humani nil a me alienum puto

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mercredi 16 mai 2018

837ème semaine

Mon MacBook est mort. D’un coup, comme ça, rupture d’anévrisme. En plein atterrissage pour Toronto, alors que j’allais arrêter de coder et refermer la bête. Couic. Et après avoir vu des médecins, galéré comme un dingue, parcouru toute la ville, appelé partout, rien à faire. Une semaine de boulot perdue. Visites obligatoires.

Quand on arrive à Toronto, dire qu’on vient visiter est suspect. Contre-interrogatoire à la sortie de l’avion. Le Canada surprotège parce que le Canada attire. Il attire parce qu’il est riche. Mais Toronto, ce n’est pas très beau ni très agréable, et encore moins moderne. C’est très américain, en revanche. Franchement, à vouloir émigrer, mieux vaut aller en Asie. Ce qui est ironique est qu’il y a des Chinois partout, à Toronto — jusqu’à deux chaines de télé locales en chinois sous-titrées en anglais, Omni1 et Omni2. Dans le métro, près de la boîte à sel avec l’agent dedans, il manque un tourniquet. Il y a une petite urne, dans laquelle on peut glisser un “token” préalablement acheté au guichet humain (par trois minimum), ou directement l’appoint ; et le guichetier fait alors un signe de la tête. Dans l’épouvantablement lent tramway, dont aucune indication ne renseigne les temps d’attente et où il faut attendre qu’il arrive pour savoir où il va, mais pas par où il passe, l’intérieur n’aide guère non plus : aucun plan de ligne.

Tous les 3km, on peut espérer trouver de quoi manger le matin. Toronto, c’est six fois la taille de Paris, pour un peu plus d’habitant, parce que s’il y a beaucoup d’immeubles géants, composés essentiellement de penthouses de luxe qu’on imagine immenses, il y a essentiellement des maisons qui atteignent parfois deux étages et s’étalent à perte de vue. Le tissu urbain est ainsi étrange, homogène par grumeaux, avec des lots de gratte-ciels, suivis de zones d’habitation dont on ne voit pas le bout, avant de passer sur un monument paumé, toujours un peu en toc. Il y a une folie architecturale que seule Londres ou Hong Kong, voire Berlin, peuvent dépasser, et en même temps, rien ne va avec rien. On peut trouver une aire semi-abandonnée qui sert vaguement de parc, sans être emballé. Mais ce n’est pas aussi hostile que New York : déjà parce qu’on peut manger pas trop difficilement jusqu’à 22h (après ça devient quasiment impossible !) dans le centre-ville ; c’est pas génial, souvent de l’asiatique repassé, mais ce n’est pas compliqué. Ensuite parce que même si c’est bruyant et que les hôtels sont très chers et minables, ça n'arrive pas au niveau de NY non plus. On peut survivre plus correctement, à Toronto ; on a un peu Brooklyn dans la ville, en somme. Quand on est en avion ou en haut de l’immense tour CN (qui paraît moins immense que ce qu’elle est à cause des gratte-ciels autour), on est surpris par la quantité de végétation ; et par les grappes d’immeubles, très distantes les unes des autres. Elle est étrange, cette ville. Elle n’est pas détestable, mais elle n’est pas particulièrement sympathique ou agréable non plus. Il y a tous les ingrédients, y compris culturels, mais ça ne fonctionne pas, ça grippe.

Aller aux chûtes du Niagara a été la plus grosse galère épouvantable. Un seul train à aller — que j’ai réussi à attraper malgré la lenteur atroce des vieillards aux guichets —, un seul train au retour, mais là j’ai pris le bus, aussi rapide et affreusement cher. C’est lamentable. Pourtant, sur place, c’est la débauche de casinos et autres. Pas cohérent. Ça marche de travers, en somme.

mardi 15 mai 2018

sirène de mer japonaise

L’Orchestre Philharmonique de Radio France proposait un programme assez intéressant pour ne prendre un déplacement au Canada que le lendemain du concert. Avec Vasily Petrenko à la direction, il s’agissait de faire suite, à la Philharmonie, aux Zemlinsky de la semaine précédente. Mais pas sans avoir dans une première partie fait découvrir le fort intéressant et original Toward the sea, pour flûte et harpe, de Toru Takemitsu. Michel Rousseau à la flûte, Nicolas Tulliez à la harpe. Ça se réécoutera pour en dire plus.

Et puis le plus connu Poème de l'amour et de la mer d’Ernest Chausson, où l’on attendait Anna Caterina Antonacci (pas entendue depuis trop longtemps !), finalement remplacée par Marie-Nicole Lemieux. C’est le temps de roses et le temps des lilas. Etc.

Et enfin, après l’entracte, La Petite Sirène (Die Seejungfrau) d’Alexander von Zemlinsky. Superbe. Zemlinsky est probablement le compositeur le plus sous-vendu du répertoire.

deux sur cinq

“Senses” est présenté comme la première série au cinéma. Réalisé par Ryusuke Hamaguchi, aussi au scénario, il est question de quatre Japonaises amies à Kobe. On commence par les épisodes 1 & 2, ce qui semble logique, mais tous les synopsis sont déjà sur la suite, qui doit sortir dans la foulée. Bref, on touche aux tabous nippons, comme le divorce. On touche surtout à la sclérose d’une société qui n’a jamais réellement embrassé la modernité dans la tradition, et le paie actuellement très cher. C’est lent, parfois ennuyeux, mais c’est ça, le vrai Japon : une sorte de mélancolie latente de vivre…

ménage à froid

Pour ma rentrée fort tardive de saison au TCE, c’était un Pelléas et Mélisande en version de concert. Ça commence par un discours en hommage à Malgoire donné par le chef Benjamin Levy, à la direction de l’Orchestre de Chambre Pelléas. Il n’y avait pas grand monde dans la salle, et il était aisé de se rapprocher un peu plus des chanteurs.

Sabine Devieilhe - Mélisande
Guillaume Andrieux - Pelléas
Sabine Devieilhe - Mélisande
Alain Buet - Golaud
Sylvie Brunet-Grupposo - Geneviève
Jérôme Varnier - Arkel
Camille Poul - Yniold
Virgile Ancely - Le médecin

Heureusement que la distribution était particulièrement de qualité, car il n’y avait point de surtitrage. C’est gênant, surtout quand on découvre l’oeuvre — et l’ouverture d’esprit d’Hinata-chan a ainsi peu duré. Une très belle Sabine Devieilhe et de beaux chanteurs dans l’ensemble, qui ne passent certes pas toujours très bien au dessus de l’orchestre. Dans l’ensemble, une belle représentation du Debussy.

lundi 7 mai 2018

836ème semaine

Après Angoulême, Marseille. Bon, RAS. Petite sœur prend juste du bide, livraison d'alien dans quelques mois... Peuchère !

Jennifer toute rouge

"Red Sparrow" a été un peu dégommé par la critique alors que ce n'est pas mal du tout. En tant que film d'espionnage, ça tient la route et ça tient le suspense jusqu'au bout. C'est déjà fort bien. Ça donne très ouvertement dans le trash, et certains y ont vu une reprise de contrôle de Jennifer Lawrence sur son corps après la divulgation des photos plus que dénudées sur le cloud associé à son téléphone portable, elle qui n'était jamais encore apparue dévêtue à l'écran, mais enfin, cette fille n'a jamais trop été non plus le perdreau de l'année et ce n'est pas la pudeur qui l'étouffe au naturel. C'est violent, c'est érotique, c'est un peu dégueu, mais c'est aussi intelligent. Et ça danse. Et il y a Jeremy Irons, Charlotte Rampling (en plus du glaçant Matthias Schoenaerts et d'un Joel Edgerton au grand coeur). Alors j'approuve !

muguetons, transcendons

L'orchestre de Paris avait prévu un programme de toute beauté alliant du Zemlinsky à du Schoenberg. Et plus encore : la nuit transfigurée répondait à la première œuvre, Le Muguet fleurissait partout, qui partage le même poète comme inspirateur. Chez Zemlinsky, on chante du pessimisme, avec Aga Mikolaj, avant d'embrayer sur du plus optimiste (quoique tout aussi romantico-mélancolique ?) chez Schoenberg, en version orchestrale. Le chef James Conlon nous avait debriefé dessus en début de concert : c'est rare de donner ce duo-là. Il faut dire que la salle était bien vide...

Tout cela était déjà bien superbe, mais il fallait compter sur la symphonie lyrique op18 du même Zemlinsky pour atteindre le sublimissime, en complétant la soprano Mikolaj par le baryton extrêmement puissant et ultra-précis dans sa diction Christopher Maltman. Incroyable. Sensationnel – surtout depuis les premiers rangs du parterre ! Quelle soirée. Le public était peut-être peu nombreux, mais c'était le meilleur, et il a compensé par force applaudissements.

lundi 30 avril 2018

835ème semaine

Avec le vol au départ de NY retardé de deux jours, faisant passer le low cost de Norwegian Airways à une excellente affaire (sous condition d’avancer force monnaie pour les frais afférents dans cette ville ultra-chère, en attendant les remboursements et autres dédommagements), ce fut l’occasion d’explorer plus en avant la ville et son histoire. Et de se rendre compte définitivement que l’empire américain décline lentement mais sûrement. Déjà, il est à présent clair que si NY est leader — on avait déjà un sacré doute avec SF —, cela veut dire que bien des villes asiatiques dépassent ou sont en passe de dépasser le fleuron des USA. Je mettrais dores et déjà le Japon devant, mais ils ont eu les mêmes problèmes de perte soudaine de vitesse et de plongée — le processus a simplement été plus accéléré. Je dirais donc plutôt qu’entre Singapour, HK, Shanghai-Beijing et même Bangkok (dont l’aéroport est cent fois meilleur), l’indice de modernité est largement supérieur à celui des USA, qui brasse pourtant toujours beaucoup plus d’argent (sauf pour les cités-États, qui sont devant en PIB/habitant, avec ou sans PPA).

Alors les USA vivent clairement de la rente du dollar, et encore un peu d’une avance technologique confortable héritée de la seconde guerre mondiale : cela paraît évident. Ils repoussent ainsi ce qui apparaît bien comme la fin d’une civilisation, a minima d’un cycle majeur. On sent bien que ça se tasse, en Occident. Il y a les hyper-riches, extrêmement peu, souvent rentiers capitalistes d’une manière ou d’une autre, car le travail rapporte à présent peu ou est au pire fort taxé, de telle sorte qu’on égalise vers le bas, et qu’il n’y a pas beaucoup d’intérêt à travailler plus que de raison, puisque le gain marginal est très décroissant. En Asie, au contraire, les inégalités s’accroissent comme lorsqu’un adolescent grandit : une partie de la population profite fort bien, une autre est plus à la traîne (la question étant de savoir comment eux anticiperont le mouvement de balancier qui ne manquera pas d’arriver comme en Occident, d’ici quelques années — et pas forcément en dizaines, car tout s’accélère). Ce que l’on voyait comme des économies de rattrapage, qui passent directement au neuf (mais qui n’hésitent pas à sacrifier le vieux), sont probablement des affamés qui ne subissent pas (encore ?) la bureaucratisation sociale à outrance — un principe de Parkinson létal qui arrive en phase terminale.

Toujours est-il que si l’on veut voir du moderne, ce n’est définitivement pas chez les héritiers du leadership qu’il faut aller. Ça se passe en Asie, et fort bientôt, à ce rythme, ça ne se passera plus que là-bas.

lundi 23 avril 2018

834ème semaine

New York, New Yooooork !! La ville vend du rêve et émerveille. Elle illumine les pages Facebook de la famille et des amis qui sont enfin allés à la découverte de l’autre côté de l’Atlantique, voir du mythe en action. New York fait partie d’un cercle restreint avec Paris, Rome, Londres et peut-être Tokyo. Alors ?

Alors non. On connaît l’effet parisien de la déception quand au lieu de la ville romantique, on tombe sur les rats, les Rroms et les cafetiers, tout en se bouchant le nez, perdu dans le métro. Le Japonais, qui a son Tokyo aseptisé jusqu’à manquer de saveur (première déception d’anthologie), en fait souvent les frais. L’arrivée à NY est déjà digne de celle à SF : on tombe sur la douane la plus incompétente du monde, que seule la Colombie ou certains pays d’Afrique peuvent arriver à concurrencer dans l’inefficacité, peut-être. Après une bonne heure et demi d’attente, on peut enfin tenter de rejoindre la ville. Les transports en commun existent mais sont d’une nullité abyssale, surtout lors d’une première arrivée. On prend donc le taxi, qui est en revanche bien organisé une fois qu’on a sauté les rabatteurs, avec des frais fixés en avance — $52, plus frais divers qu’on ne connaîtra qu’au dernier moment et pour lesquels on peut toujours rêver d’une facture, car c’est comme ça là bas : on parle presque toujours hors taxe, hors service, hors tip obligatoire, et donc si l’on croit au départ que c’est simplement très cher, on s’aperçoit rapidement que c’est affreusement hors de prix.

Les hôtels sont les plus chers du monde, bien devant l’Islande et la Norvège, et même le Japon. Et pour un prix délirant d’un minimum de 200€/nuit si l’on veut éviter les punaises, les chambres sales, le service déplorable et autres joyeusetés que l’on découvre sur Internet quand on se renseigne un peu, on n’évitera quand même pas le bruit. Même à 200 balles, il ne faut pas trop espérer dormir. Car NY, c’est la ville du bruit intense inutile — jusqu’à la clim ! On est à égalité avec le centre de Hanoi en terme de pénibilité, mais c’est tout le temps, et encore plus invasif. Il y a les klaxons, les travaux permanents à toute heure (mais pas discrets comme au Japon : on n’hésite pas à attaquer de la plaque métallique au marteau-piqueur, parce que c’est ce qu’il y a de plus bruyant), les bip bips stridents divers (depuis les engins qui reculent jusqu’à l’ascenseur), la population qui crie en permanence pour se faire entendre et les camions inutilement gros et pollueur. D’ailleurs, tout est gros. Une partie de la population bourré aux hamburgers (organic, comme tout ce qui se fait de chimique à NY, temple du bobo Ricain : même les flavors des abominations trouvées en supermarché, whole food inclus, sont déclarées organic…), certes, mais aussi les voitures qui sont toutes des SUV vulgaires de 5,5 mètres de long minimum (et après ça doit construire des parkings en plein air moches pour les accueillir à $20 les 2 heures). Il faut dire qu’on roule régulièrement sur des routes défoncées, en plein Manhattan.

Ce qui choque le plus, je pense, c’est la vétusté. L’équipement général est vieillot (sauf quand une startup de la côte Ouest a réussi à refourguer un bon technologique typique de SF, qui souffre des mêmes problèmes), et le pire du pire reste le métro, qui arrive à être encore plus obsolète que celui de Paris. Déjà, parce qu’il est mal construit, avec des structures métalliques à très nombreux poteaux juste en dessous de la rue, qu’il faut souvent traverser pour passer du côté « uptown » à celui de « downtown » (il faut bien avouer que le quadrillage de la ville est pratique). Ensuite parce qu’il fait rouler des rames qui ont probablement plus de 40 ans. Enfin, parce qu’entre la petite boutique crade avec une personne enfermée dedans qui surveille à peine les sauteurs de tourniquets (qui servent à la fois à entrer et sortir, une stupidité économique sans nom), vendant péniblement quelques billets spéciaux que ne connait pas la machine automatique usée et peu pratique, billets par ailleurs magnétiques qu’il faut glisser comme une carte de crédit américaine (ce qui évidemment échoue une fois sur deux : plus aucun pays dans le monde ne me semble encore user d’une telle technologie antédiluvienne), le manque de cartes sur les murs usés et labyrinthiques dès qu’on est sur une station un peu complexe de correspondances, et l’équipement interne des rames de métro rafistolées à l’indicateur de stations rare et souvent inopérant, sans compter le bruit dément des rails et les vibrations, c’est simplement lamentable. Une belle allégorie d’un pays fatigué, sur la pente descendante.

Si Tokyo fait figurer le futur électromécanique des années 1980-1990 qui n’est jamais advenu, New York est l’illustration d’un futur des années 1930 à 1950 qui s’est enlisé dans la paresse individualiste. Les immeubles, souvent copiés-collés et peu remarquables, possèdent dans les quartiers chics leurs équipes de majors d’hommes qui ne font pas grand chose de la journée. On imagine le coût délirant de l’affaire. Quand il en sort l’une de ces personnes de l’Upper East ou West Side (surtout West), on se demande comment elle fait pour gagner autant d’argent : il n’y a pas de look de l’homme ou de la femme d’affaire affairée. On dirait plutôt du nouveau riche ou de l’hériter bas de gamme. Des hommes d’affaire, de toute façon, on n’en rencontre pas, même sur Wall Street : où sont-ils donc, sous leurs joggings ou Zara ? Tokyo est le royaume du costard et de la jupe longue ; à New York, on peine à trouver un tailleur, et les réputations des Park, Madison et 5ème Avenue sont assez usurpées : les boutiques de luxe sont très concentrés sur quelques blocs à peine. Rien qui ne tienne la comparaison avec l’Asie ou même Londres. Clairement, Londres surpasse en tout New York, de loin.

Les quartiers riches sont clairement plus agréables que les quartiers « moins riches », même de bobos. Grosso modo, le centre de Manhattan (de Midtown à Little Italy) est très variable entre l’insipide et le plutôt mignon. Au Soleil, ça passe mieux, mais le test du mauvais temps est terrible : on a simplement très envie de fuir. Tout est survendu : Chinatown, ça fait trois blocs de long et autant de large, soit la moitié des quartiers chinois parisiens du 13ème ou du 18ème, et c’est beaucoup moins charmant que celui de SF. On n’y trouve même pas un resto décent. Little Italy est une sorte de Disney de l’Italie, tellement remixé que ça nous rappelle tout à coup que ce sont des descendants d’immigrés quatre ou cinquième génération qui doivent tenir boutique, et qu’ils n’ont donc jamais réellement vu une vraie pizza de leur vie.

Il est d’ailleurs compliqué de manger à New York. Grâce à l’incroyable nombre de Juifs sur place (qui ont évidemment organisé une vie semi-parallèle, avec par exemple leurs propres ambulances en hébreu…), on trouve du bagel, concentré cependant dans certains quartiers (de Midtown aux Upper Sides, jusque plus au Nord si l’on suit les grandes artères), peu cher, standardisé dans son folklore (de la cream cheese à tout et n’importe quoi, un choix de brioche étendu mais similaire partout, surtout avec les chaines). Mais il y a deux difficultés : le reste est de la malbouffe locale dans des carrioles encore plus atroces qu’à Berlin, ou dans des restaurants qui font extrêmement peur, ou de l’autre côté du spectre, dans de plus rares restaurants posh où l’on vous servira du moyen de gamme à prix prohibitif (la salade niçoise à $25 hors taxes-tips-etc.) ; le deuxième problème après la qualité et la quantité de l’offre, ce sont les horaires d’ouverture. Pour faire simple : à NY, on arrête de travailler dès 15 ou 16 heures, et la ville s’arrête quasi-totalement à partir de 17h. Les retardataires ont jusqu’à 20 heures pour manger : après, on ferme ! Hors de Hell’s Kitchen, point de salut — encore, il faut voir la tête du salut, souvent… Certes il y a un peu de boboïtude dans le Sud de la ville, à East Village, West Village, Tribeca et une partie de Lower Manhattan — les quartiers changent très vite, la zone n’est pas si étendue que cela. Mais d’une manière générale, il faut lutter pour trouver quoi que ce soit qui satisfasse nos papilles éduquées. Ce problème n’existe pas à SF, où l’on trouve du bon pour un prix londonien (comprendre : mieux que dans un bistrot, offre qui n’existe pas non plus, pour une vingtaine de dollars).

New York est donc dans l’ensemble une ville hostile, à la fois pour y vivre et pour le touriste, qui à mon sens s’émerveille souvent de ce qu’il n’a jamais réellement découvert la civilisation (réellement) moderne, que l’on trouvera décidément en Asie et nulle part ailleurs. NY ne tient pas la comparaison avec Shanghaï ou HK. La ville était déjà dépassée par Tokyo, je pense, déjà en terme de gigantisme (Brooklin en soi est clairement plus grand que tout Paris — il est amusant de noter que le New Jersey, sur le continent et de l’autre côté de l’Hudson, avec Newark ou encore sa skyline tout à fait comparable, est totalement snobé, jusque sur les plans du métro qui ne mentionnent pas son existence, mais permettent de se rendre compte qu’on est condamné au bus dans l’encore plus gigantesque Queens), et aussi de concentration peu raisonnable d’immeubles rectangulaires copiés-collés, sans trop de saveur ni d’exubérance. On trouve des coins extrêmement sympathiques, dans NY, et dès que le très mauvais temps cesse, c’est même fort agréable. Des petits immeubles travaillés, avec leurs petits escaliers, par exemple, dans quelques rues choisies. Des églises entre les immeubles. L’impressionnant monument du world trade center. Les superbes ponts photogéniques. L’incroyable Lincoln Center. Les cerisiers en fleurs. La Roosevelt Island et Central Park (ça manque de places, sinon, et de Union square à Washington Square en passant par Madison square garden, c’est très bof)…

Pour ma deuxième visite planifiée en septembre, gageons que je vais m’adapter, en évitant naturellement les nombreux quartiers assez pourris ou insipides (point commun avec Paris, une bonne grosse partie de la ville est très survendue), pour ne relier que ce qui est bien et bon, en prenant des chemins qui feront éviter sans trop d’efforts de mourir de faim. Bref, il faut s’adapter à un environnement qui n’a décidément d’équivalent en terme d’hostilité générale que Paris ou Tokyo — les deux ayant des points faibles différents que l’on trouve réunis à NY.

Londres et HK restent au final bien indétrônés dans mon coeur. Times Square ne vaut pas Causeway bay, et la vie culturelle londonienne est plus accessible et riche que celle de NY. Quant à l’art de vivre, au paysage urbain, aux parcs (malgré la beauté de Central Park), là aussi la différence est nette. Et j’ai bien peur, ayant enfin terminé mon tour du monde des métropoles d’importance, que l’idéal ne soit pas de ce monde…

dimanche 22 avril 2018

museums of NY

Commençons par le Guggenheim, à l’occasion des deux heures du samedi en fin d’après-midi où c’est gratuit — ou plutôt, où l’on peut payer ce que l’on veut, donc pseudo-gratuit. C’était un bon prix pour ce qui arrive à surpasser le Palais de Tokyo en terme de foutage de gueule intégral. Normalement, c’était $25. Autant dire de l’arnaque totale. Il vaut mieux alors profiter de ce qu’il y a de mieux dans ce musée : le bâtiment lui-même. Ce n’est pas forcément si haut que dans les photos — autour de 6 étages, ce qui dans le décor newyorkais fait assez rabougri, et laisse songeur sur tout l’émoi suscité à l’époque de son ouverture —, mais c’est vraiment beau. Comme souvent à NY, le contenant a primé sur le contenu. Celui-ci, assez vide, fait paraître du grand n’importe quoi (type Castorama avec ampoule pseudo-intellectualisante pénible), que n’arrivent pas à sauver les quelques tableaux français de Seurat ou Pissaro, malheureusement échoués dans les premiers tours d’étage de ce tire-bouchon vers le n’importe quoi, que l’on parcours en une demi-heure tout au plus si l’on ne s’arrête pas aux toilettes — pour une fois, les chiottes ne servent pas à être exposées, on peut au moins leur faire ce crédit-là.

Le Metropolitan museum est grand, mais pas si grand que ça non plus. De l’autre côté de la 5ème avenue, empiétant généreusement sur le gigantesque Central Park, le MET est grosso modo la somme du British Museum et du National Gallery. En revanche, on s’acquitte là aussi de $25 pour l’entrée, et les espoirs de réduction sont maigres. Manger ou boire à l’intérieur fait aussi regretter les aéroports plus accessibles en terme de prix. En échange, on a une collection de grande qualité, des mise en espace superbes et des explications sur les cartons lisibles, compréhensibles, bien rédigées et intéressantes (des qualités qui manquent généralement toutes à Paris). C’est donc bien plus petit que le Louvre, mais ouvert tout les jours, ce qui se paie par deux problèmes de taille : quelques salles entières fermées, et des horaires d’ouverture ridicules, entre 10h et 17h30, sachant qu’on commence à être mis dehors dès 17h. Mais avantage de taille : le billet est valide trois jours, permettant de revenir plusieurs fois quand il fait mauvais temps à NY (chose manifestement très courante en avril), y compris dans les dépendances lointaines du musée.

Au MET, on trouve de l’Égyptien (qui attire les foules et repousse la Souris), du primitif flamand et de la grande époque 18-19ème, en nombre, mais aussi de l’impressionnisme. Il y a de la statue (toujours cet amour de Rodin) et du temple (un petit côté Pergamon), de la photographie et du tableau. Très majoritairement du tableau, tout de même. On en fait le tour complet en 6 ou 7 heures, et un très bon tour en 4 heures environ. On y circule fort bien, il n’y a pas d’attroupements mis à part quelques queues devant les attractions antiques, il y a de quoi s’asseoir confortablement, bref c’est généralement très agréable. Et même quand il y a de l’attente, pour la fouille sommaire à l’entrée ou pour l’achat des tickets, c’est fort rapide. Il faut bien avouer qu’ils sont forts, ces Ricains.

Ça se confirme d’ailleurs avec le Cloisters, perché sur un parc fort grand et mal indiqué dans les hauteurs au bord de l’Hudson, au bout d’une ligne de métro express géante qui met une bonne demi-heure pour mener dans un coin du Bronx. Le billet jumelé du MET permet d’obtenir très rapidement une contre-marque, car il n’y a vraiment pas foule. Trois ou quatre cloîtres répliqués du Sud de la France et miniaturisés ont été montés pour accueillir une collection moyenâgeuse des plus plaisantes. On y trouve même du gisant espagnol. Comme toujours, c’est très rondement mené. On regrette encore une fois les travaux au milieu qui ne permettent pas de profiter de l’ensemble de l’exposition, mais la mise en scène est tellement bien faite, et les pièces présentées si pertinentes, que cela fait même oublier l’heure et demie de transport aller-retour. Une jolie trouvaille saugrenue dans cette ville de brique et de métal.

Mais la dernière surprise reste le Frick — c’est chic. Le grand manoir, aussi sur la 5ème avenue, toujours du côté Sud-Est de Central Park, porte le nom de l’hôte collectionneur très riche — il y en a une certaine quantité, là-bas, qui ont souvent eu leurs salles aux MET suite à des donations massives, rompant avec le rangement thématique (les Balthus, dont la songeuse Thérèse, se retrouvent ainsi tout en bas). Le mercredi après-midi permet de ne pas se faire dépouiller d’une vingtaine de dollars, moyennant une queue moins impressionnante qu’au Guggenhein, mais qui disparaît tout aussi rapidement (moralité : inutile d’arriver à l’heure, c’est perdre son temps). Les oeuvres méritent le détour, mais leur nombre restreint permettant de faire le tour de la somptueuse boutique en une heure si l’on ne s’attarde pas trop, en ferait là encore une opportunité culturelle ruineuse. On y retrouve comme d’habitude à l’intérieur un public essentiellement français. Il y a un peu de tout, mais surtout du grand nom. Du Renoir, du Lorrain, du Van Eyck, j’en passe. Encore du Vermeer, comme au MET — rattrapage de la catastrophique expo du Louvre facilement effectué. Pas vraiment la période à la Souris, mais même elle a pu y trouver un peu son bonheur. Cela a permis en tout cas de confirmer notre intuition du Cloisters (outre que les musées américains sont décidément toujours bien fichus) : le patio intérieur, dans une maison, il n’y a que ça de vrai. Les Romains avaient donc raison — il aura fallu là aussi 2000 ans pour le redécouvrir…

J’allais oublier de compter Ellis Island ! Après un ferry (passage à la fouille toujours aussi inefficace, bateau avec des fréquences de RER ou de métro express newyorkais, ie 15 minutes en heures de pointe) et un passage par la statue de la liberté, on arrive enfin au bout d’une grosse demi-heure sur l’île de l’immigration. L’endroit était en ruine après son abandon en 1954 et l’instauration des visas — de toute façon, ça commençait à ne plus servir à grand chose dès les années 1930. Transformé en multi-musées, l’endroit propose à la fois un fort intéressant et très bien fichu parcours historique du bâtiment principal, reprenant celui des immigrants de 3e classe des bateaux, avec audio-guide et/ou ranger de visite, mais aussi des expositions sur l’immigration en général et le lieu en particulier. Il y même un « hard hat tour », avec casque sur la tête, pour aller explorer les nombreux bâtiments encore en ruine ! Il faut clairement compter toute la journée pour en faire exhaustivement le tour : avec un dernier ferry à 17h, nous aurions dû profiter de la cantine sur place pour ne pas terminer au pas de course. Ceci étant, toute une journée sur la même thématique très particulière est aussi assez lourde. Il n’empêche que c’est extrêmement bien fait, comme toujours — de manière assez similaire à Alcatraz, d’ailleurs.

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