humani nil a me alienum puto

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dimanche 18 août 2019

Sally paumée

Le jeu de paume accueille une exposition Sally Mann jusqu’en septembre, et il était donc temps de s’y presser avant la rentrée surchargée. Les célèbres photos familiales esthétisées de ses enfants généralement nus sont assez rapidement expédiées en deux petites salles initiales, et rapidement « a thousand crossings » passe sur les autres thèmes plus méconnus de Sally de Virginie, une idéaliste philanthrope rentière au milieu du racisme du Sud, découvrant que l’Eden peut cacher aussi bien des vilaines choses — et pas seulement du passé.

Paysages capturés au collodion, avec vraies fausses tâches et imperfections souhaitées, autres paysages chargés d’histoire mais cette fois d’un réalisme saisissant — quoique toujours en noir et blanc, comme tout le reste de l’exposition d’ailleurs —, et de nouveau ses proches, celle qu’elle considère comme sa mère, la servante (noire) Virginia — décidément, et nom aussi donnée à sa cadette —, son mari qui souffre dans sa vieillesse de déformations musculaires, et puis des portraits, encore au collodion, avec très longues pauses de nouveaux de ses enfants. Il y a de grands formats, et quelques vidéos documentaires. Sally Mann face B, on peut se sentir un peu perdu quand il n’y a pas les grands « hits » de la photographe.

Au rez-de-chaussée, Marc Pataut fait aussi dans le grand format généralement en noir et blanc, mais cette fois il alterne entre le gauchisme engagé et les corps déformés — dérangeant. Pourquoi pas, mais on ne serait pas forcément spécifiquement venu pour cela.

902ème semaine

Toujours pas sec, le bras. « On voit des ponts osseux » me dit interne n°5, qui a l’air de lire les radios comme autrefois on le faisait avec les entrailles de volatiles divers. Pas convaincu. La ligne bien droite en haut de l’humérus est toujours la même que trois semaines auparavant — et qui avait valu un mois d’ITT supplémentaire… Et ça se sent sur les mouvements latéraux qui impliquent un moment physique important — ou en soulevant une altère d’un poids démentiel de 200 grammes…  Pas gagné ! Tant pis, reprise du boulot à venir dans cet état-là, en faisant attention à ne pas se refaire une fracture au même endroit…

GPA sans PMA

« Дылда » (la perche, traduit en « une grande fille ») est le portrait d’une jeune fille russe après la seconde guerre mondiale — surnommée « dylda », traduit en « la girafe ». Kantemir Balagov, 30 ans, capte l’âme russe comme on ne sait le faire que là-bas. Ou comme me le répète mon binôme : « c’est glauque ! ». Il faut de jolies filles et des garçons moches, un climat rude et un décor déprimant, peu de dialogues, beaucoup de secrets, et de temps à autre, après s’en être pris plein les dents, une explosion de rage qui ne criait gare. Pour héroïnes, on a Viktoria Miroshnichenko et Vasilisa Perelygina, qui ont manifestement autant d’expérience que le réalisateur-scénariste, ce qui ne semble pas non plus les gêner outre mesure. La première est une grande blonde longiligne très introvertie qui souffre de crises toniques d’épilepsie, c’est-à-dire qu’elle se raidit totalement et soudainement de manière aléatoire. La seconde, de retour du front plus tard, est une rousse tonique extravertie manipulatrice.

Les deux amies se reconstruisent en accumulant autant de secrets qu’elles n’en avaient avant, ce qui n’est pas peu dire. Et comme les circonstances le commandent, la rousse veut faire faire un gosse à la blonde. On devine ce que ça donne à la fin des années 1940 en l’absence de PMA (le plan à trois le plus épouvantablement perturbant de l’histoire du cinéma). On se demande si elles vécurent heureuses et eurent beaucoup d’enfants…

Un film glauque, dérangeant, russe en somme (trop ?), certes, mais tout de même un sacré morceau de pellicule qui ne laisse pas indifférent…

mardi 13 août 2019

901ème semaine

Retour au boulot, le vrai, de nuit. D’ailleurs les bugs n’attendent pas — et l’agenda prévisionnel commence à se remplir à ras bord. Jolie récupération de la motricité générale, sinon. Mais douleurs qui laissent présager que ce n’est pas bien sec. Officiellement, toujours arrêté mais c’est le début de la fin !

pourras-tu jamais me pardonner ?

Ça ne sonne pas si mal, comme traduction littérale ! Mais « can you ever forgive me? » fait partie de ces films qui ont souffert d’une traduction plus libre pour des raisons marketing finalement totalement vaines. Déjà parce que « les faussaires de Mannhatan », ça sonne comme les braquages à l’Italienne, à l’Anglaise, à on je ne sais quoi. Bref, ça dessert plus qu’autre chose. En plus c’est faux, de faussaire il n’y en a qu’une,  une vraie, (feu) Lee Israel, auteur de biographies reconnue mais non connue, pointue et spécialiste, totalement introvertie, totalement acariâtre, misanthrope, alcoolique, mal aimable, cultivée et grossière, à l’hygiène plus que de douteuse — son binôme est de la même eau, tout aussi gay, mais il est encore plus branleur tout en étant plus dandy et déluré.

Qui dit Mannhatan, de nos jours, pense 30k$ du m2. Mais à l’époque, début années 1990, la 82e (qui est pile à hauteur du MET, pour info), c’est plutôt pauvre — côté Ouest ? Pour s’enrichir, il suffisait d’acheter et d’attendre. Mais Lee Israel est au bord du gouffre financier, et c’est à ce moment qu’elle se découvre un don : pouvoir écrire de la correspondance comme celle d’auteurs côtés ; en tant que biographe, elle connaît parfaitement les vies, styles, et avec un peu d’astuces, ça passe comme une lettre à la poste. Elle en fera dans les 400, en tout. Un tas de pognon, avant de se faire pincer.

Melissa McCarthy dans le rôle de l’anti-héroïne et Marielle Heller derrière la caméra forment un tandem (complété par Richard E. Grant) fort prolifique, pour l’adaptation du roman autobiographique de Lee Israel. Mais il ne semble pas que le film ait réussi à se vendre : dommage, lui au moins était original !

mardi 6 août 2019

900ème semaine

De nouveau en retard sur le blog = de nouveau sur pied ! Ou presque. Via un détour sur Marseille, échappée miraculeusement de la canicule, pour apprendre que mon coeur va très bien, lui. Et faire quelques exercices de gestion du bras, qui donnent de bons résultats, même que la kiné a déclaré : « mais vous n’avez pas besoin de moi en fait ! » Presque, presque…

Memphis sous blue moon

Jim Jarmusch bénéficie d’une ressortie dans les salles parisiennes d’une partie de sa filmographie, parfois restaurée, comme c’est le cas de ce « Mystery train », qui amène à Memphis, patrie d’Elvis et autres. D’où la sélection orientée de mon binôme. Comme chez tout bon Jarmusch qui se respecte, et même les paléojarmuschs, il y a des images magnifiques, de la langueur, et comme cela arrive parfois, un découpage systématique du film, ici en trois histoires liées et titrées. D’abord un jeune couple improbable de voyageurs japonais, rock’n’roll de Yokohama (Masatoshi Nagase/Youki Kudoh). Ensuite une belle Italienne (Nicoletta Braschi) manifestement friquée, qui semble en transit avec son mari en bière ; elle loue finalement une chambre voisine du même hôtel que les Japonais. Enfin, trois jeunes locaux éméchés qui dérapent, dont l’ex et le frère (Steve Buscemi, déjà abonné du rôle !) de la room mate opportune de l’Italienne précédente, qui finissent eux aussi dans le même hôtel. Tout converge sur « Blue Moon » d’Elvis, qui passe à la radio au milieu de la nuit.

Du vrai bon Jarmusch d’appellation d’origine contrôlée.

oeuvre sans Gerhard

Dans la deuxième partie de Werk ohne Autor, on retrouve évidemment notre héros Tom Schilling, et toujours Paula Beer, nouvelle muse à forte ressemblance de tante Ellie, dont on apprend que son père est celui qui a commandé l’assassinat légal de ladite tante ancienne muse. C’est fort tiré par les cheveux, pour la peine. On retrouve donc encore Sebastian Koch en glacial médecin nazi, où sauver une vie et en prendre un sont tout aussi envisageables. Mais surtout, il y a la décision de fuir à l’Ouest.

Kurt décide encore une fois de tout sacrifier. Il repart de la feuille blanche, parce qu’il sait qu’il n’a pas trouvé, alors même qu’il a pensé avoir trouvé. Destruction créatrice de l’auteur, et long processus du « devenir soi », comme on dit, de trouver sa voie/voix. Il part donc dans l’endroit le plus loufoque de l’époque — Düsseldorf, avec son lourd passé dans ses légères valises. Séance en monde « the cube », chez les frappés de l’art contemporain. Il va essayer plein de trucs et bien lutter dans la précarité, hésitant même à devenir Pollock, avant de devenir enfin Gerhard Richter. « Mais c’est Richter !? » Ciel ! On l’avait effectivement entraperçu lors de la bande annonce. D’ailleurs, le titre Werk ohne Autor vient d’une critique adressée à l’oeuvre de Richter, dans le sens que les photos banales mises en peinture n’ont pas la touche habituelle de la vision de l’auteur. Et pourtant, de tout l’art contemporain, s’il me fallait garder une chose, ce serait bien cela ; à chaque fois que je tombe dessus (dernièrement au Met), c’est toujours impressionnant.

Nous avons donc un « parabiopic », un film qui réinvente la vie d’un artiste, artiste d’ailleurs pas du tout cité au générique (la souris, qui a adoré, n’a aussi rien vu), ce qui laisse comprendre un arrangement explicite — et je ne vois rien à ce sujet non plus ! Tout ce que cherche Kurt, c’est l’authenticité, le vrai (une sorte de pureté de la réalité, dans toute son impureté ?), parce que comme lui disait sa tante, tout ce qui est vrai est beau, et même la performativité des chiffres du loto peut l’être. Eh bien trouver du vrai, ce n’est pas de la tarte ! Et c’est probablement aussi ce que cherche Florian Henckel von Donnersmarck, l’authentique. Et comme Kurt, il le fait parce qu’il le peut — techniquement. L’a-t-il atteint ? La dernière scène, qui fait écho à l’une des toutes premières et remue profondément dans sa simplicité même, le prouve.

oeuvre sans fin

« Werk ohne Autor » a été distribué en France sous le nom « l’oeuvre sans auteur » (jusqu’ici tout va bien) et en deux parties, coupant en deux les 3h10, de manière bien brutale. Quelle étrange idée. De fait, il faut jongler difficilement avec la programmation des séances pour enchaîner les deux dans la même salle du mk2, avec un pause absurde entre les deux.

La première partie, donc, suit la genèse du jeune Kurt depuis sont enfance chez les nazis jusqu’à un début d’apprentissage chez les communistes. Florian Henckel von Donnersmarck, découvert dans « la vie des autres » et n’ayant réalisé qu’un deuxième long métrage depuis, dépeint merveilleusement — si l’on puit dire — l’atmosphère particulière de l’époque, où le fils d’ami de famille peut vous dénoncer et enclencher une machine bureaucratique bien huilée menant au four crématoire. À peine s’est-on attaché, comme le petit Kurt, à la jeune, jolie, passionnée et border line tante Elisabeth, incarnée par la sublime Saskia Rosendahl (que j’ai confondu avec Paula Beer ! Il y en a donc deux outre Rhin !!), que le drame se précipite. Finie l’innocence relative de l’écosystème embrigadé qui dénonce l’art dégénéré en l’exposant : on meurt, beaucoup, atrocement. Ambiance.

Et puis Kurt grandit et devient Tom Schilling. Chez les cocos, on a le même discours peu ou prou que chez les nazis, en tout cas ça revient au même. Être un artiste, à ce tarif-là, c’est rester dans les clous. Le chemin est tracé. On y trouve Ellie, Paula Beer (la vraie cette fois), extrêmement épousable comme toujours. Mais Kurt n’est pas à l’aise avec ce qu’il fait, même s’il jouit d’une grande reconnaissance…

Si la première partie de cette première partie est forte en émotion — la mise en scène de la chambre à gaz, crue dans sa réalité, semble être aussi peu courante que la belle exposition de la transformation du lambda à machine à gérer, enfermer, mutiler et tuer son prochain —, la seconde a un petit coup de mou, à la limite du style téléfilm, qui s’est payé cher chez nos critiques nationaux jamais contents, voyant un gâchis par rapport à ce qu’aurait pu faire un Fassbinder. Peut-être, mais ça me semble fort injuste. On n’a qu’une envie : voir la suite.

mercredi 24 juillet 2019

899ème semaine

Enterrement classe première pour ma tante. Normalement, un enterrement, c’est famille proche qui a pu se libérer et quelques amis. Soit une vingtaine de personnes, grosso modo. Plus on est vieux, plus on est oublié et moins on a d’amis (qui ont eux-même claqué), faut-il dire ; et les familles se sont rudement resserrées. Mais à 60 ans tout pile, on jouit encore d’un Dunbar généreux, et trois inspecteurs de l’éducation nationale pour deux discours, ce n’est pas tous les jours. Un choeur — amateur, qui n’a pas chanté des bondieuseries si faux que cela. Un organiste — aveugle, synchronisation épique avec le programme retravaillé plusieurs fois. Une flûtiste, un violoniste, un saxophoniste (formidable), excusons du peu. Deux discours, un de mon cousin à l’arrache pas mal, un de ma jeune cousine avant cela qui était vraiment bien fait et dit (malgré quelques maladresses de jeunesse, mais quel exercice, et à vrai dire, quelle surprise d’intelligence !). Et une bonne centaine de personnes dans l’assistance. Un truc incroyable quand tout un chacun est passé devant le cercueil. Ça a duré longtemps, très longtemps.

Finalement, « mourir jeune », c’est aussi mourir en rock star avec certains avantages. Je dis depuis longtemps qu’il est plus difficile de réussir sa mort que sa vie. Quand on n’est plus là pour superviser, ça peut rapidement tomber dans le médiocre (ou se faire totalement zapper, comme ce pauvre Prokofiev, mort le mauvais jour). Hé bien là, c’était aussi émouvant parce que outre les circonstances tragiques et soudaines (le matin même, elle jouait de l’orgue dans cette même grande église imposante, et fit un malaise fatal en montant un meuble Ikea fraichement acheté juste avant…), voir autant de monde rendre un si bel hommage (et régler quelques comptes au passage), en pleine semaine (un samedi, il y aurait eu tout un tas d’organistes en plus), en pleine période de vacances (idem), avec une notification si courte, c’était juste beau. Tout simplement.

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