humani nil a me alienum puto

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mardi 18 septembre 2018

855ème semaine

Suite de la semaine parisienne au lieu de new-yorkaise, pour courir après les prêts bancaires et les Apple Store. Tout en développant quelques fonctionnalités. À part ça, rien de forcément bien excitant…

traitement de cheval

Avec « Première année », on s’est demandé si Thomas Lilti ne faisait pas un prequel de son très bon Hippocrate. Première année de médecine — la fameuse, l’éprouvante, la terrible. On y retrouve en effet Vincent Lacoste, mais cette fois ci en duo avec le tout aussi bon William Lebghil. Ce n’est pourtant pas le cas, mais y retrouve des traces narratives. En revanche, avec 1h32, pour attirer le public — essentiellement jeune, on aurait dit la sortie des classes de Paris 7, au MK2 —, il a dû spoiler dans les grandes largeurs à coup de matraquage de bande-annonce. Et c’est ainsi que le cinéphile qui a vu plusieurs fois le très bon teaser, ne trouve plus grand chose à se mettre sous la dent : un peu éventé. Les grandes salles d’examen évoquent de la nostalgie chez les étudiant(e)s franciliens du public, on a de beaux moments Bourdieu, ça fonctionne très bien dans l’ensemble, mais il manque un petit quelque chose. C’est en tout cas entre le mélodrame (avec des dimensions de destinée/vocation et d’amitié) et la comédie, ce qui en soit est toujours une réussite appréciable. Et un fort bon moment à passer.

la fabrique des nurses

Avec « De chaque instant », Nicolas Philibert, produit par les films du Losange, fait un peu du Wiseman : je pose ma caméra et je ne dis rien, je rassemble beaucoup de matériel pendant une longue période puis je raccourcis le tout dans l’ordre chronologique. Le tout dans un milieu très particulier, et en s’attachant plus particulièrement à quelques personnages. Nous sommes donc dans une école d’infirmiers et d’infirmières (on respecte bien la parité !). On y apprend les gestes, la déonto, les bases de la médecine aussi. Il y a des jeunes mais aussi des personnes déjà aide-soignantes ou que l’on soupçonne en reconversion. C’est déjà fort intéressant de voir comment cela se construit, ces petites mains indispensables, ces besogneux à qui l’on confie les tâches les plus diverses, les plus importantes au quotidien du patient, et parfois aussi les plus éprouvantes.

Mais au-delà, ce qui frappe, c’est le bain d’humanisme. Voire d’humanité, avec une pointe d’idéalisme quelque part. Mais on se trouve au niveau du moule. Quand on immerge les pioupious dans des services, certains en ressortent transformés, subjugués ; d’autres sont traumatisés, lessivés plus par la mauvaise ambiance qu’ils ont pu subir que par le travail lui-même — et encore, la séquence de debrief d’un infirmier stagiaire dans un service cardiaque où il a partagé les derniers moments de quelques personnes est déjà assez éprouvant à entendre, alors on n’imagine pas quand on le vit. Ça pleure. Étrange paradoxe de ces personnes sensibles qui doivent se montrer encore plus fortes que tout un chacun.

Un reportage très sensible, avec des moments qui donnent le sourire — on remarque l’humour qui les unit dans l’adversité. C’est vivant.

Kurosawa et les 3 bouts de ficelles

Kurosawa, c’est le type à qui tu donnes un budget maigrichon, même pas du maquillage, et il te fait n’importe quel film à tendance fantastique-flippant. C’est presque du théâtre filmé, mais avec 3 ou 4 localisations de vrai décor. Il faut trouver de très bons interprètes, en revanche, parce qu’il n’y aura pas les effets spéciaux et la post-prod pour venir corriger ou réécrire le truc.

N’empêche que ça marche. Je ne sais pas si « Invasion » est lié aux films américains du même nom (original et remake), mais il semble reprendre la même idée : quelque chose qui ne tourne pas rond chez de plus en plus de personnes, trahissant une invasion prochaine d’extraterrestres. Ceux-ci mènent en fait une étude anthropologique préliminaire, à travers le langage et les concepts associés (ce qui est passionnant d’un point de vue philosophique, noterons-nous au passage !).

Well done.

mardi 11 septembre 2018

854ème semaine

De la banque et du code. Du code et de la banque. Oh, et un vol pour NY annulé à l’arrache. Gggrrrr… (Iberia/Level via Omega : service client à chier par ailleurs. Préparez le chèque, ça va saigner.)

fenwick et manitou

L’affiche de « valse dans les allées » (In den Gängen) fait clairement référence à Toni Erdmann, dont on reconnaît l’actrice principale Sandra Hüller. Et c’est ainsi que le film pose cette épineuse question : peut-on remplacer le cupcake par le chariot élévateur ? Sacré challenge.

L’Allemagne, c’est quand même un autre monde — celui du komische. Comment classer cette romance dramatique à caractère social ? Ni vraiment dans l’un, ni vraiment dans l’autre. « Film de chariot » ? (Le chariots élévateurs de feu, ça aurait pu être un chouette titre, aussi) L’action (ou l’inaction, c’est selon) se déroule essentiellement dans un grand magasin d’entrepôt, type Metro (chaîne allemande, d’ailleurs). Notre héros bourru (rares lignes de texte, marmonnées dans un germain incompréhensible — déjà que l’accent de l’Est est à couper au couteau d’une manière générale), Franz Rogowski, apprend le métier du rangement des allées de victuailles sur palettes avec Peter Kurth (à pleine plus bavard), et s’amourache d’une mystérieuse fille pas simple — rayon confiserie, un vrai challenge entre classes sociales silotées.

Ça interloque. Pourquoi pas. On ne pourra pas reprocher un manque d’originalité. Avec 2h05, Thomas Stuber aurait peut-être pu faire un peu plus court. Un film à portraits (bien ancré en ex-Allemagne de l’Est, ce qui ne manque pas d’intérêt).

les serres en plastique brulées

« Burning » est adapté d’un bouquin de Murakami — « Les granges brûlées » —, et apparemment ça se sent, même si l’on est transposé en Corée (où le titre est : « Buh-Ning » — c’est suspect !) : lorsque l’élément perturbateur arrive tardivement, l’ambiance suspicieuse étant déjà plus ou moins installée, alors qu’il ne se passe pas grand chose, les hypothèses se multiplient jusqu’à générer un biais ambigu. Et la fin tranchante, pourtant du côté du plus probable, laisse dans un état de doute définitivement inconfortable, savamment noué durant 2h28 d’une réalisation qui se doit d’être impeccable pour ne pas susciter l’ennui. Le mérite revient donc autant au réalisateur Lee Chang-dong et à sa co-scénariste Oh Jung-mi, qu’au triangle d’acteurs : Yoo Ah-In, Jeon Jong-seo (très mignonne) et Steven Yeun (très beau). Un beau film assez inconfortable, quand on y repense.

mardi 4 septembre 2018

853ème semaine

Retour en cours ! Pendant que les banques une à une m’envoient chier, malédiction de l’entrepreneur à qui on viendra lécher le cul une fois qu’il aura montré aux charlots de ce monde qu’il vaut bien mieux qu’eux, il faut retourner aux fondements : un cours bonus de supply chain, trou dans la raquette de mon EMBA enfin comblé. Passionnant. L’avenir appartient à ceux qui savent. C’est toujours mon pari.

à consommer avant expiration

C’est la souris qui a repéré et insisté pour aller voir Chesil beach, et j’ai bien compris qu’elle avait dû lire le livre de Ian McEwan avant. Si l’écrivain signait aussi la fidèle adaptation cinématographique, à un changement de fin près, ni la réalisation de Dominic Cooke, ni les prestations de Saoirse Ronan et Billy Howle n’ont semble-t-il emporté l’’enthousiasme de la critique, et le film semble rapidement se diriger vers la sortie des salles — reproche étant fait au classicisme du réalisateur, plus qu’au talent indéniable des interprètes. Pourtant, avec une longue première partie sous forme d’une succession de flashbacks pendant que les deux héros endurent leur nuit de noce, suivie de deux épilogues très espacés dans le temps, ce mélo est une très bonne came pour coeurs d’artichaut. Autant dire qu’on approuve vigoureusement.

infiltration interposée

« BlacKkKlansman » (sous-titré « J’ai infiltré le Ku Klux Klan » en version française, pour qu’on y comprenne quelque chose à cet étrange titre-valise) est le dernier Spike Lee, réalisateur bien connu dont les nombreux films ne passent pourtant pas si souvent que cela la barre du succès critique et commercial. Il signe même là une sorte de mini-blockbuster, alliant enquête policière et comédie sur un sujet on ne peut plus sérieux et grave — le racisme endémique aux USA —, où l’on rit régulièrement jaune. Voir John David Washington (fils de Denzel) insulter la race noire au téléphone devant un Adam Driver médusé restera une scène d’anthologie. Le film fonctionne ainsi comme une sorte d’exutoire. Les pieds nickelés du racisme en prennent pour leur grade, tandis que les deux compères policiers infiltrés, l’un afro, l’autre d’origine juive, en rajoutent quatre couches pour faire plus vrai que vrai. De l’autre côté, les associations noires assez bornées reçoivent aussi un petit lot de critique larvée — la SJW en chef est cependant extrêmement mignonne : Laura Harrier, qu’on l’encense !

Spike Lee nous inflige tout de même un très explicite tract politique final. Passage abrupt du fait-réel-biographique (improbable) du début des années 1970 aux heurts contemporains et à de la politique américaine. Il en avait peut-être marre d’être trop subtil — mais son public savait déjà à quoi s’en tenir.

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