humani nil a me alienum puto

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mardi 20 février 2018

c’est donc ton Freire

Il est vrai qu’on se dit, à se galérer sous la neige, à risquer sa vie (ou son menton) sur les pavés glissants, pourquoi diable avoir pris cette place. Certes, c’est Nelson Freire, mais est-ce si original que cela ? À la Philharmonie, replacé un peu haut mais assez idéalement (d’autant que les pianistes en récital ont tendance à être bruyant), l’accueil est au paiement du programme papier — production piano 4 étoiles, service 1 étoile. On découvre donc au fur et à mesure, en aveugle.

Et puis tout à coup ce son rond et envoutant, dès les Bach remixés (Prélude pour orgue BWV 535 par Alexander Siloti, Ich ruf' zu Dir, Herr Jesu Christ et Komm, Gott Schöpfer, heiliger Geist par Ferrucio Busoni, et Jésus que ma joie demeure par Dame Myra Hess), puis avec la Fantaisie op.17 de Schumann. On a bien fait de venir, finalement.

Dans l’éclectique, on enchaîne sur Vier Klavierstücke op. 119 de Brahms. Puis sur du Debussy : La plus que lente et Children's Corner VI, Golliwog's Cakewalk. On zappe : Evocación et Navarra d’Isaac Albéniz. Ça annonce le bis du même : Tango op. 165 n°2. Et pour le second, on prend totalement autre chose : 6 Pièces Lyriques « Weddig day at Troldhaugen », de Grieg. Et pour finir, la transcription favorite de Nelson Freire pour les rappels, la Mélodie d’Orphée et Eurydice de Gluck.

Une sorte de best of, en somme.

825ème semaine

L’enfer de la neige. Heureusement, ça n’a pas trop duré. Il y a trois ans, j’avais pu y échapper en étant à Hong Kong. Je présume qu’il faut parfois faire preuve de malchance. Évidemment, Paris bloqué, dans un état pitoyable. Salon des entrepreneurs un peu compliqué à arpenter. Danger au tournant. Sortie indemne.

rare repos

Il faudrait bien plus qu’une tempête de neige pour rater un requiem de Campra. En plus de dix années de concert, il me semble bien que c’est bien la première fois que j’en entendais un vrai. Et pourtant, dans mon coffre requiem, révélation CD de mes douze ans dans ma province, c’était en bonne position. La sérendipité.

Pour débuter le concert, sur une période assez proche, il y avait du Rameau, In convertendo. Les Talens Lyriques s’échauffent. Christophe Rousset a sa veste asymétrique (un tailleur s’est bien fait plaisir, mais je ne suis pas bien sûr du résultat). Puis Marc-Antoine Charpentier, Symphonies pour un reposoir H.515. C’est bien beau, mais on trépigne. Après l’entracte, toujours bien replacé en centre-couloir de parterre impair de la Philharmonie, idéalement donc, c’est le Requiem d’André Campra, avec Caroline Arnaud (dessus I), Eléonore Pancrazi (dessus II), Philippe Gagné (haute-contre), Emiliano Gonzalez Toro (taille), Douglas Williams (basse taille) et le Choeur de chambre de Namur. On en ressort assez tout chose. En bis, rebelotte de l’Introït. On ne saurait s’en lasser.

only Kaija Saariaho remains

Cela faisait longtemps qu’il n’y avait eu une création de Kaija Saariaho à l’opéra de Paris. De manière fort étonnante, non seulement cela se passait à Garnier, mais en plus les quelques représentations étaient très remplies, malgré des tarifs toujours aussi élevés. Après l’entracte, pour la dernière, il y avait cependant moins de monde, à commencer par les bruyants jeunes chinois du dernier étage. C’est que « Only the sound remains » est très nippon : Ezra Pound et Ernest Fenollosa ont adapté en anglais deux pièces du théâtre nô japonais, Tsunemasa et Hagoromo. Dans la fosse, Ernest Martínez Izquierdo dirige adroitement des musiciens scandinaves rompus à cette musique bien particulière : un quatuor à cordes, une flûte, une percussion et un kantele ; plus un quatuor vocal, lui aussi adepte des sonorités étranges.

La mise en scène de Peter Sellars est un monument de dépouillement et joue sur le fading avec une esthétique bien travaillée. Dans la première partie, première pièce de nô, le Priest Davone Tines rencontre le Spirit de Tsunemasa (peut-être), Philippe Jaroussky. Ils interagissent jusqu’à une scène de libation spirituelle gay fort réaliste. Dans la seconde partie, seconde pièce de nô toute aussi mystérieuse, le premier est un Fisherman qui trouve un voile, le second un Angel qui veut le récupérer, et une danseuse complète le trio (Nora Kimball‑Mentzos).

Le Japon scandinave. Il faut parfois croiser l’improbable pour avoir de beaux bébés. Kaija Saariaho confirme qu’elle est non seulement une très grande compositrice, mais qu’elle marquera sans doute l’histoire de la musique.

lundi 12 février 2018

824ème semaine

Il faudrait que j’appelle tout un tas de gens pénibles pour gérer tout un tas de conneries pénibles de bureaucratie pénibles. J’en ai fait quelques uns. Il faut en laisser, sinon on risque de s’ennuyer. Et puis il en revient tout le temps, des galères administratives de ce système mal fichu, encombré, empilement de tout ce que les imbéciles du passé se sont sentis obligés de nous laisser, au grand régal de toute la nuée de nuisibles involontaires, toute cette population qui se régale du papier, du classement d’un désordre inutile que leur propre race a créé. Ils se nourrissent jusqu’à l’écoeurement et mourront d’indigestion, à terme. Ce qui serait parfait s’ils ne nous gavaient pas, nous autres les quelques rares productifs, jusqu’à l’épuisement. Il faut tenir. Et produire — donc coder. Si je code, j’existe encore.

roue du sort

Woodie Allen réalise encore. Apparemment ce n’est pas l’âge qui l’atteindra mais le néo-maccarthysme en vogue. En attendant, on a « Wonder Wheel », avec Kate Winslet principalement (Ginny, comédienne ratée, mère larguée, alcolo sur le retour, bataille dur), entre James Belushi (Humpty, tout aussi alcolo, soupe au lait, mais bon bougre dans le fond) et Justin Timberlake (whaaaaat ?), notre Mickey-narrateur. Comme on aime bien faire des doubles triangles qui partagent la même base, on rajoute Juno Temple, ravissante Carolina qui a déjà perdu la tête par le passé en s’acoquinant avec un mafieux, alors maintenant ça va mieux. Attention, risque de tourner en rond, la roue de la fortune sert autant l’amour que la mort — et du gamin pyromane sur plage —. Au pays des merveilles en toc de Conny Island, on ne rit pas tous les jours, avec ces personnages enfermés dans eux-mêmes, sans échappatoires réels. Du Allen mélancolique et dépressif, dans une lignée déjà bien exploitée, mais qui continue étonnamment de fonctionner.

Khatia-noisette

Khatia Buniatishvili nous fait aimer le piano sensuel et charnel. Comment fait-on pour être de ces places juste derrière, le piano, où les effluves devaient caresser doucement les narines ? Avec des tarifs tout à fait acceptables, la salle était bien pleine, mais on pouvait tout de même trouver un petit trou idéalement placé — centre légèrement jardin, pour tout voir. Au programme de la première partie : Sonate n° 3 de Brahms. Et après l’entracte, une retranscription par Mikhaïl Pletnev (ah ?) de Casse-Noisette de Tchaïkovski. Il manquait des flocons pour parfaire le tableau, alors que la neige commençait à tomber au dehors. Enchainement sur son chouchou Franz Liszt, avec la Mephisto-Walz n° 1 puis la Rhapsodie espagnole. On est dans du khatiesque, jusqu’aux deux derniers rappels : Rhapsodie Hongroise de Liszt et Clair de lune de Debussy. Clair de Khatia.

Goerne de chambre

Matthias Goerne et le Kammerorchester Basel, c’est une histoire d’amour qui dure — 2011, 2014… Toujours à la Cité de la Musique, d’ailleurs, avec les mêmes tarifs modérément élevés — impossible de s’en sortir pour 10€, il faut en 30 ou 40 (avant : 26 ou 32. L’inflation…). Mais le programme est étrange, pour le moins : deux tranches de Schubert entre deux tranches de d’un Mozart particulièrement inutile. La Sérénade n°9 en ré majeur « Posthorn » K 320, mouvements 1-4 en ouverture et mouvements 5-8 en clôture, semble avoir été écrite pour remplir un CD de l’intégrale. Pas très passionnant. Ça s’écoute, ça fait passer le temps. On ne venait pas pour ça — et une partie du public a prématurément fui une fois Matthias parti.

Évidemment, on venait pour le chant. Au coeur de la meule, Lieder pour baryton et orchestre de chambre, arrangement Alexander Schmalcz, de Franz Schubert : Des Fischers Liebesglück D 933 (sur un texte de Karl Gottfried von Leitner), Das Heimweh D 851 (texte de Johann Ladislaus Pyrker), Ganymed D 544 (texte de Johann Wolfgang von Goethe) ; et après l’entracte, Abendstern D 806 (texte : Johann Baptist Mayrhofer), Pilgerweise D 789 (texte de Franz Adolf Friedrich von Schober) et enfin Alinde D 904 (texte de Johann Friedrich Rochlitz). Sublime. Surtout Des Fischers Liebesglück, localisée sur le CD 1 du coffret, pour les rediff à domicile. En attendant, sur Youtube, il y a paléo-Dieu Dietrich Fischer-Dieskau pour une interprétation bien différente.

lundi 5 février 2018

823ème semaine

London, le retour, après un an que je n’ai même pas vu passer. Et pourtant, on est toujours comme à la maison. Toujours pas de réseau téléphonique dans cet abominable métro trop ancien, mais qui au moins ne pue pas, ne dégouline pas, et jouit d’une équipe réactive en cas de soucis de surcharge. Et ce salon, immense. Et ces gens qui savent faire du business. Et ces trottoirs tout droit, tout beaux. Ces musées (V&A) qui font des nocturnes hyper fun, avec de la lumière, de la musique, des happenings. Et même quand on paume un truc dans le bus, on le retrouve ! Je suis amoureux fou de Londres. Même m’y ennuyer, j’aime. On ne se voit pas assez.

(Mais je pense quand même préférer Hong Kong.)

it must be so

J’ai vu un peu tard ce Jephta à Garnier, et il ne restait plus beaucoup de possibilités. Mon binôme trouvant deux places le dimanche, hop, une quatrième loge, pas si dégueue à 25€. Joli angle pour profiter de la jolie mise en scène de Claus Guth : en mode grisaille mais avec des vidéos (avec utilisation de flashs pour faire de l’animation), et des choses coulissantes (bureaux, lit, chaises, lettres). Bon, parfois c’est un poil criard (les ballons, le flux de « lumière » jaune), et l’usage de lettres composant « it must be so », formule extraite du livret (by Thomas Morell) de l’opéra de Haendel, devenue marotte du metteur en scène, tourne passablement au ridule à force d’être usé jusqu’à la corde. Mais franchement, c’était pas mal, il n’y avait presque pas de nazisme pour une fois (surtout que ça cause Juifs : il y avait de forts risques…). « So far, so Guth » a smsé le voisin de devant, épatant Hinata-chan, qui ne doit pas beaucoup lire mon blog (et bizarrement pas celui de la souris non plus).

Le réel problème est que la mise en scène allait parfois à l’encontre du livret et de la musique, en montrant du très sombre (mode : la guerre c’est mal il y a des morts partout plein de sang) alors que ça chantait bravoure, courage et victoire. En réalité, c’est que la seconde partie était spoilée dès le début — notamment avec le personnage féminin d’Iphis (appétissante Katherine Watson), qui se promenait en double pré-égorgé. Mais justement, c’est dans la seconde partie que brillait notre héros, le bel Ian Bostridge : c’est que Jephtha a fait un TOC divin stupide, à zigouiller la première personne venue, et pas de bol ça tombe sur sa fille. Et il must be so. Va savoir. Il a raté l’épisode d’Abraham.

On devine que l’action dans la fosse de William Christie et de ses Arts Florissants est déterminante, quand l’action qui tient en trois lignes s’étire sur trois actes et trois heures… Tout autant qu’une toujours très sûre Marie-Nicole Lemieux (Storgé, épouse-mère), complétée de Tim Mead (Hamor, dindon de la farce, le vrai perdant dans l’histoire), Philippe Sly (Zebul, intermittent du royaume) et Valer Sabadus (Angel, ailé). Et de très beaux choeurs.

C’est que c’est de la très belle musique. Avec des intermèdes additionnels par torture de piano — faute de se faire Iphis —, dont on ne sait pas trop à qui cela est dû, mais probablement pas à Haendel. Pas mal trouvé, ceci étant. Et vu d’en haut, assez ludique. En bonus : le surtitrage était aussi en anglais, ce qui a permis de suivre ce que chantaient réellement les quelques protagonistes. Une fort belle après-midi baroque, avec effet durable.

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