humani nil a me alienum puto

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lundi 3 février 2020

requiem naphtaline

Les programmes de la production Les Grandes Voix sont tellement pourris qu’on a eu peur que cette soirée « requiem de Mozart » soit dépourvue du requiem de Mozart… C’est dire. Évidemment, cela fait partie des nombreuses fois où le Théâtre des Champs Élysées ne distribue pas de programme papier, de telle sorte qu’on doit user d’une connexion 3G (voire 4G) précaire, du moins pour la moitié du binôme qui n’est pas resté dans le 17ème siècle, pour aller sur le site web tout ambigu.

Avec ledit usuel binôme, attaquée par quelque punaise de lit assoiffée la dernière fois que nous n’étions pas ensemble (à savoir deux semaines avant : oui, le TCE est potentiellement contaminé des vilaines bêtes, n’hésitez pas à emmener votre pot de miel délicieux — par exemple sous forme de tendre viande féminine délicieuse —, afin de faire diversion de votre personne), nous étions cette fois de loge (comme la fois où l’on avait fait le Stabat Mater tout aussi ambigu de la même prod).

« En première partie de programme », donc : Mozart, « Sancta Maria, Mater Dei » (K. 273) ; Albrechtsberger, « Domine, secundum actum meum » ; Werner, « Requiem en ut mineur » ; Mozart, « Ave verum corpus » (K. 618). Faut suivre et bien compter. Tout cela est très bien et plein de belles découvertes, et chauffe à la fois l’Orfeo Orchestra, le Purcell Choir, nos solistes (Emőke Baráth soprano ; Anthea Pichanick contralto ; Zachary Wilder ténor ; István Kovács basse), et évidemment notre chef, György Vashegyi.

Mais cela aussi présage de la suite un poil décevante. Parce que les instruments (franchement) anciens, en petit groupe, c’est charmant, vintage, mais surtout frustrant. On apprécie, parce que c’est bien fait (et malgré les victimes du coronavirus, dont un exemplaire dans la loge que ma patiente et douce accompagnatrice a failli achever dans un élan humaniste), mais ça nous rappelle surtout que les instruments modernes et les grands ensembles qui claquent, c’est quand même mieux. Vivement la version Barbara à la Philhar !

(Cependant, aucune punaise de siège à déplorer. Faut dire que les mesures sont drastiques. Adieu gambettes. Satanées bestioles !!)

mont des oliviers del Gesu

Revenir plus tôt de Londres, en plein après-midi, pour écouter le London Symphony Orchestra (qui revenait de Frankfurt), voilà un nouveau pas dans ma vie de mélomane. C’est que l’oeuvre principale au programme est fort rarement donné, même si c’est du Beethoven.

Mais d’abord, Sir Simon Rattle, qui comme les 3/4 du staff de direction du LSO est commandeur de l’empire, nous avait préparé du Berg. Oh, le Concerto pour violon « A la mémoire d'un ange », rien que de très écoutable et même fort poétique. Et Lisa Batiashvili, avec son Guarneri del Gesù. En bis, elle nous donne la très jolie mais fort classique sarabande de la Partita pour violon n°1 en Si mineur (BWV 1002) de Bach. Joli comme une Lisa del Gesu en robe « reine des neiges » : remarque fashion pertinente de Notung, avec qui j’étais en expédition ninja de côté pair, premier tiers, un choix pertinent pour la seconde partie après arrivée des retardataires du soir durant l’entracte : salle bien pleine !

Cet unique oratorio de Beethoven, Le Christ au mont des Oliviers, on l’a déjà entendu, on en est sûr, mais qui s’en souvient, au juste ?… Il est vrai qu’il manque de puch line musicale, de proposition unique de valeur lyrique, bref, d’un truc reconnaissable entre mille. Ça a beau être fort pêchu, comme passion in a nutshell, ça reste sans hit inside, donc on oublie rapidement. Mais ça fait passer un bon moment (moins pour Jésus, qui ne termine pas très bien) (malgré sa superbe chemise sur mesure, asymétrique avec fermeture éclair à droite qui débute au milieu et motifs importants noirs sur noirs très bien centrés : Pavol Breslik, qui est ton tailleur ?!?). Outre le pré-cité ténor, Elsa Dreisig, soprano ; et David Soar , basse. Et le choeur du LSO. Très bien !

lundi 30 décembre 2019

messie participatif

Participatif ? Mais non ? Mais si ! Hervé Niquet prend le mic. Devant son Concert Spirituel, il nous explique que le concert de ce soir est participatif. En fait, c’était inscrit sur le programme — comme les dates des trois ateliers de préparation —, mais je n’avais point vu. L’idée, c’est qu’il était frustré quand il était jeune (et moi donc : j’ai trouvé la référence exacte du Messie quand j’avais 18 ans et j’ai dû attendre une commande de trois mois à la Fnac avant de recevoir le CD !). Il ne pouvait point chanter quand il allait faire son pèlerinage annuel en famille. Donc, trois oratorios ont été traduits en français, pour qu’on puisse chanter du Haendel en VF. Le programme a indiqué les passages en question, avec les textes sous partition. Bon, il faut être du cru (anciens petits choristes et culs bénis, grosso modo) ; ça ne fait pas grand monde, d’autant qu’il est difficile d’être juste et pas totalement décalé avec une salle si grande. De surcroît, il ne faut pas se tromper avec les passages qui en réalité étaient réservés aux seuls qui se sont entraînés avant, et ont tous été placés en arrière-scène avec la partition complète. Un peu foutraque, quand même.

Les solistes (Karina Gauvin, soprano ; Sonia Prina, mezzo-soprano ; Rupert Charlesworth, ténor ; Božidar Smiljanic, basse) étaient malheureusement dans l’ensemble un peu trop faibles pour les exigences de la Philharmonie (a priori, certains spectateurs ne devaient pas entendre grand chose. Il valait clairement mieux se replacer de face, même si les opportunités étaient assez réduites — mais un couloir cour derrière la barrière, c’est très bien). En revanche, un allelujah et le tout dernier amen chantés par un ensemble regroupant le petit choeur (agrégé de choristes des choeurs des Grandes Écoles, Sorbonne Université et Oratorio de Paris) augmenté de 250 choristes en civil en arrière-scène, ça reste une expérience awesome qui marque. Je suis souvent injuste avec les chefs de choeur que je ne cite pas, mais pour la peine, on peut supputer que Frédéric Pineau a fait un sacré travail !

lundi 29 avril 2019

deuxième session du Bach

Deux passions d’affilée — j’irais jusqu’à dire le même jour, avec la fin très tardive du Saint-Matthieu de la veille. Pour la Saint-Jean, c’est William Christie et ses  Arts Florissants qui s’y collent. Ils nous demandent de ne pas applaudir à l’entracte, et de réserver cela pour la fin. L’entracte arrive justement à un moment un peu inattendu, ne coupant pas du tout les 2h10 à l’hémistiche. De fait, panique à bord. Idem au retour des musiciens. Pas facile facile ces requêtes… D’autant que le public faisait SA venue annuelle chrétienne à la Philharmonie. Ça doit être le fameux aspect de service public (que j’appellerais plutôt : marketing). Bref, quelques catholiques bizarres (et bruyants) dans l’assistance, qu’on enverra tout droit en enfer d’un regard haineux.

Si Saint-Matthieu et Saint-Jean avaient dû témoigner (heu, testamenter ?) dans l’affaire de l’assassinat de Jésus, l’un aurait vu la voiture rouge et l’autre bleue. Rassurons-nous : ils auraient vu tous les deux une voiture. C’est déjà ça. Bref, quand on auditionne coup sur coup, on se rend bien compte des nombreuses petites incohérences dans les récits de l’un et l’autre. Même si on est d’accord, la trame reste la même : Jésus dîne, la maréchaussée vient le cueillir sur dénonciation d’un des douze potes, les Juifs-en-chef sont à la manoeuvre, le peuple veut du sang (Saint-Matthieu est peut-être plus misanthrope, à ce niveau), les Romains sont emmerdés, Jésus se la pète un peu genre il n’est pas concerné et il les snobe tous, mais il fait moins le malin une fois cloué. Bim, il meurt (alerte spoiler !), et pour la toute fin, et bien ça dépend, mais c’est un peu le flou artistique (très beau dans les deux versions).

Cette fois-ci, on récupère :

Rachel Redmond, soprano
Lucile Richardot, contralto
Reinoud Van Mechelen, ténor, (évangeliste)
Anthony Gregory, ténor
Renato Dolcini, basse
Alex Rosen, basse

On remarque Lucile Richardot qui était il y a peu une Junon déchaînée. Très belle réussite là encore, on termine sur un petit nuage.

épreuve du Bach

Jordi Savall était de retour avec un Bach canal historique, cette fois : la grande passion selon Saint-Matthieu, toujours opportunément programmée la semaine de Pâques par la Philharmonie. Je n’étais pas le seul à être accompagné d’une franc-comtoise capable de chanter l’oeuvre sans partition : pour compléter Le Concert des Nations et La Capella Reial de Catalunya, il y avait aussi la Maîtrise de Dole Franche Comté.

Que dire ? Superbe, passionnant de bout en bout d’une soirée commencée avec un peu de retard, et qui malgré un seul entracte a fini à minuit passé. On ne félicitera pas les programmateurs pour ce minutage qui a contraint bon nombre de spectateurs à quitter plus ou moins discrètement la salle avant la fin — et parfois même avant l’apothéose de la toute fin !

Florian Sievers, ténor (Evangéliste)
Matthias Winckhler, baryton (Jésus)
Marc Mauillon, baryton (Judas Iscariote)
Marco Scavazza, basse (Saint Pierre)
Javier Jimenéz-Cuevas, baryton (Grand prêtre)
Markus Volpert, baryton (Ponçe Pilate)

Distribution impeccable, Jordi en bonus au paléo-violoncelle pour le fameux moment, binôme aux anges (placement en hauteur qui aide à l’ascension), que du bonheur. Merci Saint-Jordi !

lundi 24 décembre 2018

messe en Minkowski

J’ai calculé mon retour de Hong Kong pour ne pas rater ce concert à la Philharmonie. Ode à Sainte-Cécile de Haendel, suivi de la Messe en ut mineur de Mozart. Quand même. Inratable. Même quand on n’a pas dormi après une nuit dans l’avion. Surtout quand c’est Marc Minkowski qui dirige ses Musiciens du Louvre Grenoble. Le chef prend d’ailleurs la parole pour nous causer des deux oeuvres. La première a été justement orchestré par Mozart, et il a rajouté une petite coquetterie : un glass harmonica ! Vue plongeante dessus. Et comme pour la seconde, il n’y a pas de choeur mais force solistes : Ana Maria Labin (soprano), Ambroisine Bré (soprano), Owen Willetts (alto), Stanislas De Barbeyrac (ténor), Norman Patzke (basse) ; et pour le ripieno, Constance Malta-Bey (soprano), Léa Frouté (soprano), Sophie Garbisu (soprano), Marie-Andrée Bouchard Lesieur (alto), François Pardailhé (ténor), Lisandro Nesis (ténor), Antoine Foulon (basse) et enfin Sydney Fierro (basse). Voilà pour le name dropping.

Et pour la soirée : sublime de bout en bout.

lundi 11 juin 2018

Mozart en ut

Avant la « messe en ut », au TCE, il y avait un Haydn qui tournicote, avec un passage lent très beau : symphonie n°48. Haydn, c’est quand même toujours une réussite, et l’orchestre du Bach Collegium, par le légendaire Masaaki Suzuki, lui rendait bien justice pendant cet échauffement . Car il faut bien avouer qu’on venait pour le plat de résistance, une messe en ut de Mozart qui envoie qui envoie du bois, à tel point qu’on se demande si c’est vraiment une messe… Ah oui, Osanna tout ça, on reconnaît… Carolyn Sampson (soprano), Olivia Vermeulen (mezzo-soprano), Zachary Wilder (ténor), Dominik Wörner (basse). Parfait.

La salle était fort vide. Le public n’aurait-il pas identifié LE Suzuki de Bach pour du Mozart ? Mystère.

mardi 29 mai 2018

recréation

« La Création » de Haydn, en version allemande, c’est très bon. Voilà une redécouverte qui en valait la peine. Surtout lorsqu’on a Les Arts Florissants par William Christie, Sandrine Piau en Gabriel & Eve, Hugo Hymas en Uriel, et Alex Rosen en Raphaël & Adam. Très belle distribution, qui aura nécessité deux replacements à deux, pour une très bonne soirée.

lundi 16 avril 2018

prophète Matthias

J’avais gardé un souvenir intense mais diffus de Elias de Felix Mendelssohn. Intense au point de retarder d’un jour mon arrivée à Nantes, et devoir prendre le train du samedi matin fort tôt. Diffus car je ne savais plus où et quand c’était : TCE, janvier 2009. Quand même.

Autant dire que quand c’est aussi peu donné, il ne faut pas faire comme le public parisien relativement absent (arrière-scène de la Philharmonie vide !). Elias, c’est un gros choeur (en l’occurrence RIAS Kammerchor), plus le gros coeur de Matthias Goerne, baryton, dieu, pardon, prophète. Le Freiburger Barockorchester sous la baguette de Pablo Heras-Casado est simplement superbe, et les trois autres rôles-titres-tournants, Sophie Karthäuser (soprano), Marianne Beate Kielland (alto) et Sebastian Kohlhepp (ténor) parfaits de bout en bout.

Une très grande oeuvre, pour une très grande interprétation. Ça terminait malheureusement extrêmement tard dans ce trou paumé de Paris où s’est crashé le vaisseau spatial philharmonique, et je n’ai pu applaudir autant que ça le méritait. À savoir énormément.

dimanche 8 avril 2018

passion selon saint-Jordi

Jordi Savall est le spécialiste ès Jurassic Park de la reconstitution d’oeuvres disparues. Pour la Passion selon saint Marc de Johann Sebastian Bach, le problème est qu’on n’a que le livret, et des sources pas bien directes qui disent à propos des deux fois où ça avait été donné que c’était du recyclage. Avec ça, Jordi rajoute de l’ADN de grenouille, de la levure, et nous fait une Bwv 247 reconstituée.

Il prend le Choeur d'enfants Amics de la Unio, La Capella Reial de Catalunya et Le Concert des Nations, mais en fait c’est plutôt réduit comme ensemble. Il sélectionne aussi Marta Mathéu (soprano), Raffaele Pé (contre-ténor), Reinoud Van Mechelen (ténor), Konstantin Wolff (basse et accessoirement Jésus, timbre auquel il a fallu s’acclimater) et enfin Dávid Szigetvári (ténor, Evangéliste — das Beste, maître du show).

Bon, c’est intéressant mais pas transcendant. On reconnaît des choses, mais forcément, il ne peut pas piquer le meilleur et faire un best of, ça ce serait trop voyant. Le livret est intéressant, entre Jean et Matthieu, avec tous ces témoignages recoupés (et un peu approximatifs), on finira bien par trouver qui est le coupable (avec le chandelier). Ça s’écoute bien, mais ça fait un peu Bach d’ascenseur. Ça peut être pas mal pour ne pas se sentir coupable en faisant autre chose en même temps.

En bis, Jordi Savall redonne le choral « Ich will hier bei dir stehen ». Nous aussi, Jordi, nous aussi.

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