humani nil a me alienum puto

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mercredi 19 janvier 2011

illustration laïque

Retour sur la laïcité. L'affaire Baby-Loup, du nom de cette crèche ayant exclu sa directrice ajointe pour raison de port de voile (un foulard, pour être exact), et à laquelle les prud'hommes ont donné raison, va revenir dans les mains de vrais juges plus rigoureux (en cassation, ça aurait fait un carton tellement des moyens et des témoins ont été écartés).

Voici les forces en présence :

* d'un côté, les "pro-laïcité", dont... Ni Putes ni soumises, qui soutient fortement le renvoi de la dame voilée ; je vous invite à lire les commentaires pour bien vous rendre compte de leur aspect très réactionnaire (je passe sur le style de rédaction et le manque d'argumentation) ;

* d'un autre côté : ceux qui luttent contre les discriminations (notamment la Halde -- à laquelle l'avocat de la crèche donne "moralement tort", inventant un nouveau concept de droit romain-moral -- et d'autres analystes), les défenseurs des droits de l'homme et des libertés (avec des arguments solides).

Typique du débat en cours depuis... Oulah, on ne compte plus !

jeudi 13 janvier 2011

294ème semaine

Chers lecteurs, cette semaine je vous ai chatouillé. Il convient de s'assurer que cela n'a pas été stérile. Cette semaine, la Russie a condamné encore une fois son premier opposant interne au pouvoir, malgré sa fortune. Cette semaine, la Tunisie a massacré les siens pour les empêcher de s'exprimer : le peuple tunisien avait, comme le peuple russe, formé une sorte de contrat informel. Leur liberté contre leur bien-être. Ils n'ont plus ni l'un, ni l'autre.

Pas de liberté pour les ennemis de la liberté : Comité de Salut Public, 1793. Destruction des idéaux par l'extrémisme idéaliste même. Nous sommes plus de deux siècles plus tard. Nous sommes instruits, de l'Histoire et des penseurs. Nous avons accès aux cultures étrangères, à leur mode de vie, nous pouvons comparer. Nous voguons dans la société de l'information.

40% Allemands et des Français ont peur de l'Islam. Les idées du front national progressent au-delà des 22%, plus de 40% au sein de l'UMP, où 20% seulement y sont opposés. On reproche massivement aux musulmans trop de visibilité ou... trop de droits accordés. Voilà à quoi mène le chiffon rouge de l'Islam. Voilà à quoi mène le dévoiement d'une valeur noble, la laïcité, à travers la stigmatisation. Les vrais chiffres ? En Europe, un seul et unique attentat sur l'année 2009, pour 294 actes de terrorisme. Pourquoi s'obstiner à soutenir ceux qui ne pensent pas, ceux qui ne se confrontent pas au réel, ceux qui ne trouvent d'exutoire que dans la dénonciation d'un ennemi imaginaire ?

La souris m'a dit, ces derniers jours, que l'on me comprenait bien plus à l'oral qu'à l'écrit. Elle n'avait pas compris pourquoi j'étais révolté contre les palpation et les scrutations continuelles dont on est victimes consentantes. Ni pourquoi le sujet de la tolérance et de la liberté individuelle me tenait tant à coeur. Mais que j'ose me défendre : ce problème n'est pas seulement le mien.

"They who can give up essential liberty to obtain a little temporary safety, deserve neither liberty nor safety." Voilà ce que disais Benjamin Franklin en 1775. Qui en a retenu quoi que ce soit ? Qui a retenu quoi que ce soit des écrits de Foucault, qui dans "Surveiller et punir" a démonté scrupuleusement les mécanismes du contrôle du corps, notamment dans sa façon de vêtir, à travers la normalisation, pour contrôler les esprits ? Qui a retenu la lettre persane XIV, où Montesquieu à travers l'histoire des Troglodytes montre comment un peuple devenu vertueux va sacrifier sa liberté, trop lourde responsabilité, pour son confort supposé ? Qui a retenu, avant ça, les écrits de Montaigne, d'Aristote, de Confucius ? Qui donc ? Lisez les commentaires sous mon billet "de la laïcité" : pas grand monde, j'en ai bien peur. Ça me désole, et ça me révolte.

Car quiconque a les moyens de penser se doit de penser. S'extraire de la matrice de ses préjugés, de ses acquis. Déconstruire, pour faire référence à un autre billet de cette semaine. Penser la société. Pour son bien, pour notre bien, pour le bien de chacun.

Voici une autre citation de Benjamin Franklin que j'apprécie particulièrement : "Our new Constitution is now established, and has an appearance that promises permanency; but in this world nothing can be said to be certain, except death and taxes." (1789)

Les jeunes sont mal partis (ou en version plus complète et plus noire encore). Jeudi noir réagit sur le logement et occupe le terrain : dénonciation des 200 immeubles vides répertoriés à Paris, 112.000 logements vacants, 330.000 en Île-de-France. Tout ça pour de la spéculation immobilières de compagnie d'assurances ou de banques, très françaises, qui ruinent impunément leurs co-citoyens, en toute légalité. Une solution : taxer le capital, lourdement, pour les entreprises comme pour les particuliers ; et taxer la succession, pour les jeunes. Ce qui se passe en pratique ? L'inverse. Pourquoi ? Parce que quasiment personne ne réfléchit, laissant progresser la corruption des dirigeants -- tout en ne se privant pas de se plaindre des effets directs comme indirects.

Je ne vois qu'une seule solution : il est de la responsabilité de ce qui ont les moyens de la pensée de rechercher le pouvoir. Les penseurs ne l'ont jamais fait. Confucius changeait de pays chaque fois que le souverain n'y était pas vertueux. Plus de 2500 ans plus tard, rien n'a changé. Évasion sociale ou non, j'entrerai en politique, lorsque je m'en sentirai prêt. Malgré le système abscons des partis. Par devoir responsable. Tant pis si ça chatouillera.

jeudi 6 janvier 2011

de la laïcité

B#6 et avant elle Valerio ont voulu me chatouiller sur un sujet traumatisant invariablement les franco-français : la laïcité. J'écris donc ce billet comme point central de mes réflexions et lieu de débat. Il servira aussi à rediriger tous les trolls constructifs (oxymore) sur le sujet.

La laïcité à la française®©™ est un concept extrêmement hexagonal. Elle s'énonce selon un faisceau de principes contradictoires entre eux : la France n'accepte la représentation d'aucune religion selon que l'on officie dans la fonction publique ou non, mais les tolère toutes d'après ses droits fondamentaux ; tout en n'en subventionnant aucune, elle est de tradition chrétienne (ce qui explique que ses jours fériés soient très majoritairement chrétiens, et aucunement d'autre religion, tout comme l'organisation de sa semaine de travail), et l'on enterre les grands noms de la République après une cérémonie catholique (le Panthéon ayant de ce point de vue échoué, on y reviendra), tandis qu'on y voit les ministres à la messe, cependant qu'il est toujours hors de question qu'un fonctionnaire ne porte le voile.

Le voile est en réalité constamment le sujet épineux. Depuis près d'un siècle l'Islam fait peur. Aux Français. On ne sait pas trop pourquoi, histoire de colonies ou de Sarasin ; ou peut-être que l'antisémitisme est passé de mode depuis la Shoah, les autres religions sont très négligeables dans le paysage, et le musulman est assez typé pour qu'on le différencie et qu'on s'en occupe en priorité.

Toujours est-il que les affaires de voile deffraient la chronique depuis 20 ans. Ce qui prouve déjà une chose : en 20 ans, rien n'a été réglé (le FN en a en revanche largement profité, à partir de quasiment rien comme substrat), et si Bernard Stirn ("les libertés en question", très recommandable, avec toute la jurisprudence) se félicite par exemple que la solution bâtarde du tribunal administratif n'a mené qu'à quelques exclusions de jeunes voilées de l'école publique, et de quelques autres Sikh (plus quelques juifs aussi, qui ne voulaient pas travailler le samedi), je trouve à titre personnel que cela en fait déjà trop, pour un critère qui aux dernières nouvelles n'empêche pas d'étudier (samedi non travaillé exclu, quoiqu'on pourrait y penser à l'instar des cantines scolaires si promptes à donner du poisson le vendredi mais ayant mis un temps fou à varier ses plats dès qu'il y a du porc au menu), preuve étant que l'université n'est absolument pas soumis à ces règles (cohérence, toujours).

Et pendant ce temps, le débat pourri dès le départ se déplace sur d'autres terrains. La burqa, phénomène négligeable (une étude parlementaire a parlé d'un petit millier -- sur 66 millions de personnes, pour rappel) ayant déclenché de grandes envolées lyriques chronophages (alors que la situation économique du pays et du monde est dans une situation grave...), a donné lieu à une loi manifestement inconstitutionnelle, ce que n'a pas voulu reconnaître le conseil [auto-lien] ; tout cela à partir d'un fait divers ayant abouti, tout de même, à une annulation du PV (je vous invite d'ailleurs à chercher sur Google à quel point cette décision est passée totalement inaperçue). Il fallait le faire.

Le racisme et la xénophobie d'une large part de la population ne fait aucun doute dans ce débat (positionnez votre téléviseur sur TF1 pour vous en convaincre, ou descendez un peu voir des français standard en dehors de vos cercles bobos) ; les meilleurs sont simplement réactionnaires (la France est de tradition chrétienne, c'est aux étrangers de s'assimiler en abandonnant leurs coutumes pour les nôtres -- thèse Zemmour). Le problème, c'est que des personnes tout à fait intelligentes et raisonnées les rejoignent -- alors même que la composition de ce camp devrait justement être un indice sur le fait que cette voie est bien mauvaise. Il s'agit invariablement d'athées, qui tombent dans le même travers que les catholiques du Moyen-Âge qu'ils conspuent pourtant régulièrement.

Il existe un principe fondamental pour l'Homme : la liberté. La liberté est un très lourd fardeau à porter. La liberté est le signe d'un raffinement de l'esprit, elle n'est pas donnée à tout le monde. Il s'agit de responsabilité. J'aime la liberté. Beaucoup ne l'aiment pas : ils peuvent dès lors assumer tout type de gouvernement, qui ne pourra en l'occurrence n'être que despotique, donc basé sur la peur (on sait cela depuis Montesquieu, pour rappel : ça date !). Ce genre d'État est généralement loin des concepts de vertus (les exemples ne manquent pas). Il existe des États où c'est la vertu qui est dictature : Singapour en est un excellent exemple, où macher du chewing-gum ou manger dans le métro donne droit à une très forte amende (plusieurs centaines, voire milliers, de Dollars), où quelques grammes de drogue impliquent la pendaison (voir les rapports d'Amnesty international pour se rendre compte du taux de peines capitales par rapport au nombre d'habitants), et où pour ce qui nous intéresse, regarder une femme "de manière ambigue" mène tout droit en prison, tandis que les prostituées sont bannies dans un quartier extrêment règlementé, tout comme le sont les rapports sexuels (notamment une interdiction de l'homosexualité) et la possession de pornographie (interdite) -- notons au passage que ces lois draconiennes ont été mise en place comme solution à la stabilité d'un pays composé uniquement de fortes minorités.

Je suis un mathématicien qui a lu Montesquieu : on peut choisir les axiomes sociaux que l'on veut (et en l'occurrence, on ne les choisit pas vraiment, par manque... de liberté !), cela donne un système plus ou moins cohérent, avec une certaine moralité. J'ai pourtant ouï dire que la liberté était le meilleur moyen, somme toute, d'être heureux (petit rappel : la fin suprême est le bonheur, pas la "compétitivité de l'État", aussi étrangère à Aristote qu'à tout économiste). Un système a voulu forcer tout le monde au bonheur : l'URSS. J'espère, j'ose espérer, que plus personne ne croît que cela a été une solution ayant atteint ses objectifs. On y a dicté que la religion était le mal, comme on a dicté que le capitalisme ou la musique sérielle étaient contre le peuple. En réduisant les choix, en réduisant les libertés, pour le bien de chacun évidemment, on en est arrivé à précipiter le malheur de tous (avec quelques millions de morts au passage, parce qu'il faut bien faire quelque chose de ces gens qui ne veulent pas comprendre).

On peut aimer ce genre de solutions sociales : le masochisme est un comportement comme un autre, et je donne à tout un chacun le droit de disposer de sa vie comme il l'entend, y compris pour vivre sous une dictature ou pour se suicider. Si cela est votre choix. Ce n'est pas le mien, mais je le respecterai.

J'aime la liberté. La liberté de chacun s'arrête là où commence celle de l'autre : ce principe tout ce qu'il y a de plus simple indique les limites à la liberté que doit fixer la loi ; elles ne saurait aller au-delà sans menacer la liberté elle-même. Au toutes dernières nouvelles, le fait qu'une femme porte le voile n'entre pas en contradiction avec ma liberté. Elle ne m'empêche pas d'aller et venir ; elle ne m'empêche pas de penser. De penser que c'est de la connerie, comme toutes ces manies religieuses qui vont de la dégustation d'un biscuit rance à la procession à l'autre bout du monde sur un lieu sacré, en passant par la diabolisation du saucisson. Mais ce n'est pas ma vie, et cela n'empiète pas sur la mienne. Alors quoi, où diable est le problème ?

Le problème, me dit-on, c'est que ces femmes n'ont pas le choix, on leur impose le voile. D'une part, les enquêtes montre que cela est tout à fait faux, les femmes choisissent tout à fait de se voiler en pays libre (comme l'est censé l'être le nôtre), et toute violence est punie par la loi. Je répète : toute violence est déjà lourdement punie par la loi. Rien à voir avec la laïcité. Je m'étonne d'ailleurs qu'au nom de l'émancipation des femmes, on les considère comme incapables de choix, ou comme incapables de se lever contre un système qui les aliènerait, tandis que tout est présent sur le territoire pour assurer leur protection (non, je ne parle pas du Pakistan). D'autre part, une femme qui travaille, comme fonctionnaire par exemple, me semble tout à fait émancipée : et donc, pour son bien, on lui interdirait d'exercer sa profession ou de s'instruire ? Drôles de valeurs de la République !

Alors on me rétorquera que c'est le système social qui lui impose de se comporter ainsi, et que donc son libre-arbitre est biaisé. Deux arguments : d'abord, imposer (ici par la force légale) son ordre moral personnel contre un autre ordre moral est d'une imbécilité n'ayant comme équivalent que son inefficacité -- voyez la pratique de la religion dans les pays de l'ex-URSS pour même vous convaincre que les mauvaises habitudes ressurgissent après plusieurs générations ; sur le même thème, le remplacement de Dieu par les Grands Hommes par la République a tout autant mené à un résultat nul. Ensuite, limiter la liberté vestimentaire d'autrui afin de le forcer à être libre est d'une incohérence intellectuelle totale. Petite note : ne pas interdire une pratique n'est absolument pas l'encourager ; j'espère que personne n'arrivera avec ce genre d'objection rhétorique biaisée.

Ces arguments cachent en réalité une triste vérité : celle de l'intolérance. L'intolérance au différent. La même qui oppose l'hétérosexuel à l'homosexuel, la même qui oppose l'homme à la femme, et la féministe frustrée à l'homme. Vivons ensemble : vivons dans la tolérance. L'intolérance n'est jamais une réponse à l'intolérance. C'est cela que j'ai aimé en Grande-Bretagne : une femme voilée peut être garde de frontière, un homme au turban peut enseigner. La notion de "ostentatoire", à géométrie très variable, donc soumise à toutes les dérives arbitraires et contradictoires, comme on le voit chez nous, n'existe pas. Que l'on ne vienne pas m'opposer la burqa : il est évident que la tenue vestimentaire de n'importe quel professionnel doit être compatible avec la pratique de son métier. Jusqu'à présent, les pays arabes ont des professeurs femmes voilées sans que cela pose autant de problème intrinsèque que des hommes à chapeaux.

Je vois venir encore des objections : le voile islamique est le symbole de l'oppression des femmes. La belle affaire : comme s'il était habituel de s'intéresser aux opprimés, aux démunis de consentement ! Quelle hypocrisie ! Qui se préoccupe de la circonsision masculine ? (imposée et irrémédiable) Mais traitons tout de même le fond. La femme est opprimée dans des pays du monde : c'est indéniable. Il n'y a pas que la femme, demandez aux intouchables en Inde (oui c'est interdit ; mais ça continue ; et les Rroms en sont issus, pour rappel, regardons chez nous un peu avant de donner des leçons !). Mais dans le rapport à la mère, le sujet touche forcément plus. La psychanalyse peut aussi aider à comprendre les comportements dans un sens comme dans l'autre. Peu importe : quelqu'un peut-il me dire en quoi réduire la liberté des femmes dans notre pays censément civilisé réduira les crimes d'honneur de sauvages un peu partout dans le monde ? (aux dernières nouvelles, l'Islam recommande encore moins d'égorger ses enfants que de porter le voile) C'est n'importe quoi. Le rejet n'entraîne que le rejet, la haine n'entraîne que la haine. Et l'extrêmisme. Nous sommes les responsables directs des comportements irrationnels religieux (et politiques, plus profondément) que l'on observe chez ceux que l'on a décidé de stigmatiser.

Et je prouverai mon propos concernant l'hypocrisie par les prétendues raisons de sécurité (ah !) et de trouble à l'ordre public (la belle affaire !) invoquées pour interdire une burqa jamais citée dans la dernière loi à la mode. On n'arrange rien, on s'enterre dans le dogme. Et dans l'intolérance.

Je le répète : je n'aime pas le voile. Je suis très cohérent, j'aime la mini-jupe (et je déteste les tongs). Mais jamais, jamais, je ne cautionnerai des politiques tellement absurdes qu'elles en arrivent à remarier des gens qui ne veulent plus être ensemble, parce que ça choque la bien-pensance bobo ou populaire, les premiers pour un dogmatisme moral bancal, les autres par xénophobie de base. Tout comme jamais je ne soutiendrai les lois d'autres pays du monde imposant, à l'inverse, le voile, le Talion moral étant là encore totalement abscons (le sujet du voile n'est arrivé en GB qu'avec les attentats de 2005 : quel rapport ?).

Et puisque j'en suis à évoquer la moralité géographique, je répète encore une fois aussi que la liberté de la femme à disposer de son corps doit être entière, ce qui inclut de pouvoir se prostituer. Il est extrêmement révélateur que ce soit les mêmes qui s'opposent à la fois au port du voile et à la prostitution (tout comme d'ailleurs la pratique est honnie par les mêmes extrêmistes voilant les femmes de force ! On a les alliers que l'on mérite), selon le "ni putes ni soumises" (on en a vu la ministre que l'on en a récupéré, tiens...), nom d'une association prônant exactement l'inverse de son intitulé. La prostitution en soi (forcer quelqu'un à se prostituer est pénalement et très lourdement puni, je reprécise) ne choque la liberté de personne, et apporte même du bonheur à autrui. Et il faut une très grande force psychologique, au moins équivalente à celle nécessaire pour se lever contre des systèmes sociaux aliénants (ceux des frustrés extrêmistes, toujours -- pour rappel, au passage, ils ont tous eu une mère, ne négligez jamais, jamais le syndrôme de Stockholm générationnel : si la femme française a eu le droit de vote bien après les Anglaises, c'est bien parce que la gauche progressiste craignait qu'elles ne votent, conformément à leur bigotisme avéré, pour la droite conservatrice !).

J'aime la liberté, et c'est ainsi que je conçois ce que devrait être la laïcité (terme par ailleurs intraduisible dans tout autre langue : personne ne se demande donc pourquoi ?). La France, baffouant sans cesse ses principes proclamés (merci la CEDH), est très éloignée de la vertu.

mercredi 15 décembre 2010

290ème semaine

Rapidement, puisque j'ai un dîner et trois demoiselles sur le feu (ah bah quoi, j'peux me vanter un peu, nan ?), voici exactement ce que je répète tout le temps : en France, on juge selon l'apparence du jeune-vieux, c'est-à-dire que l'on a bien plus de chance de réussir, par exemple, si l'on est précocement chauve. Il me suffit de regarder autour de moi, ça marche à tous les coups ! Évidemment, avec mes cheveux mi-longs et mon air de jeune premier, je n'ai pas une chance...

Ceci est à opposer totalement à la culture anglo-saxone, où tout au contraire, plus on a l'air jeune et mieux c'est. Exemples à foison aussi. Alors non, je ne vais pas me cali-plaindre comme les blogueuses non-invitées qui se plaignent de ne pas être à l'Élysée demain (pour éclaircir ma phrase : sur les 8 invités du web, il n'y a que des hommes, six entrepreneurs et trois blogueurs -- Presse-Citron, Versac et Eolas) : si tu n'es pas adapté, tu as deux choix, le premier changer de société pour une autre qui t'accepte, le second changer la société pour qu'elle te ressemble plus.

Évidemment, c'est au programme de mon évasion sociale. Apparemment, ai-je découvert lundi, j'ai eu la même idée que notre future-ex super-woman de l'AROP -- parce que c'est officiel, tout le monde m'y lit, même les héritières, et malgré tout, on m'aime quand même, c'est touchant, "laissez des comm' !". Bon, toute chose en son temps... D'ailleurs, c'est l'heure de manger (des crêpes, pas les demoiselles).

jeudi 18 novembre 2010

286ème semaine

À Londres, j'avoue avoir été perplexe, devant une série de cadavres du British Museum...









Il y avait aussi le cerveau de Babbage, exposé au Science Museum :

J'avoue ne pas voir dans l'absolu l'intérêt scientifique de tout cela. Et à vrai dire, je trouve même la chose passablement choquante. Il y a une espèce de détachement vis-à-vis du cadavre de 5000 ans d'âge ou d'un morceau de cadavre de 150 ans qui me paraît difficilement justifiable. Pourquoi dès lors condamner moralement (et légalement) le millionnaire de l'expo "Body Worlds" qui se met à présent à vendre des cadavres (je me demande s'il donnera son corps pour qu'il soit installé, une fois scalpé, dans toutes les positions les plus absurdes...), tandis que dores et déjà on peut trouver cette idée dans un musée briton ? (au Louvre, il me semble n'avoir rencontré qu'une momie "occupée", dans un endroit sombre et extrêmement dépeuplé des niveaux inférieurs)

Je pense que soit on considère le corps humain comme une pauvre enveloppe charnelle sans intérêt, et on remet en cause des principes moraux à la base d'un bon fonctionnement de société (repoussé, certes, pour des besoins médicaux, mais dans un encadrement que l'on espère très strict ET avec comme optique l'amélioration du vivant), en assumant tout ce qu'un tel nihilisme peut apporter (parce qu'après tout, vivants ou morts, nous ne sommes que des amas de substances de carbone-oxygène-hydrogène sans intérêt -- faîtes chauffer les fours), soit on reste sur une position certes assez proche des tendances religieuses, mais qui a le mérite d'être d'un goût plus sûr et durable.

J'ai gardé le deux dernières photos pour la fin, au British Museum, encore. En repensant très fort que les scènes de sexe entre ados en photos, c'est interdit aux moins de 18 ans...





Visiblement, là, ça ne choque pas les têtes blondes (du moins, ça n'est pas censé les choquer). Et s'il a 5000 ans, ce cadavre n'en est pas moins extrêmement bien conservé : s'il était déclaré avoir un petit siècle, l'exposerait-on de même dans une grande allée fréquentée par des gosses, que l'on attarde devant ?

Définitivement, ce relativisme me laisse très perplexe, et même je le rejette tout à fait.

(notez donc : je ne veux PAS finir dans un musée, post-mortem, SAUF si c'est le musée de l'érotisme avec une mention "carpe diem" et un divan à côté)

(et d'ailleurs, puisque nous avons considéré ce qui paraît le plus important dans la vie -- sa courte durée --, on pourra être encore plus réceptif à la tribune de Thomas, que je soutiens tout à fait : parlons amour consommé et esprit libre, plutôt que mort)

mercredi 10 novembre 2010

285ème semaine

4016+562 = 4578. D'impôts. Sur un an. Alors, en France, on n'est pas foutu de faire le prélèvement à la source. Du coup, quand l'année suivante on gagne beaucoup moins de pognon que l'année précédente, au hasard parce qu'on donnait des cours au 2ndes et 3e années et que là, à plus personne, on a franchement mal au porte-monnaie. Et il se trouve qu'en plus, l'impôt n'est pas prédictif : ce n'est pas parce que l'État sait mieux que vous au centime près ce que vous gagnez (il y en avait, des lignes de salaire[s], sur la déclaration de l'année dernière...), qu'il sait ce que vous allez payer. Non, ça, c'est vous qui l'estimez, y'a même une case pour ça. Heureusement, il y a un simulateur (en ligne, par chance : enfin un très bon point, tout par Internet !), alors à la louche, je remets dedans mon vrai revenu de cette année, et je m'aperçois que tout à coup, en touchant 5000€ net imposables de moins (au passage, je rappelle que le net imposable est plus élevé que le net tout court : par exemple, les tickets resto, c'est sujet à impôt sur le revenu, vous échappez juste aux taxes sociales, et vous y perdez le droit de manger pour moins de 9,15€ -- dans mon cas --- par repas, merci le lobby de la restauration), je paierai théoriquement 1200€ de moins (les impôts locaux, pour leur part, devraient continuer d'augmenter "normalement" afin de maquiller la mauvaise gestion de l'État par la décentralisation, de manière beaucoup plus inégalitaire -- qui pait 440€, hors redevance télé, pour 33m², dans Paris ??).

Donc, si j'enlève la prime exceptionnelle, bosser trois mois en donnant six heures cours d'affilée tous les samedis me rapportait déjà un peu plus de 4000€, ce qui n'est pas grand chose (par exemple, si j'étais indépendant, c'est ce que je pourrais gagner en une semaine bien remplie ; mais mieux, si je donnais des cours de maths au black à un collégien pour 30€/h, ça reviendrait quasiment au même ! -- en fait, on gagne pas mal sur le fait que le CDD de prof est "précaire", ce qui donne droit à une prime et aux paiement des vacances non prises à la fin du contrat, sinon le tarif est identique). Hé bien sur ces heures bossées comme-un-malade (et je ne compte pas la correction des 60 copies de 6 pages chacune, ni la préparation pour les cours), on est imposé à hauteur de... 25%. Ah bah ça donne envie, tiens !

"Sauter une tranche", qu'on appelle ça ; je suis passé de 10% à 12% d'imposition (juste pour l'impôt sur le revenu). Et faire une courbe exponentielle progressive, ça n'est venu à l'idée de personne dans ce foutu pays ? Quelle envie vais-je avoir de m'emmerder pour gagner des clopinettes ? Pas rentable ! Moralité : un impôt à la con tue le boulot. Quand j'aurai bien convenablement sauté la tranche, j'y penserai de nouveau. Dans tous les cas, avec une capacité d'épargne de 1300€, ça fait donc trois mois et demi, plus du quart de l'année, d'économies consacrées au paiement d'impôts. Ouch ! Comment ils font, les autres ?

Bein ils font... des gosses ! J'ai découvert récemment les histoires de "parts". Ou comment on paie deux fois moins d'impôts que moi en ayant un salaire qui doit "sauter la tranche" plus une femme qui bosse. Hu hu... Et en plus, ça profite... aux plus riches. Bah ouais, parce qu'il faut déjà payer l'impôt, pour se le faire réduire. On me dira : oui mais sinon, y'a les alloc' pour les pauvres ! Je suis bien curieux de savoir leur montant, tiens (demander à papa-maman ?). Mais étant donné qu'en tant qu'adulte, je me coûte hors frais immobiliers fixe dans les 400€/mois, je présume qu'une demi-portion doit taper dans les 200€. Et là, je comprends encore moins que moins tous les parents geignards "ça coûte cher les gosses", alors que bon sang, ce sont les CSP+ célibataires comme moi qui les financent. T'as rien à débourser, juste à sacrifier toutes tes soirées, mais ça, tu étais au courant avant, sinon y'avait la contraception !

Alors, socialement, ça me rapporte quoi ? Une retraite ? Même pas (depuis aujourd'hui, merci aux classes du baby boom, bientôt le papy crash, rejoice !). Je pense donc à un système de parrainage : je paie une mioche jusqu'à ses 20 ans, ça m'en fera presque 50, parfait pour mes vieux jours ! Non, sérieusement, le libertaire en moi se choque à ce système ultra-égalitaire de solidarité familiale : on pond, on assume. Comment ça, non ? Je suis sûr que ce sont les mêmes qui râlent contre l'État-providence et les allocs aux polygames qui paient deux fois moins d'impôts. Regardez-donc les graphiques, à combien s'élèvent les salaires et les impôts moyens. Ah ah !! Oh, et aussi, dans quels quartiers (ratio salaire/impôts délirant, seul le second correspondant au niveau de vie réel d'un arrondissement à 12000€/m²) : rentiers rentiers rentiers...

Bon, avec tout ça, je n'ai plus de place pour vous renvoyer chez vieux félin et son billet énorme (on dirait du B#2 dans le texte, en tout cas quand elle me raconte ce qui se passe en classe, ça ressemble à ça), qui lui a valu de perdre son poste. Restons discrets, on est quand même dans un pays de cons, au cas où on ne l'aurait toujours pas remarqué. Je renvoie aussi sur la carte de la non-monogamie (via Maïa, merci à OlivierJ), où je me suis amusé à replacer un peu tout le monde (sauf les monogames sériels, justement, et les prétendus monogames-tout-court -- ce matin, un gus dans le métro lisait "l'amour dure trois ans", vous v'la prévenus ! Je cherche toujours l'intérêt intrinsèque). Et pour en revenir aux rentiers, si l'émission radio était consensuelle, il est confirmé que les économistes sont plus censés que les sociologues, qui le sont bien plus que les politiques (j'aime bien le moment où le gentil UMP -- qui a pris conscience du problème -- dit que l'abattement marche jusqu'à 100.000€ pour ne pas léser les "petits héritages" ; c'est vrai que mettre 100.000€ de côté avant de mourir, c'est vachement dans les moyens d'une moitié de la population non-imposable, et un citoyen sur huit en dessous du seuil de pauvreté).

Je vais peut-être arrêter de râler (et encore, je ne vous ai même pas raconté la semaine de merde au boulot à se battre avec windaube... Oh, et le fait que pour réduire les coûts, le chef qui a déjà un leadership tout à fait nul a été déplacé sur un autre projet, alors même que la livraison est censée être la semaine prochaine -- la blague -- : c'est ce que j'appelle un "projet-kibboutz", projet en autogestion), parce que quand même, y'a une grande histoire d'amitié en construction avec Mathilde (je commencerais même presque à me demander si elle n'est pas encore plus chouette au civil... D'un autre côté, il est vrai que mes lectrices sont toutes formiiiiidables).


PS: à Londres pour 3 jours, retour samedi soir

Et ça, ma foi, ça compense bien des choses...

mardi 19 octobre 2010

I'm CEO, bitch

La politique maison est d'éviter les biopics relatant des événements trop récents, sans recul. Mais plusieurs raisons m'ont poussé à voir "The social network" de David Fincher : les premiers retours, notamment celui de Versac, David Fincher, et une virée entre collègues. Film à plusieurs dimensions, c'est déjà dans l'univers du geek que l'on est plongé, et je suis fier de vous annoncer que moi aussi j'utilise KDE et emacs, contrairement à la vile majorité de la population qui m'entoure (des Gnome/vi). Première remarque : la réalisation de ce côté est parfaite, ce que l'on voit sur les écrans des ordinateurs correspond parfaitement à l'état de l'art des différentes périodes, et le jargon utilisé (parfois très, très technique) ne dit jamais de la merde (avec une petite réserve une ou deux fois où ça allait trop vite pour bien tout comprendre) ; c'est assez rare au cinéma pour être noté (le pire étant "hackers", il me semble). Déjà, ça met en confiance pour le traitement rigoureux de l'ensemble de l'histoire.

Ce qui est TRÈS intéressant à travers ce film, c'est justement toute l'ambiguïté du titre, les réseaux sociaux. On y parle de sociologie, en réalité. Soyons plus clair : au-delà de Facebook, ce que l'on comprend, c'est que le fondateur Mark Zuckerberg (Jesse Eisenberg, plus vrai que nature) ne voulait pas seulement se venger de sa petite amie, ce qu'il voulait, c'était exploser les codes sociaux inaccessibles pour lui. Recréer le tissu social sur le web, en redéfinissant les normes qui faisait qu'avec son origine, son allure de geek fini, avec ses bermudas-sandales-chaussettes même en hiver (on en connaît... Les réactions, la psychologie du personnage, je vous jure connaître la même race de génies, c'est criant de vérité !), il lui était impossible de prétendre aux fraternités des futures élites de Harvard -- où il est admis pour son incroyable intelligence (mais pas sociale...). Et L'idée, qui va faire décoller le bousin, c'est de revenir aux fondamentaux : tout tourne autour du sexe. Ce qui intéresse, c'est de savoir qui est célibataire sur le campus, mater sa photo, et mieux encore, savoir dans quel cours il/elle est (et réciproquement). Le tout sans insister lourdement (ce n'est pas un site de rencontre : c'est l'usage qui en fait ça). Je m'en amuse d'ailleurs tous les jours, de voir sur mon FB qui court après qui (pas la peine de me le demander : je cours après tout le monde, ça brouille les pistes -- de toute façon le concours d'entrée est bien plus rigoureux que pour entrer chez Phoenix, sans avoir à se faire bizuter ni même baisouiller).

Je pense même que les créateurs de FB sont dépassés par cette notion, accidentellement découverte (d'ailleurs le film adapte un bouquin "the accidental billionaires"). Il n'y a qu'à lire la réaction d'Eduardo Saverin, cofondateur du site : il passe totalement à côté de cette dimension, et se contente de voir une hypothétique ode à l'entrepreunariat, dont il vante en long en large et en travers les mérites (très constructif : il faut que tout le monde fasse son entreprise ! Heu... Et qui y travaille ? Crétin. Mais milliardaire -- on y reviendra). Le film parle beaucoup de ce personnage : en effet, il s'est un peu fait arnaquer par Mark (ses actions allaient être diluées de ~30% à 0,03%), et l'a donc traîné en procès. Rendons hommage à la réalisation qui dilue cela avec un autre procès, celui des trois gus ayant insufflé l'idée à Mark, qui passent leur temps à ramer (en aviron, évidemment), et donnent d'ailleurs lieu, avant de crier haro sur le geek, à une scène amusante, en tilt shift, où on les voit ramer comme si leur vie et le Monde en dépendait, sur une musique ironique du hall du roi de la montagne -- car il est vrai que Mark fait un parfait Peer Gynt.

Ce qui est juste un peu dommage, c'est d'oublier ce qu'est devenu en fin de compte, au-delà des aspects sociologiques pourris du personnage (surtout lorsqu'il est influencé par un fondateur de Napster [Justin Timberlake] assez timbré -- entre mégalos arrogants on se comprend et on a tout pour réussir), son idéal de liberté (sa première appli, qu'il aurait pu revendre à m$, est distribuée gratuitement sur le net ; il déclare aussi sans cesse se moquer de l'argent, et d'ailleurs vie de manière assez monastique). Car si la dispute avec Eduardo (Andrew Saverin, plus lisse que l'original) commence par une divergence de vue sur le modèle à suivre, ce dernier cherchant des annonceurs pour mettre en place de la publicité, refusée catégoriquement par le fondateur-geek qui n'a aucun business model valide (ça rappelle de la bulle Internet...), finalement, l'état des choses chez FB est : pub ciblée par filtrage des informations personnelles, et big brother à tous les étages. D'ailleurs, la pub, finalement, c'est M$ qui en a l'exclusivité, en étant entré à hauteur de 1,6% du capital...

Capital qui vaut 15 milliards, mais pour un CA de... 180m$ par an. Je ne voudrais pas être mesquin, mais ça sent la bulle et l'argent très virtuel. Valorisation de 250$ la fiche FB. Bein voyons. Je sens qu'il y a des milliardaires qui ne le resteront pas forcément. Ceci dit, même avec des millions, on peut vivre confortablement. Le fait de ne pas revendre la boîte (et plumer le crédule, serait-ce m$) et se tailler avec la fortune réelle amassée me fait penser qu'il y a une sorte d'irrationalité insouciante associée à cet esprit d'entrepreunariat qui amène à piétiner ses amis. La victoire est avant tout d'aller chier sur les puissants, les héritiers, de leur donner sa carte "I'm CEO, bitch", en valant des milliards. Un peu puéril, mais après tout, très vrai.

Très bon film, à voir (j'attends l'analyse psy de Lea).

vendredi 8 octobre 2010

de l'inutilité du Conseil Constitutionnel

Le CC a encore une fois... servi à rien. On se souvient de Hadopi, qui avait été à peine amochée, sans que l'on comprenne trop pourquoi ça n'était pas allé plus loin (au second passage, tout est passé, et c'est le décret qui a pris la partie anticonstitutionnelle, en attente de recours devant le Conseil d'État) ; puis de la garde à vue, où de longs débats avaient dû être tenus, tandis qu'il était absolument évident et indéniable, au vu des décisions de la CEDH, que la position était intenable, mais qui n'a finalement été déclarée anticonstitutionnelle qu'à retardement (un an pour changer la loi) et pas en totalité (le terrorisme peut rester en dehors des clous, en attendant certainement... une décision défavorable de la CEDH) ; et donc, maintenant, la burqa (ou plutôt, le niqab, mais ça passe moins bien à la télé).

Le Conseil d'État avait dit que ce texte était de la merde. Ce que le bon sens indiquait d'ailleurs clairement. Les deux présidents de l'assemblée (parlement et sénat) avaient saisi par eux-mêmes le CC, ce qui était assez ironique, étant donné que les molles tapettes du PS n'en avaient pas eu les couilles. On hésitait à savoir si c'était pour saborder un texte à la con, ou si c'était pour parer toute éventuelle contestation future (par QPC) en faisant examiner la loi avant sa promulgation.

Eh bien voilà, les sagement guignols (au complet sauf un) ont torché une argumentation contradictoire pour se coucher gentiment, tout en mettant une réserve absolument ridicule : celle de pouvoir faire ce que l'on veut dans un espace religieux public. Car c'est avec la plus parfaite hypocrisie que ce texte a été écrit, voté, et justifié. À aucun moment ne parle-t-on de religion :

I. Pour l'application de l'article 1er, l'espace public est constitué des voies publiques ainsi que des lieux ouverts au public ou affectés à un service public.
II. L'interdiction prévue à l'article 1er ne s'applique pas si la tenue est prescrite ou autorisée par des dispositions législatives ou réglementaires, si elle est justifiée par des raisons de santé ou des motifs professionnels, ou si elle s'inscrit dans le cadre de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles.

Vous pouvez vous masquer le visage pour le carnaval, la grippe, le vol de banque (bah oui, motif professionnel, non ?), la moto, mais... c'est tout, enfin, vous voyez, quoi, on interdit "tout le reste", tout ce qui n'est pas judéo-chrétien. On ne va pas vous faire un dessin, si ? Ce serait discriminatoire, donc clairement anticonstitutionnel. Là on vous fait une jolie pirouette. À se demander ce que vient faire ensuite la réserve du CC sur les lieux religieux. Ou alors... on veut tendre une perche à la CEDH, qui prendra appui sur cette décision pour montrer la véritable intention du texte (ce que Montesquieu appellerait "l'esprit" de la loi, mais y a-t-il vraiment de l'esprit, c'est-à-dire de l'intelligence, dans tout ça ?), et donc condamner une fois de plus la France. C'est vrai que niveaux infractions aux droits de l'homme, on n'a pas encore le record, la Turquie nous dépasse d'une courte tête : allez, encore un effort, on peut le faire !

Si l'on se balade sur un repère de la droite (dans les commentaires), tout va bien, c'est tout à fait logique. Je suis révolté par ces gens, qui vivent dans le mensonge, qui nous font croire à la fois au désir de sécurité (surveiller, punir ; surtout, ne lisez pas Foucault, vous risqueriez d'ouvrir les yeux) imposant de découvrir son visage, et en même temps de faire montre de relents xénophobes d'une basicité néandertalienne. Je suis dégoûté, enfin, de voir le lendemain même, aujourd'hui, notre Président de la République, qui se targue de laïcité pour faire interdire le port du voile intégral (sans le citer et pour des raisons sécuritaires), aller procéder à une fellation sur le Pape (aller à Rome faire oublier les Roms, pour draguer le catho qui n'en peut plus de voir ses principes humanistes piétinés), puis... aller se recueillir, prier, à St-Pierre, sur l'autel de Sainte Pétronille, "fille spirituelle" de Pierre. "Patronne secondaire de la France", se justifie-t-on ; plutôt patronne des rois de France, pour être précis ; au cas où l'on n'aurait toujours pas compris que nous sommes en monarchie.

En attendant, le Conseil Constitutionnel, garant de la constitution, l'une des plus hautes instances de l'État, gardienne de son intégrité, nous prouve deux choses : d'une, ils ne servent à rien ; de deux, ils sont la meilleure preuve que même à 67 ans, la retraite est trop tardive. Il faudrait peut-être revoir le système : donner autant de pouvoir à des vieillards, proches de la mort, qui n'auront pas à vivre dans la société de merde qu'ils laissent être construite par les demeurés au pouvoir, n'est peut-être pas une si bonne idée.

Allez, détendons-nous un peu avec la jeunesse. À 20 ans, on trouve des demoiselles plus intelligentes que neuf vieux mollasons réunis.

jeudi 9 septembre 2010

le beau pays

Un médecin de Vitry (banlieue pauvre pas bien éloignée de ma propre banlieue de pauvres) est poursuivi pour avoir permis à ses patients atteints de maladies longues durées de bénéficier de remboursements plein tarif sur l'ensemble de leurs médicaments. La CPAM lui réclame 2600€, plus 4000€ d'amende. Il exerce depuis 34 ans auprès de populations très défavorisées, pour qui 5€ représentent le budget bouffe d'une partie de la semaine.

Pendant ce temps, Xavier de Maistre recevait la légion d'honneur, à titre de gestionnaire de la première fortune héritée de France, ou comme leveur de fonds plus ou moins illégaux d'un certain parti de droite.

Ce matin, on apprenait que le marché de l'immobilier ancien (on ne parle même pas du neuf, tellement il est dans un délire absolu) avait bondi de 10% à Paris, 6% dans la France. À Paris, le XVIIIème, arrondissement particulièrement pourri, atteint les 5900€/m². Pour un ingénieur, il s'agit de passer 25 ans de salaire pour une trentaine de mètre carrés ; pourtant, sur 36 millions de foyers fiscaux, toujours moins de 20 millions sont imposables (au passage, intéressante courbe qui ne mérite pas même commentaire).

Toujours aucun journaliste pour mettre un mot dessus : société de rentiers, d'héritiers. Quelqu'un pour dévaluer ou pour donner un coup d'inflation ? Non, toujours personne.

On dépasse tout entendement. La patrie de Montesquieu ; elle est belle, l'égalité. J'en ai un peu marre, de ce pays, pour tout dire...

samedi 24 juillet 2010

liberté mon cul (dans le drapeau)

On sait, entre gens intelligents, à quel point l'extrême droite peut être profondément débile. Surtout lorsque, comme moi, on possède plusieurs amis ou membres familiaux qui versent dans l'idéologie : on peut mieux observer les rouages de la mauvaise foi. Le problème est qu'il s'agit ensuite de faire comprendre aux amis simplement conservateurs de droite que malgré eux, ils cautionnent aussi ce genre d'idées (et que la différence avec les précédents, c'est qu'ils sont au pouvoir et les mettent en application). Parce qu'après tout, mon temps étant limité, je ne le perdrais pas à m'offusquer pour partager avec les gôchistes mon aversion pour le gouvernement en place et son action liberticide. Non, ce que je vise, ce sont les lecteurs de droite "traditionnelle" (j'ai toujours du mal à comprendre ce concept, où beaucoup d'idées contradictoires semblent s'agréger par la seule opposition aux "gôchistes", à présent que les fameuses "valeurs de la droite" ont toutes été bafouées par leurs représentants), et ceux qui pensent que la politique, ça ne sert à rien (et parmi ceux-là, sans blague, il y a du philosophe...).

Reprenons l'ordre chronologique des événements. Le 6 mars, la FNAC récompense une photo, qu'il m'est à présent (depuis minuit) INTERDIT de diffuser, dans le cadre de son concours sur le "politiquement incorrect". La photo, en l'occurrence, est... politiquement incorrecte. Il s'agit d'un homme se torchant avec le drapeau tricolore.

Le politique est en émoi : MAM (rappel : ministre de la justice) et Brice (rappel : ministre de l'intérieur) promettent des poursuites pénales. Pas de bol, ce n'est pas possible, comme quoi, pour être ministre, il faut avant tout être incompétent. Brice déclare : "Personne ne peut accepter que la liberté d'expression soit détournée au mépris de l'emblème de notre pays." Personne ? Brice, s'il-te-plaît, parle pour toi (et réfères-en à la justice quand tu dis des conneries racistes, Ô donneur de leçon...). Le Grand Guillaume Didier (porte-parole de la Chancellerie très célèbre pour ses sorties) renchérit :

Bien sûr, les personnes qui relaient cette dégradation ou utilisation indécente à titre d'information ne sont pas visées, le devoir d'information n'est pas touché. L'idée est de combler le vide juridique de la loi.

Comme je n'informe pas forcément, je ne me sens pas visé. Et puis, j'aimerais bien savoir sur quels fondements approximatifs se fonde cette assertion. Dans tous les cas, il ne me semble pas qu'il n'y ait que l'aspect "juridique de la loi" qui soit vide.

Premières victimes de la connerie ambiante : la direction de la FNAC licencie deux des employés ayant validé la fameuse photo (élue par un jury indépendant). Évidemment, ça leur coûtera très cher, devant les prud'hommes, et je me demande toujours comment on peut être aussi profondément imbécile pour risquer pareille chose (comme j'ai un peu le même modèle dans ma propre entreprise, je vois à quel genre ça se rapporte un peu). Déjà, ils perdront à coup sûr, et ça leur fera très mal (je pense à trois années de salaire pour chacun) ; ensuite, ils se mettent à dos des salariés qui auront la forte impression d'être considérés comme de la merde (surtout que la responsable de la communication de Nice est enceinte : quitte à être ouvertement ignoble, autant l'assumer jusqu'au bout) ; enfin, les clients comme moi seront certainement sensibles à ce genre d'éthique qui pousse encore plus loin la connerie de son ex-PDG (Olivennes, l'enarque qui vend sa sensibilité politique au plus offrant).

Mais pire encore, le gouvernement a depuis eu le temps de rédiger le fameux décret manquant, et de raboter notre liberté un peu plus. Eolas (que l'on pourrait très mal taxer de gôchisme) a brillamment écrit dessus, inutile de le plagier, allez le lire si ce n'est déjà fait. Alors, chers amis de droite, chers amis apolitiques, par pitié, il y a des élections, de temps à autres, et les crétins au pouvoir n'y sont pas arrivés par magie, ni même par la force : puissent-ils ne pas y rester (ni même y revenir) dès que l'on aura une occasion. Tout un chacun peut se tromper ; je connais beaucoup de beau monde, et même de sensibilité artistico-bohême, qui ont mal lu le projet sarkozien (mais remarquez bien que c'est l'ensemble de l'UMP qui est concerné, combien y a-t-il d'exceptions dans l'hémicycle ? Tellement peu qu'on en connaît les noms !), qui ont naïvement cru l'inverse de ce qui s'est produit. Il faut apprendre de ses erreurs, inutile de s'entêter, ça ne sert à rien. Si ce n'est à se condamner de manière bien masochiste. D'ailleurs, si vous êtes maso, ou dans le doute, abstenez-vous, cela vaudra mieux. On a aussi le droit de ne pas savoir, il n'y a rien de honteux (c'est même une preuve de sagesse, de savoir ce que l'on ne sait pas). Ce qu'il y a de honteux, c'est de gouverner, de légiférer de cette manière. Rien d'autre.

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