humani nil a me alienum puto

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mardi 17 juillet 2018

846ème semaine

Une dense semaine, et donc des billets publiés avec retard. Peut mieux faire…

Don Pantalone

La magie de l’opéra est de nous faire avaler avec plaisir un livret pondu en 11 jours comme savait le faire si bien Donizetti, à partir d’une farce amoureuse sur laquelle il ne faut pas trop se poser de questions, et que le metteur en scène Damiano Michieletto essaie éperdument de compliquer ou de lire à l’envers en faisant s’embrasser les mauvais personnages (Norina et le Dottor Malatesta, au lieu d’Ernesto). S’il y avait d’ailleurs bien défaut de cette version de Don Pasquale donnée en fin de saison à Garnier, c’était bien encore une fois la mise en scène, mélangeant trop d’idées foutraques, entre l’appartement des années 1970 (par radinisme, mais ça n’a pu se deviner qu’après l’entracte), les scènes filmées sur fond vert en direct (et avec costumes moyenâgeux de préférence), le neveu wesh black (Lawrence Brownlee pour Ernesto), le papi charentaise (Michele Pertusi en Don Pasquale), le gangster beauf (Florian Sempey pour Malatesta) et la vamp manipulatrice (Nadine Sierra, Norina), certains ayant leurs marionnettes, ça donne un gloubi-boulga bien indigeste, et toujours côté jardin (pas de bol, c’est le côté que j’avais choisi pour ma place, après une mésentente avec JoPrincesse pour justement ne pas se tromper, car les metteurs en scène médiocres ont toujours une fâcheuse tendance à choisir un côté et tout s’y faire dérouler… Même soucis concernant le haut de la scène, invisible d’une bonne partie du théâtre).

Heureusement que les chanteurs était fort bons, et Evelino Pidò toujours efficace à la baguette. Finalement une fort bonne soirée, pour 25€ perchés en 4e loge (pas très confortable, mais à ce prix-là, à Paris, on n’a plus grand chose… À se demander qui se fait vraiment duper, dans l’histoire !).

garder MOB

Y aura-t-il jamais meilleure fille mal gardée que Mathilde Froustey ? Probablement jamais — la preuve, elle s’est enfuie loin. Mais clairement, la deuxième meilleure mondiale, c’est bien Myriam Ould-Braham. Comment se fait-il que celle qui a accédé au statut de MILF puisse encore être aussi crédible dans ce rôle ? Mystère de la longévité extraordinaire des danseuses… Cette soirée n’étais pas prévue à mon agenda, et puis je devais rejoindre la souris, et puis j’ai carrément fini par lui piquer sa place. Surtout que si MOB était Lise, Mathias Heymann était Colas. On sait qu’à l’opéra de Paris, ce genre d’alignements de danseurs compétents est assez rare pour ne pas justifier de se jeter dessus. D’ailleurs, ma saison dans les murs de Garnier a été rachitique, et ce n’est pas totalement pour rien.

Mais de fait, j’ai raté plein de new faces. Certes, en poules, c’est difficilement reconnaissable. Et si l’on a une nouvelle Mère Simone en Alexis Renaud, c’est en l’occurrence pour Axel Magliano en nouvel Alain (rôle jusqu’à présent affecté à Allister Madin, qu’il a alterné avec Adrien Couvez jusqu’à cette prise de rôle non lâchée jusqu’à la dernière), que la souris comptait assister à cette soirée. Car c’était le petit bonhomme de son cours de danse. Le petit poulet parmi les poulettes, en somme. Qui deviendra grand, et qui a recueilli un très franc succès auprès d’un public tout acquis, manifestement découvrant l’oeuvre, et marchant à fond — autant aux blagues qu’à l’âne.

Et puis il y a aussi les new faces dans le corps de ballet, une fois déplumé, et manifestement de danseuses « racisées » très miamesque, ce qui change de plan-plan blanc-blanc-blanc, pour le plus grand plaisir de nos mirettes. Comme quoi, on penserait avoir affaire à du classique abattage quand on se retrouve avec du jeune jeune, et des jeunes anciens toujours très talentueux, bondissants et à croquer. Et après une énième rediffusion (j’ai arrêté de compter), se rendre compte que ce ballet on ne peut plus niais mais malicieux marche toujours autant.

été du Pacifique, suite

Le 2e programme des étés de la danse, qui était donc le 1er, était toujours aussi vide. Avec un meilleur placement, la souris et belle-maman, on se recule un peu pour être un peu plus haut et profiter de la scène en passant sur la grande fosse d’orchestre cette fois vide. Ça débute avec un superbe Christopher Wheeldon, sur la musique de Joby Talbot, « Tide harmonic », avec des mouvements novateurs, désarticulés, des pas de deux, des groupes, le tout dans une ambiance de combinaisons bleu métal sur fond sombre.

Inversement, la deuxième pièce, « Red Angels » d’Ulysses Dove, est très rouge ! Sur la musique de Richard Einhorn, interprétée sur violon électrique sur scène côté jardin, c’est très graphique, aussi très fluide. Après ça, on est préparé pour une tournée des musiques contemporaines « classiques » (Beirut, Andrew Bird’s Bowl of Fire, Alexandre Desplat, Philip Glass, Max Richter, Tom Waits et Kathleen Brennan), qu’Alejandro Cerrudo exploite fort bien dans « Little mortal jump ». Ça foisonne d’idées. On commence par un danseur esseulé qui va du public à la scène avant de se jeter dans la fosse. Puis il y a beaucoup de pantomime, avant de commencer sérieusement… Ou pas. On scratche quand même 2 danseurs sur de grandes boîtes, à un moment. Ça doit certainement raconter quelque chose, de poétique…

Entracte. Cette fois, visite du bâtiment jusqu’au bout (immense, vide, succession de bars sympas accessibles uniquement par le dehors — peu pratique !), et de l’extérieur à l’extrémité, qui donne sur la boule. Pas mal, on aurait quand même pu un peu mieux faire que ce style Palais-des-Congrès toujours un peu froid qui manque de splendeur. Misère des bâtiments modernes.

Bref, retour dans la salle principale (qui n’est donc pas dans la boule) pour un Crystal Pite rempli de bestioles qui grouillent sur la musique d’Owen Belton. Pite est très forte pour les effets de groupe (en l’occurrence une quarantaine de danseurs ! Probablement toute la troupe), et « Emergence » en fait la part belle. Un final en forme de wow, pour un bien meilleur programme que deux jours auparavant, avec une compagnie attachante.

été du Pacifique

J’avais un peu fait mon pré-deuil des étés de la danse. Trop loin, trop cher, pas assez de temps. Même si un jour, aller voir à quoi ressemble la Seine musicale, dont je n’avais aperçu que les fondations, ne serait pas de refus. Et puis l’occasion (et la souris) font le larron.

Quelques euros et une demi-grande traversée de Paris plus tard (même depuis le 15ème, l’Île Seguin est quasi-injoignable, sans compter qu’il faut terminer à pied…), on arrive dans une salle bien trop grande pour ce qu’il s’y joue, qui reste désespérément vide avec les tarifs épouvantables pratiqués (et la distance géographique), malgré les baisses opportunistes via les canaux usuels. Apparemment, c’est habituel. Et si c’est la programme B de la série du North West Pacific Ballet, avec Marina de Brantes et plein d’Américains dans la salle, ça n’a pas suffit. Même avec un vrai orchestre dans la fosse — l’orchestre Prométhée.

La très belle musique de Benjamin Britten en profite d’ailleurs dès le début, avec « Her door to the sky » de Jessica Lang, où les couleurs pastels virevoltent. Un voisin peu content dit que ça fait spectacle de fin d’année. Qu’on le pende. Suit un looooooong précipité, apparemment habituel aussi : manifestement la régie s’entraîne… Le court & beau Forsythe, « Slingerland duet », sur la musique de Gavin Bryars, fait un peu comme ces mignardises dans les grandes tables. Next. Un plat un peu plus complexe à digérer, après un nouveau précipité (et de nouvelles migrations, selon un mouvement gravitationnel), consiste en du Millepied déjà vu à l’opéra, Appassionata, sur Beethoven évidemment (fourni avec pianiste). Le problème supplémentaire est que même en s’étant déjà avancé au maximum de la deuxième partie de la salle, la distance accentue l’effet télévisuel.

Donc, avant l’entracte, c’est plaisant mais peu passionnant. Après l’entracte, la salle est encore plus vide. L’occasion de positionner vers la milieu de la première partie des gradins. Il y a toujours de la place pour les jambes (ce se paie par la distance, étant donné l’absence de balcon), les fauteuils sont toujours médiocrement confortables. Et puis une surprise d’une grosse demi-heure, « Waiting at the station » de Twyla Tharp, une chorégraphe que j’affectionne particulièrement depuis de lointain Étés de la danse (avec l’ABT). C’est une comédie musicale muette (sur du Allen Toussaint), uniquement dansée. Et même si on y comprend rien, c’est fort chouette.

lundi 9 juillet 2018

845ème semaine

Re-Limoges, présentation EMBA, technicien Free qui déclare la mort naturelle de ma Freebox, signature d’une cave (il manquait un bout de l’appartement !), et voilà encore une semaine. La dernière d’un mois de juin hyper-tendu, surchargé au dernier degré : j’ai demandé autour de moi, il semble que le mois de mai chômé ait eu des répercussions sur tout le monde, dans la surchauffe. Espérons que le mois de juillet soit plus censé — pour le moment, j’ai plutôt l’impression que juin déborde un peu…

mort subite du Quixote

Il y a des accouchements plus compliqués que d’autres. Et puis il y a le Don Quichotte de Terry Gilliam, le Duke Nukem Forever du cinéma. « L’homme qui tua Don Quichotte », pour être plus précis, et annoncer déjà dès le titre qu’il y aura de la dérive mise en abyme dans plusieurs tiroirs. Ce film est devenu un tel bordel qu’on commence par les références au procès en cours au moment de sa sortie entre le producteur Paulo Branco et le réalisateur ; et on termine par des dédicaces à Jean Rochefort et à John Hurt, les deux DQ malheureux (surtout le premier ! Et son cheval).

The Man Who Killed Don Quixote ou la méta-métalepse d’un réalisateur en panne en proie avec son producteur, après avoir tenté une première réalisation avortée du film, qui filme un réalisateur en panne (Adam Driver) en proie avec son équipe et plus particulièrement les financiers, alors qu’il tourne un remake de son oeuvre de jeunesse sur le même thème de DQ ; et retrouve le vieil homme qu’il avait embauché (Jonathan Pryce), qui se prend réellement pour Don Quichotte à présent. Gilliam use d’une technique bien connue et usée jusqu’à la corde, qui nous perd dans 2h12 de méandres et patine un bon coup avant de cycler. À se demander si finalement Gilliam n’est pas plus auto-biographiquement projeté en DQ qui mouline et se trompe de cible qu’en Toby. Les deux, certainement. Ça ne vieillira peut-être pas si mal, en fait, parce qu’il n’est pas improbable que ce soit le genre d’oeuvre à moitié ratée qui déçoit au premier abord (surtout après 20-25 ans d’attente !), mais une fois la surprise passée, fasse ressortir ses bons côtés lorsqu’on y retourne. Mais ce serait plus par hasard que par réelle volonté (même s’il y a l’appât Olga Kurylenko).

Finalement, Gilliam a perdu son procès. Pour 10k€ de dommages. Absurde et avorté jusqu’au bout.

Boris soirée en scène

Il y a quatre ans, un Boris Godounov première version de 1869 avait déjà été donnée, à Pleyel. Pourquoi donc raconter partout que c’était une première parisienne, à présent ? Probablement parce qu’à l’opéra de Paris, et plus particulièrement à Bastille, cela n’avait jamais été donné. C’est donc le Modeste Moussorgski version originale en 2h10 que Vladimir Jurowski  a eu à diriger, même s’il aurait encore plus préféré un best of, révéla-t-il dans une grande interview respirant l’intelligence de bout en bout.

Il y avait une sacrée distribution, même si parfois, maladie bastillenne, surtout à la première apparition d’un chanteur, certains ont pu être écrasés.

Boris Godounov           Ildar Abdrazakov
Fiodor                           Evdokia Malevskaya
Xenia                            Ruzan Mantashyan
La nourrice                   Alexandra Durseneva
Le prince Chouiski        Maxim Paster
Andrei Chtchelkalov      Boris Pinkhasovich
Pimène                          Ain Anger
Grigori Otrepiev            Dmitry Golovnin
Varlaam                        Evgeny Nikitin
Missaïl                          Peter Bronder
L'aubergiste                  Elena Manistina
L'innocent                     Vasily Efimov
Mitioukha                      Mikhail Timoshenko
Un officier de police      Maxim Mikhailov
Un boyard, voix dans la foule   Luca Sannai

Le point faible était très clairement la mise en scène de Ivo van Hove, comme démoulée trop tôt, usant de trois bouts de ficelle et d’un escalier pour économiser et investir dans de la vidéo qui n’était pas en temps-réel, réussissant mieux les effets de foule, à court d’idée sur les costumes (alors que la scène du couronnement est à l’inverse très belle, et très costumée). C’est vraiment dommage de se rater à ce point. Un peu comme la commercialisation : assez facile de se replacer avec une place à 5€, un bon quart de la salle étant inoccupée. Paris, c’est l’art de faire les choses à moitié. Au moins, c’était une très bonne moitié — et la principale, au demeurant.

lundi 2 juillet 2018

844ème semaine

Une semaine encore passée à toute vitesse, avec un deuxième salon cloud, une deuxième virée à Limoges, et au milieu de tout ça, deux rendez-vous commerciaux d’appartements neufs, dont un qui s’est terminé par une signature. Stay tuned. Moulin cherche belle meunière.

Tarkovski sacrifié

Le dernier Tarkovski, très christique, reprenant les images du Miroir, la hantise de l’apocalypse nucléaire de Stalker, la quête mystique de Nostalghia ou encore les défilés d’icônes contemplés de Andrei Roublev, n’est pourtant pas celui que l’on retient le mieux, si ce n’est deux scènes : l’accouplement en lévitation ; la maison qui brûle (deux fois, ai-je appris dans un excellent bouquin au forum des images : la caméra s’étant enrayée, il a fallu reconstruire, et rebrûler ; l’état psychologique des acteurs, à la fin du film, est bien réel). « Le Sacrifice » a bien des niveaux de lectures. Je me demande si ce n’est pas un peu autobiographique, du moins testamentaire, car le réalisateur se savait condamné (toute l’équipe de Stalker a péri, essentiellement de cancer). La dédicace va d’ailleurs à son fils. Il m’a frappé aussi de constater la filiation avec Melancholia de Lars Von Trier. Mais le sacrifice se fait au dépend du nihilisme et dans un acte de foi salvateur ; c’est du moins ce que laissent penser les indices surnaturels, qui à moins d’être tous imaginés par le protagonistes (l’option interprétative restant ouverte), font pencher vers cela la balance. Après tout, la première caractéristique d’un penseur n’est-il pas de douter ?

Il n’en reste pas moins qu’esthétiquement, comme à l’accoutumée, c’est très beau. Sur petit grand écran au quartier latin, cela rend fort bien (même si l’on se passerait bien de quelques voisins… La philanthropie a ses limites). Tarkovski est décidément un cinéaste extraordinaire, une des grandes révélations de ma vie.

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