humani nil a me alienum puto

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mardi 16 octobre 2018

858ème semaine

Une semaine dense, où n’ont pas été chroniquées une rencontre avec des Vietnamiens à la CCI ; et le 10e salon du livre juridique (dont j’avais raté une ou deux dernières occurrences), un évènement que j’aime toujours beaucoup, permettant de rencontrer plein de beau monde et de repartir avec des bouquins (malheureusement non dédicacé, par mon chouchou Christophe Jamin).

(soft) decadance

Ohad Naharin investit Paris. Alors qu’il n’y ait que très très rarement donné, voilà-t-il pas qu’en plus de squatter Chaillot, il a aussi programmé une sorte de bestof de ses pièces emblématique à Garnier : « Decadance », qui entre au répertoire sous une nouvelle version — le programme parle à la fois d’une création en 2000, mais aussi d’extraits de Mabul (1992), Anaphase (1993), Zachacha (1998), Naharin’s virus (2001), Three (2005), Telophaza (2006), MAX (2007), Seder (2007), Sadeh21 (2011). Pas avec ses danseurs, de fait, mais avec une formidable équipe B de l’opéra (pour une soirée Arop où quelques fumets et bruits de verres pénètrent les loges, alors que les tables occupent déjà la galerie).

Côté dames : Marion Barbeau, Aurélia Bellet, Alice Catonnet, Aubane Philbert, Silvia Saint-Martin, Ida Viikinkoski, Katherine Higgins, Juliette Hilaire, Caroline Osmont, Camille de Bellefon, Célia Drouy, Marion Gautier de Charnacé, Clémence Gross, Héloïse Jocqueviel, Sofia Rosolini et Seo-Hoo Yun. Rien que Gautier de Charnacé et Jocqueviel dans la même team, ça fait rêver (mouillé). Côté messieurs : Aurélien Houette, Pablo Legasa, Marc Moreau, Francesco Mura, Nicolas Paul, Jérémy-Loup Quer, Daniel Stokes, Yvon Demol, Antoine Kirscher, Mickaël Lafon, Simon Le Borgne, Hugo Vigliotti, Takeru Coste, Julien Guillemard, Antonin Monié, Andréa Sarri. Not so bad!

Surprenant : chez les demoiselles, il y a des formes — et même, dirait-on, de la fesse très ronde ! Certes le pantalon de couleur ne doit pas aider, mais il semble que le casting était assez ciblé. Ce n’était pas la seule chose suspecte de la soirée.

Cette oeuvre est une sorte de patchwork pas toujours bien cohérent où l’on trouve du happening, de la flashmob et du monsieur loyal (au ralenti) pour occuper pendant les changements de costumes — assez drôle tout autant que poussif. Le début punchy, avec de beaux effets de groupe (avec de la super musique, notamment Goldfrapp), s’essouffle assez rapidement pour faire place à des saynettes participatives.

Notamment, après avoir demandé à tout le monde de se lever, puis aux anciens de se rasseoir, la liste continue, d’abord avec ceux qui gagnent plus de 250k€/an, où dans la salle, lors d’une soirée mécénat, personne ne se dénonce. Après un Baron perché d'Italo Calvino qui sauve pas mal de monde (notamment mon binôme) et une position géographique de la Mecque (bah oui, avec la position de Garnier, pas trop compliqué !), ceux qui se masturbent sont invités à rejoindre leurs sièges : personne là non plus. Bref, j’ose espérer qu’il y a beaucoup de menteurs patents, sinon c’est à désespérer. Tout ça pour trouver une dame dont c’est l’anniversaire, au parterre (pour faire du semi-chippendale). Plus tard, le picking dans le public (essentiellement de femmes en habits rouges) donne aussi dans le théâtral participatif assez démago (même si l’acuité dansante moyenne est surprenante : les bourgeois se débrouillent bien !).

Bref, heureusement, dans ce grand ventre mou, il y a aussi un très beau moment sur Nisi Dominus de Vivaldi (en même temps, avec ce genre de musique…) et la fameuse Ehad Mi Yodea, que j’avais vu il y a très longtemps avec Europa Dance au TCE, chaises en demi-cercle et danseur tout au bout qui tombe — mais côté cour, on le voit à peine ! C’est idiot de ne pas avoir vérifié cela dans un théâtre à l’italienne !

La longue pièce de fin est assez décevante, très réchauffée, peut-être parce que déjà trop ancien, et malgré une très bonne BO d’ensemble, ça donne quelque chose globalement moyen plus. Il y a certes de bons moments, mais ce n’est pas ébouriffant, et parfois creux et gratuit. On voit clairement passer les 1h20 que cela dure à peine. Et surtout, malgré le jeu de mot… ce n’est pas du tout décadent !

lundi 15 octobre 2018

Barbarénice

Pas grand chose au ciné ? Pourquoi un p’tit opéra contempo bien aride ? C’est qu’il y a Barbara Hannigan. Pardon : Barbaraaaa !!!  <3

Michael Jarrell, sur commande de l’opéra de Paris, a autant écrit la musique que le livret de Bérénice. L’idée : des trilles infinies aux cordes, des phrases musicales hyper courtes (ça sonne comme un déjà vu !) et par dessus, un chant trèèèèèèès allongé. Si le texte original est bien de Racine, il est forcément réduit pour que ça rentre dans un timing de 1h30, même en superposant les scènes et les chants — ce qui aide plutôt à rendre l’oeuvre encore moins intelligible. Bref, c’est franchement aride.

Pourtant, tout y est pour la réussite : Philippe Jordan, qui décidément est partout, fait de sacrés efforts avec l’orchestre. La mise en scène de Claus Guth est jolie, avec les décors classiques de Christian Schmidt, type intérieur d’hôtel particulier (ils se tapent un délire aqueux, mais on leur pardonne).

Il y a aussi une très bonne distribution. Bo Skovhus (Titus), Ivan Ludlow (Antiochus), Alastair Miles (Paulin), Julien Behr (Arsace), Rina Schenfeld (Phénice). Et évidemment, l’immense Barbara Hannigan dans le rôle-titre, toujours aussi exceptionnelle, dont on abuse toujours en la faisant chanter dans tous les sens. Mais à la fin, on reste sur le sentiment d’une oeuvre assez moyenne, avec rien de bien neuf. Ça s’oublie très facilement.

itadakimasu

« La saveur des ramen » (Ramen Teh — du nom du plat-fusion inventé dans le film) n’a pas forcément la trame scénaristique la plus originale qui soit. On peut même dire que c’est du réchauffé. Masato

(Takumi Saitoh), nouvellement orphelin, part à la rencontre de la moitié de ses origines à Singapour, sur les traces de sa mère et des histoires de familles enterrées. Après tout, Eric Khoo a comme co-producteurs des Japonais, Singapouriens et Français. Les blessures du passé ont pour origine, évidemment, les déboires anciens des Japonais dans la région.

Mais le réalisateur sait très bien filmer deux choses : la cuisine, d’abord, puisque c’est un film culinaire (à bons sentiments). Et dans la face B de Singapour, loin des grandes tours et des grands jardins, on se régale ! Ensuite, il sait fort bien filmer les femmes appétissantes. Il y a la mère du héros (mode flashbacks), Jeanette Aw Ee-Ping, 39 ans, sublimissime au dernier degré ; et il y a Seiko Matsuda, 56 ans, qui en fait 20 de moins. Miam miam.

lundi 8 octobre 2018

858ème semaine

On s’était pas vraiment donné rendez-vous dans 10 ans, mais force est de constater que certains visages n’avaient pas été croisés depuis très, très longtemps. D’autres simplement depuis quelques années, ce qui à l’échelle parisienne est parfois un clin d’oeil ; on se donne quelques nouvelles par réseaux sociaux, au pire, mais il est vrai que les rencontres physiques sont rendues difficiles par les agendas compliqués. D’ailleurs pour un « spécial anciens », il aurait dû y avoir plus de monde, quand on y pense…

Le temps des Paris Carnets est-il révolu, sommes-nous tous définitivement devenus des vieux cons® ou tout simplement gros — comme le fait remarquer M le Maudit, devenu très respectable mais plus épais, avant de me revoir et constater une exception flagrante à sa théorie ? Ça manque de free food croisée thématique pour que l’on converge plus souvent, comme le fait remarquer Authueil. Dirty Denis, Nice Immorally, voire Tristan Nitot (qui oublie régulièrement à peu près tout le monde), étaient croisés un peu plus souvent avant un manque flagrant d’alibi. Finalement, il n’y a guère que Bladsurb que je rencontre régulièrement à la Philharmonie et qui était de la partie… (Les autres mélomanes étaient en revanche absents)

Comme à l’accoutumée, c’est Kozlika qui rassemble, et qui a lancé cette idée. Paris Carnet est sur mon agenda tous les mois, mais comme beaucoup, avec le temps qui passe, je zappe. L’évènement s’étiole et rassemble assez peu à présent. L’exceptionnel consiste alors à se rattacher à une date totalement arbitraire, mais qui par chance tombait assez bien pour plein de beau monde. Melody, Gilda, Mademoiselle Moi, Goon, Padawan, Veuve Tarquine (et j’en oublie), voilà des visages que je n’avais plus du tout vu depuis des années, et qu’il fait plaisir de revoir. La souris rencontre enfin Alice du Fromage, qu’il ne me semble pas non plus jamais avoir rencontré avant. Ça peut encore arriver !

Et c’est à peu près comme si on s’était quitté le mois précédent, en un peu plus patiné-grisonnant ; je ne sais pas si c’est rassurant ou flippant. On décidera dans 10 ans.

le retour de Tantris

Il y a des opéras qui sont de la rediff de la rediff, mais que pourtant on va revoir encore et encore (quatrième fois en 15 ans ?). Tristan und Isolde en fait partie, et comme on connaît à présent par coeur les vidéos de Bill Viola et la mise en scène complexe à base de mouvements subtils de canapé carré par Peter Sellars, ça ne surprend tellement plus, qu’on peut un peu plus se concentrer sur le texte. Comme c’est aussi de plus en plus cher, la salle présente d’assez larges zones de replacement, et en l’occurrence au premier balcon sur les rangs de devant, on pouvait y transformer sa citrouille à 15€. En plus, c’est idéal pour la stéréophonie : le choeur se place dans le couloir côté cour à mètre (entrée plutôt discrète, sortie très ninja) ; et surtout Matthiaaaaaas se poste plusieurs fois dans la galerie juste en face, créant un moment de communion intense — avec ma voisine.

Les seconds couteaux étaient d’ailleurs superbes : Matthias Goerne pour Kurwenal et Ekaterina Gubanova pour Brangäne, excusons du peu ! Avec un René Pape en König Marke, tant qu’à faire. Côté troisièmes couteaux, ça s’en sort fort bien aussi : Nicky Spence (Ein Hirt / Ein Junger Seemann), Neal Cooper (Melot) et Tomasz Kumiega (Ein Steuermann). Finalement, les deux héros, Andreas Schager pour Tristan et Martina Serafin pour Isolde, s’ils ont assuré les 5h20 (en comptant les grosses entractes), sans faiblir (contrairement à d’autres représentations où j’ai assisté — le dimanche après-midi peut aussi aider ?), sont ceux que j’ai peut-être le moins apprécié, à cause de leurs tessitures respectives. Pas fan. Mais passer par dessus l’orchestre sans pitié de Philippe Jordan qui envoie la sauce (orchestre qui par ailleurs reste assez longuement applaudir au grand complet), voilà qui relève d’un sacré exploit, tout de même.

Et Wagner. Aaaah, Wagner ! (C’est à se demander, une semaine après Siegfried, pourquoi tout le monde boit n’importe quelle potion, quand même ! Quelle fâcheuse habitude ! Même si ça nous fait de sacrés opéras)

expérience extraordinaire

Gaspar Noé donne avec Climax dans l’ascenseur émotionnel inversé : c’est d’abord euphorisant, et ça devient totalement flippant. Comme il aime le faire, c’est monté dans tous les sens : un morceau de ce qui sera la fin, un bout de générique, l’interview des danseurs recontextualisés au temps des cassettes vidéos et des téléviseurs cathodiques (1996), encore du générique, et la première partie dansante à fond les ballons, hyper dynamique, techno. Générique de fin. Et puis ça blablate entre danseurs, de plus en plus de sexe. La sangria aide… avant qu’on ne se rende compte qu’il y a un truc bizarre dedans, et que ça perde les pédales. Noé filme dans tous les sens, même à l’envers depuis le plafond, travellings de fou, pendant que les personnages pètent les plombs. « Vivre est une impossibilité collective » et « mourir est une expérience extraordinaire » seront les messages de cette partie (après, de mémoire approximative : « à ceux qui nous ont fait et qui ne sont plus » et « naître est une expérience unique », qui étaient au tout début du film).

Aucun générique de fin. Du pur Noé, tourné en 15 jours pour 95 minutes, et 2,60 millions d’€ qui seront peut-être remboursés dans 20 ans. Certains en disent donc que c’est son meilleur, d’autres que c’est de la rediff qui n’a plus aucun intérêt à force. Résumons : ça part dans tous les sens, on est remonté comme une pendule avant de s’enfoncer d’horreur dans son siège : que demande-t-on de plus, en fait ?

dimanche 30 septembre 2018

857ème semaine

Un WE à Paris pendant une semaine à Mérignac, sur une zone industrialo-commerciale des plus moches et insipides, telles qu’on peut les inventer en province et en banlieue parisienne, un truc mal fichu, sans vie, embouteillé deux fois par jour et sans aucun moyen de transport en commun sinon. Heureusement, le boulot-surprise était très bon. Mais clairement, deux Wagner au milieu de tout ça n’étaient pas de trop.

suite-demi-ring : épisode 3

Si la veille on avait tenu le timing de cinq heures pour Siegfried, commencer le dimanche 16h30 pour le Götterdämmerung a mené vers les 22 heures du soir. Bien plus de monde dans la salle, cette fois. Un simple décalage de places au second balcon de côté, bien sage, et de plus en plus central au fil des entractes et des départs — résolvant le problème de savoir quel surtitrage regarder —, a révélé un étrange phénomène : on entend mieux au dessus des tubas wagnériens que depuis des places bien plus chères. Avec les nouveaux réflecteurs, l’équation est encore plus complexe pour connaître a priori les places (probablement plus nombreuses qu’avant) où l’on entend bien, dans cette salle diabolique…

On retrouve évidemment le Mariinsky et Gergiev (avec son cure-dent de circonstance). Il y a encore du mercato sur la distribution : on retrouve la Brünnhilde originale, Tatiana Pavlovskaya (qui déplaît quelque peu à mon binôme découvreuse de Wagner à cause de son yaourt, mais il faut bien avouer qu’elle a un sacré coffre !), et celle de la veille, Elena Stikhina, devient Gutrune : quelque part, en considérant le scénario et le duo amoureux de la veille, ça a du sens… Puisqu’on en est aux chaises musicales, Evgeny Nikitin devient Gunther, Mikhaïl Petrenko prend le rôle de Hagen. Il est vrai que dans le Crépuscule des Dieux, il n’y a déjà plus aucun rôle de Dieu ! On retrouve en revanche les trois Nornes filles du Rhin (Woglinde/Wellgunde/Flosshilde : Zhanna Dombrovskaya, Irina Vasilieva et Ekaterina Sergeeva). Roman Burdenko est le plus stable dans son rôle d’Alberich, et il me semble que c’était aussi déjà Olga Savova en Waltraute.

On retrouve surtout Mikhaïl Vekua en Siegfried, qui n’a pas du tout la tête du rôle (petit chauve) mais le tient très bien. On sent parfaitement l’hubris du succès qui l’amène, un peu simplet qu’il est, à se faire promener par Gunther et Hagen comme une buse. On soupçonne de plus en plus Brünnhilde d’être une INFJ, ce qui expliquerait par ailleurs qu’elle finisse par tout brûler — elle comprise, et même son pauvre canasson qui n’a rien demandé à personne.

C’était formidable.

suite-demi-ring : épisode 2

Après les 2 premiers épisodes en demi-ring d’avril, l’Orchestre du Mariinsky et son Valery Gergiev à la direction étaient de retour pour un deuxième week-end, avec le gros morceau : Siegfried le samedi, Crépuscule le dimanche. Siegfried, c’est très long, et quand on commence à 19h, on est assuré de terminer à minuit passé, ce qui n’est pas bien pratique pour retourner chez soi depuis la Philharmonie. L’épisode est probablement pour les purs wagnériens, et donc la salle était moins remplie : c’était même fort aisé de se replacer au parterre.

Evgeny Nikitin, reprenant le rôle du Wanderer, était bien plus à l’aise cette fois — il avait marqué les esprits par son déraillement en fin de Walkyrie. Andreï Popov fait du Mime, mais c’est son interlocuteur Mikhaïl Vekua en Siegfried qui assure surtout le show (ça tombe bien, il est de quasiment toutes les scènes). Il y a eu un peu de mercato, mais c’est bien Roman Burdenko qui reprend le désormais petit rôle d’Alberich ; on retrouve aussi à nouveau Mikhaïl Petrenko et sa grosse voix généreuse pour Fafner, comme dans l’Or du Rhin. Je n’avais pas noté si Zlata Bulycheva avait déjà le rôle d’Erda. Ce qui est certain est que Elena Stikhina fait une superbe Brünnhilde — alors qu’elle était Sieglinde la fois précédente. Son duo d’amour final était sublime. Et quelle belle femme !

Mais LA révélation, c’était le zozio (aka Waldvogel), Anna Denisova : déjà, elle est vraiment gaulée comme un moineau, mais en plus elle chante avec une voix puissante et cristaline. Un grand Wagner comme on aime.

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