humani nil a me alienum puto

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mardi 8 mars 2016

6%

À Boston, il y a une équipe de choc de journalistes : “Spotlight”. Ça sonne assez bien pour donner le nom du film de Tom McCarthy (dont la filmographie en tant que réalisateur et scénariste m’est totalement inconnue), récemment auréolé de beaucoup de récompenses, dont un Oscar.

Spotlight est composé d’un petit noyau de trois journalistes menés par Walter Robinson (Michael Keaton). Au dessus on trouve l’éditeur en chef Ben Bradlee Jr. (John Slattery, dans un rôle proche de celui qu’il a dans Mad Men) et le nouveau directeur du journal Marty Baron (Liev Schreiber). Ce dernier n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat : il a trouvé que la couverture d’une histoire de prêtre pédophile n’était pas allée bien loin et qu’il y aurait sûrement un peu plus à gratter. Comme il n’est pas du coin (contrairement à toute l’équipe du journal, très inséré et connaissant parfaitement le terrain), cette faiblesse va lui donner au contraire toute latitude pour soulever la poussière.

Deux des journalistes de Spotlight vont se mettre à la tâche nuit et jour : Michael Rezendes (Mark Ruffalo) et Sacha Pfeiffer (la fabuleusement magnifique Rachel McAdams). Ils portent l’essentiel du film et de l’enquête. On suit le travail journalistique d’investigation comme un John Le Carré : exit gadgets et effets de manche du fictif abusif, on a du vrai, du pas très glamour, où l’on coince les gens entre deux portes, où l’on trouve de vieux registres dans la cave qu’on va stabyloter à la main, où l’on recoupe de vieilles infos de coupures de journaux, où l’on tire des vers du nez…

Et puis il y a tout un pan d’introspection, aussi : c’est bien beau de reprocher aux autres de n’avoir rien fait, mais si soi-même on était passé à côté de quelque chose il y a des années de cela, quelle responsabilité ? Quand les journalistes débarquent, c’est le reproche qui leur est fait — notamment par l’avocat poil à gratter Mitchell Garabedian (Stanley Tucci). La confiance envers le journaliste se gagne, mais lui aussi a des contraintes extérieures. Après avoir trouvé le pot aux roses, l’ampleur du phénomène pédophile au sein de l’Église catholique et tout ce qui est fait pour étouffer les affaires mais pas les crimes, le timing et l’assurance doivent aussi bien correspondre — sans quoi tout cela ne sert pas à grand chose.

Le film a été salué jusque par la presse du Vatican. Il n’a pas de grandes prétentions, et c’est pour cela qu’il marche. Il raconte avec précision la véritable enquête menée par la véritable équipe Spotlight, qui en partant des histoires enterrées de Boston, au tout début des années 2000, a soulevé un mouvement mondial contre une des grandes spécialités catholiques : le refoulement — criminel.

religieuses polonaises enneigées

Il y a un truc avec les religieuses polonaises dans la neige. Une sorte de combo magique. Après le magique Ida, la talentueuse Anne Fontaine exploite le filon avec “Les innocentes” et nous offre une superbe esthétique et photographie pour une histoire vraie dramatique. Celles de religieuses polonaises violées par des soldats russes, qui se retrouvent neuf mois plus tard à accoucher en peu de temps les unes après les autres. Dans ce noir et blanc en couleurs, le visage angélique de Lou de Laâge (vue dans “Respire”) se détache : elle ne partage pas du tout la même culture, si ce n’est le silence et la vie.

Mais c’est moins clair du côté des religieuses : leur devoir de foi, leur apparence de vie très rangée qu’il faut à tout prix garder, leurs propres contraintes imposées prennent le devant sur ce qu’elles devraient faire dans leur logique — une sorte de martyre pour la vie. On voit l’effet pervers de l’institution qui égare en premier lieu sa gardienne, la mère supérieure (Agata Kulesza), dont se détache peu à peu sa seconde soeur Maria (Agata Buzek).

À l’autre bout du spectre, il y a le docteur Samuel (Vincent Macaigne), juif bourru, philanthrope misanthrope. Il a une sorte de dureté et de tendresse infinie pour Mathilde Beaulieu (Lou de Laâge), qui porte le film de bout en bout, héroïne renfermée, secrète, complexe qui prend sur elle d’aller sauver les religieuses et leurs enfants avec un courage à la limite de l’inconscience. L’histoire ne peut être que touchante, parce que psychologiquement taraudée.

mardi 23 février 2016

requiem à plat

Un requiem de Verdi, c’est l’occasion quasi-assurée de se décrasser les oreilles. Mais à la Philharmonie, comment cela se passe-t-il ? Le placement est bon : second balcon, de face. Idéal pour le son qui monte. L’armée est prête : Orchestre de Paris et son choeur au grand complet, dirigé par Gianandrea Noseda, Erika Grimaldi (soprano), Marie-Nicole Lemieux (mezzo-soprano), Saimir Pirgu (ténor), Michele Pertusi (basse), Lola (déesse).

Et d’entrée, boum boum, ça massacre ardemment du tambour. Mais le poil ne décolle pas. Il décolle à peine avec le Dies Irae. Et puis ce sera tout. Tout était parfait : la direction, les choeurs, les solis, l’orchestre, Lola, il y avait du talent, de l’envie, de la puissance, mais… le son, non. Encore un échec de la philharmonie : 400 millions pour écraser le son autant que les jambes. On entend très bien, mais on ne ressent rien. J’ai presque plus de plaisir avec mes enceintes. On va au spectacle pour vibrer. Quand on était à Pleyel et que ça tapait sur le tambour, on écoutait par les pieds et les fesses à travers les vibrations du balcon. On avait du poil qui ne savait plus dans quel sens pousser. À présent, on a du DDD. Ça fait de la peine, tout ce mal pour ça… Rien de pire que de grands espoirs déçus.

dimanche 31 janvier 2016

Gardiner son Mozart

C’était complet nous jurait-on, mais en réalité il restait une rangée entière pour ninjas au parterre. Je n’y étais point : Hinata chan était au 5ème pair comme moi, et si j’avais une moins bonne place, la chance nous (m’) a souri pour mieux voir Sir John Eliot Gardiner diriger son English Baroque Soloists et le Monteverdi Choir pour un programme tout Mozart. D’abord, la Symphonie n° 40 avec musiciens debout. Puis la Messe en ut mineur avec organiste debout — peut-être un détail pour vous. Quelle belle messe ! De quoi entrer en communion, se repentir, ou tout à la fois.

mardi 26 janvier 2016

dies Lola

Habituellement, avant un requiem de Mozart, on met un Mozart. C’est un peu l’apéritif agréable et oubliable, Concerto pour piano n° 19 en fa majeur, K 459 — et en bis, Peter Serkin nous met d’ailleurs un joli Bach. Alors c’était bien, mais ça m’a surtout permis de mater Lola depuis le second balcon de la Philhar’, et de trouver des solutions techniques à l’un des trop nombreux contrats que je dois honorer dans l’urgence.

Et puis donc le requiem de Mozart, de bonne facture, toujours Bertrand de Billy à la baguette et la magnifique Lola au basson — Ruth Ziesak (Soprano), Marianne Crebassa (Mezzo-Soprano, fort mignonne), Maximilian Schmitt (Ténor), Nahuel di Pierro (Basse). Dies Irae en bis (ça se fait, ça ? OK). Requiem de Mozart de la saison : checked.

mardi 1 décembre 2015

philhar savallisée

Jordi Savall avec son orchestre de La Capella Reial de Catalunya à la Philharmonie, c’est étrange. À la Cité de la Musique, c’est normal, mais dans une si grande salle, à moins de surbooster les choeurs, ça va être compliqué, malgré les nouveaux réflecteurs qui rendent les places en hauteur enfin fréquentables. Alors ces Vêpres de la Vierge de Monteverdi (Vespro della Beata Vergine da concerto composta sopra canti fermi, 1610), c’est beau, très beau, très fin, très travaillé dans la dentelle, mais ça manque de la puissance qui fait vibrer jusqu’à l’émoi. Même si mon binôme baroque a les chakras qui s’ouvrent (ça n’arrive pas si souvent…).

Toujours Vierge à la fin (c’est une terrible tragédie, en fait), on notera aussi un discours introductif post-attentats, et une absence qui semble de plus en plus définitive de sur-titrages… C'était dans l'ensemble très beau, et comme d'habitude, ça a finit trop tard. Et du coup, apparemment, on est partis trop vite (pas les seuls dans ce cas...) : il y avait du Arvo Pärt (Da Pacem Domine) en bis et un rappel Monteverdi (Intonation - Responsarium). Mince alors !

mardi 16 juin 2015

Accentus de Mater

Deuxième Stabat Mater de Dvorak, le précédent ne datant de pas si longtemps au TCE. L’Orchestre de chambre de Paris accompagnait Accentus, et donc Laurence Equilbey à la direction, qui avant de faire décoller le choeur avec l’aide d’Inva Mula (soprano), Sara Mingardo (contralto), Maximilian Schmitt (ténor) et Robert Gleadow (baryton-basse), a pris son micro pour nous parler un peu de l’oeuvre et des trois enfants décédés tour à tour du compositeur (on dirait un peu l’histoire de Bach composant Jésus que ma joie demeure).

C’est beau, cette oeuvre. Que dire de plus ?

lundi 8 juin 2015

683ème semaine

Dans les expériences uniques d’une vie, je pourrai rajouter celle-là : j’ai vécu catholand. J’ai déjà été préparé par deux mariages, avec du catho pur jus, mais c’était coupé : un peu de protestants, un peu d’athées, et puis la fête qui rassemble, moi qui zappe la cérémonie religieuse… Là, je suis arrivé, et déjà, je n’ai pas compris qu’il s’agissait, en plein quartier des hyper-riches du 7ème, d’une paroisse — hyper charmante, en sous-sol ! — disposant d’un grand carré de verdure entre le bâtiments, de ces endroits parisiens cachés qui ne cessent de surprendre.

J’y étais pour les 10 ans de blog de Koz/Koztoujours — et peut-être le seul athée (et pas qu’un peu, hein, je trouve les agnostiques pas bien clairs dans leurs têtes…). Je me souviens, il y a 10 ans, je n’étais jamais d’accord avec lui. J’ai mis presque 10 ans pour le comprendre, et bizarrement, j’ai l’impression assez forte, à présent, de mieux comprendre les cathos que les autres chrétiens ne les comprennent — j’étais peut-être prédestiné, avec mon amour de toujours des cathédrales. Mais ce qui décidément me surprend toujours, c’est qu’on peut vraiment dire « les cathos ». La seule vraie faille de leur unicité, de leur compacité, de leur solidarité qui fit qu’on avait là une grosse centaine de participants (je ferais la même soirée que je serais heureux que l’on soit dix), à la culture commune, pensant presque tout pareil, avec des histoires de famille comme s’ils étaient tous de la même, la seule vraie rupture latente qui les embête, ce sont les fachos — oui, on parle comme ça aussi, c’est surprenant !

Il y en avait, dans le lot. J’ai appris ensuite de qui il s’agissait. Les fachos sont toujours sympas-bizarres, alors ça m’a étonné sans trop m’étonner. Il y a tout un tas de paradoxe de la philanthropie à gérer, quand on est catho. Ça doit être rudement fatigant, personnellement ça m’a donné envie de devenir misanthrope — entre nous, les Chrétiens d’Orient, ils sont quand même loin, je n’ai pas l’ingérence facile… Tout le monde est hyper-bourgeois (les filles aussi — je me suis découvert un goût commun pour les grandes bourgeoises, au passage). Et en fait, on regrette que dans les écoles privées de banlieue-ghettos-à-cathos, ça manque de diversité par rapport à Paris intra-muros. On ne sait jamais trop si c’est du lard ou du cochon, c’est amusant. J’ai fait de l’anthropologie à l’insu de mon plein gré. Ils sont fascinants, vraiment, et je ne sais pas trop comment y entrer sans avoir à subir le catéchisme. Ça n’a pas l’air si simple ; mais peut-être que je me fais des films ; pas sûr du tout (on pourrait en dire autant avec l’extrême-gauche, avec les féministes… Tout ce qui fait des grumeaux dogmatiques).

Un porte-parole (?) de la géniale (oui oui) fondation Legendre avait bu tellement de sang du Christ qu’il a fallu transfuser ce dernier en O-. Eh bien même pété, il est resté civilisé (mais un peu bruyant sur la fin). Ils ont 2000 ans d’amour du prochain revendiqué dans les veines, ça ne s’oublie pas facilement. Au cas où l’on aurait un doute que l’Occident est une civilisation chrétienne, et catholique du côté de notre caillou.

samedi 11 avril 2015

binôme de la saint-Jean

Il y avait la Souris pour Saint-Jean, mais le replacement côte à côte à la Philharmonie est toujours affaire aussi complexe lorsque la salle est bien pleine — pourtant entre le TCE et Radio France qui faisaient concurrence avec les mêmes programmations, on pouvait espérer écoper un peu ! Une Saint-Jean par René Jacobs et l’Akademie für alte Musik Berlin, pensez-vous.

J’étais donc désespéré de trouver une place (rejoindre mon second balcon d’arrière scène n’étant pas de l’ordre de l’envisageable), quand tout à coup, on me fit signe pour m’indiquer une place opportunément inoccupée en fond de parterre, tout près de la caméra installée comme la veille. Nommons-la Gwendoline, que le destin avait déjà placé dans le même métro, afin que cette Passion de nouveau partagée ne devienne Vaudeville — c’est une Passion interdite.

Jean est vraiment plus ramassé que son binôme Matthieu : on commence à l’arrestation (là où Matthieu se situe au moins la veille, incluant des causeries avec Judas et Pierre notamment), et on termine juste après l’expiration (Matthieu rajoute trois bons quart d’heures après ça ! Allez, disons une demi-heure). Mais comme tout bon récit biblique, ça n’a toujours ni queue ni tête, totalement foutraque avec de la philosophie à deux balles et quelques aphorisme vaguement sauvables, une narration décousue, et des prophéties cheap. Franchement, le jour où l’on met Confucius en musique, c’est la fin du Christianisme — pas étonnant que l’Occident exégète se soit passionné névrotiquement pour cet amas gloubiboulguesque !

Mais Bach, que c’est beau… Et avec les surtitres (enfin !!) : miracle. Très bel orchestre, très beau Rias Kammerchor, très beaux solistes : Sunhae Im, soprano (dont ma voisine remarqua qu’on ne comprend rien à son Allemand, malgré ses qualités opératiques) ; Benno Schachtner, alto ; Sebastian Kohlhepp et Martin Lattke, ténors ; Johannes Weisser, basse. Apparemment, l’acoustique en tuait quelques un si l’on n’était pas bien de face : pas de problème depuis le fond de parterre, qui à 20€ est une solution intéressante en cas de voix. Bien belle et pieuse soirée.

si messe en si

Pâques signe la mort opportune du Christ, mais aussi la série de Bach annuelle. Entre deux passions, une Messe en Si, qui inspire moins Hinata-chan, dont je fus séparé encore — la Philharmonie est une plaie pour le replacement : j’ai fini quasiment à ma place dédiée, c’est-à-dire tout au fond du parterre, et ce n’était finalement point mauvais du tout ! Personnellement, j’ai découvert cette oeuvre grâce à une écoute des extraits musicaux sur une encyclopédie CD (était-ce Universalis ?), directement depuis les fichiers, et tombé amoureux du Crucifixus, j’avais dû repasser tous les morceaux depuis l’interface pour retrouver de quoi il s’agissait ; puis j’avais fait une commande à la FNAC qui avait mis deux mois pour arriver ; c’était en 1999, peut-être. J’y suis très attaché : c’est ma grande découverte de Bach — choc esthétique.

Gardiner et son English Baroque Soloists ne peuvent nous faire que du bien aux oreilles et à l’âââââme. Toujours pas de surtitrage mais bon, on connaît à peu près par coeur. On remarque que le public est toujours aussi indiscipliné et mériterait bien de se faire crucifier aussi. Outre les retardataires bruyants (installés n’importe quand !), les bruits de froissements divers, les tousseurs, il faut aussi compter sur les applaudisseurs précoces, qui ne peuvent pas laisser flotter un divin vide après la dernière note. Les gueux !

Gardiner est comme Moïse : il écarte son choeur du Monteverdi Choir (parmi lequel se cachent des solistes qu’il invoque parfois, et qui se déplacent plus ou moins aisément jusqu’au devant de la scène) d’un mouvement de bras, pour séparer les femmes des hommes, faire deux groupes équilibrés sur les côtés, les rassembler à nouveau… On se croirait dans Age of Empires, quand on clique sur les boutons de formation des divisions militaires. À l’attaque !

Une très belle version, sans entracte.

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