humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 5 février 2018

823ème semaine

London, le retour, après un an que je n’ai même pas vu passer. Et pourtant, on est toujours comme à la maison. Toujours pas de réseau téléphonique dans cet abominable métro trop ancien, mais qui au moins ne pue pas, ne dégouline pas, et jouit d’une équipe réactive en cas de soucis de surcharge. Et ce salon, immense. Et ces gens qui savent faire du business. Et ces trottoirs tout droit, tout beaux. Ces musées (V&A) qui font des nocturnes hyper fun, avec de la lumière, de la musique, des happenings. Et même quand on paume un truc dans le bus, on le retrouve ! Je suis amoureux fou de Londres. Même m’y ennuyer, j’aime. On ne se voit pas assez.

(Mais je pense quand même préférer Hong Kong.)

mardi 23 janvier 2018

821ème semaine

Retour à Abidjan. Toujours pas rencontré de moustique, ouf. Rencontré les gens avec qui je me suis marié il y a six mois — les relations à distance sur catalogue… Tout qui roule. Cocody beaucoup moins crade que Youpougon, mais même la ville en général semble s’être améliorée. Beaucoup de boulot, encore, mais il y a de la bonne volonté. Et le flegme africain…

mardi 26 décembre 2017

817ème semaine

Le problème avec Hong Kong, c'est le retour. C'est vrai qu'il y a des trucs surprenants, là-bas, qui me font penser que Singapour est une tête devant. Mais c'est tellement bien... Tellement en avance. Tellement sans soucis... Mais je comprends ce que les autres envient aux Français. Nos vieilles pierres, notre territoire. Seulement, ils ne se rendent pas compte de la galère quotidienne. On a un peu le même réflexe vis-à-vis des Italiens — mais eux ne sont clairement pas visibles, mis à part pour la nourriture, alors que la France a une image glamour de dingue, partout, sauf que ce n'est qu'une image...

Tous les expatriés que j'ai vu sont non seulement ravis, mais ne veulent plus bouger. Certains y sont depuis dix ans. Ils gardent au mieux un lien ténu (travailler pour une institution française, mettre ses gosses au lycée français), mais la plupart ne reviennent même plus pour les vacances (même si l'avion Air France, pour Noël, était blindé d'expatriés fort bourgeois avec famille, sur des sièges aux prix assassins). À un moment, l'un d'eux me parle de la pauvreté présente à HK. Comment dire : il y avait deux mendiants en tout en cinq jours, dont un qui avait l'air d'un hippie égaré. Retour à Paris : on se croirait à SF (sauf qu'à SF, c'est concentré, là c'est partout, et dans le métro, ça devient impossible...). Bref, la redistribution, ça a l'air de bien mieux marcher à HK avec l'IS à 18% (sur les flux intérieurs : sur l'export, c'est 0), l'IR (pas compris le montant) et puis c'est tout (0 sur les bénéfices, 0 sur les plus-values de revente, etc., et évidemment pas de TVA). Ça mériterait de faire une simulation pour voir si l'IS à 18% permet de récupérer la TVA à 0, puisque les prix sont identiques (donc les 20% de TVA de chez nous sont captés par les entreprises, ce qui augmente les bénéfices — mais a priori ça ne marcherait bien que sur les services, à haute valeur ajoutée, à volume équivalent).

Avec des routes et autres infrastructures impeccables, des toilettes publiques hyper propres partout, un système de transports en commun nickel et au prix totalement dérisoire, j'ose croire que manifestement, ça va bien (et il me semble qu'ils n'ont pas l'endettement de dingue de Singapour). Le seul problème est que pour maintenir la population, il y a un accroissement très clair des Chinois, qui font clairement baisser le niveau de civilisation. Le rhume attrapé à force de me faire cracher dessus dans le métro est là pour le prouver. C'est clairement sensible. Bref, pour sauver HK, il faut de l'immigration européenne. Présent !

lundi 18 décembre 2017

816ème semaine

Après Hanoï, quelle joie de retrouver Hong Kong ! J’ai l’impression que ça a régressé sur certains points, beaucoup d’endroits ne prennent plus la carte bancaire (notamment pour l’Octopus, incroyable !), d’ailleurs jamais en NFC, et il y a une invasion de Chinois pas bien polis ; en même temps, le métro se développe et les nouveaux immeubles continuent de pousser pour remplacer le vieux tout pourri ; mais les travaux près du centre de conférence sur Kowloon au niveau du Elements et de l’IFC sont toujours en cours, au bout de trois ans, et on ne sent pas que ça va être fini pour bientôt (bref, ça traine autant que les vulgaires Halles parisiennes — sauf qu’à la fin, le résultat pour les Halles est fort décevant…). Je ne sais pas. J’étais à Wan Chai, idéalement au coeur de la ville, près du computer center, où il n’y avait pas vraiment de nouveautés excitantes comme avant, ni de prix imbattables, et très concentré sur le marché local (très compliqué de trouver un support pour prise européenne, par exemple). Il y a des Chinois partout, qui sont mal éduqués comme des Chinois, et qui m’ont refilé un rhume, à tousser en l’air comme des cochons. Dans les restos, ça gueule, dans le métro, ça pousse. Pénible. L’homme blanc local semble en recul, et la politique migratoire semble étrange.

Mais ceux qui y sont sont unanimes : jamais ils ne bougeraient. J’ai rencontré des Français qui ne reviennent même plus au pays pour visiter. Depuis cinq à dix ans, ils sont définitivement établis, et leur mission, c’est de ramener du monde sur place. Il faut dire que Hong Kong, c’est le meilleur des mondes : les immeubles et la jungle, l’ultra-moderne et le vieux, l’urbanisme fou et la campagne à porté de pied, d’ailleurs tout peut se faire à pied, sauf traverser le bras de mer, mais pour ça les moyens sont là, et pas cher. Il ne manque que la culture, et même si mes Français expatriés m’ont soutenu que tout était déjà là (dans un élan de patriotisme hongkongais qui m’a pris au dépourvu ! On ne médit pas sur la nouvelle patrie !), un local m’a dit que clairement, ça ne valait pas la France (c’est fou à quel point notre pays peut faire rêver, à l’international ! Comme quoi on a de bon PR… Le problème c’est quand les gens finissent par venir : ils tombent de bien haut…).

Bref, il faudrait construire un opéra à HK, faire venir plus d’expats européens, construire dans les nouveaux territoires pour faire baisser le coût exorbitant de l’immobilier, et pouvoir fuir pendant les typhons (grosso modo : partir en Europe pendant l’été), et ça serait absolument parfait. On y est presque…

mardi 19 septembre 2017

803ème semaine

Rome & Laval. Deux villes qui se sont retrouvées sur la même semaine, de mercredi à mercredi, sur mon agenda. À Rome, enchaînement de toutes les vieilleries sans souris, avec qui il faudra retourner manger glaces et supplì, parce que moi je ne sais pas bien retrouver les choses… En revanche, galleria Doria Pamphilj, musée du Capitole, pinacothèque et galerie Borghèse, Cinecittà : il ne manquait plus grand chose à la liste des émouvantes poussières. Trop long à chroniqueter, en revanche. Il y a à boire et à manger, là dedans. Chez Pamphilj, on rentabilise le moindre centimètre carré d’affichage, et il faut repérer ses Brughel le Vieux au milieu, ne pas négliger le placard à balais où se trouvent un Vélasquez en face d’un Bernini du même Innocent X (on est chez lui, après tout), et manifestement oublier du Memling (l’audiophone aussi).

Au Capitole, les grandes statuts sont ce que l’on retient le plus. C’est compliqué de s’y retrouver, et on a tôt fait d’oublier une expo temporaire dont à peu près personne n’a trouvé le chemin — très chouette terrasse, en revanche : il faut faire une offre d’achat. On regrette aussi de vivre à 1km en dehors de Paris : ça aurait fait économiser une dizaine d’euros. Un peu absurde. Comme les tarifs aussi de la Cinecitta, 20€ avec la visite guidée qu’il faut absolument prendre pour ne pas rester coincé dans deux simples expos, certes bien fichues mais très floues, et surtout qui occultent la réalité des lieux — un immense plateau adoré de Fellini, le décors de la série Rome, un autre égyptien pour je ne sais plus trop quoi (visite en italien…), et quelques moyenâgeuseries à la découpe, pour faire un petit tour guidé d’une heure. Absurde enfin le tarif de la galerie Borghese, 18€, où il faut boucler en une demie-heure top-chrono la Pinacothèque surchargée (c’est très cric-crac, mais finalement c’est surtout un Raphaël — je crois, parce que j’ai oublier de bien photographier le cartouche, et que c’est affreusement mal document — qui retient l’attention, accroché en hauteur), avant d’arpenter la galerie en tant que telle — on est limité à deux heures, mais ça se finit en une heure environ ; on y trouve du Caravage en folie, dont un très beau David et Goliath, et du Bernini décliné du formidable au magnifique (Apollon et Daphné), en passant par du Canova, du Raphaël, et tant d’autres encore. Rome, c’est passablement inépuisable. Et pourtant, ce n’est pas bien grand. Mais la sédimentation y a été poussée plus que nulle part ailleurs.

À Laval, ce qui frappe, c’est à quel point c’est une ville mal fichue. Pour traverser la gare et aller de l’autre côté de la ville clairement scindée en deux, on met un temps fou (passerelle en cours… Mais vu le nombre d’ouvriers, dans deux ans on y est encore). Sans arrêt, des routes manquantes, qui obligent à des détours et dérives (parfois charmante dans la sérendipité, pourvu qu’on accepte de tripler le temps passé à pieds), et souvent à traverser des pelouses… Royaume de l’absurde. On y trouve un château fort, du moins ce qu’il en reste, et encore on est pas trop sûr. Jolies fontaines régulières sur le cours d’eau qui redivise encore la ville (verticalement au chemin de fer), et puis une cathédrale locale agrégée et collectionneuse, pas très cohérente mais intéressante (avec un vrai triptyque fonctionnel ! Et donc fermé). De la province tranquille bourgeoise, comme il y en a beaucoup en France.

dimanche 11 juin 2017

789ème semaine

Avec la fin du périple à Osaka, on atteint un mix entre Tokyo et Kyoto, l’avantage étant donné au premier. Immeubles uniformément de dix étages à quelques exceptions — et deux ou trois bâtiments remarquables tout au plus —, un château central typique impressionnant et un parc attenant fort sympathique, et pour donner le change un quartier à-la-Shibuya (Namba) totalement allumé et nocturne. Mais encore une fois, l’anglais est déficient, et ce n’est qu’un des multiples indices trahissant que l’on a oublié qu’être une île ne dispense pas d’être un minimum ouvert, surtout quand on a dû sa puissance à son exportation. Voilà que les Chinois se distinguent : leur niveau d’ouverture (échange universitaires, maîtrise des langues étrangères…) s’est grandement accru ces dernières années. Il semblent qu’ils aient pris la mesure des erreurs nippones. Car la stagflation n’est guère surprenante. Certes on bosse, dur, tardivement dans sa vie, quitte à faire l’un des très nombreux bullshit jobs comme tenir une pancarte, agiter un bâton lumineux, faire un peu de circulation à la sortie les voitures d’un parking, peu importe, il n’y a pas de salaire minimum, on automatise très peu.

C’est là la plus grande surprise, d’ailleurs, au pays du robot : mis à part quelques Pepper rachetés par l’omniprésent SoftBank, qui servent à faire des bullshit jobs encore plus bullshit que d’habitude (c’est dire), le Japon est le royaume de l’électro-mécanique poussé à l’extrême, tel que cela ne nous est jamais parvenu, parce qu’on n’était pas aussi riche (les chiottes délirantes…) et que l’informatique est arrivée. L’informatique, le Japon est totalement passé à côté. Ils ont commencé à faire quelques interfaces tactiles, ce genre de choses basiques, mais on a une grande impression d’être dans le futur du passé, dans la continuité non avenue des années 1990, dans une branche morte de l’histoire. Le Japon a mené à son terme une logique qui était en réalité une impasse, et se reposant enfin de son ancienne hyper-activité, devant à présent maintenir l’existant mais ne pouvant plus innover dans une société fortement convergente, pyramidale et introvertie, idéale pour l’industrie mais catastrophique pour le nouveau paradigme du XXIème siècle. Le pays profite de son ancienne avance à périmètre équivalent sans rien inventer de nouveau — même les mangas de référence restent très âgés, tel Dragon Ball ! —, et cumule un certain retard qu’il sera probablement impossible à rattraper dans l’enfermement : quel paradoxe ! Le Japon a dû être extrêmement impressionnant dans les années 1990 et jusqu’au début des années 2000. Les images de Shibuya étaient impressionnantes. Elles font à présent sourire face à Hong Kong, Shanghai ou les villes de la péninsule arabique.

Et quelque part, le Japon est une illustration différente de ce qu’il se passe en Europe. La stagnation sur les acquis, et la dette d’un passé trop glorieux. La pente descendante est douce…

lundi 5 juin 2017

788ème semaine

Kyoto est réellement radicalement différent de Tokyo, si ce n’est qu’on y parle aussi bien Japonais (on y entend seulement un « kowai » qui rappelle que plus de 500km sépare les deux villes, au cas où l’on aurait oublié en 2h30 de Shinkasen omnibus). Les costards-cravates-tailleurs sont tout à coup remplacés par la tenue traditionnelle de kimono, avec chaussure en bois et chaussettes à pouce séparé, totalement pas idéal pour arpenter les multiples temples autant en ville qu’en forêt très inclinée, car Kyoto est bordé de montagnes, ce qui achève de rendre le cadre charmant, malgré la multitude d’immeubles tout aussi insipides qu’à Tokyo, mais cette fois toujours de taille miniature. Le dynamisme est assez absent : on se sent en province, tout est tranquille. Il faut absolument dîner avant 20h30 si l’on veut éviter d’être à la diète — et les restaurants sont plus chers pour moins bons. Les transports sont calamiteux (une grande croix de deux lignes à peine de métro et de quelques trains de différents compagnies, en doublon, laissant tout le reste de la ville vacant, avec des bus lents sans correspondance de ticket (notons au rayon étrangetés que l’on rentre par l’arrière et que l’on sort par l’avant en payant !), faisant errer des touristes beaucoup plus nombreux. Le taxi est encore donc partout, mais apparemment à des prix non comparables avec l’Asie du Sud-Est.

Le Japon folklorique est plus reposant et attrayant, pour sûr. Mais là encore, quelque chose manque pour emballer le coup de coeur auquel on était pourtant préparé. Ou peut-être trop préparé, en fait. Ce sera tout de même une destination à refaire, un jour, mais le rapport qualité-prix reste en faveur d’autres destinations.

lundi 29 mai 2017

787ème semaine

Tokyo me faisait un peu rêver. Non que j’imaginais des choses fantastiques, ayant bien repéré dans quelques mangas réalistes l’organisation inégale de la ville. Je pensais que les bâtiments tous petits et serrés étaient en périphérie : que nenni, il y a plusieurs centres d’affaire et de shopping, aux immeubles uniformément carrés et sans fantaisie aucune — qui se subliment à peine la nuit venue par des éclairages tapageurs —, et entre ces différents centres, comme Shibuya, Shinjuku, Nibomashi, Ueno, ou même Mita/Shibaura (ou encore Roppongi) où nous étions, il peut y avoir des étendues de rien (du parc avec ou sans tori, du parc impérial immense et totalement privatisé, du petit parking, du temple…) et des maisonnettes alignées, avec fils électriques qui courent partout. Ce n’est pas le seul point commun avec Bangkok : le nombre de bullshit job tel que tenir une pancarte ou agiter un baton lumineux de travaux, ou même encore faire un peu de circulation à la sortie des véhicules est impressionnant. Pas de salaire minimum, certes, et assez souvent des retraités, mais aussi extrêmement peu de sans-abris (une demi-douzaine recensées dans la semaine, soit moins que ce qui fait la manche à Paris sur la ligne 5 en une seule prise). On comprend très rapidement les points forts et les points faibles dans ce centre industrieux où défilent bien ordonnés les hommes tous en costards, les femmes en robe longue ou tailleur, chacun de son côté à de rares exceptions près (surtout le week-end), qui jusque tard vont encore dîner ensemble dans l’un des extrêmement nombreux restaurants, car on suspecte que l’immobilier ne permet pas de disposer d’un espace suffisant pour un micro-onde, alors que la hauteur des immeubles dépasse rarement la trentaine d’étage, encore plus rarement pour du logement.

Tokyo est donc uniformément banal sur la forme extérieure, et compense par un fond de délire latent : salles de jeux vidéos plus que bruyantes, des mangas un peu partout mais surtout dessins d’illustration rigolos absolument partout, de la J-pop débile au coin de la rue ou à la télé, des magasins qui regorgent de fantaisies indescriptibles, et de la nourriture à profusion, diverse, proposées par des hôtesses en costume, lançant des « arigato gozaimaaaaaaas » ou des « sumimasen » en courbettes, de préférence sous une enseigne en français suspect (première langue préférée mais pas pratiquée, devant l’italien, l’anglais japonais, le fameux, l’incompréhensible, restant la seule vague pratique hors-nippone).

Tokyo n’est pas charmant. Tokyo est surprenant de diversité et contradictions uniformes, c’est l’anté-Hong Kong (forme impressionnante mais vie conventionnelle), que je préfère. À Tokyo, malgré l’ordre apparent, on se perd trop facilement, et on ne sait plus trop quoi y chercher. À part un restaurant pas cher et délicieux : pour ça, on est servi !

dimanche 21 mai 2017

786ème semaine

On atterrit à Rome, on prend le Leonardo Express qui mène en une demi-heure en centre-ville, puis le métro en passant devant des rangées infinies d’automates dont aucun n’est en panne, et une heure après l’atterrissage, on est dans un charmant appartement d’un palazzio avec vue sur impressionnante cour intérieure. Et quand on voit que le prix du mètre carré en centre historique, avec sa hauteur sous plafond démentielle, qui est certes catégorie G mais ce n’est pas très grave quand il fait aussi tempéré, est aussi élevé qu’en banlieue pauvre parisienne (ou chez les terroristes camés intra-muros, au choix), on se dit que bordel, on est quand même très cons, en France, et surtout à Paris. Même les Romains ont réussi à faire mieux. Leur déchéance est moins pire que la nôtre. Ils restent idiot-compatibles (cette manie de construire des salles de concert loin de tout, par exemple), mais la ville est tellement plus agréable ! Rome, c’est comme à la maison — de vacances ? — qu’on aurait rêvé. La lente déchéance est meilleure au Soleil.

lundi 8 mai 2017

784ème semaine

Qu’est-ce qui ressemble le moins à un Kazakh ? Un autre Kazakh. 120 ethnies pour environ 17 millions d’habitants. Mon interprète descendait d’Allemands ; d’autres sont clairement Russes ; il y a les besogneux Oïghurs semi-Chinois musulmans ; et quelque part, aussi, des locaux d’origine, sédentarisés il y a à peine plus d’un siècle par les Russes, découvrant l’écriture en 1892, mélangeant traditions d’Asie centrale à la Turque et culture russe mixée de Chine, en faisant des personnes difficile à pénétrer, compliquée pour les affaires, et pourtant assises sur un tas d’or dans un territoire trop grand pour eux — du moins depuis qu’ils y sont installés, avec ces restes de déportés des camps staliniens, jusqu’à former après une indépendance récente et négociée de manière politique par le Président-Dictateur-Général la plus jeune capitale du monde dans l’endroit le plus inadéquat qui soit.

Est-il donc étonnant, alors, de ne pas trouver beaucoup de points communs entre Almaty, ancienne capitale politique et toujours économique, et Astana, la nouvelle assise du pouvoir où une excroissance voulue hyper-moderne, mais simplement mélangeant une étrange impression de tape-à-l’oeil très chinois et de malfaçon cheap, complète une vieille ville finalement pas si moche, mais souffrant dans tous les cas d’un climat éprouvant où même la végétation doit être encore et encore motivée par tous les moyens ? Almaty, au pied des montagnes, est extrêmement charmante. On y ressent une ambiance quasi berlinoise, et les café californiens se succèdent. Quand on a de la chance, la pollution n’est pas stockée auprès des hauts monts qui s’élèvent à plus de 4000 mètres, soit plus de 3000 au dessus de la ville — le paysage est réellement impressionnant. Astana, donc, est étrange, et on s’y sent difficilement à l’aise ; même quand il y fait chaud (trois semaines avant il faisait encore -20, mais il paraît que c’est toujours sec, alors qu’à Almaty, il y avait de la neige et on se gelait sévèrement), le vent glace. Les distances sont droites et longues, mais surtout monotones — immeubles, immeuble, immeubles, immeuble. Le problème des villes nouvelles.

Et dans tout cela, le Kazakh qui a vu son pays fleurir au gré des pétrodollars en montagne russe, minorés de toute l’évaporation qui lui vaut son statut d’un des pays les plus corrompus de la planète, s’adapte à un statut indéterminé mais pas forcément si inconfortable. De toute façon, il n’a pas vraiment le choix : la ville double de taille, il doit acheter son logement. Les classes éduquées vivent avec sans trop être dupes, mais seule une toute petite partie a réellement un esprit critique, car le plus gros point faible, justement, c’est l’obéissance et la bureaucratie qui tue toute originalité, pierre angulaire du business. Hors du plan, point trop de salut : c’est la France si les Français n’étaient pas génétiquement indisciplinés, en somme. Ah si, un regret, toujours exprimé : manquer de racines culturelles, d’un passé bien établi, à eux ; le bâtiment le plus vieux du pays n’a pas cent ans, alors de temps en temps, faisant un petit tour en Europe (avec la compagnie locale assez bordélique mais aux prestations exceptionnelles pour un prix abordable — un peu comme l’opéra et tout le reste), le Kazakh voit ce qu’il pourrait peut-être être d’ici quelques décennies ou siècles. Peut-être même une démocratie éthique. En attendant, tout le monde s’accorde pour essayer de faire rayonner le Kazakhstan coûte que coûte, et s’inquiète de sa renommée, par delà son asservissement plus ou moins ouvert à mère Russie. Au moins ça avance dans la bonne direction, et c’est déjà beaucoup.

- page 1 de 7