humani nil a me alienum puto

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mardi 20 février 2018

rare repos

Il faudrait bien plus qu’une tempête de neige pour rater un requiem de Campra. En plus de dix années de concert, il me semble bien que c’est bien la première fois que j’en entendais un vrai. Et pourtant, dans mon coffre requiem, révélation CD de mes douze ans dans ma province, c’était en bonne position. La sérendipité.

Pour débuter le concert, sur une période assez proche, il y avait du Rameau, In convertendo. Les Talens Lyriques s’échauffent. Christophe Rousset a sa veste asymétrique (un tailleur s’est bien fait plaisir, mais je ne suis pas bien sûr du résultat). Puis Marc-Antoine Charpentier, Symphonies pour un reposoir H.515. C’est bien beau, mais on trépigne. Après l’entracte, toujours bien replacé en centre-couloir de parterre impair de la Philharmonie, idéalement donc, c’est le Requiem d’André Campra, avec Caroline Arnaud (dessus I), Eléonore Pancrazi (dessus II), Philippe Gagné (haute-contre), Emiliano Gonzalez Toro (taille), Douglas Williams (basse taille) et le Choeur de chambre de Namur. On en ressort assez tout chose. En bis, rebelotte de l’Introït. On ne saurait s’en lasser.

mardi 26 décembre 2017

oratorio à point nommé

Un Oratorio Noël à Noël, c'est du marketing de Bach ! Ou de Philharmonie. Cité de la musique, puisqu'elle a retrouvé son nom d'origine — enfin ! Quoique, quand on n'ouvre pas la boutique, on peut se poser deux ou trois questions... C'était pourtant la place la plus chère de la saison, au dessus de 30€. Et pour ce prix-là, on est en dernière catégorie, tout en haut derrière des vitres. Mais on entend bien, on a des siège-fauteuil-canapé (ambiance Mk2 biblio), et avec un rhume en rémission, c'est parfait. Marc Minkowski, comme mon binôme, danse en dirigeant les Musiciens du Louvre Grenoble. On a une soprano puissante, Lenneke Ruiten, secondée par une autre non moins puissante, mais aussi : sublime, superbe, fantasmatique, j'ai nommé Hélène Walter, qui à un moment nous est passé derrière pour faire effet écho avec la première (émouvant. Je la mets sur la TOMARRY list). On a aussi : Christopher Ainslie, contre-ténor ; Helena Rasker, alto ; Paul Schweinester, ténor ; Valerio Contaldo, ténor ; et James Platt, basse hipster (on est fan).

Au programme : Cantate I, Cantate II, entracte, Cantate IV et Cantate VI. En bonus : Premier chœur de la cinquième cantate (n.54), toujours de l'Oratorio de Noël. Génial. Sublime — comme une Hélène Walter.

messie saisonnier

Le dimanche une semaine avant Noël, c'est le Messie annuel ! (Marche aussi à Pâques) Cette année, c'était à la Philharmonie. Malheureusement très de côté. De fait, si l'orchestre du Concert des Nations s'entendait bien grâce aux nouveaux réflecteurs, il n'en était pas de même de toutes les voix. Malgré un rhume aussi envahissant que ma nouvelle soutane-matrix qu'il était de bon ton de tester ce soir-là, une relocalisation s'imposait en duo : de face, au sixième, c'était mieux, mais peut-être aussi parce que le contre-ténor a changé (pour quelqu'un du coeur) — ce dont on ne s'est pas même rendu compte, à vrai dire. Forces en présence : Rachel Redmond, soprano (qui passe bien) ; Hagen Matzeit, contre-ténor (qui passe très mal, mais malade ?) ; Nicholas Mulroy, ténor ; Matthias Winckhler, basse (ok). Et puis Jordi Savall, La Capella Reial de Catalunya, et le fameux percussionniste pour la 2e partie, qui a égalisé sa barbe avec ses cheveux — devenant définitivement Cousin Machin. C'était certainement fort bien, ce Messie de Haendel, mais ni moi ni mon binôme ne sommes réellement rentrés dedans. On a surtout remarqué qu'on était très en retard tout le long, et qu'on a terminé vers 23h40, ce qui est criminel avec les transports parisiens lamentables. De ce côté, aucun miracle...

mardi 11 avril 2017

mortel Brahms

Voilà un très beau deutsches requiem offert par l’orchestre de Paris, dirigé par Thomas Hengelbrock en replacement de Christoph von Dohnányi. En première partie, Concerto pour piano n° 22 de Mozart, avec Emanuel Ax. C’est plaisant, avec un très beau bis (qu’était-ce déjà ?… Chopin ? Doute), mais sans laisser de souvenir impérissable.

De face, l’acoustique est assez honnête pour profiter de la soprano Christiane Karg et du baryton Michael Nagy, mais aussi du choeur, et surtout, de l’orgue, qu’on n’entend jamais assez, et qui ici relevait fort bien le tout. Fort agréable séminaire annuel.

mardi 20 décembre 2016

Mes-sie

Je croyais qu’il s’agissait d’une messe en si. Alors quand ça a commencé à chanter en anglais, et puis que je me suis dit que tiens, je connais par coeur, mais c’est pas du Bach, j’ai compris que j’avais un peu mélangé mes neurones… Bref, c’était le Messie de l’année — allelujah ! Comme mon binôme est arrivé très à l’arrache, que j’avais croisé un ami et qu’à chaque fois que je n’ai pas ninjaïsé, je l’ai beaucoup regretté, cette fois j’ai abandonné la miss pour rester au parterre (et puis un abandon pour un autre, quoi). Même si le Messie, c’est thaumaturge sur l’humeur (ce qui tendrait à être considéré comme une existence de Dieu, étant donné la difficulté du miracle ?). Cette interprétation par William Christie était bien lente. On a terminé d’ailleurs a des heures indues. Une bonne partie du public n’a du coup pas trop apprécié. Mais la qualité sonore de l’ensemble et des solistes (Katherine Watson, soprano ; Emmanuelle de Negri, soprano ; Carlo Vistoli, contre-ténor ; Samuel Boden, ténor ; Konstantin Wolff, bass), qui m’ont d’ailleurs conforté dans mon choix de rester de face (surtout pour le premier chanteur, dont j’ai eu confirmation qu’on ne l’entendait pas, en haut, et que pire encore le son fluctuait) en ont produit une très belle mouture, sur le plan esthétique. Et on ne me reproche jamais de bouder mon plaisir. Amen.

mardi 6 décembre 2016

messes désharmonisées

C’était probablement la place la plus chère de la saison à la Philharmonie. Je ne sais plus pourquoi j’avais dû prendre à 30€ deux places de côté, mais toujours est-il que dans cette salle diabolique, ce n’était pas forcément la meilleure idée qui soit. Car si Hinata-chan n’y semblait pas initialement sensible, le son était clairement en sourdine, et c’était vraiment évident pour les timbales encore plus que pour le choeur. Alors cette belle Harmoniemesse de Joseph Haydn, avec notre René Jacobs préféré, dirigeant le Freiburger Barockorchester accompagné du RIAS Kammerchor, clairement, aurait pu être meilleure. Et je passe sur la voisine de gauche, toute proche dans le tournant de l’arrière-scène côté jardin, qui rajoutait cet instrument de musique chez les femmes bourgeoises pénibles qui hantent les salles de concert : la quincaillerie au poignet.

Après l’entracte, le parterre étant toujours aussi plein (et la ninjaïtude de mon binôme toujours aussi limitée), un simple déplacement de quatre mètres vers le centre a totalement changé la perception acoustique du requiem de Mozart (version achevée par Franz Xaver Süßmayr et complétée par Pierre-Henri Dutron). Sophie Karthäuser (soprano), Marie-Claude Chappuis (alto), Maximilian Schmitt (ténor) et Johannes Weisser (basse) pour une belle fin de soirée. Mais cette salle, bordel…

mardi 1 novembre 2016

unsere Herrin Lola

À notre arrivée dans la salle, chacun se demande : qu’est-ce donc que cette croix ? Quel est le mystère de la croix ? Est-ce pour crucifier Jean Nouvel ? Dans la grand salle de la Philharmonie, il s’agit bientôt de trouver une place bien située : dans les premiers rangs du parterre face à l'orchestre de Paris, Lola divine dans le champ de vision (un peu masquée), il y a ce qu’il faut légèrement plus à cour que le chef Thomas Hengelbrock, qui a concocté une soirée fort originale d’une durée de 1h50 sans entracte — donc non, à 20h40 on ne cède plus la place aux arrivées retardataires, quel bordel cette salle…

Entre deux Bach, un Bernd Alois Zimmermann (dont j’ai seulement entendu parler de son Die Soldaten, jamais vu). Un premier Bach avec deux hérésie : ce n’est que la première partie (n°1-14) de la Passion selon Saint Jean, BWV 245, et on parle dessus. Deux récitants, Georges Lavaudant et André Wilms, introduisent le concert jusque sur les premiers accords. L’orchestre est gros, peut-être trop, on a parfois du mal à entendre la mezzo Ann Hallenberg. En revanche, la soprano Anna Lucia Richter est autant un régal pour les oreilles que pour les yeux. Le ténor Lothar Odinius, à l’arrière, est complété du baryton Georg Nigl, qui devient rapidement le héros de la soirée. En effet, le Zimmerman s’enchaine parfaitement et lui fait la part belle. Action ecclésiastique «Ich wandte mich und sah alles Unrecht», pour une première de la version française. 

Au niveau de l’orchestre, c’est sous-sol du BHV : cloches de vache, marteau (savez-vous planter des clous ?), journal déchiré, papier A3 déchiré, marteau qui frappe en divers endroits la grande croix bois (c’était donc un instrument à percussions !), il y a même une guitare électrique. Et notre baryton hypnotique, en allemand, alternant avec les récitants en français (parabole du Grand Inquisiteur des Frères Karamazov, morceaux de l’Ecclésiaste et de la Bible), montre l’étendu de son talent. Alors que les cuivres passent en surround (un peu partout dans la salle) et que le chef d’orchestre finit assis sur son estrade tête dans les mains, le baryton se met à pleurer (AaaAAAaaaahhh). Étonnant. Il se passe quelque chose, avec cette complexe partition qui part dans tous les sens, et on ne sait pas trop quoi. Mais quelque chose, c’est sûr.

Et comme si c’était encore prévu ainsi (peut-être ? Pas eu le temps d’étudier le livret), la cantate «O Ewigkeit, du Donnerwort», BWV 60, de Bach encore, s’enchaine parfaitement. Fin à 22h, clairement le genre de soirée unique.

mardi 19 avril 2016

Suzuki magnifique

Comme il est dit que Dieu doit tout à Bach, peut-on dire que Bach doit tout à Masaaki Suzuki ? Le TCE était plein pour accueillir son Bach Collegium Japan qui s’est rendu célèbre par ses enregistrements de référence. C’est que le Japon n’est que fort bien placé pour apprécier Bach — et l’utilisation en fond sonore de première importance dans les films et mangas appuie mes dires. Il y a du contemplatif vigoureux, de la complexe simplicité, de l’émotion raffinée, tout ce qu’aime le Nippon civilisé.

Évidemment, trouver du chanteur japonais est mission impossible. Nous avions donc : Hana Blažiková (soprano), Joanne Lunn (soprano), Robin Blaze (contre-ténor), Zachary Wilder (ténor) et enfin Dominik Wörner (baryton-basse), outre le choeur. La BWV 243 est plus connue sous le nom de Magnificat. De quoi finir de remplir totalement la salle — impossible de bouger ne serait-ce que d’un siège, avec Hinata.

En complément de programme, après les 35 premières minutes et un entracte, deux cantates “Ich hatte viel Bekümmernis” (BWV 21) et “Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust” (BWV 170), pour de nouveau environ 50 minutes de bonheur céleste — surtout au rang Z du second balcon…

lundi 4 avril 2016

Selig sind, die da Leid tragen

Ç’aurait dû être la troisième soirée à trois. Mais il y en a une qui a déclaré forfait. Non qu’elle n’ait pu intriguer pour arriver à temps (elle a de la ressource, quand il faut !), mais ce fut bien la seule à rejoindre le second balcon officiel — où paraît-il le choeur de chambre Les Éléments était trop fort — au lieu de se replacer comme des ninjas civilisés au parterre. Quand il n’y a pas d’entracte, il faut viser juste du premier coup. Pourtant, Ein deutsches Requiem, c’est depuis longtemps notre pèlerinage, mais je suis le plus sentimental. Et puis il fallait que je fasse découvrir ça à la souris.

Emmanuel Krivine, La Chambre Philharmonique, la grande Camilla Tilling (soprano) et Rudolf Rosen (baryton) pour une très belle interprétation, mais qui manquait un peu de profondeur au parterre — saleté de Philharmonie, décidément. Le public, pour une fois pas trop pénible, quoique souffrant toujours de tuberculose, n’a pas attendu une seconde pour applaudir.

si mass

Quand il y a du Gardiner, William Christie et ses Arts Florissants ne sont jamais bien loin dans la programmation pour lui donner le change pascal. Messe en si, toujours Bach, Philharmonie aussi, Katherine Watson (soprano), Tim Mead (contre-ténor), Reinoud Van Mechelen (ténor), André Morsch (basse). Pas d’entracte cette fois non plus (la Saint Jean a aussi été d’une seule traite) : il a donc fallu se replacer depuis l’arrière-scène pour espérer entendre quelque chose. Hinata-chan étant deux rangs devant et pas forcément bien décidée à bouger, malgré ses déconvenues de la veille, j’ai donc pris le parti de rallier le côté cour (places marrons), où trois places étaient libres. Et comme la miss n’était plus à sa place, j’ai remarqué qu’elle s’était mise à l’exact opposé, au fond du côté jardin, aussi à côté de deux places libres. No comment.

Derrière moi, une petite fille faisaient de suspects bruits de succion (avec une sucette, on pouvait espérer plus ludique). Et puis ensuite, durant l'oeuvre, elle s’en est allée régulièrement demander bien des choses à sa mère. Avant de quitter avec elle la salle une minute avant la fin. Côté miracles, pour cette soirée, on repassera. Ah si, durant un de ces passages émouvants de la Messe en Si, vers le premier tiers (bien avant le Crucifixus qui m’émeut toujours tant — vous ai-je raconté comment dans la cambrousse paysanne de province de ma jeunesse j’avais dû mener une enquête incroyable pour retrouver à quelle oeuvre cela appartenait, avant d’attendre deux ou trois mois ma commande à la Fnac ?), pas loin devant Hinata, un couple de mecs balèzes avec des tatouages partout et de grosses barbes s’enlaçaient amoureusement. Ça a fait ma soirée.

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