humani nil a me alienum puto

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dimanche 21 mai 2017

786ème semaine

On atterrit à Rome, on prend le Leonardo Express qui mène en une demi-heure en centre-ville, puis le métro en passant devant des rangées infinies d’automates dont aucun n’est en panne, et une heure après l’atterrissage, on est dans un charmant appartement d’un palazzio avec vue sur impressionnante cour intérieure. Et quand on voit que le prix du mètre carré en centre historique, avec sa hauteur sous plafond démentielle, qui est certes catégorie G mais ce n’est pas très grave quand il fait aussi tempéré, est aussi élevé qu’en banlieue pauvre parisienne (ou chez les terroristes camés intra-muros, au choix), on se dit que bordel, on est quand même très cons, en France, et surtout à Paris. Même les Romains ont réussi à faire mieux. Leur déchéance est moins pire que la nôtre. Ils restent idiot-compatibles (cette manie de construire des salles de concert loin de tout, par exemple), mais la ville est tellement plus agréable ! Rome, c’est comme à la maison — de vacances ? — qu’on aurait rêvé. La lente déchéance est meilleure au Soleil.

lundi 8 mai 2017

784ème semaine

Qu’est-ce qui ressemble le moins à un Kazakh ? Un autre Kazakh. 120 ethnies pour environ 17 millions d’habitants. Mon interprète descendait d’Allemands ; d’autres sont clairement Russes ; il y a les besogneux Oïghurs semi-Chinois musulmans ; et quelque part, aussi, des locaux d’origine, sédentarisés il y a à peine plus d’un siècle par les Russes, découvrant l’écriture en 1892, mélangeant traditions d’Asie centrale à la Turque et culture russe mixée de Chine, en faisant des personnes difficile à pénétrer, compliquée pour les affaires, et pourtant assises sur un tas d’or dans un territoire trop grand pour eux — du moins depuis qu’ils y sont installés, avec ces restes de déportés des camps staliniens, jusqu’à former après une indépendance récente et négociée de manière politique par le Président-Dictateur-Général la plus jeune capitale du monde dans l’endroit le plus inadéquat qui soit.

Est-il donc étonnant, alors, de ne pas trouver beaucoup de points communs entre Almaty, ancienne capitale politique et toujours économique, et Astana, la nouvelle assise du pouvoir où une excroissance voulue hyper-moderne, mais simplement mélangeant une étrange impression de tape-à-l’oeil très chinois et de malfaçon cheap, complète une vieille ville finalement pas si moche, mais souffrant dans tous les cas d’un climat éprouvant où même la végétation doit être encore et encore motivée par tous les moyens ? Almaty, au pied des montagnes, est extrêmement charmante. On y ressent une ambiance quasi berlinoise, et les café californiens se succèdent. Quand on a de la chance, la pollution n’est pas stockée auprès des hauts monts qui s’élèvent à plus de 4000 mètres, soit plus de 3000 au dessus de la ville — le paysage est réellement impressionnant. Astana, donc, est étrange, et on s’y sent difficilement à l’aise ; même quand il y fait chaud (trois semaines avant il faisait encore -20, mais il paraît que c’est toujours sec, alors qu’à Almaty, il y avait de la neige et on se gelait sévèrement), le vent glace. Les distances sont droites et longues, mais surtout monotones — immeubles, immeuble, immeubles, immeuble. Le problème des villes nouvelles.

Et dans tout cela, le Kazakh qui a vu son pays fleurir au gré des pétrodollars en montagne russe, minorés de toute l’évaporation qui lui vaut son statut d’un des pays les plus corrompus de la planète, s’adapte à un statut indéterminé mais pas forcément si inconfortable. De toute façon, il n’a pas vraiment le choix : la ville double de taille, il doit acheter son logement. Les classes éduquées vivent avec sans trop être dupes, mais seule une toute petite partie a réellement un esprit critique, car le plus gros point faible, justement, c’est l’obéissance et la bureaucratie qui tue toute originalité, pierre angulaire du business. Hors du plan, point trop de salut : c’est la France si les Français n’étaient pas génétiquement indisciplinés, en somme. Ah si, un regret, toujours exprimé : manquer de racines culturelles, d’un passé bien établi, à eux ; le bâtiment le plus vieux du pays n’a pas cent ans, alors de temps en temps, faisant un petit tour en Europe (avec la compagnie locale assez bordélique mais aux prestations exceptionnelles pour un prix abordable — un peu comme l’opéra et tout le reste), le Kazakh voit ce qu’il pourrait peut-être être d’ici quelques décennies ou siècles. Peut-être même une démocratie éthique. En attendant, tout le monde s’accorde pour essayer de faire rayonner le Kazakhstan coûte que coûte, et s’inquiète de sa renommée, par delà son asservissement plus ou moins ouvert à mère Russie. Au moins ça avance dans la bonne direction, et c’est déjà beaucoup.

lundi 17 avril 2017

781ème semaine

La Côte d’Ivoire : quelle idée, m’étais-je dit juste après avoir réservé, depuis Alger… Combien de fois n’ai-je essayé de repousser ou annuler ce déplacement ? J’ai vécu une vraie courbe de deuil. Et puis vaccins, visa, c’est parti pour l’aventure… Le vol était pas cher, l’hôtel optimisé sur les bas coûts — erreur cependant de localisation, non que le quartier populaire est antipathique, mais il rajoute 30 minutes d’inutile transport dans les bouchons le matin et soir. Ça commençait particulièrement très mal, avec le e-visa qui était une vraie fausse bonne idée. Ce serait agréable que quelques uns vous parle d’avance de ce type de problèmes, je trouve… Bref, quand on arrive, il faut faire le visa sur place, ce qui prend une éternité. Car voilà, l’Ivoirien est Africain, et il est donc mou. Très mou. Horriblement mou.

Mais l’Ivoirien a deux caractéristiques : déjà, il est terriblement sympathique. Du moment qu’il n’est pas dans une voiture, du moins, car là il ne répond plus de rien. Mais sinon, c’est l’adorabilité incarnée. La deuxième caractéristique qui n’est sûrement pas étrangère au fait qu’avec seulement 25 millions d’habitants, c’est 40% du PIB de la région et une des économies les plus dynamiques de la région, c’est que le local s’est adapté à sa propre notion particulière du temps : il faut se prendre à l’avance. Voilà chose complexe pour ma personne. Comme il faut 30 minutes pour faire des pâtes, il faut les commander une heure avant ; le petit déjeuner la veille ; on part aux rendez-vous 1h30 avant pour compenser les embouteillages (et donc le chauffeur arrive encore bien une heure avant…) ; etc.

On se demande comment avec autant d’argent, dont je me demande toujours d’où il peut venir pour être honnête, on peut vivre dans un tel environnement : si l’on compare les mêmes tropiques avec Bangkok ou Ho Chi Minh, Abidjan est très loin du compte. Autre surprise : il est donc possible de vivre encore plus dans la décharge généralisée qu’à Alger. Des déchets partout. Les routes aussi sont souvent défoncées. C’est apparemment une vieille tradition. Il y a un certain laisser-faire surprenant. Tandis que l’on rencontre des personnes d’une intelligence extrêmement remarquable, plus encore que partout ailleurs. Vous entrez en un lieu délabré, et vous découvrez un double-docteur, un chef d’entreprise hyper-performant, un beau niveau d’étude, du logiciel que même les Américains survalorisés n’ont pas (et de loin), que sais-je encore…

Si en Côte d’Ivoire l’habit fait le moine — costume cravate obligatoire chez les hommes de bonne tenue malgré les températures insoutenables, et ensemble très élégants pour les femmes, le tout dans la déchetterie ambiante —, il ne faut certainement pas se fier à l’aspect des choses, au mieux inachevées, au pire délabrées. Sous les façades peu avenantes se trouvent quelques pépites, et pas qu’un peu ! Je ne sais vraiment pas ce que cela donnera. À Yamoussoukro, on se rend compte que rien n’est vraiment fait depuis longtemps (mis à part un bâtiment de l’Unesco réellement impressionnant, qui peu de loin compléter le palais présidentiel, le seul jusque là à trancher le « village »/bidonville généralisé, derrière les crocodiles — il paraît qu’il y a des écoles impressionnantes un peu plus loin, je m’en suis voulu d’avoir raté ça, d’autant qu’à 6 heures de route pour 150€ environ, on ne fait pas l’aller-retour bien souvent). Et la basilique bien vide est à moitié en panne. Et en même temps, tout est là pour une éclosion comme en Asie du Sud-Est. Une croissance que l’on rêve à deux chiffres, des salaires très comparables, peut-être que dans dix ans, ce sera exceptionnel. Ou peut-être pas.

Ce qui est sûr, c’est que si c’est compliqué de tomber amoureux de la Côte d’Ivoire (malgré quelques touristes manifestement très moutiscophiles), il n’est guère difficile de tomber amoureux de l’Ivoirien. Et rien que pour ça, outre le business impressionnant qui se profile, ça vaut bien le coup d’y participer — et probablement même d’y retourner bientôt…

mardi 21 mars 2017

777ème semaine

Après Shanghai, il y avait Beijing. Dix ans que je n’y étais allé : j’avais oublié les distances. C’est démentiellement grand. Et toujours très mal indiqué : clairement, il n’y a pas la même population hétérogène qu’à Shanghai. Et pourtant, le niveau de vie a monté, très très clairement : outre les voitures qui sont toutes flambant neuves, les bouibouis à putes aux alentours de Hutong devenus restos et parfois même boutiques limite bobos, les filles aussi bien habillées qu’à Shanghai, et qui commencent même à être jolies, alors qu’on partait de très très loin, et puis les prix qui grimpent, grimpent à des altitudes complètement inenvisageables il y a dix ans. Mais voilà, je préférais avant. J’ai l’impression d’une ville adolescente un peu en crise. On a troqué le taxi sympa à trois sous pour 18 lignes de métro et des taxis arnaqueurs (y compris à la fausse monnaie !). Il y a un truc un peu décevant, à présent que tout est construit, et pourtant ce n’est pas antipathique en soi, juste déséquilibré entre le vieux et le neuf, l’historique et le commercial, le riche et le pauvre. On ne sait plus trop où se situer. Je m’étais senti comme chez moi la première fois — alors que c’était très, très folklo —, et cette fois j’étais un peu paumé, à chercher des trucs pendant des heures, à galérer à me retrouver… Une certaine appréhension d’une hostilité latente. Finalement, je vote Shanghai — plus proche de Hong Kong dans l’idée, même si on en est encore loin.

mardi 14 mars 2017

776ème semaine

Shanghai ! Des années, des années qu’il fallait que j’y aille. Mais la pollution, tout ça, hésitation… Et puis aucun alibi autre que la curiosité, ça fait cher la visite. Mais l’EMBA a choisi, à la plus mauvaise période de l’année côté business, pas forcément idéal sur la météo (coup de bol, une seule journée pluvieuse, purée de pois qui rendait la ville pas bien attrayante le premier jour, mais ensuite un beau ciel clair et une température idéale !), mais peu de pollution au final. En tout cas, on y voyait clair.

Shanghai, c’est un peu Hong Kong avec de la place, mais il y a quelque chose de moins sympa, de moins défini, de moins abouti. En échange, il y a la Pearl Tower. Pudong, c’est à la fois impressionnant et réconfortant. Ce qui gêne dans Shanghai, c’est la définition : par où passer, comment rejoindre les étendues ? On retrouve un peu ce problème dans Beijing, moins complexe mais plus étendue encore, entre les points d’importance du moins. Heureusement, le métro marche bien.

Ville protéiforme et en constante mutation, on est dans cette impression que le prix de l’immobilier y est délirant, et qu’en même temps on peut y trouver une certaine douceur. Il faudrait y vivre un peu plus longtemps qu’entre deux bus pour rendez-vous business-tourisme pour en être sûr…

mardi 31 janvier 2017

770ème semaine

À chaque fois que je retourne à Londres, je me pose la question : pourquoi en retourner ? J’ai par exemple de plus en plus de mal à sortir habillé à Paris. L’atmosphère ne s’y prête que de moins en moins. Les sorties de qualité se font rares, tandis que les rats, le pavé vengeur, la circulation intense et le trottoir rabougri sont autant d’obstacles à une vie que l’on voudrait plus distingué. Après les invasions de touristes Disney-compatible, la ville nouvellement vidée n’a plus le dynamisme que je lui trouvais, et que je retrouve encore à Londres, quoique je sens que ça souffre aussi, là-bas — cinq sans-abri croisés sur la dizaine de kilomètres parcourues à pied, c’est autant que sur un Philharmonie-Austerlitz de la ligne 5, mais c’est carrément inédit à Londres.

J’y fais mon shopping en devant me retenir de tout acheter, alors qu’à Paris j’ai de plus en plus de mal, et il n’y a qu’à voir ce que devient Kenzo, dont j’étais une ancienne égérie de la tête aux pieds, pour se rendre compte à quel point on est au creux de la vague. La comparaison tient de moins en moins. Outre manche, on s’inquiète réellement du Brexit — rappelant peut-être que Londres est autant l'Angleterre que Paris est la France. Mais pour une fois, j’y ai peut-être une opportunité de délocalisation, sitôt que l’immobilier sera redevenu plus abordable (c’est stratosphérique, mais un Whitechapel m’irait fort bien, déjà !). Alors chaque année, je retourne sur LE salon (éducatif), et je travaille les opportunités d’aller sur ce marché singulier, pour un jour ne plus avoir à y aller mais seulement à y rester. À deux heures de Paris on peut être à Alger, mais on peut aussi être à Londres. Saisissants contrastes dans les deux cas.

mardi 17 janvier 2017

768ème semaine

L’Algérie, c’est folklo. Si le Marseillais est la caricature du Français, l’Algérien est la caricature du Marseillais. Comme le Français est déjà une caricature en soi, forcément, à la fin, c’est folklo. Il vit sur un territoire où rien ne se passe à l’extérieur. Pas de carte bancaire ? Ah bon, on est tous seuls dans ce cas-là ? Bah, on se débrouille… Il lui pleut devant comme derrière. Pourquoi pas, après tout !

Le problème, c’est qu’il râle en permanence, sur son sort. Et il s’engueule, aussi, plusieurs fois par jour, c’est presque un moyen standard de communication, crier sur son prochain. Mais alors, pourquoi ne pas lutter un peu, surtout quand on est assis sur le tas d’or de ses ressources naturelles ? La malédiction de l’Algérien, c’est peut-être ça : comme ne pas se laisser aller quand de toute façon, il y a toujours la magie du forage pour récupérer quelques lambeaux et faire que ça tienne à peu près debout, au moins pour faire illusion ? Ils ont été à bonne école, avec les Français !

Ils sont tellement ethnocentrés qu’ils ne voient pas le problème de m’avoir fait venir (et dépensé quelques milliers d’euros) pour me rendre compte de ces quelques problèmes — comme la non convertibilité de la monnaie (jamais vu ça ! Avec un marché noir pour acheter de l’Euro, oui oui…). Quand je dis « ils », je parle de notre organisme français bienaimé de développement des affaires, avec plein de locaux dedans. Le fruit ne tombe jamais trop loin de l’arbre, les chiens ne font pas des chats, et qui se ressemble s’assemble…

Bref, voyons le positif : jamais je n’y serais allé sinon (alors que c’est à deux heures de Paris — quand l’avion vole enfin, car à lui aussi il pleut devant comme derrière) ; il y a quelques coins sympas et c’est en tout cas assez surprenant (quoique rappelant fortement Marseille) ; j’ai beaucoup ri avec quelques rendez-vous (partage d’hallucinations — sauf que eux, ils restaient sur place) ; j’ai fait une étude ethnologique de toute splendeur ; une démo des plus folklorique qu’on racontera encore dans quelques années ; rencontré des locaux aussi adorables que totalement à la masse ; assisté aux prémices d’une transformation (ou peut-être à un truc qui fera pchiiit) ; et qui sait, peut-être qu’un jour je récupèrerais mon pognon. M’enfin, jouer à l’euromillion me semble pour le moment plus efficace pour faire sa fortune.

En tout cas, on devrait envoyer des Français en Algérie plus souvent, pour qu'ils comprennent ce qu'il se passe chez eux...

mardi 13 décembre 2016

763ème semaine

Cette semaine était romaine. Rome, c’est vraiment très sympa. Comme disait la souris, ça pourrait bien devenir notre Londres du Sud. Bon, l’avion c’est toujours un peu compliqué et plein de coûts cachés, et en parlant de surprises financières, il y a toujours la mauvaise blague des taxes prohibitives de séjour et les restaurateurs qui vous sortent un chiffre au jugé, mais la vieille pierre (et la jeune pierre, aussi, car quand on construit à Rome — peu —, on s’assure que ça rentre dans le paysage, pas comme à Paris où l’on fait du moche, sans faire du beau patchwork à la londonienne), ça a gravement du charme. Et ça fait un peu partie de ces villes passablement inépuisables, comme Paris ou Londres (dans une moindre mesure Berlin), où l’on découvre sans cesse des choses, en se disant qu’un jour il faudra faire ceci ou cela (comme la cinecita…).

Et puis à Rome, il y a des tailleurs. Pour tellement pas cher qu’on se demande si ça ne va pas être thermocollé. Et puis on se rappelle qu’on ne thermocolle pas le pape. Alors on ne pose même pas la question, parce qu’on est assez hérétique comme ça. Rome, c’est à la fois riche et pauvre, bref c’est ce que va devenir Paris. Sauf qu’à Rome, c’est la chaussée qui est parfois vétuste ; à Paris, c’est la ville même qui part en lambeau à certains endroits. Dans tous les cas, il faudra revenir pour les essais. Juste derrière mon Panthéon chéri — il m’a beaucoup manqué, mais ça manquait de Soleil pour l’effet suprême, la photo que j’avais prise qui décore mon compte Twitter.

Et puis retour à Paris, et là, le choc. Bus manqué de très peu (parce que pas de train direct depuis l’aéroport là où Rome a 4 lignes directes — un bordel, du reste, avec des tarifs et temps de transport très différents d’un moment à l’autre, et qui pourraient être divisés par trois), le suivant une éternité plus tard dans le froid au dehors, qui nous fait rater de peu un RER, laissant sur le carreau pendant une demi-heure et de nouveau dans le froid glacial des dizaines de voyageurs médusés : les dysfonctionnements parisiens sont largement supérieurs à la chute de Rome. Damned. Finalement, que Paris devienne Rome a peut-être du bon.

mercredi 2 novembre 2016

758ème semaine

Medellin est la seconde ville de la Colombie. C’est aussi sur la Cordillère, mais sur une autre branche : dans un pays où les infrastructures sont encore peu idéales (on a pu tester le bus rodéo à Bogota, sur les rues parfois un peu douteuses, avec un relief chaotique et des amortisseurs tous mous), il faut prendre l’avion pour s’y rendre. C’est seulement une demi-heure de vol, mais côté Bogota, il faut se payer les sempiternels épouvantables embouteillages, et côté Medellin, le nouvel aéroport est construit derrière la montagne, à une heure de route sinueuse. Rarement ai-je eu l’occasion de voir chose si crétine, surtout en dehors de Paris. Medellin est une ville conçue de A à Z par des idiots (ou des drogués), mais ça s’arrange. Quoique. On croirait un peu Marseille : les quartiers peuvent passer du beau-bof au glauque assez rapidement. Côté hôtel, c’était très neuf, et les immeubles qui se construisent partout confirment un beau potentiel. Mais cette partie est assez détachée de l’autre, historique. Il y a un métro, qui traverse, plus ou moins. On a ajouté deux téléphériques, sur des versants qu’on n’a pas pu voir, pour désenclaver des pauvres — cela a valu quelques trophées de ville innovante. La criminalité a drastiquement baissé, mais ce n’est apparemment pas beaucoup plus le fruit du hasard que l’apparition magique d’immeubles high tech mais vides, ou l’aéroport paumé. La mafia monte en gamme comme le reste de la population, et plus cultivée, a compris qu’il n’est pas bien bon de vivre dans un cloaque. Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse — à ce niveau, ça se passe d’ailleurs entre les « deux » sous-villes, dans un endroit qui une fois encore rappelle un peu SF.

Il y a du potentiel, dans ce pays. C’est pas gagné pour autant, mais c’est déjà surprenant. Quand on aperçoit à travers le neuf le coefficient de Gini (des nuées de sans-abris dans les taudis…), on se dit que la route est encore décidément longue.

mardi 1 novembre 2016

757ème semaine

Cette semaine, c’était donc la Colombie, avec en première partie Bogota. J’y suis allé en reculant. J’ai eu tort. Quand on évite les zones à risque — qu’on peut deviner aux grilles très travaillées pour qu’il soit même impossible de les sauter, mais après tout on en trouve un peu partout, vestige d’une époque extrêmement criminogène, mais le taux varie selon les quartiers —, qu’on reste chez les riches — la zone reste immense, parce que sur le plateau à plus de 2300m d’altitude bien rempli jusqu’aux abords de l’aéroport, on rentre 9 millions de personnes sans avoir une hauteur d’immeuble bien élevée, en zone sismique —, là où le gouvernement a dépêché le jour et la nuit force policiers et militaires — au moins autant qu’à Bangkok, avec une efficacité apparente idoine, c’est-à-dire essentiellement de parade, avec des petites policières et leurs cockers d’attaque —, ça va. Surtout qu’il n’y a pas de moustiques, dont on rappelle juste avant l’atterrissage les vertus limitées (trop tard !) ; sauf à 3150m d’altitude, depuis le point culminant qu’on atteint grâce à un téléphérique quasiment vertical, et où les moustiques sont monstrueux.

Bogota, côté riches, entre Hilton et ambassades, est donc charmant. Mais le centre historique est lui aussi pas mal, autour de la place Bolivar. C’est agréable, c’est bien fichu (malgré l’absence de transports en commun sur rail), c’est contrôlé, homogène (brique rouge) sans l’aspect artificiel qu’on peut reprocher à bien des villes américaines. Le vieux et le neuf, les immeubles et les manoirs, tout s’imbrique bien. On se demande parfois où est la vie, là-dedans, surtout la nuit, mais là encore, il faut trouver les îlots, concentrés (probablement toujours les mêmes raisons de sécurité), et ça rappelle quelque peut SF.

C’est peut-être pas the place to be, mais ça se pratique. Il parait qu’une pub récente disait « la Colombie, le seul risque, c’est de vouloir y rester ». Quelques Français n’en sont effectivement pas revenus — et toujours vivants, ils en sont même heureux !

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