humani nil a me alienum puto

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mardi 22 mai 2018

838ème semaine

Après Toronto, Montréal. Ce n’était initialement pas prévu, mais ayant compris que je risquais fort de m’ennuyer sévèrement à Toronto avec une pleine semaine, et ayant repéré que finalement il se passait plus de business concernant mon activité startupienne à Montréal, le shift prenait sens. D’autant plus que le billet d’avion interne, aussi cher (si ce n’est plus) que le billet Paris->Toronto (une belle erreur de prix !), pouvait être amorti sur la baisse des coûts d’hôtel : à Toronto, c’est cher pour de la merde ; à Montréal, on a l’embarras du choix à prix très décent. De Toronto, on regrettera le bord de mer (heu, de lac) extrêmement agréable ; à Montréal, le côté port n’est pas tip-top. Pour tout le reste, Montréal est bien meilleur.

La question est de savoir pourquoi. La patine. Ça ne tient à pas grand chose. Un peu de vieille pierre, une meilleure organisation, le Mont Royal en fond de toile, c’est plus agréable, on lutte beaucoup moins pour manger, c’est presque même à un niveau parisien, ou plutôt comme à SF (car il y a de vastes zones avec quasiment uniquement de l’habitation à un ou deux étages, avec des escaliers extérieurs très caractéristiques), où il vaut aussi mieux réserver pour être certain de pouvoir manger… Le réseau sous-terrain est aussi vaste que mal fichu, assez similaire dans l’idée aux passerelles de Hong Kong, reliant des centres commerciaux. C’est agréable dans l’ensemble, même si on en fait rapidement le tour : hors du centre-ville, les zones d’habitation s’étendent à perte de vue, sont sympathiques à traverser, mais se répètent beaucoup (heureusement, le plus souvent les formes et couleurs sont diverses, mais il peut aussi y avoir des rues de gros copier-collers).

On n’aurait pas forcément idée de retourner volontairement, pour le plaisir, à Toronto ; c’est en revanche pas totalement exclu pour Montréal, même si on se demande s’il restera assez de musées (beaucoup moins qu’à Toronto) et de salles de concert et opéra (il n’y a pas forcément l’air d’y avoir de très nombreuses représentations chaque soir) pour s’occuper. À la rigueur, il faudra mixer ça avec Québec. Chose surprenante, les montréalais, qui parlent pourtant assez majoritairement anglais (autre surprise !), ne vont jamais du côté de Toronto, à peine à une heure d’avion. Même pas un petit week-end, ou juste pour voir, ou en passant pour les chutes du Niagara (certes survendues, mais quand même !).

Comme à Toronto ou aux USA plus largement (dont le Canada est une grande banlieue riche avec la Reine d’Angleterre sur une partie des billets), à Montréal on affiche les prix HT et on mendie le tip obligatoire qu’il faut négocier pour l’intégrer sur la note de frais, parce que de retour en France, on retombe sur une administration moins sympathique pour les affaires. Deux différences au niveau de la population : beaucoup moins d’asiatiques, beaucoup plus de jolies filles (même si à Toronto, il y avait quelques exemplaires formidable, mais même sur ce segment élitiste, Montréal a des ressources incroyables), et comme le veut leur réputation, d’une gentillesse assez incroyable (sans en arriver jusqu’au stade des Ivoiriens, mais même en voiture ils restent civilisés : c’est simple, on peut marcher des kilomètres sans s’arrêter — quoiqu’à Toronto aussi), ce qui compense leur point commun d’une incroyable mollesse, qui rend un peu fou à force (j’ai remarqué les mêmes mimiques de gêne que les Ivoiriens quand il faut annoncer une mauvaise nouvelle, d’ailleurs ; autre point commun improbable, avec les taxis Toyota).

Ça reste de la province, où l’on peut se promener en tongs dans la rue, où l’on a oublié de construire le bout de métro pour rejoindre l’aéroport (inutilement compliqué, comme souvent dans ce pays), où l’on ne se stresse pas trop, où l’on se réveille tôt et se couche tout aussi tôt, où l’on croise une Lamborghini garée au coin d’une rue résidentielle lambda. C’est étrange, ce qu’a pu donner l’Occident opulent…

mercredi 16 mai 2018

837ème semaine

Mon MacBook est mort. D’un coup, comme ça, rupture d’anévrisme. En plein atterrissage pour Toronto, alors que j’allais arrêter de coder et refermer la bête. Couic. Et après avoir vu des médecins, galéré comme un dingue, parcouru toute la ville, appelé partout, rien à faire. Une semaine de boulot perdue. Visites obligatoires.

Quand on arrive à Toronto, dire qu’on vient visiter est suspect. Contre-interrogatoire à la sortie de l’avion. Le Canada surprotège parce que le Canada attire. Il attire parce qu’il est riche. Mais Toronto, ce n’est pas très beau ni très agréable, et encore moins moderne. C’est très américain, en revanche. Franchement, à vouloir émigrer, mieux vaut aller en Asie. Ce qui est ironique est qu’il y a des Chinois partout, à Toronto — jusqu’à deux chaines de télé locales en chinois sous-titrées en anglais, Omni1 et Omni2. Dans le métro, près de la boîte à sel avec l’agent dedans, il manque un tourniquet. Il y a une petite urne, dans laquelle on peut glisser un “token” préalablement acheté au guichet humain (par trois minimum), ou directement l’appoint ; et le guichetier fait alors un signe de la tête. Dans l’épouvantablement lent tramway, dont aucune indication ne renseigne les temps d’attente et où il faut attendre qu’il arrive pour savoir où il va, mais pas par où il passe, l’intérieur n’aide guère non plus : aucun plan de ligne.

Tous les 3km, on peut espérer trouver de quoi manger le matin. Toronto, c’est six fois la taille de Paris, pour un peu plus d’habitant, parce que s’il y a beaucoup d’immeubles géants, composés essentiellement de penthouses de luxe qu’on imagine immenses, il y a essentiellement des maisons qui atteignent parfois deux étages et s’étalent à perte de vue. Le tissu urbain est ainsi étrange, homogène par grumeaux, avec des lots de gratte-ciels, suivis de zones d’habitation dont on ne voit pas le bout, avant de passer sur un monument paumé, toujours un peu en toc. Il y a une folie architecturale que seule Londres ou Hong Kong, voire Berlin, peuvent dépasser, et en même temps, rien ne va avec rien. On peut trouver une aire semi-abandonnée qui sert vaguement de parc, sans être emballé. Mais ce n’est pas aussi hostile que New York : déjà parce qu’on peut manger pas trop difficilement jusqu’à 22h (après ça devient quasiment impossible !) dans le centre-ville ; c’est pas génial, souvent de l’asiatique repassé, mais ce n’est pas compliqué. Ensuite parce que même si c’est bruyant et que les hôtels sont très chers et minables, ça n'arrive pas au niveau de NY non plus. On peut survivre plus correctement, à Toronto ; on a un peu Brooklyn dans la ville, en somme. Quand on est en avion ou en haut de l’immense tour CN (qui paraît moins immense que ce qu’elle est à cause des gratte-ciels autour), on est surpris par la quantité de végétation ; et par les grappes d’immeubles, très distantes les unes des autres. Elle est étrange, cette ville. Elle n’est pas détestable, mais elle n’est pas particulièrement sympathique ou agréable non plus. Il y a tous les ingrédients, y compris culturels, mais ça ne fonctionne pas, ça grippe.

Aller aux chûtes du Niagara a été la plus grosse galère épouvantable. Un seul train à aller — que j’ai réussi à attraper malgré la lenteur atroce des vieillards aux guichets —, un seul train au retour, mais là j’ai pris le bus, aussi rapide et affreusement cher. C’est lamentable. Pourtant, sur place, c’est la débauche de casinos et autres. Pas cohérent. Ça marche de travers, en somme.

lundi 30 avril 2018

835ème semaine

Avec le vol au départ de NY retardé de deux jours, faisant passer le low cost de Norwegian Airways à une excellente affaire (sous condition d’avancer force monnaie pour les frais afférents dans cette ville ultra-chère, en attendant les remboursements et autres dédommagements), ce fut l’occasion d’explorer plus en avant la ville et son histoire. Et de se rendre compte définitivement que l’empire américain décline lentement mais sûrement. Déjà, il est à présent clair que si NY est leader — on avait déjà un sacré doute avec SF —, cela veut dire que bien des villes asiatiques dépassent ou sont en passe de dépasser le fleuron des USA. Je mettrais dores et déjà le Japon devant, mais ils ont eu les mêmes problèmes de perte soudaine de vitesse et de plongée — le processus a simplement été plus accéléré. Je dirais donc plutôt qu’entre Singapour, HK, Shanghai-Beijing et même Bangkok (dont l’aéroport est cent fois meilleur), l’indice de modernité est largement supérieur à celui des USA, qui brasse pourtant toujours beaucoup plus d’argent (sauf pour les cités-États, qui sont devant en PIB/habitant, avec ou sans PPA).

Alors les USA vivent clairement de la rente du dollar, et encore un peu d’une avance technologique confortable héritée de la seconde guerre mondiale : cela paraît évident. Ils repoussent ainsi ce qui apparaît bien comme la fin d’une civilisation, a minima d’un cycle majeur. On sent bien que ça se tasse, en Occident. Il y a les hyper-riches, extrêmement peu, souvent rentiers capitalistes d’une manière ou d’une autre, car le travail rapporte à présent peu ou est au pire fort taxé, de telle sorte qu’on égalise vers le bas, et qu’il n’y a pas beaucoup d’intérêt à travailler plus que de raison, puisque le gain marginal est très décroissant. En Asie, au contraire, les inégalités s’accroissent comme lorsqu’un adolescent grandit : une partie de la population profite fort bien, une autre est plus à la traîne (la question étant de savoir comment eux anticiperont le mouvement de balancier qui ne manquera pas d’arriver comme en Occident, d’ici quelques années — et pas forcément en dizaines, car tout s’accélère). Ce que l’on voyait comme des économies de rattrapage, qui passent directement au neuf (mais qui n’hésitent pas à sacrifier le vieux), sont probablement des affamés qui ne subissent pas (encore ?) la bureaucratisation sociale à outrance — un principe de Parkinson létal qui arrive en phase terminale.

Toujours est-il que si l’on veut voir du moderne, ce n’est définitivement pas chez les héritiers du leadership qu’il faut aller. Ça se passe en Asie, et fort bientôt, à ce rythme, ça ne se passera plus que là-bas.

lundi 23 avril 2018

834ème semaine

New York, New Yooooork !! La ville vend du rêve et émerveille. Elle illumine les pages Facebook de la famille et des amis qui sont enfin allés à la découverte de l’autre côté de l’Atlantique, voir du mythe en action. New York fait partie d’un cercle restreint avec Paris, Rome, Londres et peut-être Tokyo. Alors ?

Alors non. On connaît l’effet parisien de la déception quand au lieu de la ville romantique, on tombe sur les rats, les Rroms et les cafetiers, tout en se bouchant le nez, perdu dans le métro. Le Japonais, qui a son Tokyo aseptisé jusqu’à manquer de saveur (première déception d’anthologie), en fait souvent les frais. L’arrivée à NY est déjà digne de celle à SF : on tombe sur la douane la plus incompétente du monde, que seule la Colombie ou certains pays d’Afrique peuvent arriver à concurrencer dans l’inefficacité, peut-être. Après une bonne heure et demi d’attente, on peut enfin tenter de rejoindre la ville. Les transports en commun existent mais sont d’une nullité abyssale, surtout lors d’une première arrivée. On prend donc le taxi, qui est en revanche bien organisé une fois qu’on a sauté les rabatteurs, avec des frais fixés en avance — $52, plus frais divers qu’on ne connaîtra qu’au dernier moment et pour lesquels on peut toujours rêver d’une facture, car c’est comme ça là bas : on parle presque toujours hors taxe, hors service, hors tip obligatoire, et donc si l’on croit au départ que c’est simplement très cher, on s’aperçoit rapidement que c’est affreusement hors de prix.

Les hôtels sont les plus chers du monde, bien devant l’Islande et la Norvège, et même le Japon. Et pour un prix délirant d’un minimum de 200€/nuit si l’on veut éviter les punaises, les chambres sales, le service déplorable et autres joyeusetés que l’on découvre sur Internet quand on se renseigne un peu, on n’évitera quand même pas le bruit. Même à 200 balles, il ne faut pas trop espérer dormir. Car NY, c’est la ville du bruit intense inutile — jusqu’à la clim ! On est à égalité avec le centre de Hanoi en terme de pénibilité, mais c’est tout le temps, et encore plus invasif. Il y a les klaxons, les travaux permanents à toute heure (mais pas discrets comme au Japon : on n’hésite pas à attaquer de la plaque métallique au marteau-piqueur, parce que c’est ce qu’il y a de plus bruyant), les bip bips stridents divers (depuis les engins qui reculent jusqu’à l’ascenseur), la population qui crie en permanence pour se faire entendre et les camions inutilement gros et pollueur. D’ailleurs, tout est gros. Une partie de la population bourré aux hamburgers (organic, comme tout ce qui se fait de chimique à NY, temple du bobo Ricain : même les flavors des abominations trouvées en supermarché, whole food inclus, sont déclarées organic…), certes, mais aussi les voitures qui sont toutes des SUV vulgaires de 5,5 mètres de long minimum (et après ça doit construire des parkings en plein air moches pour les accueillir à $20 les 2 heures). Il faut dire qu’on roule régulièrement sur des routes défoncées, en plein Manhattan.

Ce qui choque le plus, je pense, c’est la vétusté. L’équipement général est vieillot (sauf quand une startup de la côte Ouest a réussi à refourguer un bon technologique typique de SF, qui souffre des mêmes problèmes), et le pire du pire reste le métro, qui arrive à être encore plus obsolète que celui de Paris. Déjà, parce qu’il est mal construit, avec des structures métalliques à très nombreux poteaux juste en dessous de la rue, qu’il faut souvent traverser pour passer du côté « uptown » à celui de « downtown » (il faut bien avouer que le quadrillage de la ville est pratique). Ensuite parce qu’il fait rouler des rames qui ont probablement plus de 40 ans. Enfin, parce qu’entre la petite boutique crade avec une personne enfermée dedans qui surveille à peine les sauteurs de tourniquets (qui servent à la fois à entrer et sortir, une stupidité économique sans nom), vendant péniblement quelques billets spéciaux que ne connait pas la machine automatique usée et peu pratique, billets par ailleurs magnétiques qu’il faut glisser comme une carte de crédit américaine (ce qui évidemment échoue une fois sur deux : plus aucun pays dans le monde ne me semble encore user d’une telle technologie antédiluvienne), le manque de cartes sur les murs usés et labyrinthiques dès qu’on est sur une station un peu complexe de correspondances, et l’équipement interne des rames de métro rafistolées à l’indicateur de stations rare et souvent inopérant, sans compter le bruit dément des rails et les vibrations, c’est simplement lamentable. Une belle allégorie d’un pays fatigué, sur la pente descendante.

Si Tokyo fait figurer le futur électromécanique des années 1980-1990 qui n’est jamais advenu, New York est l’illustration d’un futur des années 1930 à 1950 qui s’est enlisé dans la paresse individualiste. Les immeubles, souvent copiés-collés et peu remarquables, possèdent dans les quartiers chics leurs équipes de majors d’hommes qui ne font pas grand chose de la journée. On imagine le coût délirant de l’affaire. Quand il en sort l’une de ces personnes de l’Upper East ou West Side (surtout West), on se demande comment elle fait pour gagner autant d’argent : il n’y a pas de look de l’homme ou de la femme d’affaire affairée. On dirait plutôt du nouveau riche ou de l’hériter bas de gamme. Des hommes d’affaire, de toute façon, on n’en rencontre pas, même sur Wall Street : où sont-ils donc, sous leurs joggings ou Zara ? Tokyo est le royaume du costard et de la jupe longue ; à New York, on peine à trouver un tailleur, et les réputations des Park, Madison et 5ème Avenue sont assez usurpées : les boutiques de luxe sont très concentrés sur quelques blocs à peine. Rien qui ne tienne la comparaison avec l’Asie ou même Londres. Clairement, Londres surpasse en tout New York, de loin.

Les quartiers riches sont clairement plus agréables que les quartiers « moins riches », même de bobos. Grosso modo, le centre de Manhattan (de Midtown à Little Italy) est très variable entre l’insipide et le plutôt mignon. Au Soleil, ça passe mieux, mais le test du mauvais temps est terrible : on a simplement très envie de fuir. Tout est survendu : Chinatown, ça fait trois blocs de long et autant de large, soit la moitié des quartiers chinois parisiens du 13ème ou du 18ème, et c’est beaucoup moins charmant que celui de SF. On n’y trouve même pas un resto décent. Little Italy est une sorte de Disney de l’Italie, tellement remixé que ça nous rappelle tout à coup que ce sont des descendants d’immigrés quatre ou cinquième génération qui doivent tenir boutique, et qu’ils n’ont donc jamais réellement vu une vraie pizza de leur vie.

Il est d’ailleurs compliqué de manger à New York. Grâce à l’incroyable nombre de Juifs sur place (qui ont évidemment organisé une vie semi-parallèle, avec par exemple leurs propres ambulances en hébreu…), on trouve du bagel, concentré cependant dans certains quartiers (de Midtown aux Upper Sides, jusque plus au Nord si l’on suit les grandes artères), peu cher, standardisé dans son folklore (de la cream cheese à tout et n’importe quoi, un choix de brioche étendu mais similaire partout, surtout avec les chaines). Mais il y a deux difficultés : le reste est de la malbouffe locale dans des carrioles encore plus atroces qu’à Berlin, ou dans des restaurants qui font extrêmement peur, ou de l’autre côté du spectre, dans de plus rares restaurants posh où l’on vous servira du moyen de gamme à prix prohibitif (la salade niçoise à $25 hors taxes-tips-etc.) ; le deuxième problème après la qualité et la quantité de l’offre, ce sont les horaires d’ouverture. Pour faire simple : à NY, on arrête de travailler dès 15 ou 16 heures, et la ville s’arrête quasi-totalement à partir de 17h. Les retardataires ont jusqu’à 20 heures pour manger : après, on ferme ! Hors de Hell’s Kitchen, point de salut — encore, il faut voir la tête du salut, souvent… Certes il y a un peu de boboïtude dans le Sud de la ville, à East Village, West Village, Tribeca et une partie de Lower Manhattan — les quartiers changent très vite, la zone n’est pas si étendue que cela. Mais d’une manière générale, il faut lutter pour trouver quoi que ce soit qui satisfasse nos papilles éduquées. Ce problème n’existe pas à SF, où l’on trouve du bon pour un prix londonien (comprendre : mieux que dans un bistrot, offre qui n’existe pas non plus, pour une vingtaine de dollars).

New York est donc dans l’ensemble une ville hostile, à la fois pour y vivre et pour le touriste, qui à mon sens s’émerveille souvent de ce qu’il n’a jamais réellement découvert la civilisation (réellement) moderne, que l’on trouvera décidément en Asie et nulle part ailleurs. NY ne tient pas la comparaison avec Shanghaï ou HK. La ville était déjà dépassée par Tokyo, je pense, déjà en terme de gigantisme (Brooklin en soi est clairement plus grand que tout Paris — il est amusant de noter que le New Jersey, sur le continent et de l’autre côté de l’Hudson, avec Newark ou encore sa skyline tout à fait comparable, est totalement snobé, jusque sur les plans du métro qui ne mentionnent pas son existence, mais permettent de se rendre compte qu’on est condamné au bus dans l’encore plus gigantesque Queens), et aussi de concentration peu raisonnable d’immeubles rectangulaires copiés-collés, sans trop de saveur ni d’exubérance. On trouve des coins extrêmement sympathiques, dans NY, et dès que le très mauvais temps cesse, c’est même fort agréable. Des petits immeubles travaillés, avec leurs petits escaliers, par exemple, dans quelques rues choisies. Des églises entre les immeubles. L’impressionnant monument du world trade center. Les superbes ponts photogéniques. L’incroyable Lincoln Center. Les cerisiers en fleurs. La Roosevelt Island et Central Park (ça manque de places, sinon, et de Union square à Washington Square en passant par Madison square garden, c’est très bof)…

Pour ma deuxième visite planifiée en septembre, gageons que je vais m’adapter, en évitant naturellement les nombreux quartiers assez pourris ou insipides (point commun avec Paris, une bonne grosse partie de la ville est très survendue), pour ne relier que ce qui est bien et bon, en prenant des chemins qui feront éviter sans trop d’efforts de mourir de faim. Bref, il faut s’adapter à un environnement qui n’a décidément d’équivalent en terme d’hostilité générale que Paris ou Tokyo — les deux ayant des points faibles différents que l’on trouve réunis à NY.

Londres et HK restent au final bien indétrônés dans mon coeur. Times Square ne vaut pas Causeway bay, et la vie culturelle londonienne est plus accessible et riche que celle de NY. Quant à l’art de vivre, au paysage urbain, aux parcs (malgré la beauté de Central Park), là aussi la différence est nette. Et j’ai bien peur, ayant enfin terminé mon tour du monde des métropoles d’importance, que l’idéal ne soit pas de ce monde…

lundi 5 février 2018

823ème semaine

London, le retour, après un an que je n’ai même pas vu passer. Et pourtant, on est toujours comme à la maison. Toujours pas de réseau téléphonique dans cet abominable métro trop ancien, mais qui au moins ne pue pas, ne dégouline pas, et jouit d’une équipe réactive en cas de soucis de surcharge. Et ce salon, immense. Et ces gens qui savent faire du business. Et ces trottoirs tout droit, tout beaux. Ces musées (V&A) qui font des nocturnes hyper fun, avec de la lumière, de la musique, des happenings. Et même quand on paume un truc dans le bus, on le retrouve ! Je suis amoureux fou de Londres. Même m’y ennuyer, j’aime. On ne se voit pas assez.

(Mais je pense quand même préférer Hong Kong.)

mardi 23 janvier 2018

821ème semaine

Retour à Abidjan. Toujours pas rencontré de moustique, ouf. Rencontré les gens avec qui je me suis marié il y a six mois — les relations à distance sur catalogue… Tout qui roule. Cocody beaucoup moins crade que Youpougon, mais même la ville en général semble s’être améliorée. Beaucoup de boulot, encore, mais il y a de la bonne volonté. Et le flegme africain…

mardi 26 décembre 2017

817ème semaine

Le problème avec Hong Kong, c'est le retour. C'est vrai qu'il y a des trucs surprenants, là-bas, qui me font penser que Singapour est une tête devant. Mais c'est tellement bien... Tellement en avance. Tellement sans soucis... Mais je comprends ce que les autres envient aux Français. Nos vieilles pierres, notre territoire. Seulement, ils ne se rendent pas compte de la galère quotidienne. On a un peu le même réflexe vis-à-vis des Italiens — mais eux ne sont clairement pas visibles, mis à part pour la nourriture, alors que la France a une image glamour de dingue, partout, sauf que ce n'est qu'une image...

Tous les expatriés que j'ai vu sont non seulement ravis, mais ne veulent plus bouger. Certains y sont depuis dix ans. Ils gardent au mieux un lien ténu (travailler pour une institution française, mettre ses gosses au lycée français), mais la plupart ne reviennent même plus pour les vacances (même si l'avion Air France, pour Noël, était blindé d'expatriés fort bourgeois avec famille, sur des sièges aux prix assassins). À un moment, l'un d'eux me parle de la pauvreté présente à HK. Comment dire : il y avait deux mendiants en tout en cinq jours, dont un qui avait l'air d'un hippie égaré. Retour à Paris : on se croirait à SF (sauf qu'à SF, c'est concentré, là c'est partout, et dans le métro, ça devient impossible...). Bref, la redistribution, ça a l'air de bien mieux marcher à HK avec l'IS à 18% (sur les flux intérieurs : sur l'export, c'est 0), l'IR (pas compris le montant) et puis c'est tout (0 sur les bénéfices, 0 sur les plus-values de revente, etc., et évidemment pas de TVA). Ça mériterait de faire une simulation pour voir si l'IS à 18% permet de récupérer la TVA à 0, puisque les prix sont identiques (donc les 20% de TVA de chez nous sont captés par les entreprises, ce qui augmente les bénéfices — mais a priori ça ne marcherait bien que sur les services, à haute valeur ajoutée, à volume équivalent).

Avec des routes et autres infrastructures impeccables, des toilettes publiques hyper propres partout, un système de transports en commun nickel et au prix totalement dérisoire, j'ose croire que manifestement, ça va bien (et il me semble qu'ils n'ont pas l'endettement de dingue de Singapour). Le seul problème est que pour maintenir la population, il y a un accroissement très clair des Chinois, qui font clairement baisser le niveau de civilisation. Le rhume attrapé à force de me faire cracher dessus dans le métro est là pour le prouver. C'est clairement sensible. Bref, pour sauver HK, il faut de l'immigration européenne. Présent !

lundi 18 décembre 2017

816ème semaine

Après Hanoï, quelle joie de retrouver Hong Kong ! J’ai l’impression que ça a régressé sur certains points, beaucoup d’endroits ne prennent plus la carte bancaire (notamment pour l’Octopus, incroyable !), d’ailleurs jamais en NFC, et il y a une invasion de Chinois pas bien polis ; en même temps, le métro se développe et les nouveaux immeubles continuent de pousser pour remplacer le vieux tout pourri ; mais les travaux près du centre de conférence sur Kowloon au niveau du Elements et de l’IFC sont toujours en cours, au bout de trois ans, et on ne sent pas que ça va être fini pour bientôt (bref, ça traine autant que les vulgaires Halles parisiennes — sauf qu’à la fin, le résultat pour les Halles est fort décevant…). Je ne sais pas. J’étais à Wan Chai, idéalement au coeur de la ville, près du computer center, où il n’y avait pas vraiment de nouveautés excitantes comme avant, ni de prix imbattables, et très concentré sur le marché local (très compliqué de trouver un support pour prise européenne, par exemple). Il y a des Chinois partout, qui sont mal éduqués comme des Chinois, et qui m’ont refilé un rhume, à tousser en l’air comme des cochons. Dans les restos, ça gueule, dans le métro, ça pousse. Pénible. L’homme blanc local semble en recul, et la politique migratoire semble étrange.

Mais ceux qui y sont sont unanimes : jamais ils ne bougeraient. J’ai rencontré des Français qui ne reviennent même plus au pays pour visiter. Depuis cinq à dix ans, ils sont définitivement établis, et leur mission, c’est de ramener du monde sur place. Il faut dire que Hong Kong, c’est le meilleur des mondes : les immeubles et la jungle, l’ultra-moderne et le vieux, l’urbanisme fou et la campagne à porté de pied, d’ailleurs tout peut se faire à pied, sauf traverser le bras de mer, mais pour ça les moyens sont là, et pas cher. Il ne manque que la culture, et même si mes Français expatriés m’ont soutenu que tout était déjà là (dans un élan de patriotisme hongkongais qui m’a pris au dépourvu ! On ne médit pas sur la nouvelle patrie !), un local m’a dit que clairement, ça ne valait pas la France (c’est fou à quel point notre pays peut faire rêver, à l’international ! Comme quoi on a de bon PR… Le problème c’est quand les gens finissent par venir : ils tombent de bien haut…).

Bref, il faudrait construire un opéra à HK, faire venir plus d’expats européens, construire dans les nouveaux territoires pour faire baisser le coût exorbitant de l’immobilier, et pouvoir fuir pendant les typhons (grosso modo : partir en Europe pendant l’été), et ça serait absolument parfait. On y est presque…

mardi 19 septembre 2017

803ème semaine

Rome & Laval. Deux villes qui se sont retrouvées sur la même semaine, de mercredi à mercredi, sur mon agenda. À Rome, enchaînement de toutes les vieilleries sans souris, avec qui il faudra retourner manger glaces et supplì, parce que moi je ne sais pas bien retrouver les choses… En revanche, galleria Doria Pamphilj, musée du Capitole, pinacothèque et galerie Borghèse, Cinecittà : il ne manquait plus grand chose à la liste des émouvantes poussières. Trop long à chroniqueter, en revanche. Il y a à boire et à manger, là dedans. Chez Pamphilj, on rentabilise le moindre centimètre carré d’affichage, et il faut repérer ses Brughel le Vieux au milieu, ne pas négliger le placard à balais où se trouvent un Vélasquez en face d’un Bernini du même Innocent X (on est chez lui, après tout), et manifestement oublier du Memling (l’audiophone aussi).

Au Capitole, les grandes statuts sont ce que l’on retient le plus. C’est compliqué de s’y retrouver, et on a tôt fait d’oublier une expo temporaire dont à peu près personne n’a trouvé le chemin — très chouette terrasse, en revanche : il faut faire une offre d’achat. On regrette aussi de vivre à 1km en dehors de Paris : ça aurait fait économiser une dizaine d’euros. Un peu absurde. Comme les tarifs aussi de la Cinecitta, 20€ avec la visite guidée qu’il faut absolument prendre pour ne pas rester coincé dans deux simples expos, certes bien fichues mais très floues, et surtout qui occultent la réalité des lieux — un immense plateau adoré de Fellini, le décors de la série Rome, un autre égyptien pour je ne sais plus trop quoi (visite en italien…), et quelques moyenâgeuseries à la découpe, pour faire un petit tour guidé d’une heure. Absurde enfin le tarif de la galerie Borghese, 18€, où il faut boucler en une demie-heure top-chrono la Pinacothèque surchargée (c’est très cric-crac, mais finalement c’est surtout un Raphaël — je crois, parce que j’ai oublier de bien photographier le cartouche, et que c’est affreusement mal document — qui retient l’attention, accroché en hauteur), avant d’arpenter la galerie en tant que telle — on est limité à deux heures, mais ça se finit en une heure environ ; on y trouve du Caravage en folie, dont un très beau David et Goliath, et du Bernini décliné du formidable au magnifique (Apollon et Daphné), en passant par du Canova, du Raphaël, et tant d’autres encore. Rome, c’est passablement inépuisable. Et pourtant, ce n’est pas bien grand. Mais la sédimentation y a été poussée plus que nulle part ailleurs.

À Laval, ce qui frappe, c’est à quel point c’est une ville mal fichue. Pour traverser la gare et aller de l’autre côté de la ville clairement scindée en deux, on met un temps fou (passerelle en cours… Mais vu le nombre d’ouvriers, dans deux ans on y est encore). Sans arrêt, des routes manquantes, qui obligent à des détours et dérives (parfois charmante dans la sérendipité, pourvu qu’on accepte de tripler le temps passé à pieds), et souvent à traverser des pelouses… Royaume de l’absurde. On y trouve un château fort, du moins ce qu’il en reste, et encore on est pas trop sûr. Jolies fontaines régulières sur le cours d’eau qui redivise encore la ville (verticalement au chemin de fer), et puis une cathédrale locale agrégée et collectionneuse, pas très cohérente mais intéressante (avec un vrai triptyque fonctionnel ! Et donc fermé). De la province tranquille bourgeoise, comme il y en a beaucoup en France.

dimanche 11 juin 2017

789ème semaine

Avec la fin du périple à Osaka, on atteint un mix entre Tokyo et Kyoto, l’avantage étant donné au premier. Immeubles uniformément de dix étages à quelques exceptions — et deux ou trois bâtiments remarquables tout au plus —, un château central typique impressionnant et un parc attenant fort sympathique, et pour donner le change un quartier à-la-Shibuya (Namba) totalement allumé et nocturne. Mais encore une fois, l’anglais est déficient, et ce n’est qu’un des multiples indices trahissant que l’on a oublié qu’être une île ne dispense pas d’être un minimum ouvert, surtout quand on a dû sa puissance à son exportation. Voilà que les Chinois se distinguent : leur niveau d’ouverture (échange universitaires, maîtrise des langues étrangères…) s’est grandement accru ces dernières années. Il semblent qu’ils aient pris la mesure des erreurs nippones. Car la stagflation n’est guère surprenante. Certes on bosse, dur, tardivement dans sa vie, quitte à faire l’un des très nombreux bullshit jobs comme tenir une pancarte, agiter un bâton lumineux, faire un peu de circulation à la sortie les voitures d’un parking, peu importe, il n’y a pas de salaire minimum, on automatise très peu.

C’est là la plus grande surprise, d’ailleurs, au pays du robot : mis à part quelques Pepper rachetés par l’omniprésent SoftBank, qui servent à faire des bullshit jobs encore plus bullshit que d’habitude (c’est dire), le Japon est le royaume de l’électro-mécanique poussé à l’extrême, tel que cela ne nous est jamais parvenu, parce qu’on n’était pas aussi riche (les chiottes délirantes…) et que l’informatique est arrivée. L’informatique, le Japon est totalement passé à côté. Ils ont commencé à faire quelques interfaces tactiles, ce genre de choses basiques, mais on a une grande impression d’être dans le futur du passé, dans la continuité non avenue des années 1990, dans une branche morte de l’histoire. Le Japon a mené à son terme une logique qui était en réalité une impasse, et se reposant enfin de son ancienne hyper-activité, devant à présent maintenir l’existant mais ne pouvant plus innover dans une société fortement convergente, pyramidale et introvertie, idéale pour l’industrie mais catastrophique pour le nouveau paradigme du XXIème siècle. Le pays profite de son ancienne avance à périmètre équivalent sans rien inventer de nouveau — même les mangas de référence restent très âgés, tel Dragon Ball ! —, et cumule un certain retard qu’il sera probablement impossible à rattraper dans l’enfermement : quel paradoxe ! Le Japon a dû être extrêmement impressionnant dans les années 1990 et jusqu’au début des années 2000. Les images de Shibuya étaient impressionnantes. Elles font à présent sourire face à Hong Kong, Shanghai ou les villes de la péninsule arabique.

Et quelque part, le Japon est une illustration différente de ce qu’il se passe en Europe. La stagnation sur les acquis, et la dette d’un passé trop glorieux. La pente descendante est douce…

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