humani nil a me alienum puto

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mardi 20 décembre 2016

Mes-sie

Je croyais qu’il s’agissait d’une messe en si. Alors quand ça a commencé à chanter en anglais, et puis que je me suis dit que tiens, je connais par coeur, mais c’est pas du Bach, j’ai compris que j’avais un peu mélangé mes neurones… Bref, c’était le Messie de l’année — allelujah ! Comme mon binôme est arrivé très à l’arrache, que j’avais croisé un ami et qu’à chaque fois que je n’ai pas ninjaïsé, je l’ai beaucoup regretté, cette fois j’ai abandonné la miss pour rester au parterre (et puis un abandon pour un autre, quoi). Même si le Messie, c’est thaumaturge sur l’humeur (ce qui tendrait à être considéré comme une existence de Dieu, étant donné la difficulté du miracle ?). Cette interprétation par William Christie était bien lente. On a terminé d’ailleurs a des heures indues. Une bonne partie du public n’a du coup pas trop apprécié. Mais la qualité sonore de l’ensemble et des solistes (Katherine Watson, soprano ; Emmanuelle de Negri, soprano ; Carlo Vistoli, contre-ténor ; Samuel Boden, ténor ; Konstantin Wolff, bass), qui m’ont d’ailleurs conforté dans mon choix de rester de face (surtout pour le premier chanteur, dont j’ai eu confirmation qu’on ne l’entendait pas, en haut, et que pire encore le son fluctuait) en ont produit une très belle mouture, sur le plan esthétique. Et on ne me reproche jamais de bouder mon plaisir. Amen.

mardi 6 décembre 2016

messes désharmonisées

C’était probablement la place la plus chère de la saison à la Philharmonie. Je ne sais plus pourquoi j’avais dû prendre à 30€ deux places de côté, mais toujours est-il que dans cette salle diabolique, ce n’était pas forcément la meilleure idée qui soit. Car si Hinata-chan n’y semblait pas initialement sensible, le son était clairement en sourdine, et c’était vraiment évident pour les timbales encore plus que pour le choeur. Alors cette belle Harmoniemesse de Joseph Haydn, avec notre René Jacobs préféré, dirigeant le Freiburger Barockorchester accompagné du RIAS Kammerchor, clairement, aurait pu être meilleure. Et je passe sur la voisine de gauche, toute proche dans le tournant de l’arrière-scène côté jardin, qui rajoutait cet instrument de musique chez les femmes bourgeoises pénibles qui hantent les salles de concert : la quincaillerie au poignet.

Après l’entracte, le parterre étant toujours aussi plein (et la ninjaïtude de mon binôme toujours aussi limitée), un simple déplacement de quatre mètres vers le centre a totalement changé la perception acoustique du requiem de Mozart (version achevée par Franz Xaver Süßmayr et complétée par Pierre-Henri Dutron). Sophie Karthäuser (soprano), Marie-Claude Chappuis (alto), Maximilian Schmitt (ténor) et Johannes Weisser (basse) pour une belle fin de soirée. Mais cette salle, bordel…

mardi 1 novembre 2016

unsere Herrin Lola

À notre arrivée dans la salle, chacun se demande : qu’est-ce donc que cette croix ? Quel est le mystère de la croix ? Est-ce pour crucifier Jean Nouvel ? Dans la grand salle de la Philharmonie, il s’agit bientôt de trouver une place bien située : dans les premiers rangs du parterre face à l'orchestre de Paris, Lola divine dans le champ de vision (un peu masquée), il y a ce qu’il faut légèrement plus à cour que le chef Thomas Hengelbrock, qui a concocté une soirée fort originale d’une durée de 1h50 sans entracte — donc non, à 20h40 on ne cède plus la place aux arrivées retardataires, quel bordel cette salle…

Entre deux Bach, un Bernd Alois Zimmermann (dont j’ai seulement entendu parler de son Die Soldaten, jamais vu). Un premier Bach avec deux hérésie : ce n’est que la première partie (n°1-14) de la Passion selon Saint Jean, BWV 245, et on parle dessus. Deux récitants, Georges Lavaudant et André Wilms, introduisent le concert jusque sur les premiers accords. L’orchestre est gros, peut-être trop, on a parfois du mal à entendre la mezzo Ann Hallenberg. En revanche, la soprano Anna Lucia Richter est autant un régal pour les oreilles que pour les yeux. Le ténor Lothar Odinius, à l’arrière, est complété du baryton Georg Nigl, qui devient rapidement le héros de la soirée. En effet, le Zimmerman s’enchaine parfaitement et lui fait la part belle. Action ecclésiastique «Ich wandte mich und sah alles Unrecht», pour une première de la version française. 

Au niveau de l’orchestre, c’est sous-sol du BHV : cloches de vache, marteau (savez-vous planter des clous ?), journal déchiré, papier A3 déchiré, marteau qui frappe en divers endroits la grande croix bois (c’était donc un instrument à percussions !), il y a même une guitare électrique. Et notre baryton hypnotique, en allemand, alternant avec les récitants en français (parabole du Grand Inquisiteur des Frères Karamazov, morceaux de l’Ecclésiaste et de la Bible), montre l’étendu de son talent. Alors que les cuivres passent en surround (un peu partout dans la salle) et que le chef d’orchestre finit assis sur son estrade tête dans les mains, le baryton se met à pleurer (AaaAAAaaaahhh). Étonnant. Il se passe quelque chose, avec cette complexe partition qui part dans tous les sens, et on ne sait pas trop quoi. Mais quelque chose, c’est sûr.

Et comme si c’était encore prévu ainsi (peut-être ? Pas eu le temps d’étudier le livret), la cantate «O Ewigkeit, du Donnerwort», BWV 60, de Bach encore, s’enchaine parfaitement. Fin à 22h, clairement le genre de soirée unique.

mardi 19 avril 2016

Suzuki magnifique

Comme il est dit que Dieu doit tout à Bach, peut-on dire que Bach doit tout à Masaaki Suzuki ? Le TCE était plein pour accueillir son Bach Collegium Japan qui s’est rendu célèbre par ses enregistrements de référence. C’est que le Japon n’est que fort bien placé pour apprécier Bach — et l’utilisation en fond sonore de première importance dans les films et mangas appuie mes dires. Il y a du contemplatif vigoureux, de la complexe simplicité, de l’émotion raffinée, tout ce qu’aime le Nippon civilisé.

Évidemment, trouver du chanteur japonais est mission impossible. Nous avions donc : Hana Blažiková (soprano), Joanne Lunn (soprano), Robin Blaze (contre-ténor), Zachary Wilder (ténor) et enfin Dominik Wörner (baryton-basse), outre le choeur. La BWV 243 est plus connue sous le nom de Magnificat. De quoi finir de remplir totalement la salle — impossible de bouger ne serait-ce que d’un siège, avec Hinata.

En complément de programme, après les 35 premières minutes et un entracte, deux cantates “Ich hatte viel Bekümmernis” (BWV 21) et “Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust” (BWV 170), pour de nouveau environ 50 minutes de bonheur céleste — surtout au rang Z du second balcon…

lundi 4 avril 2016

Selig sind, die da Leid tragen

Ç’aurait dû être la troisième soirée à trois. Mais il y en a une qui a déclaré forfait. Non qu’elle n’ait pu intriguer pour arriver à temps (elle a de la ressource, quand il faut !), mais ce fut bien la seule à rejoindre le second balcon officiel — où paraît-il le choeur de chambre Les Éléments était trop fort — au lieu de se replacer comme des ninjas civilisés au parterre. Quand il n’y a pas d’entracte, il faut viser juste du premier coup. Pourtant, Ein deutsches Requiem, c’est depuis longtemps notre pèlerinage, mais je suis le plus sentimental. Et puis il fallait que je fasse découvrir ça à la souris.

Emmanuel Krivine, La Chambre Philharmonique, la grande Camilla Tilling (soprano) et Rudolf Rosen (baryton) pour une très belle interprétation, mais qui manquait un peu de profondeur au parterre — saleté de Philharmonie, décidément. Le public, pour une fois pas trop pénible, quoique souffrant toujours de tuberculose, n’a pas attendu une seconde pour applaudir.

si mass

Quand il y a du Gardiner, William Christie et ses Arts Florissants ne sont jamais bien loin dans la programmation pour lui donner le change pascal. Messe en si, toujours Bach, Philharmonie aussi, Katherine Watson (soprano), Tim Mead (contre-ténor), Reinoud Van Mechelen (ténor), André Morsch (basse). Pas d’entracte cette fois non plus (la Saint Jean a aussi été d’une seule traite) : il a donc fallu se replacer depuis l’arrière-scène pour espérer entendre quelque chose. Hinata-chan étant deux rangs devant et pas forcément bien décidée à bouger, malgré ses déconvenues de la veille, j’ai donc pris le parti de rallier le côté cour (places marrons), où trois places étaient libres. Et comme la miss n’était plus à sa place, j’ai remarqué qu’elle s’était mise à l’exact opposé, au fond du côté jardin, aussi à côté de deux places libres. No comment.

Derrière moi, une petite fille faisaient de suspects bruits de succion (avec une sucette, on pouvait espérer plus ludique). Et puis ensuite, durant l'oeuvre, elle s’en est allée régulièrement demander bien des choses à sa mère. Avant de quitter avec elle la salle une minute avant la fin. Côté miracles, pour cette soirée, on repassera. Ah si, durant un de ces passages émouvants de la Messe en Si, vers le premier tiers (bien avant le Crucifixus qui m’émeut toujours tant — vous ai-je raconté comment dans la cambrousse paysanne de province de ma jeunesse j’avais dû mener une enquête incroyable pour retrouver à quelle oeuvre cela appartenait, avant d’attendre deux ou trois mois ma commande à la Fnac ?), pas loin devant Hinata, un couple de mecs balèzes avec des tatouages partout et de grosses barbes s’enlaçaient amoureusement. Ça a fait ma soirée.

passion selon Saint-Gardiner

Christ est mort pour la 3e fois en 10 jours. Ça lui arrive souvent, surtout à Pâques. Après la Saint-Jean de Bach, la Saint-Matthieu de Bach — mais que serait Dieu sans Bach ? L’évangéliste Mark Padmore était moins bon qu’Ian, plus monocorde, mais le tout était bien meilleur. Quand on a vu arriver les mioches en costume noir à hautes chaussettes rouges et grand col blanc (une forme de bizutage ? D’après le programme, ce sont Les Pages du Centre de musique baroque de Versailles, sans déconner), on a eu un peu peur (moi depuis mon second balcon, Hinata au loin en arrière-scène — quelle idée…). L’avant-veille au TCE (il était censé y avoir un orchestre de Paris entre les deux, mais le chef est tombé subitement malade), on avait eu une montagne qui avait une voix de fluet : cette fois, c’était le gros black qui a nous rappelé de nous méfier des apparences !

Devant le public de la philharmonie, Sir John Eliot nous a d’abord parlé des attentats à Bruxelles où il était ces derniers temps (aussi avec le Monteverdi Choir et l’English Baroque Soloists ?), et on a eu droit à la minute de silence règlementaire. Et puis il nous a dit que ce serait bien de se recueillir à la fin du concert, parce que la musique s’apprécie mieux en silence — ça commence en silence et ça finit en silence, plus exactement, mais il n'a rien précisé sur les interstices entre les morceaux. Il faut dire que ces derniers temps, c’est très désagréable ce public assez grossier et non-éduqué qui applaudit à tout rompre — au milieu d’un Malher, parfois quelques secondes avant la fin d’une symphonie, et j’en passe. Sans compter les téléphones, les fouillages de sac, les gens qui vont et viennent, ceux qui arrivent bruyamment en retard, etc. On aura donc eu droit à moins de dix secondes de recueillement, cette fois, grâce à cette précaution. Ça mériterait d’en crucifier quelques uns…

Passion selon Saint-Bostridge

Ian est homme saint, nous avons eu l’occasion de nous exprimer sur ce point précis — surtout parmi la gent féminine qui m’accompagnait. En tant qu’évangéliste de la passion selon Saint-Jean, en version allemande après avoir chanté en anglais et français la veille dans la même salle du TCE, il a porté la soirée et compensé les faiblesses d’un Choeur Polyphony à la diction germaine un peu étrange, et aux accents d’un Orchestra of the Age of Enlightenment pas toujours très clairs.

La direction de Stephen Layton assurait pourtant le job, tout comme les chanteurs (Neal Davies en Christ baryton-basse, Iestyn Davies/contre-ténor, Stuart Jackson/ténor, Roderick Williams/basse), malgré quelques faiblesses là aussi (notamment de la soprano Julia Doyle). Même le surtitrage nous a fait quelques fantaisie, entre les phrases où il manquait des mots, les fautes d’orthographe immondes, et les incohérences entre par exemple un “tout est réalisé” (ah ?) devenu plus loin “tout est achevé” (la norme). Ce n’était clairement pas la meilleure Saint-Jean qui soit — une redécouverte pour la souris, un indénombrable pour Hinata —, mais Saint-Ian-Bostridge en a fait mériter l’écoute par son timbre, sa diction, sa dramaturgie de grande qualité.

mardi 29 mars 2016

Christ expédié

L’avantage avec “les sept dernières paroles du Christ en croix”, c’est que Jésus ne traîne pas trop à mourir pour qu’on puisse prendre le RER en sortant du TCE : une heure top chrono. Efficace. La foule n’est pas très attirée, en cette période pré-pascale propice aux divertissements religieux. Pourtant Haydn sait y faire, c’est tout doux — trop diront certains qui s’endorment.

Philippe Herreweghe  direction

Sara Wegener  soprano
Marie Henriette Reinhold  mezzo-soprano
Robin Tritschler  ténor
David Soar  basse
Orchestre des Champs-Elysées
Collegium Vocale Gent

Il entendit que c’était bien et bon.

mardi 8 mars 2016

6%

À Boston, il y a une équipe de choc de journalistes : “Spotlight”. Ça sonne assez bien pour donner le nom du film de Tom McCarthy (dont la filmographie en tant que réalisateur et scénariste m’est totalement inconnue), récemment auréolé de beaucoup de récompenses, dont un Oscar.

Spotlight est composé d’un petit noyau de trois journalistes menés par Walter Robinson (Michael Keaton). Au dessus on trouve l’éditeur en chef Ben Bradlee Jr. (John Slattery, dans un rôle proche de celui qu’il a dans Mad Men) et le nouveau directeur du journal Marty Baron (Liev Schreiber). Ce dernier n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat : il a trouvé que la couverture d’une histoire de prêtre pédophile n’était pas allée bien loin et qu’il y aurait sûrement un peu plus à gratter. Comme il n’est pas du coin (contrairement à toute l’équipe du journal, très inséré et connaissant parfaitement le terrain), cette faiblesse va lui donner au contraire toute latitude pour soulever la poussière.

Deux des journalistes de Spotlight vont se mettre à la tâche nuit et jour : Michael Rezendes (Mark Ruffalo) et Sacha Pfeiffer (la fabuleusement magnifique Rachel McAdams). Ils portent l’essentiel du film et de l’enquête. On suit le travail journalistique d’investigation comme un John Le Carré : exit gadgets et effets de manche du fictif abusif, on a du vrai, du pas très glamour, où l’on coince les gens entre deux portes, où l’on trouve de vieux registres dans la cave qu’on va stabyloter à la main, où l’on recoupe de vieilles infos de coupures de journaux, où l’on tire des vers du nez…

Et puis il y a tout un pan d’introspection, aussi : c’est bien beau de reprocher aux autres de n’avoir rien fait, mais si soi-même on était passé à côté de quelque chose il y a des années de cela, quelle responsabilité ? Quand les journalistes débarquent, c’est le reproche qui leur est fait — notamment par l’avocat poil à gratter Mitchell Garabedian (Stanley Tucci). La confiance envers le journaliste se gagne, mais lui aussi a des contraintes extérieures. Après avoir trouvé le pot aux roses, l’ampleur du phénomène pédophile au sein de l’Église catholique et tout ce qui est fait pour étouffer les affaires mais pas les crimes, le timing et l’assurance doivent aussi bien correspondre — sans quoi tout cela ne sert pas à grand chose.

Le film a été salué jusque par la presse du Vatican. Il n’a pas de grandes prétentions, et c’est pour cela qu’il marche. Il raconte avec précision la véritable enquête menée par la véritable équipe Spotlight, qui en partant des histoires enterrées de Boston, au tout début des années 2000, a soulevé un mouvement mondial contre une des grandes spécialités catholiques : le refoulement — criminel.

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