n° 8 op. 30 n° 3

Julia est donc inscrite à présent dans les deux listes “MILF” et “gros seins” avec mention “mais c’est pas grave” (c’est dire).

mardi 1 décembre 2015

jeu de Tharaud

Je ne suis pas forcément bien fan de Bach au piano : pour moi, Bach, c'est clavecin et orgue. Mon côté réac'. Mais Alexandre Tharaud (que j'aime beaucoup !) qui nous promet une nouvelle interprétation des variations Goldberg, quelque peu cadenassé par les Gould (que je ne connais que fort peu, en réalité — ou du moins, de manière "indirecte", puisqu'on n'entend qu'elles, grosso modo). Eh bien c'était bein bon. Voilà.

mardi 16 juin 2015

nouveau dieu Gerhaher (?)

Si je n’avais point été alerté par Hinata, dont le sort a rendu épique (et même impossible) une la patine annuelle devenue, le lendemain, un non-anniversaire, j’aurais certainement raté ce récital que je n’avais pas même noté sur mon agenda. Pourtant, tout ce que Paris compte de ninjas était bien présent et motivé. Il se dit dans les couloirs que Christian Gerhaher est LE nouveau (plus ou moins) baryton à ne pas rater, et qu’il est même meilleur que Matthias Goerne. TU TE RENDS COMPTE ?? On a voulu savoir : snobisme ou hérétisme ? C’est qu’il vient très peu en France, le bougre.

Au programme pour se faire une idée, du tout un Mahler. « Lieder eines fahrenden Gesellen », « Lieder aus Des Knaben Wunderhorn », entracte, « Lieder aus Des Knaben Wunderhorn » et enfin les « Kindertotenlieder ». Oui, tout ça. Même pas peur. J’attrape une place dans les tout premiers rangs. C’est parti.

Eh bien il est formidable. Sa diction est louée, mais je pense que c’est sa tessiture moins « ronde » que celle de Dieu-Matthias qui lui permet cela. C’est un peu l’effet Philharmonie (on était à la #2, la Cité de la Musique, quoi, qu’on apprécie de plus en plus, quitte à traverser la moitié du monde connu) : c’est plus clair MAIS c’est aussi par essence moins émouvant. Avec son pianiste Gerold Huber, notre héros sait cependant compenser par une émotion palpable. Et quand il monte, quand il gronde, on reste au fond de son siège, stupéfait. Oui, il est formidable : on ne le ratera plus, c’est promis.

lundi 8 juin 2015

poèmes pour Magdalena

La mezzo-soprano Magdalena Kožená vieillit certes physiquement — je ne l’aurais pas reconnue… —, mais vocalement, elle est toujours au top. Avec Mitsuko Uchida au piano, le duo est détonnant.

Schumann Gedichte der Königin Maria Stuart op. 135
Debussy Chansons de Bilitis
Mahler Rückert Lieder
Debussy Ariettes oubliées
Messiaen Poèmes pour Mi (Livre II)

Quels étaient les bis — annoncés —, déjà ? Je ne me souviens essentiellement plus que c’était excellent jusqu’au bout, jusqu’aux rappels.

dimanche 19 avril 2015

Piaupiau

La soprano Sandrine Piau est toujours gage de succès, mais il est vrai que le programme annonçait plus d’intermèdes par le Kammerorchester Basel, qui sinon l’accompagnait fort bien, avec Julia Schröder à la fois à la direction et au violon, que de pur chant.

Sarro  « Per abattere il mio core » (Partenope)
Albinoni « Dopo i nembi e le procelle » (Eraclea)
Haendel « Ah, mio cor, schernito sei » (Alcina), « Ah ! Ruggiero crudel... Ombre pallide » (Rinaldo)
Porpora « Mentre rendo a te la vita » (Angelica)
Haendel « Son qual stanco pellegrino » (Arianna in Creta),
« Furie terribili » (Rinaldo)
Pièces orchestrales de Torelli, Zavateri et Laurenti

Ces exercices musicaux permettent un best of et d’interpréter n’importe quel rôle, y compris au sein du même opéra. On regrette que lorsqu’elle était Alcina, la soprano n’ait pas utilisé ses super-pouvoirs pour transformer nos voisins de derrière en pierre. Il y avait pourtant pas mal de places libres au TCE, on pourrait imposer des distances de sécurité entre voisins (même si c’était nous les replacés : mais on ne commente pas pendant la musique, ni ne nous excitons sur des activités bruyantes…).

En rappel, sous les forts applaudissements, trois pièces, dont le « Lascia » qui manquait à l’appel — pour les deux autres, les sites web des salles parisiennes font de nouveau la grève des bis... Un peu comme toujours : le genre de soirée attendue, qui fait se sentir comme à la maison, et efface les turpitudes de la journée.

samedi 4 avril 2015

retour de l’être aimé

Piotr Anderszewski fait toujours et plus que jamais partie de mes pianistes préférés — et ce depuis une quinzaine d’années. Il joue sur une chaise comme Radu Lupu, et a un touché simple et efficace, qui sied aux Bach mis en ouverture et fermeture du programme : d’abord l’Ouverture à la française BWV 831, en fin la Suite anglaise n° 3 BWV 808. On sait que je ne suis pas un grand fan de Bach au piano — trop doux, trop rond, trop fade. Mais de Piotr, j’accepte tout. Entre les deux Bach, Novelette op. 21 n° 8 de Schumann (agréable), un entracte et Métopes, 3 poèmes op. 29, de Szymanowski, que je ne connaissais pas du tout, où les notes font des ronds dans l’eau en tombant (pour l’aspect imaginatif, se référer à la souris, inspirée).

Faire la une du Cadence du mois n’a pas suffi à remplir la salle — mais seul Kissin est je crois réellement bankable, avec Lang Lang (arf). Ce pianiste est si simplement sympathique, lorsqu’il revient faire des rappels, qu'il nous joue deux longues pièces qui rajoutent carrément une demi-heure à la soirée. Comme ça. Parce que c’est lui. Chaque année, le récital anderszewskien (au TCE) est devenu un rite : ne pas rater le retour de l’être aimé.

dimanche 28 décembre 2014

Philiiiiiiiipe ?

J’aime beaucoup Philippe Jaroussky parce qu’il émeut mon binôme, sinon assez difficilement impressionnable sinon. Mais même, le naturel reprend le dessus, et qui aime bien châtie bien : après une dernière prestation étrange et décevante, la saison dernière, que j’avais eu le bon présentiment de sécher (pour lui préférer Katchatryan et mon autre binôme de concert souristique, aussi impressionnée — il faut savoir vivre à travers des proxy et mettre à profit les émoustillements), ce récital, toujours au TCE, d’un vendredi pré-vacances affichant plus-que-complet, pariait sur de l’archi-connu, et du 100% garanti Vivaldi d’origine contrôlé label rouge :

Vivaldi Concerto pour cordes RV 120
Stabat Mater RV 621
Allegro du Concerto pour cordes RV 123
« Longe mala, umbrae, terrores » RV 629
Allegro de la Sinfonia pour cordes et basse continue RV 116
«Se in ogni guardo», air extrait de Orlando finto Pazzo
«Vedro con mio diletto» air extrait de Giustino
Concerto pour deux violons RV 522
«Mentre dormi» air extrait de L’Olimpiade
«Con questo ferro», «Gemo in un punto e fremo»  récitatif et air extraits de L’Olimpiade

Accompagné de l’Ensemble Artaserse qui assurait le liant et le repos vocal, notre héros crystallin cependant mit à profit, comme tout chanteur vieillissant, sa maturité pour pallier ses hyper-aigus disparus, et ses basses toujours absentes, limitant le spectre de sa tessiture. La soirée fut donc bonne, avec les rappels qui vont bien (et qui étaient attendus par les fans), mais la demoiselle ne tomba pas en pâmoison. Dommage — pour elle.

dimanche 21 décembre 2014

adieux Lemieux

Marie Nicole Lemieux, si j’ai bien compris son discours final, faisait sa tournée d’adieux — pour ce que cela vaut dans les métiers artistiques… Ou alors j’ai très mal compris, et c’était la dernière de sa dernière tournée (?). Au TCE samedi dernier, la salle était suffisamment pleine (assez rare ces temps-ci pour être noté), mais permettait cependant un recentrage fort opportun. Au programme, « Viva Vivaldi » :

Sinfonia extraite de Il Giustino
« Dite, che v’ho fatt’Io... Dividete O giusti Dei », air extrait de Farnace
« E morto si, tiranno... Svena uccidi », air extrait de Bajazet
Concerto pour deux violons et basse continue RV 516
« Amorose a’rai del sole », « Così potessi anch’io », airs extraits d’Orlando furioso
Sinfonia pour cordes et basse continue RV 157
« Brami le mie catene », « Infelice Griselda... Ho il cor lacero », airs extraits de Griselda
Concerto pour quatre violons et basse continue RV 580
« Aure lievi che spirate... », air extrait de La Fida ninfa
« Come l’onda », air extrait d’Ottone in villa

Au retour de l’entracte, les deux premiers violons de l’ensemble Venice Baroque Orchestra ont voulu donner dans le virtuose, mais étaient tellement désaccordés que cela blessait les oreilles — mais manifestement pas d’une grande partie de la salle, seule une minorité restant interloquée, comme pour les concerts nouveaux de Malgoire qui écorchent aussi les tympans. Et au détour d’un « réaccordement » de l’orchestre, tous les violons finirent désaccordés de même. Mais quelle est cette histoire-là ?

Heureusement, notre héroïne est restée égale à elle-même. Enchanteresse, elle nous fit bien rire pendant son adresse à un public totalement conquis par tant de délicatesse. Elle avait déjà prévu un autre passage fameux d’Orlando Furioso, puis un autre bis, une cantate de Noël je crois (« vous allez reconnaître » — les fans qui connaissent tous ses disques ?). Embarrassée par tant de louanges du public, consultant la vox populi pour connaître son dernier souhait, et après une concertation très improvisée avec l’orchestre, piquant un bout de partition au violoncelliste pour le mettre sur un chevalet unique partagé par tous les violons (un joli petit troupeau), elle finit par entamer un « lascia ch'io pianga  » de toute beauté.

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