humani nil a me alienum puto

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dimanche 9 décembre 2018

866ème semaine

Hanoï, le retour ! Et encore un timing plutôt mauvais pour le biz. Quelques rendez-vous, tout de même. Pas de nouvelles ? Hop, une escapade à l’agenda ! Sapa le week-end, Halong le mardi, Tam Coc le mercredi. Magnifique. Un peu la galère (surtout pour l’organisation semi-pourrie de Sapa), mais la récompense visuelle au bout. Quatre fois que je viens au Vietnam (et à Hanoï), et cette fois, enfin, on peut le dire : check !

Et sinon, j’ai encore vieilli, au passage. Décidément…

lundi 3 décembre 2018

865ème semaine

De Kuala à Ho Chi Minh. J’y étais déjà allé en décembre 2015, et ça avait été un succès très relatif, ce qui explique que depuis je n’étais retourné qu’à Hanoi. En ayant réservé très en avance pour profiter de prix fort bas, l’idée était de s’ouvrir quelques ouvertures business si le timing était le bon — et au pire, de parcourir la ville cette fois, parce qu’en n’ayant qu’enchaîné des rendez-vous business un peu partout en taxi, je n’avais rien saisi du lieu… Hé bien le timing étant finalement fort médiocre, les 5 jours se sont transformés en pur tourisme avec option typhon le dimanche (plouf !). HCM aka Saïgon est globalement moins intéressante que Hanoï, je trouve. Le quartier tout neuf tout beau, qui est en train de se faire compléter beaucoup plus loin par le landmark 81 (gigantesque mais maigrichon) et ses tours d’habitation VinHomes (PLU à 42 étages), est somme toute assez concentré autour de la mairie et de l’opéra. Sympa, mais on fait vite le tour. Finalement plutôt du repos — c’est-à-dire, dans mon jargon, beaucoup de code.

Et puis transfert vers Hanoï, avec un vol pur vietnamien organisé comme ils savent le faire (c’est-à-dire : particulièrement bordélique… Mais pour pas cher), et une arrivée dans un aéroport flambant neuf. C’est ça, le Vietnam : chaque année réserve son lot de surprise, tellement ça va vite. Et en même temps, ils ont aussi l’art de ne jamais totalement bien finir les choses. Ainsi, si le métro de Saïgon devrait enfin ouvrir en 2020 et 2021, celui de Hanoï devient de plus en plus critique et augure un futur proche de l’enfer urbanistique de l’Indonésie ou du Nigéria…

dimanche 25 novembre 2018

864ème semaine

Suite à un malentendu de dates assez épique, l’agenda s’est trouvé tout bousculé — un comble. Après moult calculs, il s’est avéré que le plus simple était d’agrandir le séjour Singapour et réduire Kuala Lumpur. Bonus avec le changement de dates — pour 30€ de plus d’avion : un Shangri La à KL !

Singapour recèle des jardins/parcs/forêts en pleine ville assez extraordinaires. On n’y accède pas forcément toujours bien facilement (quoique de nouvelles lignes de métro vont bientôt apparaître), mais force est de constater qu’ensuite l’aménagement intérieur est extraordinaire. L’inverse de HK où la nature est à l’extérieur de l’urbanisation, gigantesque, mais encore très sauvage. À Singapour, on peut avoir quelques kilomètres de passerelles à une bonne douzaine de mètres de haut. Pas de soucis.

En revanche, certains quartiers sont vraiment dans le mood de l’Asie du Sud-Est, encore dans le jus originel. Le quartier malais, probablement le seul animé après 22h, est un sympathique ensemble de rues vivantes où le trottoir n’existe pas forcément. Mais chez les Indiens, c’est encore le niveau au dessus : ça devient assez roots…

Kuala Lumpur est déjà un bon cran en dessous du développement de Singapour, mais très clairement sur ses traces. « Moins de Chinois », me souffle-t-on : ça explique le retard. Les tours Petronas sont splendides. On ne leur donne clairement pas 20 ans. Les bouibouis ont disparu dans l’ensemble, mais on sent qu’on n’en est pas loin non plus. Sur un très large pan de la ville, des gratte-ciels poussent à profusion. On ne compte pas les grues. On construit à l’asiatique : parfois des barrières de protection, souvent pas ; on coule le béton en tongs ; on n’a pas forcément de casque ; n’empêche que la qualité est au rendez-vous. La circulation piétonne est encore compliquée. Il n’est pas rare de manquer de trottoir, ou de devoir faire des détours gigantesques parce que l’urbanisme n’est pas totalement bien pensé, ou qu’il y a des travaux. Le métro est semi-praticable ; comme à Bangkok ou au Japon, plusieurs compagnies, plusieurs systèmes, des trains de proximité avec des cadences catastrophiques, des rames trop courtes, et surtout des gares et un achat de tickets qui s’apparentent à l’escape game (très mauvais point).

C’est parfois défraichi, parfois pas bien fini, parfois splendide et poétique — le parc derrière les Petronas avec jets d’eau en musique, le grand jardin botanique, et même les célèbres grottes pleines de machins indiens. Pays adolescent, qui a poussé dans tous les sens, et qui n’a clairement pas fini sa croissance. Ils n’ont en tout cas peur de pas grand chose, si ce n’est de rien. Kuala Lumpur, c’est la découverte un peu sous-estimée, où il faudra certainement revenir, pour traîner un peu plus, continuer de manger pour pas cher (mais compliqué de trouver du non-épicé, même si on sent qu’en fouillant un peu, on peut probablement encore plus s’amuser qu’à Singapour), et évidemment, profiter d’un superbe Shangri La à 100 balles la nuit…

mardi 22 mai 2018

838ème semaine

Après Toronto, Montréal. Ce n’était initialement pas prévu, mais ayant compris que je risquais fort de m’ennuyer sévèrement à Toronto avec une pleine semaine, et ayant repéré que finalement il se passait plus de business concernant mon activité startupienne à Montréal, le shift prenait sens. D’autant plus que le billet d’avion interne, aussi cher (si ce n’est plus) que le billet Paris->Toronto (une belle erreur de prix !), pouvait être amorti sur la baisse des coûts d’hôtel : à Toronto, c’est cher pour de la merde ; à Montréal, on a l’embarras du choix à prix très décent. De Toronto, on regrettera le bord de mer (heu, de lac) extrêmement agréable ; à Montréal, le côté port n’est pas tip-top. Pour tout le reste, Montréal est bien meilleur.

La question est de savoir pourquoi. La patine. Ça ne tient à pas grand chose. Un peu de vieille pierre, une meilleure organisation, le Mont Royal en fond de toile, c’est plus agréable, on lutte beaucoup moins pour manger, c’est presque même à un niveau parisien, ou plutôt comme à SF (car il y a de vastes zones avec quasiment uniquement de l’habitation à un ou deux étages, avec des escaliers extérieurs très caractéristiques), où il vaut aussi mieux réserver pour être certain de pouvoir manger… Le réseau sous-terrain est aussi vaste que mal fichu, assez similaire dans l’idée aux passerelles de Hong Kong, reliant des centres commerciaux. C’est agréable dans l’ensemble, même si on en fait rapidement le tour : hors du centre-ville, les zones d’habitation s’étendent à perte de vue, sont sympathiques à traverser, mais se répètent beaucoup (heureusement, le plus souvent les formes et couleurs sont diverses, mais il peut aussi y avoir des rues de gros copier-collers).

On n’aurait pas forcément idée de retourner volontairement, pour le plaisir, à Toronto ; c’est en revanche pas totalement exclu pour Montréal, même si on se demande s’il restera assez de musées (beaucoup moins qu’à Toronto) et de salles de concert et opéra (il n’y a pas forcément l’air d’y avoir de très nombreuses représentations chaque soir) pour s’occuper. À la rigueur, il faudra mixer ça avec Québec. Chose surprenante, les montréalais, qui parlent pourtant assez majoritairement anglais (autre surprise !), ne vont jamais du côté de Toronto, à peine à une heure d’avion. Même pas un petit week-end, ou juste pour voir, ou en passant pour les chutes du Niagara (certes survendues, mais quand même !).

Comme à Toronto ou aux USA plus largement (dont le Canada est une grande banlieue riche avec la Reine d’Angleterre sur une partie des billets), à Montréal on affiche les prix HT et on mendie le tip obligatoire qu’il faut négocier pour l’intégrer sur la note de frais, parce que de retour en France, on retombe sur une administration moins sympathique pour les affaires. Deux différences au niveau de la population : beaucoup moins d’asiatiques, beaucoup plus de jolies filles (même si à Toronto, il y avait quelques exemplaires formidable, mais même sur ce segment élitiste, Montréal a des ressources incroyables), et comme le veut leur réputation, d’une gentillesse assez incroyable (sans en arriver jusqu’au stade des Ivoiriens, mais même en voiture ils restent civilisés : c’est simple, on peut marcher des kilomètres sans s’arrêter — quoiqu’à Toronto aussi), ce qui compense leur point commun d’une incroyable mollesse, qui rend un peu fou à force (j’ai remarqué les mêmes mimiques de gêne que les Ivoiriens quand il faut annoncer une mauvaise nouvelle, d’ailleurs ; autre point commun improbable, avec les taxis Toyota).

Ça reste de la province, où l’on peut se promener en tongs dans la rue, où l’on a oublié de construire le bout de métro pour rejoindre l’aéroport (inutilement compliqué, comme souvent dans ce pays), où l’on ne se stresse pas trop, où l’on se réveille tôt et se couche tout aussi tôt, où l’on croise une Lamborghini garée au coin d’une rue résidentielle lambda. C’est étrange, ce qu’a pu donner l’Occident opulent…

mercredi 16 mai 2018

837ème semaine

Mon MacBook est mort. D’un coup, comme ça, rupture d’anévrisme. En plein atterrissage pour Toronto, alors que j’allais arrêter de coder et refermer la bête. Couic. Et après avoir vu des médecins, galéré comme un dingue, parcouru toute la ville, appelé partout, rien à faire. Une semaine de boulot perdue. Visites obligatoires.

Quand on arrive à Toronto, dire qu’on vient visiter est suspect. Contre-interrogatoire à la sortie de l’avion. Le Canada surprotège parce que le Canada attire. Il attire parce qu’il est riche. Mais Toronto, ce n’est pas très beau ni très agréable, et encore moins moderne. C’est très américain, en revanche. Franchement, à vouloir émigrer, mieux vaut aller en Asie. Ce qui est ironique est qu’il y a des Chinois partout, à Toronto — jusqu’à deux chaines de télé locales en chinois sous-titrées en anglais, Omni1 et Omni2. Dans le métro, près de la boîte à sel avec l’agent dedans, il manque un tourniquet. Il y a une petite urne, dans laquelle on peut glisser un “token” préalablement acheté au guichet humain (par trois minimum), ou directement l’appoint ; et le guichetier fait alors un signe de la tête. Dans l’épouvantablement lent tramway, dont aucune indication ne renseigne les temps d’attente et où il faut attendre qu’il arrive pour savoir où il va, mais pas par où il passe, l’intérieur n’aide guère non plus : aucun plan de ligne.

Tous les 3km, on peut espérer trouver de quoi manger le matin. Toronto, c’est six fois la taille de Paris, pour un peu plus d’habitant, parce que s’il y a beaucoup d’immeubles géants, composés essentiellement de penthouses de luxe qu’on imagine immenses, il y a essentiellement des maisons qui atteignent parfois deux étages et s’étalent à perte de vue. Le tissu urbain est ainsi étrange, homogène par grumeaux, avec des lots de gratte-ciels, suivis de zones d’habitation dont on ne voit pas le bout, avant de passer sur un monument paumé, toujours un peu en toc. Il y a une folie architecturale que seule Londres ou Hong Kong, voire Berlin, peuvent dépasser, et en même temps, rien ne va avec rien. On peut trouver une aire semi-abandonnée qui sert vaguement de parc, sans être emballé. Mais ce n’est pas aussi hostile que New York : déjà parce qu’on peut manger pas trop difficilement jusqu’à 22h (après ça devient quasiment impossible !) dans le centre-ville ; c’est pas génial, souvent de l’asiatique repassé, mais ce n’est pas compliqué. Ensuite parce que même si c’est bruyant et que les hôtels sont très chers et minables, ça n'arrive pas au niveau de NY non plus. On peut survivre plus correctement, à Toronto ; on a un peu Brooklyn dans la ville, en somme. Quand on est en avion ou en haut de l’immense tour CN (qui paraît moins immense que ce qu’elle est à cause des gratte-ciels autour), on est surpris par la quantité de végétation ; et par les grappes d’immeubles, très distantes les unes des autres. Elle est étrange, cette ville. Elle n’est pas détestable, mais elle n’est pas particulièrement sympathique ou agréable non plus. Il y a tous les ingrédients, y compris culturels, mais ça ne fonctionne pas, ça grippe.

Aller aux chûtes du Niagara a été la plus grosse galère épouvantable. Un seul train à aller — que j’ai réussi à attraper malgré la lenteur atroce des vieillards aux guichets —, un seul train au retour, mais là j’ai pris le bus, aussi rapide et affreusement cher. C’est lamentable. Pourtant, sur place, c’est la débauche de casinos et autres. Pas cohérent. Ça marche de travers, en somme.

lundi 30 avril 2018

835ème semaine

Avec le vol au départ de NY retardé de deux jours, faisant passer le low cost de Norwegian Airways à une excellente affaire (sous condition d’avancer force monnaie pour les frais afférents dans cette ville ultra-chère, en attendant les remboursements et autres dédommagements), ce fut l’occasion d’explorer plus en avant la ville et son histoire. Et de se rendre compte définitivement que l’empire américain décline lentement mais sûrement. Déjà, il est à présent clair que si NY est leader — on avait déjà un sacré doute avec SF —, cela veut dire que bien des villes asiatiques dépassent ou sont en passe de dépasser le fleuron des USA. Je mettrais dores et déjà le Japon devant, mais ils ont eu les mêmes problèmes de perte soudaine de vitesse et de plongée — le processus a simplement été plus accéléré. Je dirais donc plutôt qu’entre Singapour, HK, Shanghai-Beijing et même Bangkok (dont l’aéroport est cent fois meilleur), l’indice de modernité est largement supérieur à celui des USA, qui brasse pourtant toujours beaucoup plus d’argent (sauf pour les cités-États, qui sont devant en PIB/habitant, avec ou sans PPA).

Alors les USA vivent clairement de la rente du dollar, et encore un peu d’une avance technologique confortable héritée de la seconde guerre mondiale : cela paraît évident. Ils repoussent ainsi ce qui apparaît bien comme la fin d’une civilisation, a minima d’un cycle majeur. On sent bien que ça se tasse, en Occident. Il y a les hyper-riches, extrêmement peu, souvent rentiers capitalistes d’une manière ou d’une autre, car le travail rapporte à présent peu ou est au pire fort taxé, de telle sorte qu’on égalise vers le bas, et qu’il n’y a pas beaucoup d’intérêt à travailler plus que de raison, puisque le gain marginal est très décroissant. En Asie, au contraire, les inégalités s’accroissent comme lorsqu’un adolescent grandit : une partie de la population profite fort bien, une autre est plus à la traîne (la question étant de savoir comment eux anticiperont le mouvement de balancier qui ne manquera pas d’arriver comme en Occident, d’ici quelques années — et pas forcément en dizaines, car tout s’accélère). Ce que l’on voyait comme des économies de rattrapage, qui passent directement au neuf (mais qui n’hésitent pas à sacrifier le vieux), sont probablement des affamés qui ne subissent pas (encore ?) la bureaucratisation sociale à outrance — un principe de Parkinson létal qui arrive en phase terminale.

Toujours est-il que si l’on veut voir du moderne, ce n’est définitivement pas chez les héritiers du leadership qu’il faut aller. Ça se passe en Asie, et fort bientôt, à ce rythme, ça ne se passera plus que là-bas.

lundi 23 avril 2018

834ème semaine

New York, New Yooooork !! La ville vend du rêve et émerveille. Elle illumine les pages Facebook de la famille et des amis qui sont enfin allés à la découverte de l’autre côté de l’Atlantique, voir du mythe en action. New York fait partie d’un cercle restreint avec Paris, Rome, Londres et peut-être Tokyo. Alors ?

Alors non. On connaît l’effet parisien de la déception quand au lieu de la ville romantique, on tombe sur les rats, les Rroms et les cafetiers, tout en se bouchant le nez, perdu dans le métro. Le Japonais, qui a son Tokyo aseptisé jusqu’à manquer de saveur (première déception d’anthologie), en fait souvent les frais. L’arrivée à NY est déjà digne de celle à SF : on tombe sur la douane la plus incompétente du monde, que seule la Colombie ou certains pays d’Afrique peuvent arriver à concurrencer dans l’inefficacité, peut-être. Après une bonne heure et demi d’attente, on peut enfin tenter de rejoindre la ville. Les transports en commun existent mais sont d’une nullité abyssale, surtout lors d’une première arrivée. On prend donc le taxi, qui est en revanche bien organisé une fois qu’on a sauté les rabatteurs, avec des frais fixés en avance — $52, plus frais divers qu’on ne connaîtra qu’au dernier moment et pour lesquels on peut toujours rêver d’une facture, car c’est comme ça là bas : on parle presque toujours hors taxe, hors service, hors tip obligatoire, et donc si l’on croit au départ que c’est simplement très cher, on s’aperçoit rapidement que c’est affreusement hors de prix.

Les hôtels sont les plus chers du monde, bien devant l’Islande et la Norvège, et même le Japon. Et pour un prix délirant d’un minimum de 200€/nuit si l’on veut éviter les punaises, les chambres sales, le service déplorable et autres joyeusetés que l’on découvre sur Internet quand on se renseigne un peu, on n’évitera quand même pas le bruit. Même à 200 balles, il ne faut pas trop espérer dormir. Car NY, c’est la ville du bruit intense inutile — jusqu’à la clim ! On est à égalité avec le centre de Hanoi en terme de pénibilité, mais c’est tout le temps, et encore plus invasif. Il y a les klaxons, les travaux permanents à toute heure (mais pas discrets comme au Japon : on n’hésite pas à attaquer de la plaque métallique au marteau-piqueur, parce que c’est ce qu’il y a de plus bruyant), les bip bips stridents divers (depuis les engins qui reculent jusqu’à l’ascenseur), la population qui crie en permanence pour se faire entendre et les camions inutilement gros et pollueur. D’ailleurs, tout est gros. Une partie de la population bourré aux hamburgers (organic, comme tout ce qui se fait de chimique à NY, temple du bobo Ricain : même les flavors des abominations trouvées en supermarché, whole food inclus, sont déclarées organic…), certes, mais aussi les voitures qui sont toutes des SUV vulgaires de 5,5 mètres de long minimum (et après ça doit construire des parkings en plein air moches pour les accueillir à $20 les 2 heures). Il faut dire qu’on roule régulièrement sur des routes défoncées, en plein Manhattan.

Ce qui choque le plus, je pense, c’est la vétusté. L’équipement général est vieillot (sauf quand une startup de la côte Ouest a réussi à refourguer un bon technologique typique de SF, qui souffre des mêmes problèmes), et le pire du pire reste le métro, qui arrive à être encore plus obsolète que celui de Paris. Déjà, parce qu’il est mal construit, avec des structures métalliques à très nombreux poteaux juste en dessous de la rue, qu’il faut souvent traverser pour passer du côté « uptown » à celui de « downtown » (il faut bien avouer que le quadrillage de la ville est pratique). Ensuite parce qu’il fait rouler des rames qui ont probablement plus de 40 ans. Enfin, parce qu’entre la petite boutique crade avec une personne enfermée dedans qui surveille à peine les sauteurs de tourniquets (qui servent à la fois à entrer et sortir, une stupidité économique sans nom), vendant péniblement quelques billets spéciaux que ne connait pas la machine automatique usée et peu pratique, billets par ailleurs magnétiques qu’il faut glisser comme une carte de crédit américaine (ce qui évidemment échoue une fois sur deux : plus aucun pays dans le monde ne me semble encore user d’une telle technologie antédiluvienne), le manque de cartes sur les murs usés et labyrinthiques dès qu’on est sur une station un peu complexe de correspondances, et l’équipement interne des rames de métro rafistolées à l’indicateur de stations rare et souvent inopérant, sans compter le bruit dément des rails et les vibrations, c’est simplement lamentable. Une belle allégorie d’un pays fatigué, sur la pente descendante.

Si Tokyo fait figurer le futur électromécanique des années 1980-1990 qui n’est jamais advenu, New York est l’illustration d’un futur des années 1930 à 1950 qui s’est enlisé dans la paresse individualiste. Les immeubles, souvent copiés-collés et peu remarquables, possèdent dans les quartiers chics leurs équipes de majors d’hommes qui ne font pas grand chose de la journée. On imagine le coût délirant de l’affaire. Quand il en sort l’une de ces personnes de l’Upper East ou West Side (surtout West), on se demande comment elle fait pour gagner autant d’argent : il n’y a pas de look de l’homme ou de la femme d’affaire affairée. On dirait plutôt du nouveau riche ou de l’hériter bas de gamme. Des hommes d’affaire, de toute façon, on n’en rencontre pas, même sur Wall Street : où sont-ils donc, sous leurs joggings ou Zara ? Tokyo est le royaume du costard et de la jupe longue ; à New York, on peine à trouver un tailleur, et les réputations des Park, Madison et 5ème Avenue sont assez usurpées : les boutiques de luxe sont très concentrés sur quelques blocs à peine. Rien qui ne tienne la comparaison avec l’Asie ou même Londres. Clairement, Londres surpasse en tout New York, de loin.

Les quartiers riches sont clairement plus agréables que les quartiers « moins riches », même de bobos. Grosso modo, le centre de Manhattan (de Midtown à Little Italy) est très variable entre l’insipide et le plutôt mignon. Au Soleil, ça passe mieux, mais le test du mauvais temps est terrible : on a simplement très envie de fuir. Tout est survendu : Chinatown, ça fait trois blocs de long et autant de large, soit la moitié des quartiers chinois parisiens du 13ème ou du 18ème, et c’est beaucoup moins charmant que celui de SF. On n’y trouve même pas un resto décent. Little Italy est une sorte de Disney de l’Italie, tellement remixé que ça nous rappelle tout à coup que ce sont des descendants d’immigrés quatre ou cinquième génération qui doivent tenir boutique, et qu’ils n’ont donc jamais réellement vu une vraie pizza de leur vie.

Il est d’ailleurs compliqué de manger à New York. Grâce à l’incroyable nombre de Juifs sur place (qui ont évidemment organisé une vie semi-parallèle, avec par exemple leurs propres ambulances en hébreu…), on trouve du bagel, concentré cependant dans certains quartiers (de Midtown aux Upper Sides, jusque plus au Nord si l’on suit les grandes artères), peu cher, standardisé dans son folklore (de la cream cheese à tout et n’importe quoi, un choix de brioche étendu mais similaire partout, surtout avec les chaines). Mais il y a deux difficultés : le reste est de la malbouffe locale dans des carrioles encore plus atroces qu’à Berlin, ou dans des restaurants qui font extrêmement peur, ou de l’autre côté du spectre, dans de plus rares restaurants posh où l’on vous servira du moyen de gamme à prix prohibitif (la salade niçoise à $25 hors taxes-tips-etc.) ; le deuxième problème après la qualité et la quantité de l’offre, ce sont les horaires d’ouverture. Pour faire simple : à NY, on arrête de travailler dès 15 ou 16 heures, et la ville s’arrête quasi-totalement à partir de 17h. Les retardataires ont jusqu’à 20 heures pour manger : après, on ferme ! Hors de Hell’s Kitchen, point de salut — encore, il faut voir la tête du salut, souvent… Certes il y a un peu de boboïtude dans le Sud de la ville, à East Village, West Village, Tribeca et une partie de Lower Manhattan — les quartiers changent très vite, la zone n’est pas si étendue que cela. Mais d’une manière générale, il faut lutter pour trouver quoi que ce soit qui satisfasse nos papilles éduquées. Ce problème n’existe pas à SF, où l’on trouve du bon pour un prix londonien (comprendre : mieux que dans un bistrot, offre qui n’existe pas non plus, pour une vingtaine de dollars).

New York est donc dans l’ensemble une ville hostile, à la fois pour y vivre et pour le touriste, qui à mon sens s’émerveille souvent de ce qu’il n’a jamais réellement découvert la civilisation (réellement) moderne, que l’on trouvera décidément en Asie et nulle part ailleurs. NY ne tient pas la comparaison avec Shanghaï ou HK. La ville était déjà dépassée par Tokyo, je pense, déjà en terme de gigantisme (Brooklin en soi est clairement plus grand que tout Paris — il est amusant de noter que le New Jersey, sur le continent et de l’autre côté de l’Hudson, avec Newark ou encore sa skyline tout à fait comparable, est totalement snobé, jusque sur les plans du métro qui ne mentionnent pas son existence, mais permettent de se rendre compte qu’on est condamné au bus dans l’encore plus gigantesque Queens), et aussi de concentration peu raisonnable d’immeubles rectangulaires copiés-collés, sans trop de saveur ni d’exubérance. On trouve des coins extrêmement sympathiques, dans NY, et dès que le très mauvais temps cesse, c’est même fort agréable. Des petits immeubles travaillés, avec leurs petits escaliers, par exemple, dans quelques rues choisies. Des églises entre les immeubles. L’impressionnant monument du world trade center. Les superbes ponts photogéniques. L’incroyable Lincoln Center. Les cerisiers en fleurs. La Roosevelt Island et Central Park (ça manque de places, sinon, et de Union square à Washington Square en passant par Madison square garden, c’est très bof)…

Pour ma deuxième visite planifiée en septembre, gageons que je vais m’adapter, en évitant naturellement les nombreux quartiers assez pourris ou insipides (point commun avec Paris, une bonne grosse partie de la ville est très survendue), pour ne relier que ce qui est bien et bon, en prenant des chemins qui feront éviter sans trop d’efforts de mourir de faim. Bref, il faut s’adapter à un environnement qui n’a décidément d’équivalent en terme d’hostilité générale que Paris ou Tokyo — les deux ayant des points faibles différents que l’on trouve réunis à NY.

Londres et HK restent au final bien indétrônés dans mon coeur. Times Square ne vaut pas Causeway bay, et la vie culturelle londonienne est plus accessible et riche que celle de NY. Quant à l’art de vivre, au paysage urbain, aux parcs (malgré la beauté de Central Park), là aussi la différence est nette. Et j’ai bien peur, ayant enfin terminé mon tour du monde des métropoles d’importance, que l’idéal ne soit pas de ce monde…

lundi 5 février 2018

823ème semaine

London, le retour, après un an que je n’ai même pas vu passer. Et pourtant, on est toujours comme à la maison. Toujours pas de réseau téléphonique dans cet abominable métro trop ancien, mais qui au moins ne pue pas, ne dégouline pas, et jouit d’une équipe réactive en cas de soucis de surcharge. Et ce salon, immense. Et ces gens qui savent faire du business. Et ces trottoirs tout droit, tout beaux. Ces musées (V&A) qui font des nocturnes hyper fun, avec de la lumière, de la musique, des happenings. Et même quand on paume un truc dans le bus, on le retrouve ! Je suis amoureux fou de Londres. Même m’y ennuyer, j’aime. On ne se voit pas assez.

(Mais je pense quand même préférer Hong Kong.)

mardi 23 janvier 2018

821ème semaine

Retour à Abidjan. Toujours pas rencontré de moustique, ouf. Rencontré les gens avec qui je me suis marié il y a six mois — les relations à distance sur catalogue… Tout qui roule. Cocody beaucoup moins crade que Youpougon, mais même la ville en général semble s’être améliorée. Beaucoup de boulot, encore, mais il y a de la bonne volonté. Et le flegme africain…

mardi 26 décembre 2017

817ème semaine

Le problème avec Hong Kong, c'est le retour. C'est vrai qu'il y a des trucs surprenants, là-bas, qui me font penser que Singapour est une tête devant. Mais c'est tellement bien... Tellement en avance. Tellement sans soucis... Mais je comprends ce que les autres envient aux Français. Nos vieilles pierres, notre territoire. Seulement, ils ne se rendent pas compte de la galère quotidienne. On a un peu le même réflexe vis-à-vis des Italiens — mais eux ne sont clairement pas visibles, mis à part pour la nourriture, alors que la France a une image glamour de dingue, partout, sauf que ce n'est qu'une image...

Tous les expatriés que j'ai vu sont non seulement ravis, mais ne veulent plus bouger. Certains y sont depuis dix ans. Ils gardent au mieux un lien ténu (travailler pour une institution française, mettre ses gosses au lycée français), mais la plupart ne reviennent même plus pour les vacances (même si l'avion Air France, pour Noël, était blindé d'expatriés fort bourgeois avec famille, sur des sièges aux prix assassins). À un moment, l'un d'eux me parle de la pauvreté présente à HK. Comment dire : il y avait deux mendiants en tout en cinq jours, dont un qui avait l'air d'un hippie égaré. Retour à Paris : on se croirait à SF (sauf qu'à SF, c'est concentré, là c'est partout, et dans le métro, ça devient impossible...). Bref, la redistribution, ça a l'air de bien mieux marcher à HK avec l'IS à 18% (sur les flux intérieurs : sur l'export, c'est 0), l'IR (pas compris le montant) et puis c'est tout (0 sur les bénéfices, 0 sur les plus-values de revente, etc., et évidemment pas de TVA). Ça mériterait de faire une simulation pour voir si l'IS à 18% permet de récupérer la TVA à 0, puisque les prix sont identiques (donc les 20% de TVA de chez nous sont captés par les entreprises, ce qui augmente les bénéfices — mais a priori ça ne marcherait bien que sur les services, à haute valeur ajoutée, à volume équivalent).

Avec des routes et autres infrastructures impeccables, des toilettes publiques hyper propres partout, un système de transports en commun nickel et au prix totalement dérisoire, j'ose croire que manifestement, ça va bien (et il me semble qu'ils n'ont pas l'endettement de dingue de Singapour). Le seul problème est que pour maintenir la population, il y a un accroissement très clair des Chinois, qui font clairement baisser le niveau de civilisation. Le rhume attrapé à force de me faire cracher dessus dans le métro est là pour le prouver. C'est clairement sensible. Bref, pour sauver HK, il faut de l'immigration européenne. Présent !

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